Enfin vu ce film de John Cameron Mitchell, comme Carrie hein, en même temps, il serait temps que je vois ces environ 1500 films que je dois enfin voir. Il se trouve qu’Hedwig and the Angry Inch est le film préféré de ma femme. Les personnes les plus incroyables sur terre se souviennent certainement de mon petit commentaire sur Shortbus et qui fit les beaux jours des visites sur le site (top 10 des articles, le sexe sans doute). Sans elle, je pense que je ne me serais pas déplacé (quoique peut-être, le sexe sans doute). Malgré un avis quelque peu mitigé, je garde plutôt un bon souvenir de ce film. Je suis quelqu’un de plutôt pessimiste et triste mais j’ai la chance de surtout garder en tête les bons moments des films.
Je risque de garder un excellent souvenir d’Hedwig and the Angry Inch. Déjà, j’ai adoré le tout premier instant du film présentant Hedwig en diva jetant son parapluie. Trois secondes, peut-être cinq, géniales, le genre de moments abrupts et absurdes que j’adore. Hedwig and the Angry Inch, c’est l’histoire glorieusement triste d’Hedwig, est-allemand muni d’un terrible pouce au mauvais endroit et chantant dans tous les USA à la traîne d’un chanteur à succès interprétant ses chansons qu’il a volé à Hedwig. Le film est d’abord une splendide comédie musicale joyeuse et terriblement entraînante. Les chansons sont toutes excellentes. The origin of love a un texte sublime tandis que Wig in a box bouleverse complètement dans le film. Ceux qui ne verront jamais « enfin » le film peuvent se laisser tenter :
« Good things come to those who wait ». Quand on voit dans quel contexte est prononcé cette sentence et la tête de Hedwig, nous plonge dans un mélange de tristesse profonde teintée d’un certain humour. Et ça fait déjà plusieurs fois que je tente de mélanger des adjectifs positifs et négatifs dans ce court commentaire (saurez-vous les retrouver ?) et il faut dire que la mise en scène de John Cameron Mitchell, truffée de flash back géniaux, repose sur cette narration joyeuse d’un homme-femme triste se battant pour devenir lui-même.
John Cameron Mitchell joue Hedwig. Acteur dans les années 90, il a arrêté depuis ce film sauf pour une apparition dans Shortbus. Est-ce vraiment un hasard tant il semble avoir absolument tout donné dans ce personnage comme une sorte de don au cinéma ? Original et libre, Hedwig and the Angry Inch est un vrai bonheur, à voir pour son interprétation kamikaze (type The Wrestler avec Mickey Rourke en plus euphorisant) et par tout fan de comédie musicale.
Cinq films un peu au hasard en DVD brassant une large période de la vie de réalisateur de Woody Allen. Ce grand auteur m’a toujours plu et ce n’est pas son superbe dernier film Whatever Works, qui changera la donne.
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe… sans jamais oser le demander
**1/2 Avec ce titre devenu célèbre, Woody Allen est encore dans sa période pré-Annie Hall. Ses films vont plus volontiers dans le loufoque. Tout ce que vous… n’est cependant pas une comédie pure mais une parodie. Et plutôt que faire une grande parodie d’un genre connu, Allen en effectue de multiples dans ce film à sketches. Il ne faut pas se voiler la face : le film a plutôt vieilli et la farce tourne souvent court. On peut aussi se demander si l’objectif du film était systématiquement le rire. Le premier sketch, où Allen enchaine les bides (hilarants), les gags visuels et une illustration des contraintes d’une ceinture de chasteté, fait très bien illusion. C’est d’ailleurs le plus drôle des sketches. Le dernier, une sorte d’Il était une fois la Vie pour adulte où Woody Allen s’illustre dans son costume de spermatozoïde, est également décalé et plutôt drôle (on notera la présence de Burt Reynolds, le film sort la même année que Délivrance). Dans l’histoire du sein géant, la satire des mœurs contemporains laisse place à une parodie appliquée (et assez réussie) du film d’horreur qui n’aurait pas déplu à Mel Brooks. Soit.
Mais que dire de celui de la sodomie où un docteur perd tout à cause de son amour pour un mouton (!) ? On pouvait s’attendre à un marivaudage décalé mais Allen prend le spectateur à contrepied et signe un sketch tourné comme un film intimiste et destructeur, plus cruel que drôle. Gene Wilder est excellent en docteur tombant sous le charme de la bête jusqu’au déni lors de la séquence dérangeante où sa femme le surprend en compagnie de son mouton avec un porte-jarretelle (!!). On retrouve aussi ce ton amère dans le sketch du travesti grimée en femme et perdu à seulement quelques mètres de la sienne, qui ne sait rien, et également dans la parodie de jeu télévisé où la neutralité du présentateur devant les déviances de ses candidats ne prête pas forcément au rire. D’ailleurs ce jeu est finalement assez moderne. De l’absurde inconfortable en quelque sorte. Pour le spectateur non admirateur de l’auteur, on peut quand même (oser) dire que le film ne vaut pas, plus, la réputation de son titre.
La Rose Pourpre du Caire
***1/2 Ce n’est pas le film le plus connu de Woody Allen. Sa durée courte (1h20 à peine) et son principe, qu’il convient de ne pas trop dévoiler, mérite pourtant qu’on s’y attarde.
Pendant les années 80, Mia Farrow est de presque tous (tous en fait à part Stardust Memories) les films de Woody Allen. Comme Alice, elle tient ici (presque) seule le film. Pendant la crise des années 30, Cécilia, minée par un mari en perdition après la perte de son emploi, survit grâce aux séances de cinéma jusqu’à ce qu’un événement pour le moins incongru lui donne la possibilité de rêver à travers un amoureux joué par Jeff Daniels. La Rose Pourpre du Caire devient un véritable hommage au cinéma de l’époque et à ses codes et leur aura si particulière (louée aussi dans Crimes et Délits où un personnage s’enthousiasme pour les films avec ses acteurs portant des smokings alors qu’ici on admire les téléphones blancs et les affichages lumineux).
Il n’est alors pas étonnant de voir le film prendre des allures féériques tout en restant très drôlement prosaïque (Allen exploite complètement son idée-rebondissement) jusqu’à sa conclusion quelque peu inattendue. Pour résumer, la romance n’est pas un feel good movie total, Allen privilégie plutôt la cohérence de ses personnages mêmes quand ils sont tiraillés entre des choix délicats. Toute la conclusion/confrontation dans la salle de cinéma est brillante et touchante. « Last week I was unloved. Now two people love me and it’s the same two people. ». Mia Farrow doit choisir non pas entre réalité et fiction mais entre deux vies rêvées, aucune d’entre elles n’étant vraiment acquise. Et bien que fort simple, le plan final, le lumineux visage de Mia Farrow, est pour moi un des plus beaux plans de toute l’œuvre du metteur en scène. « I’m in heaven ».
Crimes et délits
****1/2 Je n’avais pas encore vu ce film, œuvre reconnue et maîtresse de son auteur (troisième film du classement de l’auteur sur imdb après les difficilement contestables Annie Hall et Manhattan). On ne peut pas dire que sa réputation soit sous-estimée. Le choc passé, je peux dire que Crimes et Délits est un très grand film. Bertrand Tavernier rapprocha ce film d’Hannah et ses sœurs au sujet de sa structure et de son propos, en plus grave. La mise en scène est étonnante et complexe, faite de flash-back, parfois réduits à une seule image (l’enfance religieuse de Judah/Martin Landau) ou interagissant avec le présent où Allen pousse le concept du personnage spectateur de sa vie passée. Elle est au service d’histoires séparées d’une même famille. Alors que Judah fait tout pour que sa maîtresse folle amoureuse ne révèle tout à sa femme jusqu’à envisager le pire, Cliff (Woody Allen), réalisateur de documentaire, joue au père avec sa nièce et tombe amoureux de sa productrice (Mia Farrow) également convoitée par Lester, producteur à succès et beau-frère de Cliff.
Le titre est évidemment en référence au Crime et Châtiment de Dostoïevski. La manière frontale et complexe où le réalisateur aborde le crime et la culpabilité qui lui succède est vertigineuse. Martin Landau est à ce titre exceptionnel, inoubliable quand il revient dans la maison de son enfance (où on aperçoit France Conroy, Ruth dans Six Feet Under). Le triangle amoureux, quant à lui, aurait fait un beau sujet de comédie. Mais c’est la désillusion qui domine, même pas le cynisme. Dans Crimes et Délits, chacun a ses raisons et le cœur n’a pas grand chose à faire, sinon perdre. Je crois que Woody Allen a dit qu’il ne se trouvait pas bon acteur. Pourtant, à la fête qui clôt le film, il est bouleversant.
Chef d’œuvre lucide, Crimes et délits révèle des thèmes dont Woody Allen se servit dans ses films suivants. D’une blague sur la boxe, il fait un point de départ d’un film (comme Annie Hall) à savoir Anything Else. Deux films de sa filmographie récente reprennent le thème cher à Dostoïevski et Crimes et Délits : l’abrupt Rêve de Cassandre raconte ainsi l’opposition entre deux frères face à un acte horrible. Le joyau Match Point est quant à lui l’aboutissement de l’évocation du crime impuni où finalement c’est la chance (ou le destin selon les sensibilités) qui dirige notre existence sans autre forme de moralité.
Tout le Monde dit I Love You
****1/2 Depuis 40 ans, la comédie musicale est un genre se faisant rare dans le paysage hollywoodien. Bon il y a eu Grease ainsi quelques films musicaux plus axés sur le dépassement de soi dans les années 80 (Flashdance, Fame, La Fièvre du Samedi soir) puis dans les années 2000 (8 mile ou le remake de Fame, High School musical que je ne connais pas du tout). Au milieu des années 90, Allen se lance dans ce projet de comédie musicale qui me marqua à vie d’où sa présence dans les films de ma vie. En le revoyant, je ne me peux m’empêcher d’être aux anges. Ce film restera pour moi un film enchanteur. A 60 ans, Woody Allen s’offre un petit plaisir en embrassant une actrice de la moitié de son âge et par ailleurs star de Hollywood, Julia Roberts. Il passe même pour le meilleur coup de sa vie !
Casting de stars (tellement que Liv Tyler et Tracey Ullman furent coupées au montage !) donc avec notamment des jeunes qui montent comme Natasha Lyonne, Natalie Portman, Lukas Hass. Woody Allen n’a également pas son pareil pour les embaucher les nouveaux talents (Billy Crudup ici) ou les relancer : c’est peut-être un hasard mais Drew Barrymore comme Julia Roberts sont à ce moment à la veille de (re)devenir des grandes stars. Barrymore est sur le point de devenir culte dans Scream tandis que Roberts va enchainer de nombreux succès (après plusieurs bides dont Mary Reilly) à commencer par le Mariage de mon Meilleur Ami. Toutes assurent un spectacle inoubliable en poussant la chansonnette de manière fort respectable (sauf Drew Barrymore qui refusa de chanter, se trouvant trop affreuse. Elle chante pourtant correctement dans Le Come Back). Le bonheur je vous dis.
Anything else
*** Nous sommes à New York. Woody Allen commence par raconter une histoire drôle (déjà racontée dans Crimes et Délits) sur la boxe qui résume en grande partie le film. Les plans sont fixes et les personnages discutent hors et dans le champ. Les blagues (souvent hilarantes) de stand-up s’accumulent. Le héros est un gagman voulant devenir écrivain sérieux, a des problèmes de couple, voit un psy, s’adresse à la caméra. On prend les même et on recommence ? Anything Else est une variation mineure mais souvent délicieuse de l’œuvre de Woody Allen. Et ce sont bien ces petites variations et différences qui font plaisir. Les personnages principaux ont rarement été aussi jeunes, à peine plus de 20 ans et Woody Allen s’octroie ici un rôle presque inattendu de vieux sage face à son alter ego classique (Jason Biggs)
Le personnage de Woody Allen est une variation étrange du névrosé (très) cultivé qui vieilli en devenant un mentor terriblement paranoïaque et armé. Impossible de ne pas y voir le Alvy d’Annie Hall ou le Isaac de Manhattan demeuré solitaire, presque une conscience (il n’apparaît qu’avec Jerry). Jason Biggs/Jerry est un condensé proche de la caricature de l’homme s’enfermant très tôt dans des situations inextricables. Et drôles : psy muet, copine prétendument frigide, belle-mère envahissante, agent jouant de la torture affective… Face à son autre lui-même Woody Allen « père » en finit par exhorter son disciple à quitter New York (et à donner des coups) pour Los Angeles, chose dont il fut lui-même incapable (ou alors le temps d’une escapade désastreuse) quelques 25 ans auparavant. Le lien élève/maître (à ce propos un thème également abordé dans… Crimes et Délits !) devient jeu de miroir temporel, le fantasme d’une deuxième chance.
Dans ce rôle miroir, Jason Biggs s’en tire honorablement mais sort peu de l’exercice d’interprétation d’un personnage du répertoire allénien (à ce jeu, Larry David dans Whatever Works est excellent et plus inspiré). Christina Ricci joue de son visage à la fois beau et étrange et s’avère être une vamp énervante mais aussi terriblement sexy en culotte et tshirt blanc. Car le Woody Allen des années 2000, avec des actrices comme Evan Rachel Wood, Christina Ricci, Penelope Cruz et évidemment Scarlet Johansson, se veut plus « hot » qu’il ne l’a jamais été. Cela ne nuit aucunement au(x) film(s)…
Entendu une fille parlant à une autre à la sortie de la salle : « T’enlèves les chansons d’ABBA et c’est mauvais ». Cela me rappelle Agrippine de Brétecher : « Mozart c’est nul sauf la musique du film ». Il ne s’agit pas ici de mettre sur un pied d’égalité Mozart et ABBA pas plus que le Amadeus de Milos Forman avec cette adaptation d’une comédie musicale à succès. Mais il est important de prendre en compte le fait que Mamma Mia! a été conçu sur la musique d’ABBA. La scénariste Catherine Johnson n’a pas écrit une histoire puis s’est dit : « Tiens et si j’illustrais mon propos des chansons d’un groupe scandinave ? ». Bon et donc ces critiques à peine remis de mes émotions, c’est nul.
D’ailleurs, l’histoire est-elle si nulle ? C’est une comédie. Elle est 33% plus compliquée que Les Compères de Francis Veber ou Une Chance sur deux de Patrice Leconte. En effet, Sophie (Amanda Seyfried, craquante et sexy) ne connaît pas son père et invite ses trois pères potentiels à assister à son mariage sans le dire à sa maman. Elle pense pouvoir le reconnaître au premier coup d’oeil mais évidemment ce n’est pas le cas. Bon, on a vu pire comme histoire. C’est même parfois assez drôle grâce un peu aux amis de Maman sorties de Absolutely Fabulous et bien sur au trio gagnant Brosnan/Firth/Skarsgard dans le rôle des pères.
Le problème majeur de Mamma Mia! est la réalisation calamiteuse de Phyllida Lloyd qui travaille dans l’opéra, et qui fait partie des créateurs initiaux de cette pièce. Mais elle ne sait visiblement pas tenir une caméra. Dès lors que celle-ci est en mouvement, tout est à peu près raté. Très souvent mal éclairées, comme si on voulait vraiment nous montrer qu’on tourne en studio, des séquences entières sont gâchées et la moindre des chorégraphies, généralement peu audacieuses d’ailleurs, est illisible. D’autant plus dommage que quand la réalisatrice prend le temps de poser sa caméra pour un plan mère/fille devant le miroir ou pour un départ en bateau, elle rend service au film. Mais c’est si rare…
Que reste t’il pour sauver le film ? Les acteurs et les chansons d’ABBA. La fille du cinéma n’a pas si tort au fond. La prestation de Meryl Streep semble avoir des avis mitigées. Certes j’adore les comédies musicales et je me fais facilement avoir mais admirer Meryl Streep (quand elle est bien cadrée) danser maladroitement et chanter sincèrement la chanson titre m’a donné des frissons. De même, Pierce Brosnan chante terriblement faux mais il a un tel aplomb qu’il devient touchant jusqu’à son génial « It’s only for the rest of your life. ».
Le film est sauvé et beau. La réalisation est impardonnable mais je pardonne volontiers les scènes parfois hystériques entre deux chansons car elles aboutissent à des arrangements musicaux enthousiasmants. A la limite, on peut se demander si cet écrin bancal n’est tout simplement pas idéal pour les chansons d’autant que la dernière séquence pendant le générique est hilarante et débridée (les acteurs avec des costumes d’ « époque ») mais finalement très simple (une scène, un micro). Les standards d’ABBA sont sûrement éternels…
Vu le 23/1/2008 à l’UGC George V salle 1 en VO
Film américain (2008, Sweeney Todd: The Demon Barber of Fleet Street) de Tim Burton avec Jonny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman, Timothy Spall, Sacha Baron Cohen, Jamie Campbell Bower…
Pour beaucoup l’oeuvre post 20è siècle et de Tim Burton ne fait pas honneur à son talent et demeure jugée conformiste et sirupeuse. Sweeney Todd sonnait comme le retour du metteur en scène au plus haut niveau. J’en attendais beaucoup et j’avais envie d’aimer le film.
Dans le générique, on voit du sang couler sur diverses objets jusqu’aux égouts. Sa couleur jure littéralement avec le reste tout en CGI pas beau pour aboutir sur le titre du film dans une horrible police de caractères, et pas dans le même rouge, type Word 97. Et là où c’est marrant, c’est que je me suis dit que je devrais aimer ce générique puisque c’est du Burton ! C’est le travers évident quand on apprécie beaucoup un réalisateur et qu’on tente de trouver toute sorte de qualité à ses films même quand ils sont ratés. Bref, ce générique est nul.