
Comme je l’ai déjà dit, j’ai beaucoup de mal à écrire sur Wes Anderson pourtant un des metteurs en scène qui m’a le plus émerveillé ces dernières années. J’ai vu le jour de sa sortie son Fantastic Mr. Fox, l’adaptation d’un roman de Roald Dahl dont l’affiche promo ne cesse de rappeler qu’il est l’auteur de Charlie et la Chocolaterie ce qui renvoie non au pas au livre mais au film de Tim Burton bien sur qui a fait des millions d’entrées. Les as du marketing ont encore frappé.
Wes Anderson a choisi l’animation en image par image un peu comme James et La Pêche Géante tiré lui aussi d’un livre de Roald Dahl. Ce n’est pas pour autant véritablement un film pour enfants. Ces derniers peuvent le voir mais je ne suis pas certain que son esprit les passionne. L’approche sur la forme est bien nouvelle pour Wes Anderson mais il ne renonce pas à son cinéma avec des travelling géniaux et des gros plans frontaux sans profondeur plutôt rares dans l’animation (me semble t’il). Il fait également appel à sa troupe. Si en tête d’affiche (aux voix), George Clooney et Meryl Streep sont des nouveaux venus, Anderson retrouve Owen Wilson, Bill Murray, Michael Gambon, William Dafoe, Jason Schwartzman…
Le metteur en scène, et scénariste, ne renonce pas non plus à ses thèmes de prédilection avec un personnage central qui est un père atypique comme le furent Royal Tanembaum ou Steve Zissou. La filiation tient à nouveau une place prépondérante avec le style de l’auteur tout en « déviances élégantes ». Ainsi Mr Fox préfère ouvertement son neveu à son fils jusqu’au bout. Fantastic Mr Fox introduit cependant une réflexion sur la différence et l’amour. Le fils délaissé est dit « différent » et se sent rejeté ce qui le rapproche de son père, lui-même différent, et fait de lui un être à part entière. C’est à la femme/mère Mrs Fox que revient ce rôle de ciment entre les différents protagonistes. L’angle de vue de Wes Anderson est aussi original que poignant loin du gnangnan ou de l’émotion facile.
J’ose quand même dire que tout génial qu’il soit, Fantastic Mr. Fox est peut-être le moins bon film de son auteur. Il manque peut-être un peu de rythme dans la première partie, il faut sans doute du temps pour s’imprégner de cette animation saccadée, mais superbe, après plusieurs films au style bien reconnaissable, s’imprégner de cet univers où les animaux sont élégants mais mangent comme des animaux et rêvent d’un certain retour à la vie sauvage. Et il y a déjà beaucoup d’amour, de personnages étranges (l’opossum maître de maison qui renvoie au fidèle serviteur de Royal Tenenbaum).
Les éléments mis en place, la seconde partie devient parfaite. Elle enchaîne les morceaux de bravoure enlevés dont un combat rat/renard, monté littéralement comme une bande dessinée, vraiment étonnant, l’humour dans les dialogues et les situations, et les (nombreuses) séquences typiquement andersonniennes dont la rencontre « autre » avec le loup est l’élément le plus magnifiquement représentatif. Une nouvelle fois, Wes Anderson m’offre un moment de bonheur. Fantastique Fantastic Mr Fox.

Par Pascal
23 février 2010
Vu le 10/9/2008 à l’UGC Normandie Salle 1 en VO
Entendu une fille parlant à une autre à la sortie de la salle : « T’enlèves les chansons d’ABBA et c’est mauvais ». Cela me rappelle Agrippine de Brétecher : « Mozart c’est nul sauf la musique du film ». Il ne s’agit pas ici de mettre sur un pied d’égalité Mozart et ABBA pas plus que le Amadeus de Milos Forman avec cette adaptation d’une comédie musicale à succès. Mais il est important de prendre en compte le fait que Mamma Mia! a été conçu sur la musique d’ABBA. La scénariste Catherine Johnson n’a pas écrit une histoire puis s’est dit : « Tiens et si j’illustrais mon propos des chansons d’un groupe scandinave ? ». Bon et donc ces critiques à peine remis de mes émotions, c’est nul.
D’ailleurs, l’histoire est-elle si nulle ? C’est une comédie. Elle est 33% plus compliquée que Les Compères de Francis Veber ou Une Chance sur deux de Patrice Leconte. En effet, Sophie (Amanda Seyfried, craquante et sexy) ne connaît pas son père et invite ses trois pères potentiels à assister à son mariage sans le dire à sa maman. Elle pense pouvoir le reconnaître au premier coup d’oeil mais évidemment ce n’est pas le cas. Bon, on a vu pire comme histoire. C’est même parfois assez drôle grâce un peu aux amis de Maman sorties de Absolutely Fabulous et bien sur au trio gagnant Brosnan/Firth/Skarsgard dans le rôle des pères.
Le problème majeur de Mamma Mia! est la réalisation calamiteuse de Phyllida Lloyd qui travaille dans l’opéra, et qui fait partie des créateurs initiaux de cette pièce. Mais elle ne sait visiblement pas tenir une caméra. Dès lors que celle-ci est en mouvement, tout est à peu près raté. Très souvent mal éclairées, comme si on voulait vraiment nous montrer qu’on tourne en studio, des séquences entières sont gâchées et la moindre des chorégraphies, généralement peu audacieuses d’ailleurs, est illisible. D’autant plus dommage que quand la réalisatrice prend le temps de poser sa caméra pour un plan mère/fille devant le miroir ou pour un départ en bateau, elle rend service au film. Mais c’est si rare…
Que reste t’il pour sauver le film ? Les acteurs et les chansons d’ABBA. La fille du cinéma n’a pas si tort au fond. La prestation de Meryl Streep semble avoir des avis mitigées. Certes j’adore les comédies musicales et je me fais facilement avoir mais admirer Meryl Streep (quand elle est bien cadrée) danser maladroitement et chanter sincèrement la chanson titre m’a donné des frissons. De même, Pierce Brosnan chante terriblement faux mais il a un tel aplomb qu’il devient touchant jusqu’à son génial « It’s only for the rest of your life. ».
Le film est sauvé et beau. La réalisation est impardonnable mais je pardonne volontiers les scènes parfois hystériques entre deux chansons car elles aboutissent à des arrangements musicaux enthousiasmants. A la limite, on peut se demander si cet écrin bancal n’est tout simplement pas idéal pour les chansons d’autant que la dernière séquence pendant le générique est hilarante et débridée (les acteurs avec des costumes d’ « époque ») mais finalement très simple (une scène, un micro). Les standards d’ABBA sont sûrement éternels…

Par Pascal
13 septembre 2008