Quantum of Solace

Vu le 5/11/2008 Ă  l’UGC Normandie Salle 1 en VO

(spoiler inside)
Deux ans après un Casino Royale qui relançait la franchise, la direction empruntĂ©e par le dernier James Bond, en gros plus de sĂ©rieux et moins de gadgets, Ă©tait source de nouvelles possibilitĂ©s plutĂ´t inĂ©dites, pour la sĂ©rie, qui ne demandaient qu’Ă  ĂŞtre dĂ©veloppĂ©es. L’essai est-il transformĂ© dans ce 2(2)ème Ă©pisode ? Pas vraiment. Si Quantum of Solace est dans la continuitĂ© du premier Ă©pisode, il est dĂ©ception sur bien des aspects.

Quantum of Solace commence une poignĂ©e de minutes après la fin de Casino Royale, comptant peut-ĂŞtre un peu trop sur notre mĂ©moire. Et nous sommes plongĂ©s dans une histoire gĂ©opolitisante, jeu trouble de la CIA inclus, oĂą on monnaye un coup d’Ă©tat bolivien et une portion de dĂ©sert disposant d’une ressource mystĂ©rieuse. Tout le monde croit que c’est du pĂ©trole mais c’est forcĂ©ment une fausse piste. Derrière tout ça, une mystĂ©rieuse organisation (a t’elle un nom ?) et un projet « quantum » d’oĂą plus ou moins le titre du film que Craig explique comme Ă©tant associĂ© Ă  « une once de consolation » et le fait de ne pas abandonner. Bien, bien.
De toute façon, plus encore que Casino Royale, on se fiche un peu de cette histoire d’autant plus qu’elle est traitĂ©e par-dessus la jambe. C’est un crash aĂ©rien fort Ă  propos dans le dĂ©sert qui nous rĂ©vèlera le pot aux roses. Certes les scĂ©narios des Bond sont souvent des histoires prĂ©texte Ă  des pĂ©ripĂ©ties multiples mais ici sa dimension volontairement sĂ©rieuse, presque rĂ©aliste, implique une ambition peu compatible avec cette machination sud amĂ©ricaine peu captivante.

Comme souvent, les mĂ©chants sont mieux mis en valeur que leurs coups tordus. Ici, nous nous trouvons donc confrontĂ©s Ă  une organisation Ă©voquĂ©e dans l’Ă©pisode prĂ©cĂ©dent. Elle est donc très mystĂ©rieuse, inconnue de l’Intelligence Service, mais aussi tentaculaire car un garde du corps personnel de M se rĂ©vèle ĂŞtre un traitre Ă  leur solde façon « nous sommes partout ». On Ă©vite heureusement les traĂ®tres Ă  rĂ©pĂ©tition tout au long du film façon 24. L’organisation est rĂ©vĂ©lĂ©e très joliment lors d’un opĂ©ra oĂą les conspirateurs se rĂ©unissent Ă  distance loin des meetings dans les repaires souterrains. Une bonne idĂ©e mais aussi le seul vĂ©ritable dĂ©veloppement sur cette organisation, l’action et l’intrigue prenant le pas autour du mĂ©chant Dominic Greene.

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Ce dernier est dans la tradition des mĂ©chants milliardaires et soi-disant philanthropes. L’Ă©cologie est le domaine de prĂ©dilection de Greene. Ses motivations demeurent cependant purement pĂ©cuniaires. L’interprĂ©tation de Mathieu Almaric est plutĂ´t intĂ©ressante montrant un cĂ´tĂ© effrayant mais aussi effrayĂ© face Ă  Bond notamment lors d’une rencontre fortuite Ă  l’opĂ©ra. Le revers de cette double facette est que son affrontement face Ă  Bond Ă  la hache comme Zorin dans Dangereusement votre,couinements aigus en sus (pour marquer le cĂ´tĂ© Ă©nergie du dĂ©sespoir ?), ne prĂ©sente que peu d’intĂ©rĂŞt et aucun suspense. Sa fuite dans le dĂ©sert est du coup pĂ©nible. Le super mĂ©chant est faible et lâche. En deux ellipses, on nous fait comprendre qu’il trahit tout ses « collègues » qui vont finir par l’abattre. Etant accompagnĂ© d’un homme de main encore plus faible, ça ne fonctionne tout simplement pas et on s’Ă©tonne mĂŞme, tant au niveau de la crĂ©dibilitĂ© de l’histoire que du scĂ©nario, qu’un homme si organisĂ© n’a pas de plan B et se ballade au cĹ“ur du dĂ©sert bolivien sans des dizaines de gardes du corps.

Quantum of Solace souffre au final d’un singulier manque de dĂ©veloppement de l’histoire et ses enjeux. L’intrigue autour de la mort de Vesper Lynd n’arrange rien car elle est Ă©galement très mal traitĂ©e. Bond est donc marquĂ© par la mort de Vesper et chercherait Ă  la venger. En dehors Ă©ventuellement d’un acte très cruel envers Greene (qui le lâche dans le dĂ©sert comme le Bon lâche la Brute), aucun de ses actes indique qu’il aurait agi diffĂ©remment sans cette quĂŞte de justice. Sa brutalitĂ© et son entĂŞtement sont dĂ©jĂ  deux traits de caractère du personnage et n’ont pas besoin de justifications supplĂ©mentaires. Ne reste que des dialogues fonctionnels et une photo de Vesper pour essayer de nous convaincre du contraire. C’est ratĂ© et finalement, il fait son deuil dans la dernière et courte scène face Ă  l’ex de Vesper Lynd, scène peu claire et sans rapport avec le reste de l’histoire. Quantum of Solace n’est pas un film vigilante façon Permis de tuer.

Le rĂ©alisateur Marc Forster semble donc comme survoler le scĂ©nario. Cela se ressent d’ailleurs dans sa durĂ©e. Alors que Casino Royale s’Ă©tirait inutilement, mais spectaculairement, après la mort du super vilain, Quantum of Solace est plutĂ´t court. On passe d’ailleurs d’un extrĂŞme Ă  l’autre : Casino Royale est semble t’il le plus long film de la sĂ©rie, Quantum of Solace le plus court (1h48). Ce dernier est expĂ©diĂ©. On arrive mĂŞme au final James Bond Vs Dominic Greene presque par surprise lors d’une sĂ©quence de signature du contrat entre Greene et le future ex-prochain dictateur sud amĂ©ricain, le GĂ©nĂ©ral Medrano.

Comme tout lecteur de Franquin sait que les contrats ne peuvent ĂŞtre signĂ©s, on comprend que ça va mal se passer. Si j’ai bien compris, l’explosion de deux bouteilles d’hydrogène provoque une rĂ©action en chaĂ®ne conduisant Ă  la destruction complète d’un hĂ´tel de cent mètre de long, dĂ©cors vraiment fantastique soit dit en passant, les autres dĂ©cors ne faisant guère plus qu’assurer un dĂ©paysement de carte postale (ce qui n’est pas si mal). Cette explosion de bouteilles reste Ă  vĂ©rifier car nous arrivons au plus gros problème de Quantum of Solace : l’action. Au jeu de la mise en scène de l’action, Marc Forster prouve qu’il n’est ni Paul Greengrass (La Mort dans la peau), ni Martin Campbell (Casino Royale et Goldeneye) . C’est simple : l’action n’est pas lisible et terriblement saccadĂ©e. Les poursuites Ă  pied du dĂ©but sont incomprĂ©hensibles. On ne sait tout simplement pas oĂą sont les acteurs, particulièrement dans le souterrain. Depuis quelques temps au cinĂ©ma, c’est la fĂŞte de la course Ă  pied dans les films (Les rivières pourpres, Jason Bourne, Mission Impossible 3, Ne le dis Ă  personne…). Ca doit ĂŞtre moins cher qu’une poursuite en voitures et c’est souvent plus spectaculaire. Ce n’est Ă©videmment pas le cas ici et les poursuites dans ce Bond ne supporte pas la comparaison avec aucun des films prĂ©cĂ©demment citĂ©s. On ne sait mĂŞme pas parfois ce que fait Bond pour se tirer de situations Ă©pineuses. Si quelqu’un pouvait ainsi m’expliquer exactement la manĹ“uvre que Bond fait pour provoquer l’explosion de l’avion ennemi (Ă  part l’aveugler), je suis preneur.
Le montage est Ă©videmment Ă  l’avenant : Ă©pileptique. C’est sans doute l’air du temps qui veut ça mais lĂ  oĂą l’action de la Mort dans la peau est extrĂŞmement sensitive, celle de Quantum of Solace ne suscite que de la gĂŞne et un effort pour comprendre ce qu’il se passe Ă  l’Ă©cran.

Demeure malgrĂ© tout les balades dans le dĂ©sert et la sĂ©quence finale somme toute très explosive cinĂ©gĂ©nique avec un Bond uniquement aidĂ© par son pistolet. Daniel Craig a heureusement beaucoup d’Ă©nergie Ă  revendre et demeure parfait en toute circonstance. AidĂ© par toujours autant de technologie (ordinateurs et portables), presque maternĂ© (on ne voyais pas autant M auparavant), il acquiert plus d’indĂ©pendance et demeure le plus souvent livrĂ© Ă  lui-mĂŞme, toujours autant bornĂ© et brutal, limite rustre. Il est paradoxalement superbe en smoking dans une suite de luxe. 007 a en outre un esprit plutĂ´t « badass » quand il jette dans une benne Ă  ordures le cadavre d’un ennemi-ami sous le regard dĂ©sapprobateur de Camille :« c’est ce qu’il aurait aimĂ© ». Excellent. L’humour est mĂŞme parfois direct au dĂ©tour de quelques rĂ©pliques mais c’est assez rare.

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Quantum of Solace vaut aussi le coup d’oeil pour les amateurs de James Bond girls. Les deux copines de l’agent secret sont largement meilleures que dans Casino Royale. Olga Kurylenko est superbe, Ă©videmment, mais en plus elle tient parfaitement son rĂ´le, bien plus crĂ©dible que sa Ford Ka rutilante dans les rues dĂ©labrĂ©es de Port au Prince. Comme de plus en plus avec les James Bond rĂ©cents, ce rĂ´le fĂ©minin est un peu Ă©toffĂ© avec une intrigue sur base d’une vengeance assĂ©nĂ©e rapidement mais peut-ĂŞtre un peu plus intĂ©ressante que celle de Bond puisque plus directe. Et son combat final est plus efficace en terme de suspense que celui de Bond.

Dans ces conditions, fallait-il alors se contenter de la bonne bande-annonce ? La franchise James Bond doit certes rĂ©pondre Ă  un cahier des charges prĂ©cis mais le film que nous avons sous les yeux est terriblement formatĂ© jusqu’aux rĂ©fĂ©rences caricaturales (la fille recouverte de pĂ©trole dans son lit façon Goldfinger…). On a l’impression qu’au lieu de construire sa lĂ©gende, la franchise se sert sans imagination de ses acquis et de la mode cinĂ© actuelle. L’avenir nous le confirmera. En attendant, les indulgents, dont je fais souvent partie, verront dans ce Quantum of Solace un film d’action carrĂ©, sans fioritures et rythmĂ©. Le succès est garanti. La sĂ©ance cinĂ© n’est pas une punition et on n’est pas mĂ©content de voir un James Bond. Mais le sĂ©cheresse gĂ©nĂ©rale du film pèse lourdement et il est tout simplement impossible pour ce Quantum of Solace de s’en sortir avec un second degrĂ© salvateur. James Bond est devenu un divertissement sĂ©rieux, lourd mais pas bien solide. Dans dix ans, je me demande si je ne prĂ©fĂ©rerais pas revoir Moonraker pour me divertir… et en plus le mĂ©chant est aussi Français !

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Fortunately, James Bond will return…

 Par Pascal     2 commentaires15 novembre 2008    Catégories: CinĂ©ma


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