Saga Indiana Jones : le père
Henri Jones Sr (Sean Connery)
Le père d’Indiana Jones n’apparaît que dans Indiana Jones et la dernière Croisade. Il est la création la plus importante de la série après Indiana Jones lui-même. Alors que Lucas souhaitait raconter la quête du Graal, Spielberg voulait développer une relation père-fils. Loin de reléguer le Graal à un McGuffin de luxe, Spielberg parvient finalement à concilier les deux, enracinant la quête, lubie initiale du père autour de leur relation. Cette approche est classique, deux personnes se retrouvent dans l’épreuve, mais géniale. Elle bouleverse néanmoins quelques codes puisqu’il est quand même assez rare de voir Papa-Maman débarquer dans la vie du héros.
Ces retrouvailles mouvementées changent complètement notre perception du héros Indiana. Alors que nous connaissions un Indy orgueilleux avec les femmes, toujours accompagné d’amis à son service et opposé à des ennemis respectant sa valeur, nous nous retrouvons avec un enfant en représentation devant son père, soumis et dépassé, incompris mais qui cherche malgré tout à l’impressionner. Ses regards et son sourire victorieux vers son père lors de la poursuite en moto le soulignent.
Mais qui est ce père tant redouté ? Comme son fils, le professeur Henri Jones enseigne à l’université. Il est un père dont les premières apparitions, un bras affairé à sa passion puis une vieille photo, marquent la distance, le manque de communication face à Henri Jones Junior. Des moments importants se bonifiant au fil des visions. Et si son fils cherche tant à l’impressionner, c’est qu’il ne l’est pas. Aux oeillades de son fils dans la poursuite en moto, il ne répond que par un regard désapprobateur et sévère. Quand il apprend que son fils détient son journal dans sa poche au lieu de l’avoir mis en sécurité, il s’emporte alors qu’il est menacé par les nazis. Et il s’obstine à l’appeler Junior pour clairement marquer son autorité et ne pas perdre la face même en commettant les pires catastrophes : mettre le feu dans la pièce où ils sont séquestrés et mitrailler leur propre avion !
La force de ces séquences est qu’elles nous sont racontées avec un humour formidable faisant de l’épisode trois le plus drôle mais aussi le plus émouvant de la série. Sous couvert d’autorité et d’austérité, Henry Jones est un homme agé et gaffeur, complètement dépassé par les actions héroïco-suicidaires et les talents d’improvisation de son fils qu’il découvre peu à peu dès lors que ce fils entre dans son monde : celui du Graal. Et de même, Indy découvre son père dès lors que ce dernier entre dans le sien, celui de l’aventure (mouvementée). Une mise à nu aboutissant à un respect et une admiration réciproque comme lorsque le père les sauve d’une situation désespérée avec des mouettes et un parapluie.
C’est donc en se dévoilant l’un à l’autre que le père et le fils se retrouvent et se réconcilient jusqu’aux épreuves finales pour atteindre le Graal, épreuves qu’ils vivent et subissent ensemble alors qu’ils sont séparés et qui trouve leur conclusion dans ce bouleversant « Indiana » prononcé par le père alors que son fils tente sans discernement de récupérer la coupe du Graal. On peut appeler ça du grand cinéma.
Dans ce rôle auquel il a beaucoup apporté, Lucas voyait quelqu’un de plus sérieux façon Yoda (ce n’était pas nécessairement une mauvaise idée), Sean Connery trouve là un des plus grands rôles de sa carrière. Si voir un ancien James Bond jouer les papa un peu gâteux peu vite tourner aux clins d’oeil faciles, l’acteur ne fait jamais dans l’auto-parodie mais invente un personnage comique inédit pour lui, sans ironie, sans second degré mais avec du coeur, à contre-pied de tout ce que nous pouvions imaginer. C’est la marque des géants.



