Phénomènes

Situons un peu, j’aime beaucoup les films de M. Night Shyamalan depuis le Sixième sens. Mon prĂ©fĂ©rĂ© est Incassable et j’ai aimĂ© la Jeune fille de l’eau le film qui semble avoir presque totalement mis Ă  mal sa rĂ©putation Ă  Hollywood. Si le film est parfois maladroit, il n’est pas un navet intersidĂ©ral car le rĂ©alisateur est loin d’ĂŞtre un manchot et ses images, ses Ă©vocations, sont toujours sincèrement superbes tout comme la fluiditĂ©, et parfois la densitĂ©, de ses intrigues.

PhĂ©nomènes dĂ©bute par de dramatiques Ă©vĂ©nements, des suicides collectifs d’abord dans les parcs de grandes villes puis dans tout le Nord Est des Etats-Unis. Si une attaque terroriste est d’abord Ă©voquĂ©e, c’est bien la Nature elle-mĂŞme qui semble ĂŞtre la cause de ces massacres.

De cette terrible menace, on ne saura finalement pas grand chose si ce n’est l’impuissance de l’homme face Ă  celle-ci. PhĂ©nomènes se rapproche de La Guerre des Mondes et prĂ©cisĂ©ment du film de Spielberg avec cette famille en fuite se heurtant Ă  une force incomprĂ©hensible et une population hostile. Un peu moins ambitieux, le film de Shyamalan ne supporte pas la comparaison avec le film de son grand admirateur mais il est tout Ă  fait honorable et le rĂ©alisateur sait se distinguer en parvenant Ă  insuffler de la force Ă  son film sans effets spĂ©ciaux tonitruants mais avec simplement du vent voire un courant d’air.

On voit d’ici les vannes faciles (« Yo, ton film, c’est du vent ») se profiler et pourtant la mise en scène est efficace et les bons moments ne manquent pas dès le tout dĂ©but vĂ©ritablement glaçant. Les images sont souvent terrifiantes, le point d’orgue Ă©tant une ultime sortie vers Princetown frappĂ©e par la mort de manière abominable mais aussi la confrontation autour d’une maison close de tout part avec une menace humaine mais aussi insaisissable et impitoyable. L’isolement est Ă  ce titre bien perçue comme une solution pour ĂŞtre en sĂ©curitĂ© mais une solution nĂ©cessairement violente et temporaire comme le montre les dernières scènes dans les profondeurs de l’AmĂ©rique. Cette approche est plus intĂ©ressante que le message Ă©colo un peu maladroit et trop passe-partout.

En toile de fond, une histoire de couple apparemment anodine, tout en retenue (un peu comme dans les films indiens peut-ĂŞtre) : la femme a mangĂ© un dessert avec un autre homme (interprĂ©tĂ© par un Shyamalan invisible) sans le dire Ă  son mari. « ! » pourrais t’on dire, la faute est apparemment inoffensive. Et pourtant, elle au coeur du film nous rappelant l’importance de la complicitĂ© du couple. A une Ă©poque voyeuriste qui nous Ă©pargne pas grand chose Ă  la tĂ©lĂ©vision et sur Internet en matière d’Ă©normitĂ©s, la sĂ©quence presque grotesque dans la fosse aux lions vue sur un tĂ©lĂ©phone portable semble l’illustrer, le metteur en scène nous raconte l’essence mĂŞme de notre humanitĂ© et l’optimisme du film est bien portĂ©e par ce couple ayant du mal Ă  franchir le pas mais transformĂ©e par les Ă©vĂ©nements autour d’eux. Classique mais joliment fait.
Parfois sublimĂ© par la musique du fidèle James Newton Howard, PhĂ©nomènes ne marque pas un retour en force mais atteste de la maĂ®trise de son auteur. Et c’est surtout un très bon moment de cinĂ©ma.

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 Par Pascal     1 commentaire22 juin 2008    Catégories: CinĂ©ma


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