Lovely Bones (2009) de Peter Jackson

Susie Salmon, 13 ans, vit heureuse dans une famille heureuse. A quelques jours de son premier rendez-vous galant et de son premier baiser, elle est assassinĂ©e par un de ses voisins. De l’au-delĂ , une sorte de purgatoire, elle regarde et tente de communiquer avec sa famille.

Pour son « retour » vers des films moins Ă©normes que King Kong et Le Seigneur des Anneaux, Peter Jackson adapte un roman sur cette jeune fille assistant aux supplices de sa famille après sa mort. En mĂ©langeant thriller, ados et fantastique, Jackson se rapproche de son magnifique CrĂ©atures CĂ©lestes. Avec de plein de morceaux de vrai cinĂ©ma et de coups de gĂ©nie, le rĂ©sultat m’a parfois dĂ©contenancĂ© et pourtant, avec le recul, Lovely Bones se tient admirablement.

Le film traite aussi du deuil. Avec beaucoup de justesse, le metteur en scène ne filme pas des pleurs de groupes mais des âmes solitaires vivant le deuil chacun de leur cĂ´tĂ© : le père enfermĂ© dans son bureau, la mère qui perd pied, le fils qui rĂŞve de sa soeur, la fille cadette qui court, qui court. Et bien sur Susie, gĂ©nĂ©ralement seule et monologuant dans son monde imaginaire, un monde souvent superbe, un peu kitsch et parfois mĂŞme assez laid mais qui n’est en fait l’expression des sentiments et de l’imaginaire d’une adolescente marquĂ©e par son père. Jackson nous rappelle aussi sa maĂ®trise et son amour du cinĂ©ma notamment dans ce travelling Ă©trange de Susie parcourant plusieurs paysages.

La virtuositĂ© la plus palpable de Jackson rĂ©side dans la tension : la scène du meurtre bouleverse par son dĂ©coupage (avec la famille de Susie Ă  table) et son inĂ©luctabilitĂ©. Le suspense devient Hitchcockien dans la maison du meurtrier et son plancher qui grince. Toutes les scènes avec le meurtrier (Stanley Tucci, excellent), sont inquiĂ©tantes et parfois mĂŞmes insoutenables dans les non dits et la sensation de peur et d’Ă©crasement. Lovely Bones prend alors des aspects de thriller fantastique, sans vĂ©ritables indices mais Ă  travers des convictions et des sensations que le père et la soeur de Susie ressentent sĂ©parĂ©ment.

Bien que tournĂ©e comme un thriller, la scène clĂ© du film est une rencontre qui n’avait pu avoir lieu. Cette sĂ©quence est aussi dĂ©rangeante que futile au vu des enjeux et de la tension qu’impose Jackson sur un coffre-fort mais elle est finalement Ă©mouvante et profonde. Elle nous ramène aux dĂ©sirs premiers de Susie et au vrai thème du film : l’adolescence. Je ne peux que la lier Ă  l’accroche sur l’affiche de CrĂ©atures CĂ©lestes : la tendre histoire vraie d’un crime abominable.

Alors si le dĂ©roulement peut nous perdre un peu, ou du moins alterner des scènes sublimes (le champs de mais avec le père poursuivant le meurtrier, la dĂ©couverte de la vie de ce dernier par Susie dans son purgatoire) avec des acteurs parfaits (Mark Wahlberg et Saoirse Ronan) et des moments plus en retrait (Rachel Weisz et Susan Sarandon n’ont pas les meilleures parties), Lovely Bones est un film aux thèmes profonds et intelligemment traitĂ©s qui nous accompagnent après la sĂ©ance de cinĂ©ma, ce qui n’est pas si Ă©vident. Lovely Bones est bien une rĂ©ussite. Peter Jackson accumule les visions magnifiques et manie les tensions les Ă©motions avec adresse et audace. Un vrai bon cinĂ©aste.

 Par Pascal     Commenter9 mars 2010    Catégories: Articles CinĂ©ma

Fantastic Mr. Fox (2009) de Wes Anderson

Comme je l’ai dĂ©jĂ  dit, j’ai beaucoup de mal Ă  Ă©crire sur Wes Anderson pourtant un des metteurs en scène qui m’a le plus Ă©merveillĂ© ces dernières annĂ©es. J’ai vu le jour de sa sortie son Fantastic Mr. Fox, l’adaptation d’un roman de Roald Dahl dont l’affiche promo ne cesse de rappeler qu’il est l’auteur de Charlie et la Chocolaterie ce qui renvoie non au pas au livre mais au film de Tim Burton bien sur qui a fait des millions d’entrĂ©es. Les as du marketing ont encore frappĂ©.

Wes Anderson a choisi l’animation en image par image un peu comme James et La PĂŞche GĂ©ante tirĂ© lui aussi d’un livre de Roald Dahl. Ce n’est pas pour autant vĂ©ritablement un film pour enfants. Ces derniers peuvent le voir mais je ne suis pas certain que son esprit les passionne. L’approche sur la forme est bien nouvelle pour Wes Anderson mais il ne renonce pas Ă  son cinĂ©ma avec des travelling gĂ©niaux et des gros plans frontaux sans profondeur plutĂ´t rares dans l’animation (me semble t’il). Il fait Ă©galement appel Ă  sa troupe. Si en tĂŞte d’affiche (aux voix), George Clooney et Meryl Streep sont des nouveaux venus, Anderson retrouve Owen Wilson, Bill Murray, Michael Gambon, William Dafoe, Jason Schwartzman…
Le metteur en scène, et scĂ©nariste, ne renonce pas non plus Ă  ses thèmes de prĂ©dilection avec un personnage central qui est un père atypique comme le furent Royal Tanembaum ou Steve Zissou. La filiation tient Ă  nouveau une place prĂ©pondĂ©rante avec le style de l’auteur tout en « dĂ©viances Ă©lĂ©gantes ». Ainsi Mr Fox prĂ©fère ouvertement son neveu Ă  son fils jusqu’au bout. Fantastic Mr Fox introduit cependant une rĂ©flexion sur la diffĂ©rence et l’amour. Le fils dĂ©laissĂ© est dit « diffĂ©rent » et se sent rejetĂ© ce qui le rapproche de son père, lui-mĂŞme diffĂ©rent, et fait de lui un ĂŞtre Ă  part entière. C’est Ă  la femme/mère Mrs Fox que revient ce rĂ´le de ciment entre les diffĂ©rents protagonistes. L’angle de vue de Wes Anderson est aussi original que poignant loin du gnangnan ou de l’Ă©motion facile.

J’ose quand mĂŞme dire que tout gĂ©nial qu’il soit, Fantastic Mr. Fox est peut-ĂŞtre le moins bon film de son auteur. Il manque peut-ĂŞtre un peu de rythme dans la première partie, il faut sans doute du temps pour s’imprĂ©gner de cette animation saccadĂ©e, mais superbe, après plusieurs films au style bien reconnaissable, s’imprĂ©gner de cet univers oĂą les animaux sont Ă©lĂ©gants mais mangent comme des animaux et rĂŞvent d’un certain retour Ă  la vie sauvage. Et il y a dĂ©jĂ  beaucoup d’amour, de personnages Ă©tranges (l’opossum maĂ®tre de maison qui renvoie au fidèle serviteur de Royal Tenenbaum).
Les Ă©lĂ©ments mis en place, la seconde partie devient parfaite. Elle enchaĂ®ne les morceaux de bravoure enlevĂ©s dont un combat rat/renard, montĂ© littĂ©ralement comme une bande dessinĂ©e, vraiment Ă©tonnant, l’humour dans les dialogues et les situations, et les (nombreuses) sĂ©quences typiquement andersonniennes dont la rencontre « autre » avec le loup est l’Ă©lĂ©ment le plus magnifiquement reprĂ©sentatif. Une nouvelle fois, Wes Anderson m’offre un moment de bonheur. Fantastique Fantastic Mr Fox.

 Par Pascal     Commenter23 fĂ©vrier 2010    Catégories: Articles CinĂ©ma

Marley & Moi

Vu le 4/3/2009 Ă  l’UGC George V salle 2 en VO

Un jeune couple dĂ©mĂ©nage en Floride. Afin d’attĂ©nuer le dĂ©sir d’enfant de sa femme, Jennifer, le mari, John, lui offre un chien. Ils ne sont pas au bout de leurs peines.

Ma femme l’a donc emportĂ© (comme toujours) et nous nous sommes dĂ©placĂ©s pour ce film avec un chien. On aime ou on n’aime pas le chien. Moi je n’aime pas. Le marketing du film se fondait presque exclusivement sur le chien : Marley fout le bordel dans le garage, Marley sort de la voiture en marche, Marley mange tout et mĂŞme le collier qu’on est obligĂ© de retrouver dans le caca, Marley gambade dans le jardin des voisins, Marley regarde ses maĂ®tres faire l’amour… etc. On revoit les mĂŞmes scènes Ă  l’Ă©cran avec pour ainsi dire aucune autre surprise. Kathleen Turner n’apparaĂ®t ainsi qu’une seule fois et guère plus que les images de la bande-annonce qui Ă©taient Ă©videmment les plus drĂ´les. Autant dire qu’un bon tiers du film n’a pas Ă©tĂ© drĂ´le du tout, sans ĂŞtre irritant toutefois vu que j’Ă©tais prĂ©venu.

Heureusement pour moi, et pour tout le monde je pense, Marley & moi est surtout une chronique familiale oĂą Marley opère en tĂ©moin privilĂ©giĂ© des vivissitudes du couple jusqu’Ă  sa mort (du chien, oh mon dieu, j’ai dit la fin) soit douze ans et des enfants. Marley & moi est particulièrement centrĂ© sur le mari, le moi en fait, qui tente de trouver sa voie entre vie privĂ©e et vie professionnelle oĂą il devient chroniqueur alors qu’il souhaitait devenir grand reporter comme son ami Sebastian. Marley & moi fait alors plutĂ´t bonne figure dans le genre mĂŞme s’il faut se farcir des horreurs (pour moi) du type « on a supportĂ© un chien, on supportera un bĂ©bĂ© » (je n’ai ni bĂ©bĂ© ni chien mais non ce n’est pas pareil) et des enfants acteurs pas terribles (les garçons surtout). Le film se rĂ©vèle mĂŞme assez inventif le temps d’une sĂ©quence/montage assez vertigineuse oĂą John Ă©grène les titres de ses chroniques.

J’irai mĂŞme jusqu’Ă  dire que, passĂ© les gaffes du dĂ©but et quelques moments Ă©pars, le chien Marley n’est pas si dĂ©sagrĂ©able. Il suit les peines, voire les crises, et puis le bonheur de ses maĂ®tres qui sont intĂ©rprĂ©tĂ©s par des acteurs aussi sympathiques que sexy. Je ne louerai jamais assez Owen Wilson. Il nous rappelle ici qu’il n’est pas qu’un acteur andersonnien, ce qui serait suffisamment exceptionnel, mais aussi un comĂ©dien Ă  succès, sobre et très touchant. J’ai aimĂ© Marley & moi. Il ne faut jamais dire fontaine comme on dit.

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 Par Pascal     Commenter15 mars 2009    Catégories: Articles CinĂ©ma

Largo Winch

Vu le 22/12/2008 Ă  l’UGC George V salle 2

Il Ă©tait largement prĂ©visible de voir porter au grand Ă©cran la bande dessinĂ©e Largo Winch, l’enfant cachĂ© par son père qui l’adopta pour prĂ©parer la succession de son immense fortune. L’oeuvre de Jean Van Hamme et Philippe Françq a dĂ©jĂ  fait l’objet d’une adaptation tĂ©lĂ©visĂ©e mais elle ne semble pas avoir laissĂ© de grands souvenirs. Si on sent le potentiel pour un film, voire toute une saga, l’adaptation peut s’avĂ©rer dĂ©licate notamment visuellement. Il y a par exemple ce moment dans la BD oĂą Winch laisse tomber les actes de propriĂ©tĂ© de son empire du haut d’une falaise. Très belle page de BD, terriblement rĂ©vĂ©latrice mais difficile Ă  placer tel quel car trop invraisemblable.

Le metteur en scène JĂ©rĂ´me Salle avait donc prĂ©venu d’entrĂ©e Jean Van Hamme que son film, qui se fonde sur les premiers albums, allait prendre quelques libertĂ©s avec la BD. Ainsi l’alliĂ© Simon Ovronnaz passe Ă  la trappe au profit d’un homme de main de l’ombre (impeccable Gilbert Melki) et un personnage de femme plus ou moins fatale interprĂ©tĂ©e par MĂ©lanie Thierry actrice superbe qui a le mĂ©rite d’avoir dernièrement tentĂ© sa chance dans des films fantastiques ratĂ©s (Chrysalis, Babylon A.D.) plutĂ´t que des films d’auteur ratĂ©s. Et il y a bien entendu Tomer Sisley qui n’a pas vraiment la carrure du personnage dessinĂ© par Philippe Francq. L’acteur très investi est Ă  l’aise dans toutes les scènes. Il est un choix crĂ©dible qui se rĂ©vèle mĂŞme fort judicieux car son allure tranche « physiquement » avec l’empire qu’il est censĂ© diriger et impose naturellement un fossĂ©.

Fort d’un matĂ©riau de base plutĂ´t riche, le scĂ©nario est solide et dose bien les rebondissements, issus pourtant d’une très vieille marmite contenant notamment le coup de l’enregistrement en micro/camĂ©ra cachĂ©. Certaines scènes explicatives sont mĂŞmes assez captivantes (la description de l’OPA) et un humour pince sans rire ressort (« Je suis le mĂ©chant de l’histoire, – vous ĂŞtes parfait »). Il demeure quelques facilitĂ©s et quelques maladresses mais elles sont mineures. JĂ©rĂ´me Salle a pris quelques distances avec la BD mais il n’a cependant pu s’empĂŞcher de faire quelques clins d’oeil aux fans Ă  travers l’apparition sans intĂ©rĂŞt de Miss Pennywinkle (dans les toilettes…) ou d’un majordome Ă  la coiffure atypique. Ces deux personnages auraient gagnĂ© Ă  ĂŞtre dĂ©veloppĂ©s. Peut-ĂŞtre pour une suite…

Le point faible de Largo Winch est l’action. Tomer Sisley affirma qu’après avoir montrĂ© son film Ă  des distributeurs amĂ©ricains, ceux-ci croyaient Ă  une production de 100 millions de dollars alors que le film n’en coĂ»ta que 34,3 (au taux du jour). Les scènes d’action sont pourtant très courtes, filmĂ©es de trop près (le premier combat est incomprĂ©hensible) et faites Ă  l’Ă©conomie. JĂ©rĂ´me Salle Ă©voque souvent son tournage d’une course Ă  pied (encore une cf ma remarque sur Quantum of Solace) dans les rue de Hong Kong sans autorisation et en Ă©quipe rĂ©duite. Cela se voit. Et en regard des standards amĂ©ricains actuels, sauter d’un bus n’est pas très spectaculaire. Reste un ultime combat très sauvage sur le toit d’un immeuble. C’est peu pour un rival de James Bond. Mais Largo Winch est moins frustrant que la dernière mission de l’agent de sa MajestĂ© et se rĂ©vèle bien supĂ©rieur dans les moments intimes. Car cet Ă©pisode de Largo Winch est avant tout une histoire de famille et du poids de l’hĂ©ritage surtout quand il est mal acceptĂ©. JĂ©rĂ´me Salle propose finalement un film assez rĂ©ussi dont on peut espĂ©rer une suite si le succès, plutĂ´t modĂ©rĂ© (Le film atteindra difficilement deux millions d’entrĂ©es en France), le permet.

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 Par Pascal     Commenter10 janvier 2009    Catégories: Articles CinĂ©ma

Le Premier Jour du reste de ta vie

Un prĂŞt de DVD inattendu m’a fait regarder il y a un mois un film de Sophie Fillière avec Emmanuelle Devos : Gentille. AurĂ©olĂ©e de critiques fort flatteuses Ă  sa sortie en 2005, Sophie Fillières est considĂ©rĂ©e comme une auteur fantaisiste mĂŞme loufoque Ă  l’image du nom de l’hĂ©roĂŻne de Gentille : Fontaine Leglou.
Le problème de Gentille est que sa mise en scène est d’une platitude sidĂ©rale si bien que si on peut rire ou sourire, tout sonne faux. La rĂ©alisatrice semble se reposer uniquement sur le talent certain de ses interprètes ainsi le monologue de Michael Lonsdale mais il ne faut attendre aucune Ă©motion, aucune rĂ©flexion un tant soit peu juste. Ce n’est pas du cinĂ©ma. Tout au plus un tĂ©lĂ©film s’achevant sur un long et inattendu (et involontaire?) placement publicitaire pour les vĂŞtements North Face et agrĂ©mentĂ© de scènes de nuditĂ© gratuites et surtout d’une fouille de matière fĂ©cale, Fontaine y cherchant sa bague de fiançaille qu’elle avait avalĂ©e. De cette longue sĂ©quence ni drĂ´le ni touchante mais en fait profondĂ©ment con, rien de nous est Ă©pargnĂ©. John Waters aurait aimĂ© mais rien dans le contexte ne justifie ce moment (une simple ellipse avec la bague au doigt suffisait) si ce n’est de la provocation vulgaire et toc. Il y a peut-ĂŞtre quelque chose de cĂ©rĂ©bral qui m’Ă©chappe. Et puis c’est loufoque… Le film a fait 47000 entrĂ©es. C’est un certain cinĂ©ma français.

Trois mois avant ce film sortait Ma Vie en l’air de RĂ©mi Bezançon, une comĂ©die romantique lumineuse. Avec son nouveau film, Le Premier Jour du reste de ta vie, Ă©galement aurĂ©olĂ© de critiques flatteuses, RĂ©mi Bezançon continue de nous faire croire que le film d’auteur, puisqu’au fond il Ă©crit et rĂ©alise, n’est pas toujours consternant.

Il y a une mĂŞme scène qui aurait pu ĂŞtre totalement idiote dans Le Premier Jour du reste de ta vie, c’est lorsque Fleur qui vient de faire une gâterie Ă  son copain file au toilette pour cracher mais tombe sur les parents du copain. Et pourtant, on rigole franchement. Ca doit ĂŞtre la mise en scène.

A première vue, ce titre, est de ces saillies rĂ©chauffĂ©es façon slogan de 68 pour ados gentiment torturĂ©s, quelque chose d’Ă©culĂ© en somme qui ne donne pas nĂ©cessairement envie. C’Ă©tait une grossière erreur, le Premier Jour du reste de ta vie est un film rĂ©jouissant.

Le titre trouve sa justification par la construction du film puisqu’il narre cinq journĂ©es d’une famille, les parents et leurs trois enfants, sur douze ans, chacune des journĂ©es Ă©tant centrĂ©e sur un des protagonistes. IllustrĂ© par la chanson Ă©ponyme d’Etienne Daho, le rĂ©alisateur RĂ©my Bezançon assume mĂŞme le cĂ´tĂ© ado torturĂ© puisque c’est Fleur, la cadette, alors âgĂ©e de 16 ans qui Ă©crit le titre dans son journal intime !

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Pour son deuxième film, RĂ©mi Bezançon s’attaque Ă  la chronique familiale et de fort belle manière. Il est certain que le film a de fortes tonalitĂ©s nostalgiques sur les annĂ©es 90 et l’auteur s’amuse Ă  dissĂ©miner des moments collectifs forts sans pour autant chercher le consensus facile ainsi l’humiliation de la disqualification de 1994 que la victoire de 1998 mais aussi la mort de Kurt Cobain et le grunge, l’affaire Monica Lewinsky / Bill Clinton. Il est sur que le film va bien fonctionner chez le trentenaire moderne et qu’on pourra trouver ça facile. Et donc j’ai marchĂ©.

Mais le film ne se limite pas Ă  ces très courts instants et s’en dĂ©tache mĂŞme pour nous conter une très touchante histoire de famille. Si on n’est pas obligĂ© de se retrouver dans un personnage en particulier, si le film n’Ă©chappe pas Ă  certaines simplifications, aucun moment n’est ratĂ©. Le long mĂ©trage demeure ainsi d’une belle justesse et nous raconte avec de la nostalgie mais aussi de la luciditĂ© la fin de l’enfance mais aussi la transmission, la mort et tout simplement tous ces liens aussi Ă©vidents mais si complexes que ceux entre frères et soeurs, parents et enfants.

Et l’apport de RĂ©mi Bezançon ne s’arrĂŞte pas Ă  un scĂ©nario habile. Le jeu des ellipses et des flashback est très important pour chaque protagoniste Ă  l’image de cette rencontre dĂ©cisive pour le frère cadet lors d’une soirĂ©e avec une fille dont il perd bĂŞtement le numĂ©ro. C’est aussi très ludique pour le spectateur qui se retrouve Ă  interprĂ©tĂ© ces ellipses. RĂ©mi Bezançon a donc soignĂ© sa mise en scène aussi notamment dans son approche de chacune des journĂ©es (comme on peut le lire ici). Rien de rĂ©volutionnaire mais c’est rĂ©flĂ©chi et cohĂ©rent.

Et de cette rĂ©ussite sur la forme comme sur le fond avec des comĂ©diens formidables ressort des moments inoubliables et nombreux que ce soit dans la comĂ©die ou le drame. Pour la comĂ©die, l’après-midi que passe le père avec ses deux fils maintenant adultes en est un exemple frappant d’autant plus qu’il est difficile de transmettre au spectateur les « dĂ©lires » d’une bande de potes ou d’une famille. Quant Ă  l’Ă©motion, aucun pathos mais de l’attendrissement et de la tristesse. Je retiendrai le face Ă  face bouleversant entre Fleur et elle-mĂŞme plus jeune (la très jeune actrice, dont je n’ai pas retrouvĂ© le nom, est formidable) et cette porte se fermant sur cette dernière signe simple mais si beau de la fin de l’enfance. Et enfin, il faudra ĂŞtre très insensible pour ne pas craquer lors de cette ultime sĂ©quence en solitaire de Marie-Jeanne (Zabou Breitman) dans la voiture. Finalement, Le Premier Jour du reste de ta vie, c’est un beau film. Et un beau titre.

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 Par Pascal     3 commentaires27 juillet 2008    Catégories: CinĂ©ma

Breaking Bad

Vous ĂŞtes habituĂ©s aux images lĂ©chĂ©es de Desperate Housewives, Prison Break, ou bien Weeds. Aux bons sentiments et personnages sans faille d’Heroes ou Lost.
Oubliez tout cela avec Breaking Bad. Une série dure, réaliste. Un décor et photographie sans fignolage, raw. Des dialogues limités, sans superflu. Et des personnages communs, mal fagotés, ridés; assez moches.

L’histoire ressemble Ă  celle de Weeds, mais une classe (au sens marxiste) en dessous. Disparue, la mentalitĂ© libĂ©rale dĂ©mocrate.
Walter White, un professeur de chimie qui a vraiment du mal Ă  joindre les deux bouts et nourrir sa petite famille (comprenant un adolescent infirme), apprend soudainement qu’il est atteint d’un cancer des poumons.
Se sachant condamnĂ©, il dĂ©cide d’utiliser ses exceptionnels talents de chimiste pour entreprendre, avec un ancien de ses Ă©lèves, un commerce de mĂ©thamphĂ©tamines. Pour ainsi engranger rapidement beaucoup d’argent et mettre sa famille Ă  l’abri du besoin – et accessoirement payer sa chimiothĂ©rapie.

Outre les personnages très rĂ©alistes, l’ambiance est tendue au possible. Le handicap du fils, la pauvretĂ© du foyer, la maladie de Walter crĂ©ent des situations difficiles. Physiquement et moralement. La communication est peu Ă©vidente dans la famille.
Puis, Ă©videmment, le trafic de drogues et les nouvelles relations humaines qu’il engendre ne vont pas aller sans complications sĂ©rieuses.

Que dire de plus? Cette série est une sensation. Arrêtez tout et regardez-la. Yo.

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 Par Jb     1 commentaire6 juin 2008    Catégories: SĂ©ries TĂ©lĂ©vision

There will be blood

Vu le 18/3/2007 au Balzac Salle 2 en VO
Film amĂ©ricain (2007) de Paul Thomas Anderson avec Daniel Day-Lewis, Paul Dano, Dillon Freasier, Ciaran « CĂ©sar » Hinds, Sydney McCallister…

There will be blood. Les titres des films de Paul Thomas Anderson, oĂą PTA pour faire simple et/ou pour les fanatiques d’acronymes, sont un plaisir en soi. Celui-ci, en lettres gothiques au dĂ©but du film, sonne comme une curieuse promesse. Et puis le titre revient Ă  la fin, toujours une promesse ?

MĂŞme au coeur de l’ariditĂ© du dĂ©sert californien (enfin, le tournage a eu lieu au Texas) illustrĂ©s par des images nĂ©cessairement sèches et des mouvements bien moins amples et gĂ©nĂ©reux que ses prĂ©cĂ©dents chef d’oeuvres, PTA filme toujours la vie, nos vies que cela nous Ă©meuve ou nous mette mal Ă  l’aise. Comme une Ă©preuve en fait, ainsi Barry Egand (Adam Sandler) dans Punch Drunk Love auquel je me suis un peu trop identifiĂ©.

Pour parvenir Ă  ce rĂ©sultat, le metteur en scène s’Ă©loigne des coĂŻncidences et des pluies de grenouilles de Magnolia pour nous raconter au plus près la quĂŞte de solitude de Daniel Plainview, « oil man » en pleine ascension. La reconstitution fait vraie avec ses figurants locaux et ses dĂ©cors Ă  l’ancienne. Les fameuses premières sĂ©quences vides de dialogue sont très sensitives, physiques. Elle nous plonge dans un monde de pionniers d’oĂą Ă©merge un Daniel Plainview blessĂ© et se trouvant presqu’au mĂŞme instant un mĂ©tier lucratif, pĂ©trolier, et une famille, son fils adoptif.


There will be blood
refuse aussi tout effet du grand Hollywood. La scène spectaculaire, le jet de flamme hors du derrick, est assez symptomatique : le « dĂ©samorçage » de l’incendie est prĂ©parĂ© avec une quantitĂ© astronomique de bâtons de dynamite dans deux bidons. L’explosion a bien l’effet escomptĂ© mais elle est pourtant aussi sèche que le film, et un peu ridicule, un peu pathĂ©tique presque comique. Ca me rappelle la sĂ©quence d’allumage du barbecue d’Homer dans les Simpson (ouch, ardue la rĂ©fĂ©rence, disons qu’Homer met deux tonnes d’allume-feu dans son barbecue pendant vingt bonnes secondes et quand il l’allume, on s’attend Ă  une catastrophe et il dĂ©marre parfaitement bien, gentiment – aucun gag. ForcĂ©ment Anthologique).

On pourrait aussi faire un long article sur la musique de ce film et son usage. Je n’en suis pas capable. Elle est magnifique. Elle n’accompagne Ă©trangement pas le film mais les personnages (c’Ă©tait d’ailleurs je crois un peu le cas dĂ©jĂ  dans Punch Drunk Love).

Le metteur en scène ne dĂ©nonce rien, il montre. Son amour presque Ă©merveillĂ© de ses personnages, qui donna des scènes aussi simples que bouleversantes (les retrouvailles de Dirk Diggler avec son producteur dans Boogie Nights) est moins Ă©vident dans There will be blood, la camĂ©ra se trouvant plus distante. Il y a quand mĂŞme cet amour muet de Mary pour le fils Plainview et ce flash back Ă©tonnant, très tendre, Ă  la fin du film entre Plainview et son fils qui nous rappelle le chemin parcouru par le pĂ©trolier mais aussi malgrĂ© tout l’amour que veut traquer partout le rĂ©alisateur.

Mais ici, l’amour est un souvenir d’avant l’abandon du père adoptif. Abandon assumĂ©e car cohĂ©rente avec le but que Plainview s’est fixĂ© et qu’il nous livre dans ce qui constitue sans doute la seule scène oĂą Plainview se livre un peu : vivre seul Ă  l’abri de tous les humains. Son pire ennemi est donc Eli Sunday le prĂŞcheur qui veut faire prospĂ©rer sa communautĂ© religieuse autour des puits de pĂ©trole jusqu’Ă  imaginer Plainview devenir lui-mĂŞme un de ses fidèles membres. Et alors qu’on peut s’interroger sur la possible schizophrĂ©nie d’Eli, Paul et Eli Sunday sont jouĂ©s par le mĂŞme et gĂ©nial acteur Paul Dano dĂ©jĂ  Ă©tonnant dans Little Miss Sunshine, vient mon identification non pas Ă  un personnage mais au deux personnages principaux de There will be blood.

Deux facettes violentes de nous(moi)-mĂŞmes nous(me) touchent : le besoin de reconnaissance tout en restant hypocritement modeste, tel Eli, et la misanthropie, tel Daniel. Il y a quelque chose de terriblement amer, dĂ©sespĂ©rant dans leur duel. Les abandons de ce frère qui lui ressemble pourtant de loin, de ce fils qui marche sur ses traces sont comme des abandons d’une part de Plainview lui-mĂŞme. Avec le recul, c’est plutĂ´t bouleversant. Une nouvelle fois.

Il y a dĂ©jĂ  tant de littĂ©rature sur ce film, tant de points de vue pertinents, passionnants, frustrants aussi, sur ce que le film transmet, sur Paul Thomas Anderson, sur l’inoubliable Daniel Day-Lewis, sur le cinĂ©ma amĂ©ricain de la dĂ©cennie. Tâchons de faire simple : There will be blood est un grand film et je crois qu’il sera un grand film parce qu’il touche quelque chose d’intemporel sur notre humanitĂ©. Il faut voir There will be blood. Au cinĂ©ma, surtout. There will be blood se ressent. Et malgrĂ© ses deux heures trente huit, la fin me tombe dessus comme une quille alors que la quĂŞte de Plainview trouve son aboutissement. « I’m finished ». Et c’est moi qui saigne.

Fiche IMDB

Quelques autres commentaires :

Discussion sur DvdClassik
culturopoing
ilys

 Par Pascal     Commenter23 mars 2008    Catégories: CinĂ©ma

7h58 ce samedi-lĂ 

Vu le 8/10/2007 Ă  l’UGC George V salle 6 en VO
Film amĂ©ricain (2007 – Before the Devil Knows You’re Dead) de Sidney Lumet.

Deux frères chacun dans le besoin se décident à cambrioler la bijouterie appartenant à leurs parents, ni vu ni connu. Mais le braquage tourne (très) mal.
7h58 ce samedi-lĂ  marquerait pour beaucoup le retour du rĂ©alisateur Sidney Lumet sur le devant de la scène avec un film très au dessus du lot. Je serais mal habile de parler moi-mĂŞme de retour Ă©tant donnĂ© que je connais que trop peu les plus de 60 ans de carrière du vieux monsieur. Il s’attarde ici sur une tragĂ©die familiale pleine de non dits et de ressentiments

La mise en scène est la vraie star du film
: c’est une mise en scène Ă©clatĂ©e comme construite autour des rĂ©flexions que se font les personnages se demandant comment ils en sont arrivĂ©s lĂ . La vie ne les Ă©pargne effectivement pas. Les acteurs, tous parfaits, portent en eux beaucoup d’amertume et des blessures indĂ©lĂ©biles. Le film demeure Ă©vasif sur les motivations profondes des personnages notamment les relations entre les deux frères et leur père, mais en s’attardant sur la pesanteur de leur prĂ©sent, c’est tout le poids du passĂ© qui semble perpĂ©tuellement refaire surface.
Le braquage apparemment vu comme l’espoir d’une deuxième chance, de rĂŞve d’ailleurs, devient un peu aussi une forme de vengeance. Le drame qui suit le braquage conduit les protagonistes dans une forme de purgatoire oĂą chacun attend son jugement entre ciel et enfer. Presque chacune des situations confinent au pathĂ©tique, une des plus terribles et presque drĂ´le Ă©tant le dĂ©part de la femme d’un des frères, qui trouve encore l’aplomb, car totalement dĂ©soeuvrĂ©e, de demander de l’argent pour son taxi Ă  son futur ex-mari…
Les ultimes scènes sont enfin dérangeantes : le salut, mis en avant par le tout dernier plan, est accompli par un acte sordide.

A part ce très troublant plan final, tout est donc sombre dans 7h58 ce samedi-lĂ . Aucun personnage n’a vraiment un bon cĂ´tĂ© : mensonge, adultère, duperie, lâchetĂ©, addiction, faiblesses en tout genre… Lumet a peut-ĂŞtre un peu tendance Ă  s’acharner sur ces frères. Les personnages de l’ex-femme et de la fille de Hank, totalement haineux, marquent vraiment un excès de noirceur inopportun. Il y a des films qu’on dit trop rose bonbon, 7h58 ce samedi-lĂ  pĂŞche dans l’excès inverse Ă  se demander si l’histoire elle-mĂŞme ne s’est pas mise au service de la mise en scène, très rĂ©ussie malgrĂ© tout.
Et plus prosaĂŻquement, l’amateur de chair ne manquera pas ce film s’il veut pouvoir admirer la belle poitrine de Marisa Tomei !

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 Par Pascal     1 commentaire2 novembre 2007    Catégories: CinĂ©ma


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