Vu le 24/2/2009 Ă l’UGC George V salle 9
Vincent travaille Ă l’aĂ©roport de Roissy. Alors qu’il fouille des bagages, en quĂŞte de bien Ă voler, avec un collègue, ce dernier meurt lorsqu’il manipule une valise diplomatique piĂ©gĂ©e. Il se retrouve alors embarquĂ© dans une affaire d’espionnage… Vincent devient une « source » pour la DST (que le rĂ©alisateur Nicolas Saada compare Ă un pigiste).
D’entrĂ©e, ce qui fait plaisir dans Espion(s), c’est la rapiditĂ© de sa mise en place, le rĂ©sumĂ© ci-dessus ne prenant qu’une poignĂ©e de minutes dans le film. PrĂ©sentant quelques similaritĂ©s avec Secret DĂ©fense (un espion dĂ©butant, du terrorisme), Espion(s) se distingue sans peine par une approche plus modeste et surtout plus efficace.
Avec peu d’effets (et de moyens), Nicolas Saada distille un excellent suspense. L’idĂ©e de faire se dĂ©rouler l’action Ă Londres avec des russes, des syriens et des français renforce un contexte sur fond terrorisme international. Le rĂ©alisateur se plie mĂŞme aux conventions du genre, lĂ oĂą par exemple le Plaisir de chanter n’en avait joliment cure. L’air de rien, on retrouve donc dans Espion(s) quelques moments classiques du genre type James Bond. Il y a ces deux scènes de dĂ®ners, en costume, oĂą les ennemis se jaugent sans vĂ©ritablement savoir exactement Ă quoi s’en tenir. Et la tension s’instaure sans excès (parfois sans musique) lorsque la couverture de Vincent est mise Ă l’Ă©preuve (sur sa prĂ©tendue action en Afrique) ou que son acolyte installe un micro. La rĂ©alisation est donc très soignĂ©e, prĂ©cise et ne nous Ă©gare pas dans un scĂ©nario Ă tiroirs comme le suggĂ©rait le titre ce qui n’est pas vraiment plus mal… quoique lĂ©gèrement dĂ©concertant puisque je me suis surpris Ă attendre les rebondissements qui tuent. De l’importance du titre ?
Le casting est bon. Hyppolyte Girardot a très peu de scènes mais il est absolument gĂ©nial en agent français lucide et cynique. Acteur de premier plan au dĂ©but des annĂ©es 90 (les très bons Un Monde sans pitiĂ©, Hors la vie et Confession d’un barjo), on ne le voit surtout au cinĂ©ma que dans des seconds rĂ´les. Il mĂ©riterait pourtant largement toujours la tĂŞte d’affiche. Ne boudons cependant pas notre plaisir. Outre manche, c’est Stephen Rea qui mène la barque : tout aussi lucide, il excelle dans un registre plus triste, celui de l’agent accablĂ©, rĂ©signĂ© Ă faire le sale boulot pour son pays, jusqu’au bout.
Et il y a un très joli couple Ă l’Ă©cran : deux personnages au passĂ© effleurĂ© mais qu’on devine douloureux et comme condamnĂ© Ă toujours en payer le prix. Voir Claire dans le magasin de jouets rĂŞver d’une autre vie est aussi Ă©mouvant que très habile dans la mise en scène. Vincent est lui continuellement dans l’impulsion, solitaire comme en fuite. La rencontre de ces deux âmes, est d’abord anonyme dans l’ascenseur puis de plus en plus dans l’intimitĂ© malgrĂ© les enjeux « supĂ©rieurs » autour d’eux dans le jeu classique de la mission de sĂ©duction qui brise les carapaces. Face Ă GĂ©raldine Pailhas, lumineuse et pourtant si triste, Guillaume Canet est insaisissable. Entre culpabilitĂ© et amour (ou est-ce de la pitiĂ©) son attachement n’est pas sur jusqu’Ă cet ultime regard qui dit tout. Nicolas Saada n’a pas besoin d’aller plus loin. Avec peu, il dit beaucoup et de belle manière : un rĂ©alisateur Ă suivre.


Par Pascal
28 fĂ©vrier 2009 Catégories: CinĂ©ma
Vu le 15/12/2008 Ă l’UGC Normandie Salle 1
Après le Plaisir de chanter, on reste dans l’espionnage français mais en beaucoup plus sĂ©rieux. Secret DĂ©fense suit la trajectoire de deux jeunes inexpĂ©rimentĂ©s, une fille et un garçon, dans le monde de l’espionnage et celui du terrorisme jusqu’Ă l’impact. Puisqu’on est en France, qu’on a (un peu) envie d’y croire, que le rĂ©alisateur s’est entourĂ© paraĂ®t-il d’experts de la question (on aperçoit mĂŞme dans un bureau un habituĂ© de C dans l’air !), il n’est pas dĂ©plaisant de suivre ce jeu de dupes et autres manipulations. Il y a toujours des rebondissements qu’on n’attend pas et quelqu’un d’indulgent mais amateur de thriller d’espionnage (on parle de moi en gros) pourra y trouver son compte.
Mais il ne reviendra sans doute pas sur ce film. On ressent bien que Philippe HaĂŻm a Ă©coutĂ© des experts, qu’on lui a dit des trucs. La restitution de ceux-ci demeure dĂ©licate. Secret DĂ©fense a tout du film avec « des gros sabots ». Le metteur en scène s’emploie très minutieusement Ă tout alourdir dès le gĂ©nĂ©rique que ce soit le contexte, le dialogue et mĂŞme la musique jusqu’Ă mettre de la TRES grosse musique quand un mec fume son cigare tranquille devant la piscine. C’est parce que c’est le mĂ©chant. Pour faire un rendez vous discret, on se met sur un terrain totalement Ă dĂ©couvert et sans aucune foule mais on discute dos Ă dos comme ça on ne se doute de rien (mais en fait c’Ă©tait un coup montĂ©). Et comme on est dans un film français, il faut mettre un arabe français agent secret qui prie Allah parce qu’il y a des bons et des mauvais arabes mais les français ils n’aiment quand mĂŞme pas ça les tapis vers La Mecque. Il va sans dire que le sĂ©rieux de circonstance n’arrange rien. Curieusement, cĂ´tĂ© action c’est plutĂ´t lĂ©ger : une course en ombre chinoises et un parcours dans le mĂ©tro. Et une explosion vraiment spectaculaire mais qu’on ne voit que dans un unique plan de trois secondes… Et nous apprenons donc que la DGSE rĂ©sout plein d’affaires de terrorismes grâce Ă de gros coups de poker et des francs tireurs. Rassurant.
La partie terrorisme pouvait ĂŞtre plus intĂ©ressante. Et il y a des choses pas trop mauvaises comme le camp d’entraĂ®nement et quelques bonnes scènes en prison autour des relations entre Pierre et son mentor musulman. Nicolas Duchauvelle, qui joue Pierre, a un rĂ´le assez difficile mais finalement c’est lui qui s’en sort le mieux avec Rachida Brakni mal servi hĂ©las par un rĂ´le incomprĂ©hensible style sergent instructeur le jour en France, agent infiltrĂ© au Maghreb la nuit. Ou l’inverse. Vahina Giocante en agent de charme, très jolie d’ailleurs, exulte plus qu’elle ne joue, Simon Abhakian est donc le super mĂ©chant cf la grosse musique et en plus il prend les femmes violemment par derrière. Enfin GĂ©rard Lanvin est sĂ©rieux comme tout, pas mauvais mais sĂ©rieux, froid. Et triste Ă©videmment de toutes ces pertes humaines.
Après l’Ă©galement très laborieux Les Daltons, Philippe HaĂŻm a eu raison de changer de registre mais on retrouve finalement un peu de son prĂ©cĂ©dent mĂ©trage, son cĂ´tĂ© balourd sans doute. Son Secret DĂ©fense demeure un peu meilleur. Il reste du chemin Ă parcourir pour atteindre le niveau d’un simple Mensonges d’Ă©tat ou, plus près de chez nous, d’un Agents Secrets.

Par Pascal
23 dĂ©cembre 2008 Catégories: CinĂ©ma
Vu le 26/11/2008 au Miramar Salle 2
Muriel et Philippe sont des agents secrets et accessoirement amants. Pour retrouver la trace d’une clĂ© usb contenant des informations importantes, ils infiltrent un cours de chant pour approcher Constance qui dĂ©tiendrait la fameuse clĂ©. Le cours et leurs rencontres vont peu Ă peu les conduire Ă s’interroger sur eux mĂŞmes.
Pourquoi voir ce film le jour de sa sortie ? L’affiche est pas terrible, le titre est difficile Ă retenir. J’aime bien les acteurs sans que ce soit mes idoles. Le film sort sur peu d’Ă©crans et risque de disparaĂ®tre (très) rapidement de l’affiche. En fait, ce sont les trois Ă©toiles (mĂŞme pas la critique que je n’ai pas lue) du magazine cinĂ© live qui m’ont fait me dĂ©placer et le fait que c’est prĂ©sentĂ© comme une comĂ©die. Le Plaisir de chanter a d’ailleurs plutĂ´t bonne presse.
Et c’est vraiment une comĂ©die, assez drĂ´le parce que l’aspect espionnage est joyeusement traitĂ© par dessus la jambe avec un cours de chant devenant un repaire d’espions de tout horizon de la prostituĂ©e ancien de la « pop academy » au jeunot bcbg Ă la solde de la CorĂ©e du Nord (!). Les debriefings de leur supĂ©rieure/coach/conseillère matrimoniale (excellente Dominique Reymond) sont savoureux. Le coeur du rĂ©cit n’est Ă©videmment pas cette histoire d’uranium mais les Ă©lans amoureux et sexuels des protagonistes. Le film est d’une cruditĂ© plutĂ´t inattendue et frontale qui rappelle un peu les premiers films de Guillaume Nicloux (Les très bons Le Poulpe et Une affaire privĂ©e) et finissent curieusement par donner corps au rĂ©cit tout en caractĂ©risant les personnages. Sans ĂŞtre une comĂ©die musicale, la musique tient Ă©videmment une place très importante. Art lyrique, jolies morceaux de piano et variĂ©tĂ© ponctuent l’histoire et l’enrichissent puisque certains personnages se rĂ©vèlent ou justement se bloquent (comme le fils de la professeur de chant).
Ce cocktail de sexe, de comĂ©die, de thriller et de musique est au final assez inattendu, une sorte d’illustration d’un des autres films de l’auteur Ilan Duran Cohen : La confusion des genres. Si le film est parfois un peu Ă©tirĂ© et n’Ă©vite pas le piège de l’Ă©garement, il est au final un film assez libre et attachant au mĂŞme titre que ses acteurs, particulièrement LorĂ nt Deutsch qui n’a pas la partition la plus drĂ´le et qui tire pourtant son interprĂ©tation vers le haut. Bien que souvent rattachĂ© Ă des comĂ©dies, il est un acteur plutĂ´t sĂ©rieux et Ă suivre.

Par Pascal
2 dĂ©cembre 2008 Catégories: CinĂ©ma
Vu le 5/11/2008 Ă l’UGC Normandie Salle 1 en VO
(spoiler inside)
Deux ans après un Casino Royale qui relançait la franchise, la direction empruntĂ©e par le dernier James Bond, en gros plus de sĂ©rieux et moins de gadgets, Ă©tait source de nouvelles possibilitĂ©s plutĂ´t inĂ©dites, pour la sĂ©rie, qui ne demandaient qu’Ă ĂŞtre dĂ©veloppĂ©es. L’essai est-il transformĂ© dans ce 2(2)ème Ă©pisode ? Pas vraiment. Si Quantum of Solace est dans la continuitĂ© du premier Ă©pisode, il est dĂ©ception sur bien des aspects.
Quantum of Solace commence une poignĂ©e de minutes après la fin de Casino Royale, comptant peut-ĂŞtre un peu trop sur notre mĂ©moire. Et nous sommes plongĂ©s dans une histoire gĂ©opolitisante, jeu trouble de la CIA inclus, oĂą on monnaye un coup d’Ă©tat bolivien et une portion de dĂ©sert disposant d’une ressource mystĂ©rieuse. Tout le monde croit que c’est du pĂ©trole mais c’est forcĂ©ment une fausse piste. Derrière tout ça, une mystĂ©rieuse organisation (a t’elle un nom ?) et un projet « quantum » d’oĂą plus ou moins le titre du film que Craig explique comme Ă©tant associĂ© Ă « une once de consolation » et le fait de ne pas abandonner. Bien, bien.
De toute façon, plus encore que Casino Royale, on se fiche un peu de cette histoire d’autant plus qu’elle est traitĂ©e par-dessus la jambe. C’est un crash aĂ©rien fort Ă propos dans le dĂ©sert qui nous rĂ©vèlera le pot aux roses. Certes les scĂ©narios des Bond sont souvent des histoires prĂ©texte Ă des pĂ©ripĂ©ties multiples mais ici sa dimension volontairement sĂ©rieuse, presque rĂ©aliste, implique une ambition peu compatible avec cette machination sud amĂ©ricaine peu captivante.
Comme souvent, les mĂ©chants sont mieux mis en valeur que leurs coups tordus. Ici, nous nous trouvons donc confrontĂ©s Ă une organisation Ă©voquĂ©e dans l’Ă©pisode prĂ©cĂ©dent. Elle est donc très mystĂ©rieuse, inconnue de l’Intelligence Service, mais aussi tentaculaire car un garde du corps personnel de M se rĂ©vèle ĂŞtre un traitre Ă leur solde façon « nous sommes partout ». On Ă©vite heureusement les traĂ®tres Ă rĂ©pĂ©tition tout au long du film façon 24. L’organisation est rĂ©vĂ©lĂ©e très joliment lors d’un opĂ©ra oĂą les conspirateurs se rĂ©unissent Ă distance loin des meetings dans les repaires souterrains. Une bonne idĂ©e mais aussi le seul vĂ©ritable dĂ©veloppement sur cette organisation, l’action et l’intrigue prenant le pas autour du mĂ©chant Dominic Greene.

Ce dernier est dans la tradition des mĂ©chants milliardaires et soi-disant philanthropes. L’Ă©cologie est le domaine de prĂ©dilection de Greene. Ses motivations demeurent cependant purement pĂ©cuniaires. L’interprĂ©tation de Mathieu Almaric est plutĂ´t intĂ©ressante montrant un cĂ´tĂ© effrayant mais aussi effrayĂ© face Ă Bond notamment lors d’une rencontre fortuite Ă l’opĂ©ra. Le revers de cette double facette est que son affrontement face Ă Bond Ă la hache comme Zorin dans Dangereusement votre,couinements aigus en sus (pour marquer le cĂ´tĂ© Ă©nergie du dĂ©sespoir ?), ne prĂ©sente que peu d’intĂ©rĂŞt et aucun suspense. Sa fuite dans le dĂ©sert est du coup pĂ©nible. Le super mĂ©chant est faible et lâche. En deux ellipses, on nous fait comprendre qu’il trahit tout ses « collègues » qui vont finir par l’abattre. Etant accompagnĂ© d’un homme de main encore plus faible, ça ne fonctionne tout simplement pas et on s’Ă©tonne mĂŞme, tant au niveau de la crĂ©dibilitĂ© de l’histoire que du scĂ©nario, qu’un homme si organisĂ© n’a pas de plan B et se ballade au cĹ“ur du dĂ©sert bolivien sans des dizaines de gardes du corps.
Quantum of Solace souffre au final d’un singulier manque de dĂ©veloppement de l’histoire et ses enjeux. L’intrigue autour de la mort de Vesper Lynd n’arrange rien car elle est Ă©galement très mal traitĂ©e. Bond est donc marquĂ© par la mort de Vesper et chercherait Ă la venger. En dehors Ă©ventuellement d’un acte très cruel envers Greene (qui le lâche dans le dĂ©sert comme le Bon lâche la Brute), aucun de ses actes indique qu’il aurait agi diffĂ©remment sans cette quĂŞte de justice. Sa brutalitĂ© et son entĂŞtement sont dĂ©jĂ deux traits de caractère du personnage et n’ont pas besoin de justifications supplĂ©mentaires. Ne reste que des dialogues fonctionnels et une photo de Vesper pour essayer de nous convaincre du contraire. C’est ratĂ© et finalement, il fait son deuil dans la dernière et courte scène face Ă l’ex de Vesper Lynd, scène peu claire et sans rapport avec le reste de l’histoire. Quantum of Solace n’est pas un film vigilante façon Permis de tuer.
Le rĂ©alisateur Marc Forster semble donc comme survoler le scĂ©nario. Cela se ressent d’ailleurs dans sa durĂ©e. Alors que Casino Royale s’Ă©tirait inutilement, mais spectaculairement, après la mort du super vilain, Quantum of Solace est plutĂ´t court. On passe d’ailleurs d’un extrĂŞme Ă l’autre : Casino Royale est semble t’il le plus long film de la sĂ©rie, Quantum of Solace le plus court (1h48). Ce dernier est expĂ©diĂ©. On arrive mĂŞme au final James Bond Vs Dominic Greene presque par surprise lors d’une sĂ©quence de signature du contrat entre Greene et le future ex-prochain dictateur sud amĂ©ricain, le GĂ©nĂ©ral Medrano.
Comme tout lecteur de Franquin sait que les contrats ne peuvent ĂŞtre signĂ©s, on comprend que ça va mal se passer. Si j’ai bien compris, l’explosion de deux bouteilles d’hydrogène provoque une rĂ©action en chaĂ®ne conduisant Ă la destruction complète d’un hĂ´tel de cent mètre de long, dĂ©cors vraiment fantastique soit dit en passant, les autres dĂ©cors ne faisant guère plus qu’assurer un dĂ©paysement de carte postale (ce qui n’est pas si mal). Cette explosion de bouteilles reste Ă vĂ©rifier car nous arrivons au plus gros problème de Quantum of Solace : l’action. Au jeu de la mise en scène de l’action, Marc Forster prouve qu’il n’est ni Paul Greengrass (La Mort dans la peau), ni Martin Campbell (Casino Royale et Goldeneye) . C’est simple : l’action n’est pas lisible et terriblement saccadĂ©e. Les poursuites Ă pied du dĂ©but sont incomprĂ©hensibles. On ne sait tout simplement pas oĂą sont les acteurs, particulièrement dans le souterrain. Depuis quelques temps au cinĂ©ma, c’est la fĂŞte de la course Ă pied dans les films (Les rivières pourpres, Jason Bourne, Mission Impossible 3, Ne le dis Ă personne…). Ca doit ĂŞtre moins cher qu’une poursuite en voitures et c’est souvent plus spectaculaire. Ce n’est Ă©videmment pas le cas ici et les poursuites dans ce Bond ne supporte pas la comparaison avec aucun des films prĂ©cĂ©demment citĂ©s. On ne sait mĂŞme pas parfois ce que fait Bond pour se tirer de situations Ă©pineuses. Si quelqu’un pouvait ainsi m’expliquer exactement la manĹ“uvre que Bond fait pour provoquer l’explosion de l’avion ennemi (Ă part l’aveugler), je suis preneur.
Le montage est Ă©videmment Ă l’avenant : Ă©pileptique. C’est sans doute l’air du temps qui veut ça mais lĂ oĂą l’action de la Mort dans la peau est extrĂŞmement sensitive, celle de Quantum of Solace ne suscite que de la gĂŞne et un effort pour comprendre ce qu’il se passe Ă l’Ă©cran.
Demeure malgrĂ© tout les balades dans le dĂ©sert et la sĂ©quence finale somme toute très explosive cinĂ©gĂ©nique avec un Bond uniquement aidĂ© par son pistolet. Daniel Craig a heureusement beaucoup d’Ă©nergie Ă revendre et demeure parfait en toute circonstance. AidĂ© par toujours autant de technologie (ordinateurs et portables), presque maternĂ© (on ne voyais pas autant M auparavant), il acquiert plus d’indĂ©pendance et demeure le plus souvent livrĂ© Ă lui-mĂŞme, toujours autant bornĂ© et brutal, limite rustre. Il est paradoxalement superbe en smoking dans une suite de luxe. 007 a en outre un esprit plutĂ´t « badass » quand il jette dans une benne Ă ordures le cadavre d’un ennemi-ami sous le regard dĂ©sapprobateur de Camille :« c’est ce qu’il aurait aimĂ© ». Excellent. L’humour est mĂŞme parfois direct au dĂ©tour de quelques rĂ©pliques mais c’est assez rare.

Quantum of Solace vaut aussi le coup d’oeil pour les amateurs de James Bond girls. Les deux copines de l’agent secret sont largement meilleures que dans Casino Royale. Olga Kurylenko est superbe, Ă©videmment, mais en plus elle tient parfaitement son rĂ´le, bien plus crĂ©dible que sa Ford Ka rutilante dans les rues dĂ©labrĂ©es de Port au Prince. Comme de plus en plus avec les James Bond rĂ©cents, ce rĂ´le fĂ©minin est un peu Ă©toffĂ© avec une intrigue sur base d’une vengeance assĂ©nĂ©e rapidement mais peut-ĂŞtre un peu plus intĂ©ressante que celle de Bond puisque plus directe. Et son combat final est plus efficace en terme de suspense que celui de Bond.
Dans ces conditions, fallait-il alors se contenter de la bonne bande-annonce ? La franchise James Bond doit certes rĂ©pondre Ă un cahier des charges prĂ©cis mais le film que nous avons sous les yeux est terriblement formatĂ© jusqu’aux rĂ©fĂ©rences caricaturales (la fille recouverte de pĂ©trole dans son lit façon Goldfinger…). On a l’impression qu’au lieu de construire sa lĂ©gende, la franchise se sert sans imagination de ses acquis et de la mode cinĂ© actuelle. L’avenir nous le confirmera. En attendant, les indulgents, dont je fais souvent partie, verront dans ce Quantum of Solace un film d’action carrĂ©, sans fioritures et rythmĂ©. Le succès est garanti. La sĂ©ance cinĂ© n’est pas une punition et on n’est pas mĂ©content de voir un James Bond. Mais le sĂ©cheresse gĂ©nĂ©rale du film pèse lourdement et il est tout simplement impossible pour ce Quantum of Solace de s’en sortir avec un second degrĂ© salvateur. James Bond est devenu un divertissement sĂ©rieux, lourd mais pas bien solide. Dans dix ans, je me demande si je ne prĂ©fĂ©rerais pas revoir Moonraker pour me divertir… et en plus le mĂ©chant est aussi Français !

Fortunately, James Bond will return…
Par Pascal
15 novembre 2008 Catégories: CinĂ©ma
Revu le 1/1/2008 en DVD enregistré
Film français (1973) de Philippe de Broca avec Jean Paul Belmondo, Jacqueline Bisset, Vittorio Caprioli, Hans Meyer, Jean Lefèvre, Monique Tarbès…
Bob Sinclar (Jean Paul Belmondo, oui j’Ă©cris Sinclar, voilĂ ) ne rĂ©sout pas les problèmes de son temps aux quatre coins du monde, il les expĂ©die. Agent sĂ©ducteur et vraie machine Ă tuer lĂ©gèrement parano, pianiste virtuose Ă ses heures, il est le hĂ©ros macho et grandiose par excellence. Une sorte de James Bond ou plutĂ´t de SAS. Ca tombe bien, Bob Sinclar n’existe pas, il est le hĂ©ros d’un roman de gare. Son auteur, François Merlin (toujours Belmondo), est tout le contraire de Bob et achève pĂ©niblement son 43è roman.

Film qui a bercĂ© mon enfance, Le Magnifique est une immense comĂ©die aussi bien dans la « vraie » vie que dans celle imaginĂ©e par Merlin, ce « magicien » luttant contre les « boutiquiers », son Ă©diteur (Vittorio Caprioli) entre autres. Sa vie pourrie nous rappelle que dĂ©jĂ dans les annĂ©es 70, les problèmes des parigots Ă©taient dĂ©jĂ les mĂŞmes que maintenant : le divorce, les plombiers et Ă©lectriciens qui ne viennent pas, la circulation, la pluie, le bruit, la machine Ă Ă©crire, ordinateur antique, qui ne marche pas, les Ă©diteurs/intellos Ă la con, les Ă©tudes de sociologie bidons…

Dès lors, la vie rĂŞvĂ©e de Merlin n’est que le rĂ©sultat de ses frustrations, de son humeur ou de ses influences (comme celle de son fils) qu’il exacerbe Ă travers des situations souvent très violentes et gores : Merlin a conscience de ce qu’il Ă©crit et ne s’en cache pas. La mise en scène de Philippe de Broca, astucieuse et très prĂ©cise, superpose les sĂ©quences rĂ©elles/imaginaires pour aboutir Ă un dernier acte complètement fou. Ces enchaĂ®nements aussi efficaces que drĂ´les permettent la multiplication des moments d’anthologie (la perte de la lettre « R », les cinq interprètes), les outrances parsemĂ©es de nombreux dĂ©tails et dialogues gĂ©niaux et une musique mĂ©morable. De Broca s’amuse aussi en ajoutant d’autres mises en abĂ®mes, « Vous seriez pas dans le cinĂ©ma ? » demande t’on Ă Merlin. Et il se moque de Christine/Tatiana (Jacqueline Bisset) dont la thèse de sociologie n’intĂ©resse personne et passe finalement Ă cĂ´tĂ© de son sujet : Bob Sinclar n’a rien de magnifique. Ce n’est pas ce hĂ©ros sublimĂ©, ce « bien bel homme » Ă©voluant dans des dĂ©cors de rĂŞves. C’est la vulgaritĂ© et l’exubĂ©rance qui l’emportent. Bob Sinclar est bien le reflet du monde merdique dans lequel on vit et au coeur d’un film au dĂ©roulement de plus en plus absurde, fou (le montage est plus rapide) et finalement pathĂ©tique. Et hilarant. Le magnifique est bien un film sur l’acte d’Ă©crire mais centrĂ© sur l’auteur lui-mĂŞme et non l’objet du livre.


Merlin devient lui-mĂŞme notre propre reflet, l’homme moderne perdu et cherchant un exutoire. Et le film parodique devient naturellement une jolie comĂ©die romantique avec une hĂ©roĂŻne naĂŻve, Christine, pas plus prise au sĂ©rieux que Merlin. Cette approche et cette rĂ©ussite imposent un important travail d’Ă©criture. De gros calibres sont Ă l’oeuvre : Philippe De Broca, Vittorio Caprioli, Jean Paul Rappeneau et Francis Veber. Un dĂ©saccord sur le traitement de l’histoire fit cependant qu’aucun d’eux ne fut crĂ©ditĂ© au gĂ©nĂ©rique ! MalgrĂ© tout, scĂ©nario, mise en scène et montage sont maĂ®trisĂ©es. Et pour transcender cette comĂ©die, il y a Jean Paul Belmondo aussi immense que le film, se jetant voracement dans l’auto-dĂ©rision Ă tous les niveaux. EntourĂ© par une troupe d’acteurs talentueuse jusqu’au plus petit rĂ´le (le policier magnanime, l’Ă©lectricien jouĂ© par Jean Lefèvre), il construit tout simplement sa lĂ©gende. Son tandem avec Philippe de Broca, si on oublie (et encore il faut connaĂ®tre) leur ultime collaboration pour Amazone, demeure un des grands moments de notre histoire cinĂ©matographique.
Le Magnifique est la comĂ©die d’espionnage qu’il faut garder prĂ©cieusement aux cĂ´tĂ©s du Grand Blond avec une chaussure noire, autre grande comĂ©die parfaitement maĂ®trisĂ©e. De A la poursuite du diamant vert au rĂ©cent Harold Crick ou mĂŞme un peu Narco, on a revu ces « livres dans le film » mais Le Magnifique n’a jamais Ă©tĂ© dĂ©passĂ©. Et mĂŞme si OSS 117 a redonnĂ© un peu d’espoir, le cinĂ©ma français ne semble plus pouvoir faire ce genre de film.



Fiche IMDB
Par Pascal
24 fĂ©vrier 2008 Catégories: CinĂ©ma