
Fido est un film Ă©trange. C’est un film de zombie, c’est un film uchronique, c’est un film ironique, c’est un film parodique, c’est une comĂ©die. Ça fait beaucoup. Et quand les films essayent de faire plein de choses en mĂŞme temps, en gĂ©nĂ©ral, c’est le gadin assurĂ©. Et bien lĂ , ce film a un dĂ©faut : il manque de rythme. Voila, c’est tout. Pour le reste, il est juste gĂ©nial, et assurĂ© de devenir un film culte au mĂŞme titre que son prestigieux ancĂŞtre, La nuit des morts-vivants.
Dans un monde touchĂ© par les Zombies’ wars, lorsque les morts sont sortis de leurs tombes pour dĂ©vorer les vivants, quelques communautĂ©s parviennent Ă survivre dans la paix, la sĂ©curitĂ© et l’abondance grâce Ă la firme Zomcon qui leur fournit une main-d’oeuvre Ă bon marchĂ© (des zombies domestiquĂ©s). L’ambiance est aux couleurs sursaturĂ©es de l’AmĂ©rique triomphante des annĂ©es 50.

Le hĂ©ros, du moins le personnage principal, est un petit garçon affligĂ© d’un père atroce dans le genre coincĂ© et refoulĂ© et d’une mère un peu stressĂ©e mais qui se rĂ©vèlera tout Ă fait charmante. Il est persĂ©cutĂ© par deux bullies et il n’a pas d’ami. Heureusement, Fido le zombie entre dans sa vie pour devenir son meilleur ami.
On a le droit Ă une assez bonne charge contre le bonheur lisse et obligatoire (« le bonheur grâce au contrĂ´le ») et ce qui est peut-ĂŞtre, ce qui serait regrettable, une charge contre les armes. Mais honnĂŞtement, je n’en sais rien, et j’ai trouvĂ© la prĂ©sence de tous ces gens armĂ©s (y compris le gamin qui se voit offrir un petit Smith & Wesson, mĂŞme s’il n’a pas encore douze ans et le droit de le porter) très sympathique. Je suis peut-ĂŞtre trop premier degrĂ© pour ça.

Mais en tout cas, il y a une scène absolument mythique dans ce film, lorsque les gamins filent en sport pour tirer sur des cibles de zombies en chantant la comptine « Dans l’cerveau, pas dans le coeur, tirer Ă la tĂŞte c’est bien meilleur ». ApprouvĂ© par Lorenzo.
IMDB
Par Laurent
11 mai 2008 Catégories: CinĂ©ma
Revu le 1/1/2008 en DVD enregistré
Film français (1973) de Philippe de Broca avec Jean Paul Belmondo, Jacqueline Bisset, Vittorio Caprioli, Hans Meyer, Jean Lefèvre, Monique Tarbès…
Bob Sinclar (Jean Paul Belmondo, oui j’Ă©cris Sinclar, voilĂ ) ne rĂ©sout pas les problèmes de son temps aux quatre coins du monde, il les expĂ©die. Agent sĂ©ducteur et vraie machine Ă tuer lĂ©gèrement parano, pianiste virtuose Ă ses heures, il est le hĂ©ros macho et grandiose par excellence. Une sorte de James Bond ou plutĂ´t de SAS. Ca tombe bien, Bob Sinclar n’existe pas, il est le hĂ©ros d’un roman de gare. Son auteur, François Merlin (toujours Belmondo), est tout le contraire de Bob et achève pĂ©niblement son 43è roman.

Film qui a bercĂ© mon enfance, Le Magnifique est une immense comĂ©die aussi bien dans la « vraie » vie que dans celle imaginĂ©e par Merlin, ce « magicien » luttant contre les « boutiquiers », son Ă©diteur (Vittorio Caprioli) entre autres. Sa vie pourrie nous rappelle que dĂ©jĂ dans les annĂ©es 70, les problèmes des parigots Ă©taient dĂ©jĂ les mĂŞmes que maintenant : le divorce, les plombiers et Ă©lectriciens qui ne viennent pas, la circulation, la pluie, le bruit, la machine Ă Ă©crire, ordinateur antique, qui ne marche pas, les Ă©diteurs/intellos Ă la con, les Ă©tudes de sociologie bidons…

Dès lors, la vie rĂŞvĂ©e de Merlin n’est que le rĂ©sultat de ses frustrations, de son humeur ou de ses influences (comme celle de son fils) qu’il exacerbe Ă travers des situations souvent très violentes et gores : Merlin a conscience de ce qu’il Ă©crit et ne s’en cache pas. La mise en scène de Philippe de Broca, astucieuse et très prĂ©cise, superpose les sĂ©quences rĂ©elles/imaginaires pour aboutir Ă un dernier acte complètement fou. Ces enchaĂ®nements aussi efficaces que drĂ´les permettent la multiplication des moments d’anthologie (la perte de la lettre « R », les cinq interprètes), les outrances parsemĂ©es de nombreux dĂ©tails et dialogues gĂ©niaux et une musique mĂ©morable. De Broca s’amuse aussi en ajoutant d’autres mises en abĂ®mes, « Vous seriez pas dans le cinĂ©ma ? » demande t’on Ă Merlin. Et il se moque de Christine/Tatiana (Jacqueline Bisset) dont la thèse de sociologie n’intĂ©resse personne et passe finalement Ă cĂ´tĂ© de son sujet : Bob Sinclar n’a rien de magnifique. Ce n’est pas ce hĂ©ros sublimĂ©, ce « bien bel homme » Ă©voluant dans des dĂ©cors de rĂŞves. C’est la vulgaritĂ© et l’exubĂ©rance qui l’emportent. Bob Sinclar est bien le reflet du monde merdique dans lequel on vit et au coeur d’un film au dĂ©roulement de plus en plus absurde, fou (le montage est plus rapide) et finalement pathĂ©tique. Et hilarant. Le magnifique est bien un film sur l’acte d’Ă©crire mais centrĂ© sur l’auteur lui-mĂŞme et non l’objet du livre.


Merlin devient lui-mĂŞme notre propre reflet, l’homme moderne perdu et cherchant un exutoire. Et le film parodique devient naturellement une jolie comĂ©die romantique avec une hĂ©roĂŻne naĂŻve, Christine, pas plus prise au sĂ©rieux que Merlin. Cette approche et cette rĂ©ussite imposent un important travail d’Ă©criture. De gros calibres sont Ă l’oeuvre : Philippe De Broca, Vittorio Caprioli, Jean Paul Rappeneau et Francis Veber. Un dĂ©saccord sur le traitement de l’histoire fit cependant qu’aucun d’eux ne fut crĂ©ditĂ© au gĂ©nĂ©rique ! MalgrĂ© tout, scĂ©nario, mise en scène et montage sont maĂ®trisĂ©es. Et pour transcender cette comĂ©die, il y a Jean Paul Belmondo aussi immense que le film, se jetant voracement dans l’auto-dĂ©rision Ă tous les niveaux. EntourĂ© par une troupe d’acteurs talentueuse jusqu’au plus petit rĂ´le (le policier magnanime, l’Ă©lectricien jouĂ© par Jean Lefèvre), il construit tout simplement sa lĂ©gende. Son tandem avec Philippe de Broca, si on oublie (et encore il faut connaĂ®tre) leur ultime collaboration pour Amazone, demeure un des grands moments de notre histoire cinĂ©matographique.
Le Magnifique est la comĂ©die d’espionnage qu’il faut garder prĂ©cieusement aux cĂ´tĂ©s du Grand Blond avec une chaussure noire, autre grande comĂ©die parfaitement maĂ®trisĂ©e. De A la poursuite du diamant vert au rĂ©cent Harold Crick ou mĂŞme un peu Narco, on a revu ces « livres dans le film » mais Le Magnifique n’a jamais Ă©tĂ© dĂ©passĂ©. Et mĂŞme si OSS 117 a redonnĂ© un peu d’espoir, le cinĂ©ma français ne semble plus pouvoir faire ce genre de film.



Fiche IMDB
Par Pascal
24 fĂ©vrier 2008 Catégories: CinĂ©ma