RIP Heath Ledger
Si on essaye d’oublier la publicitĂ© autour de The Dark Knight, on peut toujours trouver que l’interprĂ©tation du joker par Heath Ledger est hallucinante. Un mĂ©chant hors norme et dĂ©rangeant, un acteur au service du rĂ´le et du film car Heath Ledger ne cherche pas Ă tirer la cape de Batman vers lui. Tous ces Ă©loges dithyrambiques nous conduisent au succès et peut-ĂŞtre Ă l’oscar et le succès. Certes Batman peut drainer les foules Ă lui tout seul** mais Ledger n’est Ă©videmment pas pour rien dans le succès exceptionnel du film.
On peut critiquer Terry Gilliam sur ces rĂ©serves Ă propos de la publicitĂ© autour de l’acteur qui jouera son dernier rĂ´le dans son prochain film (et oĂą Jude Law, Johnny Deep et Colin Farrel joueront le mĂŞme rĂ´le), The Imaginarium of Doctor Parnassius. On peut critiquer la paranoĂŻa, l’anti-conformisme systĂ©matique du rĂ©alisateur sur les producteurs et remarquer que le Monthy Python n’a jamais vraiment portĂ© Hollywood dans son coeur. Pourtant, on peut se demander d’oĂą vient cette surabondance de louanges, au-delĂ d’une attirance un peu morbide, d’autant plus que Heath Ledger vivant n’aurait pas atteint un tel niveau de reconnaissance pour The Dark Knight.
Revenons donc sur la carrière et les films de ce jeune acteur. DĂ©jĂ on peut dire que je n’ai pas tout vu de l’acteur australien ainsi le thriller Two Hands ou la comĂ©die Ten Things I Hate about you avec aussi Julia Stiles qui marquent ses dĂ©buts.
J’ai entendu parler de Heath Ledger pour la première fois pour Le Patriote de Roland Emmerich. Il Ă©tait prĂ©sentĂ© comme le nouveau Mel Gibson soit un jeune premier bourrĂ© de talent. Le film n’est cependant pas Mad Max pas plus que l’acteur occupe la tĂŞte d’affiche puisqu’il interprète le fils de Benjamin Martin aka Mel Gibson car Le Patriote est avant tout au service de la vĂ©ritable star. Aussi, sans vraiment crever l’Ă©cran, le film, très bon au demeurant, est un excellent tremplin.
Sorti après Le Patriote, Chevalier et son rĂ©alisateur Brian Helgeland capitalisent sur Heath Ledger star en devenir. Le ton de ce film, qui est surtout une comĂ©die, est plutĂ´t intĂ©ressant. Loin d’ĂŞtre le simple bellâtre hĂ©roĂŻque Ă©voquĂ© par l’affiche et malgrĂ© des critiques fort mitigĂ©es aussi bien sur le film que son interprĂ©tation, l’acteur tire son Ă©pingle du jeu sans encore Ă©merveiller.
Quelques mois plus tard, cette volontĂ© de sortir des chemins balisĂ©s est confirmĂ©e avec A l’ombre de la haine de Marc Forster. Je ne rate jamais une occasion de dire du mal de ce film profondĂ©ment Ă©pouvantable mais finalement bien interprĂ©tĂ© sauf Halle Berry trop souvent outrancière, curieux qu’elle est obtenue l’oscar. Le rĂ´le de Ledger est très court et du coup surprenant Ă l’image de son glacial suicide face Ă son père. Alors en pleine ascension, l’acteur choisit un petit rĂ´le dans un film « difficile » mais un rĂ´le qui marque les esprits.
Le film de Marc Forster aurait pu ĂŞtre un tournant dans sa carrière mais les trois-quatre annĂ©es qui suivent ne seront pas vraiment mĂ©morables, presque une traversĂ©e du dĂ©sert : d’abord justement le film Frères du dĂ©sert, un film « à la » David Lean dit un peu poussif (Ă ce qu’on m’en a dit). En 2003, Heath Ledger s’empare du rĂ´le vĂ©ridique de Ned Kelly, une sorte de Robin des Bois australien. Etant donnĂ© sa distribution, Heath Ledger mais aussi Orlando Bloom, Rachel Griffiths, Naomi Watts, Geoffrey Rush, et le peu de publicitĂ© autour de ce film mĂŞme pas sorti en France, difficile de croire au chef d’oeuvre. Le film fait 882 entrĂ©es en Lettonie (!). Vient enfin le sinistre Purificateur oĂą Ledger retrouve le rĂ©alisateur de Chevalier, pour une plongĂ©e dans le paranormal.
C’est en 2005 que l’acteur s’impose avec Brokeback Mountain. Plus encore que Jack Gyllenhall, Heath Ledger explose dans ce film. Le mĂ©lodrame se prĂŞte bien Ă la dĂ©couverte d’une acteur et son entrĂ©e dans a lĂ©gende. L’approche du film est radicale car mĂŞme si Ang Lee fait tout pour mettre en avant son histoire d’amour impossible, l’homosexualitĂ© est traitĂ©e frontalement (et abruptement) et sort le film de l’universalitĂ©. Tant et si bien que Brokeback Mountain est un film dont on ne peut ĂŞtre sur qu’il sera un classique de demain. Reste que Ledger est vraiment admirable.
Avec Les Frères Grimm, la mĂŞme annĂ©e, Ledger confirme dĂ©finitivement, du moins Ă mes yeux, qu’il n’est pas une sensation Ă©phĂ©mère. Brokeback Mountain est un film Ă oscar et il n’est pas si Ă©tonnant de trouver des interprĂ©tations « oscarisable ». Dans ce film de Terry Gilliam un peu ratĂ© et charcutĂ©, on n’attendait pas beaucoup du duo d’acteur Matt Damon/Heath Ledger. Sans vĂ©ritable contrainte, Heath Ledger s’y rĂ©vèle prodigieux, butĂ© et frustrĂ© par une vie de mensonges.
Enfin, vient la nouvelle de sa présence dans la suite de Batman Begins qui cachent quelques autres films plutôt confidentiels comme Casanova de Lasse Hallström et Candy de Neil Armfield. La consécration est au bout du rôle mais le triste destin fait son oeuvre le 22 janvier 2008.
Heath Ledger est mort Ă 28 ans. Soyons honnĂŞte : ses titres de gloire n’Ă©tait pas vraiment nombreux. Mais Brokeback Mountain, Brother Grimm et peut-ĂŞtre son dernier film, The Imaginarium of Doctor Parnassius de Terry Gilliam, rĂ©vĂ©laient un acteur plus que prometteur et singulier. Batman et son dĂ©sormais inoubliable Joker sont passĂ©s par lĂ . Maintenant, on Ă©crit le plus possible avec tous les superlatifs possibles. La lĂ©gende doit s’en emparer coĂ»te que coĂ»te. La consĂ©cration est donc lĂ mais elle a un goĂ»t amer.
Heath Ledger ne sera pas James Dean. Ce n’est pas un acteur en pleine gloire qui part mais un jeune homme qui s’en approchait peu Ă peu. Cela me rend triste. Qu’il soit assurĂ© que je me souviendrai toujours de lui, de cet instant bouleversant oĂą seul et mutique dans sa caravane, Ennis/Heath caresse les vĂŞtements de son amour perdu Ă jamais…
** Rappelons que Batman 1,2 et 3 battirent chacun le record de recette lors de leur premier weekend d’exploitation aux USA.
Par Pascal Commenter27 aoĂ»t 2008 Catégories: Articles CinĂ©ma







