There will be blood

Vu le 18/3/2007 au Balzac Salle 2 en VO
Film amĂ©ricain (2007) de Paul Thomas Anderson avec Daniel Day-Lewis, Paul Dano, Dillon Freasier, Ciaran « CĂ©sar » Hinds, Sydney McCallister…

There will be blood. Les titres des films de Paul Thomas Anderson, oĂą PTA pour faire simple et/ou pour les fanatiques d’acronymes, sont un plaisir en soi. Celui-ci, en lettres gothiques au dĂ©but du film, sonne comme une curieuse promesse. Et puis le titre revient Ă  la fin, toujours une promesse ?

MĂŞme au coeur de l’ariditĂ© du dĂ©sert californien (enfin, le tournage a eu lieu au Texas) illustrĂ©s par des images nĂ©cessairement sèches et des mouvements bien moins amples et gĂ©nĂ©reux que ses prĂ©cĂ©dents chef d’oeuvres, PTA filme toujours la vie, nos vies que cela nous Ă©meuve ou nous mette mal Ă  l’aise. Comme une Ă©preuve en fait, ainsi Barry Egand (Adam Sandler) dans Punch Drunk Love auquel je me suis un peu trop identifiĂ©.

Pour parvenir Ă  ce rĂ©sultat, le metteur en scène s’Ă©loigne des coĂŻncidences et des pluies de grenouilles de Magnolia pour nous raconter au plus près la quĂŞte de solitude de Daniel Plainview, « oil man » en pleine ascension. La reconstitution fait vraie avec ses figurants locaux et ses dĂ©cors Ă  l’ancienne. Les fameuses premières sĂ©quences vides de dialogue sont très sensitives, physiques. Elle nous plonge dans un monde de pionniers d’oĂą Ă©merge un Daniel Plainview blessĂ© et se trouvant presqu’au mĂŞme instant un mĂ©tier lucratif, pĂ©trolier, et une famille, son fils adoptif.


There will be blood
refuse aussi tout effet du grand Hollywood. La scène spectaculaire, le jet de flamme hors du derrick, est assez symptomatique : le « dĂ©samorçage » de l’incendie est prĂ©parĂ© avec une quantitĂ© astronomique de bâtons de dynamite dans deux bidons. L’explosion a bien l’effet escomptĂ© mais elle est pourtant aussi sèche que le film, et un peu ridicule, un peu pathĂ©tique presque comique. Ca me rappelle la sĂ©quence d’allumage du barbecue d’Homer dans les Simpson (ouch, ardue la rĂ©fĂ©rence, disons qu’Homer met deux tonnes d’allume-feu dans son barbecue pendant vingt bonnes secondes et quand il l’allume, on s’attend Ă  une catastrophe et il dĂ©marre parfaitement bien, gentiment – aucun gag. ForcĂ©ment Anthologique).

On pourrait aussi faire un long article sur la musique de ce film et son usage. Je n’en suis pas capable. Elle est magnifique. Elle n’accompagne Ă©trangement pas le film mais les personnages (c’Ă©tait d’ailleurs je crois un peu le cas dĂ©jĂ  dans Punch Drunk Love).

Le metteur en scène ne dĂ©nonce rien, il montre. Son amour presque Ă©merveillĂ© de ses personnages, qui donna des scènes aussi simples que bouleversantes (les retrouvailles de Dirk Diggler avec son producteur dans Boogie Nights) est moins Ă©vident dans There will be blood, la camĂ©ra se trouvant plus distante. Il y a quand mĂŞme cet amour muet de Mary pour le fils Plainview et ce flash back Ă©tonnant, très tendre, Ă  la fin du film entre Plainview et son fils qui nous rappelle le chemin parcouru par le pĂ©trolier mais aussi malgrĂ© tout l’amour que veut traquer partout le rĂ©alisateur.

Mais ici, l’amour est un souvenir d’avant l’abandon du père adoptif. Abandon assumĂ©e car cohĂ©rente avec le but que Plainview s’est fixĂ© et qu’il nous livre dans ce qui constitue sans doute la seule scène oĂą Plainview se livre un peu : vivre seul Ă  l’abri de tous les humains. Son pire ennemi est donc Eli Sunday le prĂŞcheur qui veut faire prospĂ©rer sa communautĂ© religieuse autour des puits de pĂ©trole jusqu’Ă  imaginer Plainview devenir lui-mĂŞme un de ses fidèles membres. Et alors qu’on peut s’interroger sur la possible schizophrĂ©nie d’Eli, Paul et Eli Sunday sont jouĂ©s par le mĂŞme et gĂ©nial acteur Paul Dano dĂ©jĂ  Ă©tonnant dans Little Miss Sunshine, vient mon identification non pas Ă  un personnage mais au deux personnages principaux de There will be blood.

Deux facettes violentes de nous(moi)-mĂŞmes nous(me) touchent : le besoin de reconnaissance tout en restant hypocritement modeste, tel Eli, et la misanthropie, tel Daniel. Il y a quelque chose de terriblement amer, dĂ©sespĂ©rant dans leur duel. Les abandons de ce frère qui lui ressemble pourtant de loin, de ce fils qui marche sur ses traces sont comme des abandons d’une part de Plainview lui-mĂŞme. Avec le recul, c’est plutĂ´t bouleversant. Une nouvelle fois.

Il y a dĂ©jĂ  tant de littĂ©rature sur ce film, tant de points de vue pertinents, passionnants, frustrants aussi, sur ce que le film transmet, sur Paul Thomas Anderson, sur l’inoubliable Daniel Day-Lewis, sur le cinĂ©ma amĂ©ricain de la dĂ©cennie. Tâchons de faire simple : There will be blood est un grand film et je crois qu’il sera un grand film parce qu’il touche quelque chose d’intemporel sur notre humanitĂ©. Il faut voir There will be blood. Au cinĂ©ma, surtout. There will be blood se ressent. Et malgrĂ© ses deux heures trente huit, la fin me tombe dessus comme une quille alors que la quĂŞte de Plainview trouve son aboutissement. « I’m finished ». Et c’est moi qui saigne.

Fiche IMDB

Quelques autres commentaires :

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 Par Pascal     Commenter23 mars 2008    Catégories: CinĂ©ma

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