JCVD

Vu le 4/6/2008 au MK2 Odéon Salle 2

JCVD dĂ©bute par un calamiteux et paradoxalement statique travelling façon jeu vidĂ©o. Jean Claude Van Damme tue de nombreux ennemis et sauve l’otage. Heureusement, ce n’est qu’un film dans le film rĂ©alisĂ© par un pĂ©teux artiste asiatique. Le ton est donnĂ©. A 47 ans, l’acteur JCVD n’y croit plus et court après un cachet pour payer son avocat et obtenir la garde, ou au-moins le droit de visite, de sa fille. Ses cartes bleues bloquĂ©es, il se retrouve Ă  la poste pour retirer de l’argent. Pas de bol, l’agence se faisait braquer…

JCVD c’est un peu l’autre cĂ´tĂ© du miroir oĂą Jean-Claude Van Damme joue son propre rĂ´le dans une fiction oĂą il se trouve contraint de nĂ©gocier avec des malfrats. L’humour le plus Ă©vident du film repose sur le dĂ©calage entre l’acteur dans la vie et l’idĂ©e que le spectateur s’en fait. Le « hĂ©ros » a donc une peur terrible des flingues, a peur de mourir, ne veut surtout pas jouer au hĂ©ros. Et pourtant, les occasions oĂą les mĂ©chants baissent leur garde face Ă  lui sont lĂ©gions et on ne peut s’empĂŞcher de se demander, tout comme l’acteur dans les derniers instants du film, ce qu’il attend pour foutre des side-kick libĂ©rateurs.
L’effet recherchĂ© est donc une rĂ©ussite : en jouant son propre rĂ´le, Jean Claude Van Damme est Ă  contre-emploi ! Ce dĂ©calage dĂ©teint Ă©galement sur les vrais malfaiteurs interprĂ©tĂ©s par des « gueules » certes mais pas forcĂ©ment attendus dans le registre gangster sĂ©rieux mais minable. En petite frappe impulsive avec sa tignasse de hard rocker, Zinedine Soualem fleurte avec le ridicule. Et pourtant, lorsqu’il menace Van Damme, c’est vraiment intense. Le talent du rĂ©alisateur Mabrouk el Mechri n’est certainement pas pour rien dans cette rĂ©ussite. Sa mise en scène est stylĂ©e, peut-ĂŞtre un peu trop d’ailleurs. La photo est bien trop esthĂ©tisante et trop terne : on ne voit vraiment pas grand chose. La prise d’otage demeure bien troussĂ©e avec des rebondissements et une rĂ©solution ironique assez bien vue reliant habilement ce casse Ă  la vie de l’acteur. Et sans qu’on rigole tout le temps aux Ă©clats, l’humour belge fait mouche.

Mabrouk el Mechri est aussi un authentique fan de l’acteur. Il ne fait pas grand mystère que JCVD est un Ă©crin idĂ©al pour l’acteur et de nombreux aspects de sa vie publique sont abordĂ©s tout comme sa lassitude, très drĂ´le quand il reproduit pour la Ă©nième fois son coup de pied emblĂ©matique ! L’acteur est tout Ă  fait Ă  la hauteur mais son admirateur de metteur en scène lui en donne peut-ĂŞtre trop. A ce titre Le long monologue est assez embarrassant. La performance de Van Damme est très bonne, si bien qu’on se demande si tout est très Ă©crit ou totalement improvisĂ©. L’acteur se livre face camĂ©ra, nous fait un peu sourire (mais ce n’Ă©tait sans doute pas le but), nous perd un peu aussi. Et son contenu est assez peu mĂ©morable. Cette confession n’a rien Ă  faire dans le film, Ă  aucun moment. Un film au service de sa star n’est pas nĂ©cessairement mauvais, et JCVD ne l’est pas. Mais il n’est pas pertinent de l’encombrer d’une page de publicitĂ©, si sincère puisse t’elle ĂŞtre, pour que l’acteur nous dise qu’il est un brave type. Et pourquoi pas une pub de Tom Cruise sur la scientologie dans Mission Impossible ou un message de Wesley Snipes dans Blade nous incitant Ă  payer nos impĂ´ts ?

JCVD n’avait pas besoin de ça d’autant plus que l’acteur est largement aussi touchant dans le film quand il explique sa vision de ses rĂ´les Ă  son agent ou surtout quand il subit dĂ©sabusĂ©, Ă©crasĂ©, les reproches de sa chauffeur de taxi, sans doute le plus beau moment du film. Jean-Claude Van Damme se rĂ©vèle une star internationale belge accessible, gentille, et mĂŞme polie, mais amère, triste. MalgrĂ© quelques maladresses, JCVD est souvent juste.

jcvd21

 Par Pascal     Commenter14 juin 2008    Catégories: Articles CinĂ©ma


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