Catégorie 'Cinéma'

Gran Torino

Vu le 2/3/2009 à l’UGC Normandie Salle 1 en VO

Un vétéran de la guerre de Corée, Walt Kowalski se retrouve seul après la mort de sa femme, ses enfants n’ayant que peu en commun avec lui. Vivant dans un quartier peu à peu peuplé par des asiatiques, il finit par se lier avec ses voisins alors que l’un d’eux, un adolescent, tentait de voler sa voiture, une Ford Gran Torino 1972.

Commençons par dire que le film de Clint Eastwood, un de ses plus grands succès en salle, n’est pas nécessairement son meilleur (remember Un Monde Parfait ou Impitoyable) ni même son film le plus émouvant (remember Un Monde Parfait ou Sur la route de Madison). Gran Torino est cependant un excellent film, un film (très) drôle et sérieux, attachant et émouvant, remplis de bonnes ou belles scènes. Quant à Clint Eastwood l’acteur, il continue son exploration de sa propre légende. Il est une sorte de personnage récurrent avec quelques variations mais surtout une telle simplicité qu’elle en devient audacieuse. Ainsi pour jouer un vieillard grogon, Eastwood grogne. A peu près une phrase sur trois se résume à un « Grrr » renfrogné. On peut faire difficilement plus con, et plus casse-gueule, surtout dans un film quand même sérieux. Et pourtant, on marche.

Gran Torino est peut-être même un grand film : prenant place de nos jours et dans un quartier du Middle West, le réalisateur illustre sa vision de ses valeurs, presque un manifeste. Il y a pour moi quelque chose de douloureux dans cette description de ce monde. Au-delà du danger qu’il disparaisse, il évoque presque trait pour trait un fantasme de l’american way of life que j’admire et dont mon mode de vie demeure largement éloigné.

Le premier aspect de cette vision débute tout bêtement par le mépris qu’éprouve Walt vis à vis de l’étranger, ou plus précisément ses voisins, (les chinois dans son quartier) et de la jeune génération (ses petits enfants, le prêtre) car jugée irrespectueux : les jardins sont mal entretenus, on porte des piercings, on demande un héritage sans contrepartie. Walt a donc des a priori, une méfiance naturelle envers autrui.

Il juge et méprise mais il n’empêche pas de vivre, n’impose rien mais sans être relativiste. Il ne provoque personne tant qu’on le laisse tranquille lui et sa propriété. C’est par les actes, voire les attitudes, qu’il jauge les gens et bâtit son respect. Cela peut prendre une tournure anodine (et comique) autour d’un concours de crachat avec la vieille voisine asiatique, tout aussi taciturne que lui, ou plus sérieuse quand il voit en Sue Lor une femme déterminée face au danger (quand elle tient tête à une bande de garçons vanneurs). Le scénario fait la part belle à cette quête de respect à travers le jeune prêtre Janovich qui part son contact obstiné avec Walt finit par remettre en question ses certitudes. Et il y a surtout le frère de Sue, Thao. Parti de très bas, il a tenté de voler sa voiture, Gran Torino raconte cette amitié naissante teintée de parternalisme. Ces deux personnages, Thao et le prêtre, ont changé, voire ont été transformés, au contact de leur ainé. C’est une transmission que raconte ici Clint Eastwood.

Présentée comme telle dès le début du film, la Ford Gran Torino de Walt représente l’héritage d’Eastwood et de toutes ses valeurs, aux siens. Mieux encore, il a contribué à sa construction puisqu’il a travaillé chez Ford (notons aussi son rejet des voitures étrangères). Attention au « siens », le sien ici correspond à ses semblables et non ses héritiers juridiquement légitimes. Walt rejette l’appropriation de force (le vol) mais aussi de fait (l’héritage familial). Cette idée de transmission non acquise nous rappelle aussi une vérité encore existante en Amérique où les grosses fortunes telles Bill Gates ou Warren Buffet préfèrent transmettre leurs biens à des fondations plutôt qu’à leur progéniture. La bonne fortune et le respect se méritent, se gagnent.

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L’autre aspect, plus complexe, est le sacrifice. Walt est un vétéran de la guerre de Corée qui a vu la mort en face, s’est donc battu pour son pays et les valeurs qu’il prône. Gran Torino repose sur deux sacrifices. Le second sacrifice conclut le film. L’art de la mise en scène d’Eastwood le fait devenir comme un aboutissement bouleversant et logique. Il ne peut décontenancer que par le contexte dirtyharriesque d’Eastwood et la fin d’Impitoyable.

Le premier sacrifice est le plus cruel. Il n’est pas nécessairement issu d’un choix consenti. En quelques scènes brèves mais évocatrices, Eastwood nous rappelle qu’un ancien combattant ne tire aucun héroïsme de ses actes, ni même du respect (ou alors de façade) puisque Walt n’est pas en mesure de transmettre son expérience et ses blessures intérieures. Le temps qui passe, 50 ans depuis la guerre de Corée, n’efface rien. Pire, elle accentue l’incompréhension de la jeune génération qui ne cache pas une fascination morbide : les enfants qui fouillent dans la malle militaire, Thao demandant combien de personnes il a tué. Sans effets ni grands discours, on comprend alors la détresse de Walt et pourquoi certains anciens combattants auraient préféré « y rester ».

Ni pro, ni anti, Eastwood dit que la guerre est le pire des sacrifices : celui des jeunes qui en vieillissant peinent à transmettre les valeurs qu’ils ont défendus et ne parviennent à oublier les horreurs auxquels ils ont participé, les morts qu’ils ont causées et pour lesquels on les a félicités/décorés. L’incapacité à communiquer (parler de la mort notamment et de la culpabilité) devient une des sources des cassures/incompréhensions entre les générations et de la perte de valeurs essentielles. Elle est aussi un échec personnel pour Walt qui ne parvient pas à renouer avec les siens. Vivre, survivre est un poids.

Sans chercher à obtenir le pardon, Walt va se libérer au cours d’une vraie confession (à travers un grillage !) à l’issu de tout un travail de transmission vers autrui. Le sacrifice retrouve tout son sens. On ne se sacrifie pas « pour rien ». Le sacrifice se fonde sur un choix et non sur un ordre reçu ou un châtiment. Il est individuel. C’est en cela que Gran Torino est humain. Il raconte l’histoire d’un homme que la guerre a brisé, qui a fait partiellement face en fondant/élevant une famille qui se libère en s’ouvrant à ceux qui s’ouvrent à lui. Dès lors, il transmet sa mémoire, la mémoire de ses pères. Sans être une suite, Gran Torino a tout d’un prolongement de son dyptique sur Iwo Jima. Comme Mémoires de nos pères, Gran Torino sur une touche triste mais teintée d’espoir, à taille humaine. Oui, Gran Torino est sans doute un grand film.

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 Par Pascal     Commenter12 mars 2009    Catégories: Articles Cinéma

Les sorties du 11 mars

Ca se bouscule toujours autant avec pas moins de 12 films.

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Le fan de Clive Owen (cf l’exceptionnel Les Fils de l’homme) que je suis ne manquera pas de se déplacer pour L’Enquête. Je ne sais pas grand chose du film pas plus que j’ai vu la bande-annonce. Seuls quelques photos et le genre, un thriller sur fond d’espionnage/manipulation, suffisent amplement à me faire saliver. Seul ombre au tableau ; l’échec aux USA pour un film qui semble pourtant bien calibré pour le marché américain. L’Enquête est réalisé par l’allemand Tom Tykwer dont j’ai vu le bon Cours, Lola, cours et l’inégal mais atypique Heaven (que j’avais été voir pour Giovanni Ribisi). Il est aussi l’auteur d’un des meilleurs courts-métrages de Paris, je t’aime (celui avec Natalie Portman).
Sinon ça va braquer :

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Après le beau Je vais bien t’en fais pas, Philippe Lioret revient au cinéma avec Welcome. Le bonus est la présence de Vincent Lindon dont, comme Clive Owen, je suis un très grand fan depuis le film La Crise, un de mes films préférés quand j’étais adolescent. Je l’ai revu récemment et bon c’est quand même un peu caricatural mais Vincent Lindon est toujours formidable et sa carrière ne m’a pour ainsi dire pas déçu avec des films qui m’ont profondément marqués tels Mercredi Folle journée (dont je pourrais faire la même remarque que pour La Crise), Fred et le récent Pour Elle. Je me rends compte que depuis 1992, j’ai quand même vu 15 de ses films la plupart au cinéma. Problème ici de taille : je n’aime pas du tout le contexte social du film (une histoire de sans papiers) et la bande-annonce est comme souvent un mini-film relatant à peu près tout. Et les flics/vigiles en plus sont vilains. Espérons que le tact de Philippe Lioret, qui m’avait touché avec son premier film Tombé du ciel, soit toujours bon car je peux difficilement manquer ce film et cette rencontre.

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Pour les amateurs de sensations fortes, Unborn sort cette semaine après un petit succès aux USA et cependant un rejet inquiétant des spectateurs (4,7/10 sur imdb, ce n’est pas fameux). Unborn est réalisé par David S. Goyer plutôt connu pour ses scénarios : la trilogie Blade (et la série), Batman Begins, The Dark Knight, Dark City mais aussi Jumper (personne n’est parfait). Inutile de dire qu’on risque de rester ici dans le dark. Haha. Bon sinon, la bande-annonce fait son petit effet quoique la séance d’exorcisme semble faire dans la grosse surenchère. Les affiches sont nombreuses dans le métro et si le côté horreur semble bien présent, je crois qu’une grosse partie du marketing se fonde sur autre chose. Je vous laisse deviner avec cet indice :

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Les Passagers racontent les liens entre une psychologue et les rescapés d’un crash d’avion. La bande-annonce, comme le film sans doute, tourne rapidement au thriller surnaturel. Ca n’a pas l’air d’être le nouveau Sixième sens mais plutôt de se rapprocher de films « à esprits » ennuyeux tels Dragonfly, La prophéties des ombres ou La voix des morts(si vous ne connaissez pas, ce n’est vraiment pas la peine de chercher à en savoir plus sauf si vous êtes fan absolu de, respectivement Kevin Costner, Richard Gere, Michael Keaton). Sans grand intérêt, la meilleure scène doit être celle du train que nous voyons donc dans la bande-annonce. Le réalisateur Rodrigo Garcia s’est fait la main sur des séries aussi prestigieuses que les Soprano, Carnivale, Six Feet Under ou Big Love dont il a eu l’honneur de réaliser le pilote. Tristement, son film ne semble pas avoir eu les honneurs d’une grosse sortie aux USA et sort en DVD en mars. Tout indique une sortie technique pour la France. Le casting est cependant intéressant : Anne Hathaway qui est surtout excellente dans les comédies, Patrick Wilson (que je ne connais pas en fait – il joue dans Watchmen), Dianne Wiest, David Morse, William « Smoking Man » B. Davis et Clea DuVall.

Duo féminin de charme pour le film Loin de la terre brûlée : Kim Basinger et Charlize Theron. Le propos du film n’a cependant rien de charmant et semble au moins aussi déprimant que 21 Grammes. Normal, le réalisateur Guillermo Arriaga est scénariste de ce dernier ainsi que d’Amours chiennes et Trois enterrements. La bande annonce révèle quelque peu l’ambiance (amants, filles cachées, mari violent mais qui pleure dans sa voiture et une caravane qui fait boum) et suggère également une mise en scène comme les films de Alexandro Gonalez Inarritu. Une marque de fabrique en somme.

Et on va s’arrêter là, on pourrait se laisser tenter par la comédie fantastique La ville fantôme de David Koepp, un des scénaristes les plus prisés d’Hollywood je pense (en vrac : Spider man 1&2, la guerre des mondes, indy IV, Snake eyes, Panic Room…) mais le film risque de passer inaperçu.

Et maintenant, la bande-annonce con de la semaine qu’on peut voir ici. Si ça se trouve, le film est pas mal mais faire de la pub avec exclusivement un type dans une voiture rouge…

 Par Pascal     Commenter11 mars 2009    Catégories: Articles Cinéma

Les comédies en affiche

Encore des ressemblances troublantes entre deux comédies françaises : Vilaine et Un chat un chat.

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Nous ne sommes pas vraiment loin du jeu des sept différences : un chat, une fille et une poubelle (les modèles semblent identiques). Notons que Chiara Mastroianni n’a pas de tablier. La SPA s’insurgeait contre l’affiche de Vilaine, Un chat un chat est peut-être une réponse faisant suite à ce scandale national.

 Par Pascal     Commenter8 mars 2009    Catégories: Articles Cinéma

Harry Potter et le prince de sang mêlé – la bande-annonce

Le sixième épisode de la saga Harry Potter est mon préféré de la série. Dès l’introduction, on ressent de la peur, le poids des trahisons et des manipulations. Le livre est triste et parfois troublant lorsqu’il raconte l’histoire de Voldemort alors enfant mais déjà si conscient de ce qu’il devient. La dernière partie mêle action non stop, enjeux dantesques (la prise de pouvoir des sbires de Voldemort) et un face à face bouleversant que j’imagine encore au milieu des flammes et du chaos avec un Harry Potter impuissant, vaincu. Le problème est que j’ai du coup une vision très personnelle mais aussi très claire de que ce je voudrais voir à l’écran : la moitié du film sur Voldemort travaillant assidûment à son ascension, terrifiant jusqu’à sentir la présence de Potter et Dumbledore invisibles, un Harry Potter toujours spectateur des événements incapable (sauf sur la montagne où il se bat jusqu’à être à bout de forces) de changer le cours des choses, des coupes claires sur tout ce qui pourrait être « joyeux », de la fureur et du sacrifice. Et un peu de Luna Lovegood, personnage formidablement adapté dans le film précédent. Je risque d’être déçu.

De nombreuses bandes-annonces circulent. Je trouve que celle-ci est la meilleure, la plus tragique et qui répond à ce que j’espère.

 Par Pascal     Commenter7 mars 2009    Catégories: Articles Cinéma

Bellamy

Vu le 25/2/2008 à l’UGC George V salle 2

Bellamy est la première rencontre de deux poids lourds du cinéma français : Gérard Depardieu et Claude Chabrol. Ce dernier a écrit spécialement le film pour Depardieu. Comme il arrive régulièrement dans ces rencontres arrangées, le résultat n’est pas étincelant et le film n’est pas un succès (il marche moins bien que les quatre précédents métrages du réalisateur). Il ne faut pas s’en détourner pour autant car il est souvent plaisant. Depardieu est donc Bellamy, un commissaire connu et réputé en vacances avec sa femme bien aimée et aimante (Marie Bunel). Mais il ne peut s’empêcher d’enquêter « à titre privé » sur une escroquerie à l’assurance où il s’intéresse au coupable présumé en cavale. Pendant ce temps, son frère (Clovis Cornillac) mal aimé lui rend visite.

De ces deux histoires, Chabrol privilégie la partie familiale plus pesante, remplis de ressentiments. Ce sont donc les tensions chez les Bellamy que Chabrol met en valeur. Presque chaque scène a son lot de sous-entendus teintée de paranoïa (Bellamy est-il trompé par sa femme ?). Ce n’est pas ennuyeux, certaines scènes sont très biens, mais ces retrouvailles m’ont laissé quelque peu de marbre. Si la sentence finale est éclatante (« J’ai trouvé de la dignité à me mépriser moi-même »), la révélation associée est décevante et la conclusion laisse autant de regrets au protagonistes qu’à moi le spectateur, un peu déçu de n’avoir pas été plus captivé. L’enquête, une histoire de sosies, illustre la première histoire : le flic Bellamy préfère régler les problèmes des autres au lieu de balayer devant sa porte. Je préfère cette enquête un peu décousue car elle est plus drôles. Les rencontres de Bellamy avec le coupable ou les apparitions de la femme fatale (excellente Vahina Giocante) sont savoureuses. Et la chute au tribunal fait preuve d’un mépris très joyeux pour la justice.

Bellamy, c’est aussi tout le savoir faire de Chabrol : l’art du décors bourgeois sous toutes ses coutures (avec l’irruption ostentatoire de l’écran plat). Les dialogues sont souvent très forts avec une certaine délectation pour les répliques délicieusement idiotes. Dans un bricomarché, Bellamy regarde des clous et une vendeuse lui dit :« Vous êtes venus pour des clous ? – J’espère pas. ». Oui, ça me fait vraiment rire tout comme le repas gastronomique chez le couple homosexuel.

Le metteur en scène fait toujours la part belle aux acteurs. Je ne connaissais pas vraiment Marie Bunel (vu pourtant dans La Fille coupée en deux) mais elle est lumineuse tout comme les deux autres femmes du film, Vahina Giocante et Adrienne Pauly. Trois femmes et tempérament forts mais tous distincts. Chez les hommes, Jacques Gamblin semble beaucoup s’amuser dans ses multiples rôles. Clovis Cornillac, déjà avec Depardieu dans Astérix 3, est toujours bon, toujours lui-même.
Et le metteur en scène fait la part belle à Depardieu/Bellamy, moteur et donc raison d’être de ce bon film. Séducteur, lubrique, ironique, drôle, triste, méprisant, curieux, amical, amusé, désagréable, lucide, chanceux, malheureux… le personnage sonne comme un portrait de l’acteur. Encore plus que le récent Diamant 13, Gérard Depardieu n’est pas gros mais imposant, immense. Certes, Bellamy n’est pas un film passionnant mais il a suffisamment de moments délicieux pour qu’on s’y attarde.

A part ça, ça fait beaucoup de Bellamy(s) dans le texte.

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 Par Pascal     Commenter5 mars 2009    Catégories: Articles Cinéma

Les sorties du 4 mars

Semaine assez éclectique comme souvent mais assez portée à l’international i.e. quelques films autres que français/américains.

Mine de rien, il y a 14 films à l’affiche. Comment peut-on espérer que tous vont toucher un public ? A la limite une bouse US issue d’un studio aura une deuxième chance en dvd, à la location, dans un soldeur ou une deuxième partie d’une chaîne du câble. Pour les autres films, la sortie au cinéma constitue une sorte de baroud d’honneur dans le pays où il sort : le film aura quelques critiques, quelques spectateurs puis tombera dans l’oubli. C’est assez triste tous ces films qui vont au casse-pipe. Enfin ça dépend des films.

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Le gros morceau de la semaine serait donc le fameux Watchmen : Les gardiens. Après le succès colossal de 300, Zach Snyder s’est lancé dans une entreprise faramineuse : l’adaptation de Watchmen. C’était il y a quand même une bonne année. Depuis la presse spécialisée et la blogosphère ne semblent jurer que par ce film. Watchmen par ci, Watchmen par là. Sincèrement, je ne crois pas qu’il s’est passé plus de deux semaines sans qu’une info soit relayée sur ce film éblouissant avant qu’on ne l’ai vu. Je suis demeuré assez circonspect. Pourquoi ? La bande-annonce nous dit « le plus grand roman graphique de tous les temps ». Eh bien moi, j’avoue mon inculture : je n’en ai jamais entendu parler de ce roman graphique. Roman graphique… « C’est une bd ? Non majesté, c’est un roman graphique. Ah. ». Bref, on ne peut pas dire que je pouvais difficilement être enthousiaste du moins pas plus que si on m’annonçait qu’un bon réalisateur allait réaliser un nouveau film. C’est son métier quand même. La deuxième bande annonce a de l’allure (très belle bande-son, musique comme bouts de dialogues), il faut bien en convenir. Watchmen semble être beau visuellement avec histoire (enquête sur fond de fin de monde) et personnages (c’est dur d’être un super héros) apparemment plus convenus. Ca me va, i will watch the watchmen. Quoi que ça dure dans les 2h40. Et voir un métrage de cette durée est assez délicat point de vue horaires (et boulot) à Paris.

Cela fait bien quinze ans que Gus Van Sant a ce Milk en tête. Il avait été par exemple prévu pour Robin Williams dans les années 90. Ce biopic retrace le parcours d’Harvey Milk (Sean Penn), politicien ouvertement homosexuel à San Francisco dans les années 70. Dans ces derniers films, Gus Van Sant n’a pas eu peur de faire du cinéma assez expérimental (Le palme d’oresque Elephant, Gerry ou dans une certaine mesure l’intéressant Psycho) mais il est certainement ici dans un registre plus traditionnel (comme le très bon Will Hunting ou le sympa A la rencontre de Forrester). Tant le sujet que le genre ne peuvent laisser indifférent les professionnels d’Hollywood. Le film a logiquement récolté plein de nominations aux Oscars et Sean Penn a finalement obtenu l’Oscar pour sa prestation.

Un film allemand est à l’honneur cette semaine : La vague. Le film s’inspire d’un fait divers qui m’a assez marqué : dans un lycée, un professeur avait fait une expérience tentant d’instaurer une idéologie fascisante (la troisième vague) auprès des élèves. En quelques jours, il avait su en endoctriner un bon nombre. L’histoire est visiblement à prendre avec des pincettes à tel point que l’article de wikipédia conclut par un ironique « D’un point de vue sociologique, le fait que le public semble prêt à accorder crédit à la « Troisième Vague » telle qu’elle est relatée dans les adaptations artistiques pourrait en lui-même provoquer un questionnement et constituer un objet d’étude. ». Le film de Dennis Gansel reprend ce thème dans une école allemande. Le concept rappelle un autre film allemand de Oliver Hirschbiegel, très tendu : L’expérience où on impose à un groupe de gens un rapport prisonnier/gardien.

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Un peu d’animation japonaise maintenant avec Evangelion 1.0 : you are (not) alone. Très grande série des années 90, son créateur Hideaki Anno s’est lancé dans une curieuse aventure : revisiter sa série, 26 épisodes, en une trilogie avec les techniques d’animation modernes et, nécessairement, une synthèse de sa riche histoire. La bande-annonce, même avec une VF vraiment nulle, me rappelle quelques beaux souvenirs. Revoir le mélancolique Shinji, condamné à sauver l’humanité, est assez touchant. Le titre est joli. Reste à convaincre ma femme qu’un film avec des robots géants, ce n’est pas forcément comme regarder Goldorak chez Dorothée.

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Une comédie américaine sort ce mercredi : Marley et moi qui est un gros succès outre-atlantique. Je suis un grand fan d’Owen Wilson, sorte de double du réalisateur Wes Anderson et acteur génialissime par sa simple présence, pour l’humour décalé et mélancolique qu’il dégage naturellement. Bien que je sois moins fan de Jennifer Aniston (pas brillante dans Ce que pensent les hommes), je suis toujours attaché à elle et ses amis de Friends. Marley et moi est enfin un très gros succès aux USA. Quel est le problème alors ? Mais tout simplement ça :
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Eh oui, le bon coup du chien qui fait des catastrophes partout. Acheté comme une sorte de substitut à un enfant (qu’importe ce que diront les sociologues/médecins/psys… je trouve ça complètement con) qu’il ne veut pas, Marley va finir par devenir le meilleur ami du couple vedette. La bête immonde, le Mal cinématographique frappent une nouvelle fois. Même avec quelques passages drôles (Kathlenn Turner semblent très amusante), la bande-annonce n’est en plus d’aucun secours : elle ne m’épargne pas grand chose : il va falloir se farcir le chien. En plus il s’appelle Marley en l’honneur du chanteur. Je déteste Bob Marley. Mais j’aime Owen Wilson. Peut-être ferais-je un effort…

Autre comédie américaine mais romantique et londonienne : Last Chance For Love, titre « français » de Last Chance Harvey ! Un romantique atypique puisque ce ne sont pas des trentenaires mais des cinquantenaires qui mènent le bal soit Dustin Hoffman (72 ans en fait et donc en pleine forme) et Emma Thompson (50 ans). La bande-annonce fait presque comme si de rien était, le couple fait son âge mais c’est la romance qui est privilégiée. Et la bande-annonce semble elle-même une version courte du film. Mais bon, c’est une comédie romantique, pas à un thriller à rebondissements. Tout ceci semble fort charmant en tout cas.

Retour en France, dans le sud sur la riviera, avec le Premier Cercle. Comme nous le savons tous, on est là-bas truand de père en fils façon le Parrain. Eclectique (les pas mauvais Un Jeu d’enfants et Jean-Philippe), le réalisateur Laurent Tuel se prête au genre du destin de la famille de gangsters, ici des Arméniens. L’affiche et la bande-annonce sont très sérieux mais l’histoire convenue soit un fils (Gaspard Ulliel) héritier souhaitant quitter le grand banditisme et qui devra faire face à son père (Jean Reno) car il est tombé amoureux. Ah, l’amour. Je lis dans une interview du réalisateur que son ambition est de « Proposer un spectacle populaire à l’intérieur duquel j’ai tenté de convoquer tout l’éclectisme de ma passion pour le cinéma, d’aller à contre-courant de ce que le public peut attendre d’un film “de genre” et de capter l’attention des spectateurs avec une histoire dont les enjeux, aux résonances universelles, peuvent les concerner intimement. »
Très ambitieux au vu des images à l’écran. Quant au contre-courant, je pense que ce devrait être l’inverse. Je n’irai sans doute pas le vérifier.

Il y a bien d’autres films, je pense à Pour un fils avec Olivier Gourmet et Miou-Miou qui a l’air pas mal, mais c’est tout simplement impossible que je me rende dans une salle pour le ou les voir.

 Par Pascal     3 commentaires4 mars 2009    Catégories: Articles Cinéma

Espion(s)

Vu le 24/2/2009 à l’UGC George V salle 9

Vincent travaille à l’aéroport de Roissy. Alors qu’il fouille des bagages, en quête de bien à voler, avec un collègue, ce dernier meurt lorsqu’il manipule une valise diplomatique piégée. Il se retrouve alors embarqué dans une affaire d’espionnage… Vincent devient une « source » pour la DST (que le réalisateur Nicolas Saada compare à un pigiste).

D’entrée, ce qui fait plaisir dans Espion(s), c’est la rapidité de sa mise en place, le résumé ci-dessus ne prenant qu’une poignée de minutes dans le film. Présentant quelques similarités avec Secret Défense (un espion débutant, du terrorisme), Espion(s) se distingue sans peine par une approche plus modeste et surtout plus efficace.

Avec peu d’effets (et de moyens), Nicolas Saada distille un excellent suspense. L’idée de faire se dérouler l’action à Londres avec des russes, des syriens et des français renforce un contexte sur fond terrorisme international. Le réalisateur se plie même aux conventions du genre, là où par exemple le Plaisir de chanter n’en avait joliment cure. L’air de rien, on retrouve donc dans Espion(s) quelques moments classiques du genre type James Bond. Il y a ces deux scènes de dîners, en costume, où les ennemis se jaugent sans véritablement savoir exactement à quoi s’en tenir. Et la tension s’instaure sans excès (parfois sans musique) lorsque la couverture de Vincent est mise à l’épreuve (sur sa prétendue action en Afrique) ou que son acolyte installe un micro. La réalisation est donc très soignée, précise et ne nous égare pas dans un scénario à tiroirs comme le suggérait le titre ce qui n’est pas vraiment plus mal… quoique légèrement déconcertant puisque je me suis surpris à attendre les rebondissements qui tuent. De l’importance du titre ?

Le casting est bon. Hyppolyte Girardot a très peu de scènes mais il est absolument génial en agent français lucide et cynique. Acteur de premier plan au début des années 90 (les très bons Un Monde sans pitié, Hors la vie et Confession d’un barjo), on ne le voit surtout au cinéma que dans des seconds rôles. Il mériterait pourtant largement toujours la tête d’affiche. Ne boudons cependant pas notre plaisir. Outre manche, c’est Stephen Rea qui mène la barque : tout aussi lucide, il excelle dans un registre plus triste, celui de l’agent accablé, résigné à faire le sale boulot pour son pays, jusqu’au bout.

Et il y a un très joli couple à l’écran : deux personnages au passé effleuré mais qu’on devine douloureux et comme condamné à toujours en payer le prix. Voir Claire dans le magasin de jouets rêver d’une autre vie est aussi émouvant que très habile dans la mise en scène. Vincent est lui continuellement dans l’impulsion, solitaire comme en fuite. La rencontre de ces deux âmes, est d’abord anonyme dans l’ascenseur puis de plus en plus dans l’intimité malgré les enjeux « supérieurs » autour d’eux dans le jeu classique de la mission de séduction qui brise les carapaces. Face à Géraldine Pailhas, lumineuse et pourtant si triste, Guillaume Canet est insaisissable. Entre culpabilité et amour (ou est-ce de la pitié) son attachement n’est pas sur jusqu’à cet ultime regard qui dit tout. Nicolas Saada n’a pas besoin d’aller plus loin. Avec peu, il dit beaucoup et de belle manière : un réalisateur à suivre.

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 Par Pascal     Commenter28 février 2009    Catégories: Cinéma

Volt

Vu le 23/2/2009 à l’UGC George V salle 7 en VO

Volt est un chien adopté par la petit Penny. Ils deviennent tout deux des vedettes d’une série d’action télévisée à succès où Volt est un chien doté de super pouvoirs, protecteur de Penny. Mais Volt croit dur comme fer qu’il est vraiment super chien, les producteurs faisant tout pour qu’il en soit ainsi. Ces derniers poussant le réalisme trop loin, Volt finit par se retrouver livré à lui-même à des milliers de kilomètres d’Hollywood…

Deux qualités sortent Volt de l’ordinaire : la première peut paraître anodine mais suffisamment étrange pour que ce ne soit pas une coïncidence. L’agent de Penny et Volt est un personnage cynique très drôle. Surtout, il a des faux airs de Barney Stinson. Ce n’est pourtant pas Neil Patrick Harris qui prête sa voix mais Greg Germann, avocat cupide d’Ally Mc Beal qui, à bien y réfléchir, pourrait d’ailleurs un parent de Stinson. Et les célèbres expressions de Barney jalonnent le film à plusieurs reprises : « legendary », « wait for it », « true story », « awesome ». Que ce soit les auteurs, les réalisateurs ou les producteurs, certains d’entre eux doivent être fan du sitcom How i met your mother.

La deuxième est le dessin. Les décors d’arrière-plan sont inspirés des peintures d’Edward Hopper. Dès le début, à travers le reflet d’une vitre de magasin, nous devinons le style du peintre. Plus qu’une source d’inspiration, on ressent comme un véritable hommage, les dessinateurs reprenant directement des éléments de ses peintures : la station service, des maisons, toute cette verdure. Dès lors qu’on n’est moins absorbé par l’histoire, on peut toujours s’enthousiasmer par les aspects visuels du film et l’ambiance qui en ressort.

Pour le reste, Volt est moins original. Le déroulement de l’histoire est plutôt bon surtout lorsque Volt découvrent que ses super pouvoirs n’en sont pas mais qu’il peut être super quand même. A ce titre, l’épisode de l’incendie est bien amené et émouvant. Mais bien que rythmé, je n’ai pas accroché à toutes les péripéties. La caractérisation des personnages, surtout Volt, est plutôt sommaire et la voix de John Travolta peine à faire passer l’émotion comme l’humour. C’est d’ailleurs dans les moments où le chien ne parle pas qu’il est le plus attachant. On peut faire les mêmes remarques pour la chatte Mittens, auquel Susie Essman (habituée des séries télé) prête sa voix sans briller alors que le design du personnage est particulièrement réussi.

Le film conserve quand même de très bons moments. Même si le film n’a pas tout misé sur l’humour débridé, il fait parfois rire franchement, notamment grâce au cochon d’Inde accompagnant Volt et Mittens dans leur route vers Los Angeles. D’autres personnages sont tout aussi amusants comme les pigeons, très bien croqués, et les autres chats acteurs hélas sous-employés. Et il reste le côté émotion que Disney semble parvenir à distiller dans tous ses dessins animés quelque soit sa qualité. Le début du film, où Penny choisit Volt dans un chenil est un modèle : en dix secondes, je suis ému. Ce que Disney peut faire avec une carotte qui fait du bruit est assez prodigieux. Volt, c’est le savoir faire de Disney et l’expérience de Pixar, sa patte, que John Lasseter veut mêler. Sans bouleverser le cinéma et en étant en dessous des productions de la maison Pixar, cette première sortie est encourageante. Volt n’est pas un film de qualité ordinaire mais plutôt un film ordinaire de bonne qualité. On passe donc un bon moment.

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 Par Pascal     Commenter26 février 2009    Catégories: Cinéma

Les sorties du 25 février

Un petit mot sur le phénomène LOL. J’avais prédit (espéré ?) un bide et c’est tout le contraire. Le film cartonne et même ma femme veut le voir. Combien de temps avant que je cède ? « Enfin chéri, tu comprends, il y a aussi Underworld 3. ». Hum.

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LA sortie de la semaine est sans contestation Gran Torino de Clint Eastwood dont j’avais déjà parlé ici et dont la bande-annonce est toujours dans notre page d’accueil. Les quelques échos que j’ai pu entendre promettent un grand film humaniste. Cette formule semble avoir fonctionné outre-altantique où Gran Torino cartonne. Il devrait devenir un des plus gros succès d’Eastwood (voire le plus gros si on ne tient pas compte de la dépréciation du dollar). A ne pas manquer.

Autre sortie remarquable, le nouveau film de Claude Chabrol qui a un mois de moins qu’Eastwood et qui semble aussi tenir la grande forme (du moins derrière la caméra). Je ne suis pas un grand connaisseur de son oeuvre mais je vais régulièrement au cinéma voir ses films depuis La Cérémonie (excellent) et mon préféré depuis est l’Ivresse du pouvoir. Son nouveau film, Bellamy, semble même de manière tortueuse enquête policière et démélés familiaux avec dans le rôle titre Gérard Depardieu. Depardieu et Chabrol n’avaient jamais tourné ensemble mais le réalisateur a fini par écrire un scénario spécialement pour lui. Il ne fait aucun doute que l’acteur va parfaitement s’imprégner de l’univers de Chabrol. La bande-annonce avait l’air de tout raconter alors j’ai regardé les 10 dernières secondes : c’était vraiment très bon. Le « non je ne parle pas de toi » de Depardieu promet ! J’espère ne pas manquer ce rendez-vous.

Les curieux pourront également aller voir le film anglais Boy A sur un jeune homme sortant de prison après plusieurs années d’incarcération alors qu’il était mineur. Ce sujet intriguant pourrait mériter qu’on s’y attarde. La bande-annonce est pas mal et rappelle la trame de A History of Violence de David Cronenberg. On trouve dans la distribution Peter Mullan, plutôt très bon acteur.

Outsider cette semaine, Miss Pettigrew raconte les aventures d’une gouvernante au service d’une jeune femme frivole à la veille de la guerre. L’époque et le lieu (Londres) associés à une certaine frénésie rappellent le très bon Madame Henderson Présente. La bande-annonce révèle un film un peu convenu mais avec la toujours impeccable Frances McDormand ainsi que Ciaran « César » Hinds. Entre eux, Amy Adams qui ne pourra être que plus élégante que dans Doute.

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Bien que les ayant vus au cinéma, je ne suis pas un grand fan d’Underworld 1&2 mais ces réalisations de Len Wiseman se laissent voir. Généralement généreux, une sorte de sous-Stephen Sommers, les films bénéficiaient de la présence de Kate Beckinsale. Pour ce troisième opus (Le soulèvement des Lycans), on perd le réalisateur et l’actrice (mari et femme dans la vraie vie) au profit de Patrick Tatopoulos, légende des effets spéciaux* dont c’est la première réalisation et Rhona Mittra, pas vu dans Doomsday. Comme souvent, cette suite est en fait une préquelle tout en bleu sombre et semble épileptique. Peu de chances de me retrouver dans une salle obscure cette fois-ci.

* et des décors dont ceux de Die Hard 4 de Len Wiseman ! Ses quelques dessins préparatoires, pour des films, que j’ai pu voir sont superbes.

Et il y a donc Cyprien, la comédie avec Elie Semoun dont j’ai déjà parlé. Le film m’attire de moins en moins, une sorte de réchauffé.

Il y a bien sur d’autres nouveaux films qui sortent mais je m’en fiche un peu.

 Par Pascal     1 commentaire25 février 2009    Catégories: Cinéma

The Wrestler

Vu le 18/2/2009 au MK2 Odéon salle 1 en VO

Le générique nous présente le catcheur Randy « The Ram » sous forme d’articles de journaux des années 80 alors qu’il est en pleine gloire. Puis nous le retrouvons 20 après, de dos, fatigué après l’effort, se faisant payer une poignée de dollars une prestation qui semble lui coûter sa santé. Semblant l’accompagner avec sa caméra jusqu’à son domicile d’où il est temporairement expulsé pour n’avoir pas payé son loyer, Darren Aronofsky dévoile ses intentions : suivre au plus près le vieux catcheur qui sera de presque toutes les scènes, un peu comme un documentaire sur le vif. Ce principe est accentué par une image souvent en mouvement, même en plan fixe, soulignant l’effet caméra à l’épaule.

Ce procédé permet une immersion dans les coulisses du catch de seconde zone. De sa préparation à la troisième mi-temps, le premier combat de Randy auquel nous assistons est génial : dans un même vestiaire, on retrouve tous les gros bras qui vont en découdre dans le show du soir. Un manager annonce les différents duels et tous ces catcheurs préparent ensemble leur combat, la chorégraphie et les enchaînements. Considéré comme la vedette, « The Ram » est mis dans une salle à part et un jeune catcheur vient auprès de lui pour lui soumettre ses idées, toujours respecteux. Ce sont des instants de camaraderies que filme le metteur en scène, avant l’explosion de violence sur le ring où « The Ram » n’hésite pas à s’auto-mutiler à la tête pour le spectacle devant une foule hurlante. Après, ce sont les applaudissements à nouveau au vestiaire où chacun salue la performance de l’autre.

Quand nous voyons les fans, un gamin de 10 ans avec sa maman bienveillante par exemple, on se dit que nous sommes à la limite de la complaisance. Le catch n’est-il pas une sorte d’équivalent des jeux du cirque ? Que l’on ne se méprenne pas, le sport n’est pas traité avec angélisme mais comme la raison d’être de Randy. Vu de l’intérieur, le catch est décrit sans glorification avec une certaine lucidité (dont les traitements médicamenteux de choc). Aronofsky nous rappelle aussi que, tout truqué qu’il soit, ce sport fait mal, tendance masochiste (le deuxième combat est éprouvant), et peut ruiner la santé comme cela arrive à « The Ram » à qui on finit par déconseiller ce métier après une première attaque cardiaque. Ce que nous montre le réalisateur, c’est précisément l’histoire d’un homme qui ne fait pas du catch mais qui fait corps avec lui, jusqu’au bout. La réussite du film, son alchimie résident dans cette vision fusionnelle.

Finalement, de façon assez manichéene, l’envers du décors n’est pas le vestiaire mais bien la vie réelle. Chaque séquence dans le « monde du catch » où Randy est respecté et adulé trouve une sorte de double tragique ou triste dans le monde réel (prêt pour l’achat de médicaments/pas de prêt pour le loyer, sexe facile avec une fan / déconvenue avec une amie chère…). Cet effet miroir se poursuivra au sein même de la vie réelle quand il devra raccrocher le maillot et tenter de se racheter une nouvelle vie entre espoir et désenchantement.

Autre effet miroir : le personnage incarné Marisa Tomei. Comme Randy, elle est deux personnages, l’un en représentation, l’autre en mère de famille. Mais elle est l’inverse de Randy. Strip-teaseuse vieillissante, elle intéresse moins les clients, comme Randy, mais veut sortir de ce monde et se trouver un échappatoire dans la vraie vie. Dans ce rôle, Marisa Tomei est brillante et pousse son rôle jusqu’au bout au point que même si un bon tiers de ses scènes sont topless, elle apparaît plus triste, plus lucidement pathétique que sexy alors qu’elle est justement plus séduisante, plus « saine » comme dit Randy, quand elle n’est plus en tenue de strip-teaseuse de seconde catégorie.

Difficile de ne pas se donner à fond devant Mickey Rourke. Quelques auto-portraits déguisés ou non sur le temps qui passe sont sortis peu avant The Wrestler. JCVD pour Jean Claude Van Damme et Rocky Balboa / John Rambo pour Sylvester Stallone (c’est fou ce que ça fait moins agressif quand on met le prénom dans le titre) illustrent cette tendance. Et donc maintenant Mickey Rourke qui semble se donner au cinéma corps et âme comme son personnage pour le catch. Ici encore, une fusion s’opère et un miroir entre le cinéma et la réalité émerge à commencer par cette ellipse de vingt ans où Rourke/Randy alors au sommet semble avoir tout gâché. The Wrestler sonne alors autant comme un retour en grâce d’un grand acteur qu’une mise en garde.

Le résultat est très beau et émouvant. Parfois on frôle la performance pour l’oscar (que Rourke n’a pas eu), et l’overdose sentimentale, notamment la relation père/fille. Au même titre que la description du catch, Darren Aronofsky titille les limites entre pathos et sensibilité. Mais on oublie tout lors d’un final rare, un peu sopranoesque, précis et magnifique. Le découpage des derniers plans est bouleversant. Même bousculé, c’est la sensibilité qui l’emporte par K.O.

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 Par Pascal     Commenter24 février 2009    Catégories: Cinéma

Les thrillers en affiche

Au fond, ça ne doit pas être simple de faire une affiche originale avec un visuel accrocheur. Je connaissais les affiches de dessins animés et les jeux de mots foireux, les affiches de comédies, souvent françaises, sur fond blanc avec des lettres rouges, les affiches des films d’Europa avec un gros ciel tout bleu mais je n’avais pas encore prêté attention aux affiches de thrillers bien sérieux : le gris/bleu/noir est de mise. Les similarités entre les affiches de Secret Défense et Le Premier cercle sont assez troublantes. Heureusement que ces films ne partagent pas les annonces dans le métro. C’est la présence de Vahina Giocante, et ses quelques cheveux rebelles sur le visage, qui m’a fait me rendre compte de ces ressemblances. Merci à elle.

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 Par Pascal     1 commentaire21 février 2009    Catégories: Cinéma

Ce que pensent les hommes

Comme je le dis souvent, j’aime beaucoup les comédies romantiques. Et un peu moins les romances un peu plus dramatiques soit dit en passant. Hugh Grant est mon idole. Ce que pensent les hommes n’est pas avec Hugh Grant mais c’est une comédie romantique. Et en plus une des actrices a joué avec Hugh Grant (Drew Barrymore dans l’excellent Le Come Back). C’est cool.

Les indécis peuvent se référer à cette excellente publicité sans aucune image du film pour se déplacer dans les salles obscures –> ici

Ce que pensent les hommes raconte plusieurs histoires avec des personnages plus ou moins liés : des colocataires, des copines ou de simples collègues de bureau. A part les amusants interludes et le générique de fin, la réalisation assez conventionnelle de Ken Kwapis permettra à tout amateur du genre de trouver son bonheur dans ces multiples intrigues surtout au vu du casting de stars féminines. La moins convaincante est Jennifer Aniston. Enchaînant pas mal de succès post Friends (Polly et moi, Bruce Tout Puissant, Marley and Me, ce film), elle est ici plutôt lisse. Elle s’inquiète que son copain pourtant très épris d’elle ne veut pas se marier. Ben Affleck joue ici le gars idéal, un peu comme Owen Wilson dans Mon beau père et moi mais en un peu plus premier degré. Autant dire que tout ceci est assez faiblard.

Plus de passage qu’autre chose (elle est une productrice du film), Drew Barrymore remporte le prix de la meilleure moue quand elle écoute ses deux messages au téléphone avec ses collègues de travail.

Scarlett Johansson joue de son sex appeal naturel avec un applomb confondant. Sa rivale qu’elle ne croisera jamais n’est autre que que Jennifer Connelly qui a le rôle le plus délicat de la femme mariée nerveuse et triste, une sorte de Monica Geller s’installant dans sa nouvelle maison. Le triangle amoureux est complété par Bradley Cooper, peut-être le plus heureux des acteurs. Dans la même scène, il plotera sauvagement Johansson pour ensuite se faire chevaucher par Connelly… dans la même scène ! Le fantasme le plus réjouissant qu’a sorti Hollywood ces dernières années !

La palme revient à une actrice moins connue : Ginnifer Goodwin. Vu dans la série Big Love, elle interprète avec une grande conviction la jeune fille voyant l’homme idéal chez tous les hommes. Bien que diablement craquante, mais légèrement obstinée, les déconvenues sont nombreuses mais elle finit par être coachée par un mec qui lui révèle tout du comportement des hommes. Et si le mec en question était le bon ? C’est tout simplement la meilleure histoire du film, la plus drôle, la plus touchante et la plus captivante (sans être la plus réaliste) avec même une jolie inversion des rôles. Il n’est pas étonnant que le titre français soit une référence directe à cette histoire (histoire principale du film en fait).

Et c’est à peu près tout. Comme le genre semble l’obliger, Ce que pensent les hommes est aussi consensuel et demeure très prudent dans sa morale. Il y a bien une rupture douloureuse mais le gars se révèle surtout être un vrai lâche (le personnage est au fond assez réaliste) et beaucoup de happy end dont un terriblement grossier (Aniston/Affleck). Ca ne casse donc pas les trois pattes du canard mais demeure distrayant et parfois euphorisant. C’est l’effet que me fait une bonne comédie romantique. Contrat Rempli.

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 Par Pascal     Commenter20 février 2009    Catégories: Cinéma

Les sorties du 18 février

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On commence donc par The Wrestler, le nouveau film de Darren Aronofsky se déroulant dans le milieu du catch mais vu de son côté humain, comme l’excellent Foul King. Pour ceux qui ne vont pas au cinéma voir des films comme Sin City, Desperado 2, Domino, Man on fire ou même Animal factory ou The Pledge, ce film est donc le fameux come back de Mickey Rourke. Bon, c’est vrai qu’ici il a le rôle titre. Beau joueur, l’acteur reconnaît volontiers que c’est son meilleur rôle. La bande-annonce étonne un peu : Darren le virtuose des effets semble jouer très sobre et documentaire, suivant les pas et la performance de son beau personnage. Enfin, tout ceux qui ont vu 7h58 ce samedi là savent qu’il faut aussi voir The Wrestler pour Marisa Tomei.
Comme presque chaque semaine, une comédie française sort sur les écrans. Avec des critiques peu enthousiastes mais indulgentes, Le code a changé pourrait se trouver un public comme les précédents de opus Danièle Thompson (j’ai vu au cinéma ses deux autres films chorale mais pas Décalage Horaire). Et je me dis : pourquoi pas moi ?

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Le 18, on a droit aussi à deux suite à commencer par la Panthère Rose 2. Je reconnais volontiers avoir aimé le premier et j’ai même quelques souvenirs d’excellents gags. Entre deux épisodes, on perd Beyonce (tant mieux) et Kevin Kline (dommage) mais on gagne le toujours bon John Cleese, la bombe Aishwarya Rai, Andy Garcia, Jeremy Irons, Alfred Molina, Judith Godrèche (non crédité sur imdb cependant) et Johnny Halliday ! Malgré le casting, La bande-annonce mise tout sur les pitreries de Steve Martin et ce n’est pas spécialement drôle. Cette suite sera certainement reservée pour mon petit écran.

Encore une suite mais française cette fois-ci, Banlieue 13 Ultimatum suit donc à nouveau l’histoire de la banlieue 13 toujours aussi isolée du reste de notre beau pays. Passée les 20 premières minutes pétaradantes, le premier opus s’est révélé être assez minable particulièrement par son côté français. A tel point que je préfère largement les productions Europacorps dans la langue de Shakespeare. Au demeurant, par je ne sais quel plaisir coupable, je suis attiré par les productions Besson (je discute de quelques-unes ici et ici où j »exprime déjà ce sentiment). « On ne sait jamais » comme on dit et je regrette d’avoir loupé Taken au cinéma. Mais bon, ma tendre moitié ne se fera sans doute pas avoir…

Enfin, une sorte de film d’horreur débarque en France : Palace pour chien. Le comédie avec des animaux est sans doute un des genres auquel je suis le plus allergique. N’y allons pas par quatre chemins : Palace pour chien doit être une immense purge, film familial tout juste bon à faire cachetonner Lisa Kudrow et Don Cheadle. Quand je pense que ce film a déjà rapporté aux USA plus que son budget, mon poil s’hérisse. Au fait, je n’aime pas les chiens. La bande-annonce, que j’ai même subie sur grand écran, a bien mérité le titre de bande-annonce pourrie de la semaine :

Il y a bien sur d’autres nouveaux films qui sortent mais je m’en fiche un peu.

 Par Pascal     Commenter18 février 2009    Catégories: Articles Cinéma

Morse

Vu le 11/2/2009 à l’UGC Ciné cité des Halles salle 14 en VO

Une fille et son père emménagent dans leur nouvel appartement sous les yeux de Oskar, un pré-adolescent solitaire. Ce dernier et la jeune fille, Eli, ne tardent pas à se lier d’amitié. Mais elle n’est pas vraiment une fille…
…Car c’est un vampire. Avec le film/livre Twilight et la série True blood, sans compter la série Underworld, les amours des vampires est un sujet à la mode jusqu’en Suède.

La Suède du réalisateur Tomas Alfredson dans les années 80 ressemble à un pays communiste de l’Est profondément triste. On retrouve un peu de l’ambiance de la Vie des autres dans ces décors maronnasses, la neige immaculée en plus isolant les personnes plus encore que les cartons mis aux fenêtres pour protéger la jeune vampire de la lumière. Tous les protagonistes sont seuls ou ont une peur terrible de la solitude. Dans Morse, la solitude c’est le rejet tandis que le groupe installe la peur du rejet. Ce constat terrifiant se retrouve entre adultes, entre enfants, entre adultes et enfants. Erik pleure la disparition de son ami Jocke (problème de morsure…), qui brise l’équilibre du groupe, au point de rejeter sa femme. Oskar s’amuse beaucoup avec son père mais dès qu’un invité se présente, le fils est immédiatement rejeté. Une bande d’enfants martyrise Oskar mais la terreur se lit sur les visages des sous-fifres face à l’enfant dominant. Et ce dernier n’est qu’un pantin tout aussi faiblard face à son grand frère.

Morse dépeint un cadre violent aussi figé que la neige où tout autorité morale semble absente (personne n’est puni). Ce contexte inspire le désenchantement. L’intervention de vampires dans cet univers déteint à peine. On est bien loin de l’élégances des Vampires d’antan ou même de Lestat. L’époque est au réalisme dès lors qu’on accepte l’existence de vampires… Tomas Alfredson se soumet aux principaux codes et contraintes de la vie de vampire : chats qui détectent leur présence, entrée dans une maison, peur du jour… et surtout le besoin vital de sang marqué par l’inquiétant gargouillement du ventre affamé. Cependant, l’amour entre la fille et son « père » (l’est-il vraiment ? Dans le roman originel, c’est un pédophile…) aidant maladroitement sa fille est réel jusqu’au bouleversant sacrifice.

La rencontre entre Eli et Oskar est la rencontre de deux êtres au creux de la vague. Oskar donne des coups de couteaux dans l’arbre, Eli est en manque de sang. Leur relation passionnée sera douloureuse et ambivalente. Douloureuse parce que cette amitié, cet amour, sont sincères jusqu’au sacrifice : dès la bouleversante scène du gâteau offert, on sait que Eli aime plus Oskar pour lui que pour son sang frais. Ambivalente car Eli a peut-être besoin uniquement comme substitut et que cette relation pousse Oskar à passer à l’acte (violent) et qu’il s’en réjouit. Au coeur de cet amour comme toujours impossible, la vampire opposera son besoin de sang (de violence) au désir de vengeance de son compagnon.

C’est peu de dire que le couple à l’écran est merveilleux et que la mise en scène de Tomas Alfredson est très poétique. On pourrait voir Morse presque que pour cette scène de rencontre où la vampire effectue un petit saut lunaire troublant, lisse soulignant naturellement sa non appartenance au monde des humains. Et on doit voir Morse pour la scène de révélation à travers une porte vitrée comme une sorte de confession amoureuse. Ce que fait faire le réalisateur au jeune Kare Hedebrant est prodigieux. Visage et regards sublimés, l’actrice Lina Leandersson irradie l’écran au fil de ses transformations physiques suivant son degré de manque de sang. Ces maquillages soignés s’accompagnent souvent d’effets visuels bluffants comme l’ascension de l’hôpital en arrière-plan ou celui de l’arbre, très animal. Les effets gores sont rares (pour un film de vampire) mais efficaces et crus.

Tous ces détails, ces caractérisations attentives des personnages donnent un ton très personnel au film. Morse est un film qui se ressent et qui touche au coeur. On pardonne alors les quelques défauts visibles. L’emploi de la musique est ainsi parfois maladroit comme dans la séquence de « chasse » sous le pont. Et évidemment la fameuse séquence des chats numériques pose problème à toute personne qui a grandi avec le Comité Contre les Chats des Nuls.

On essaiera même de comprendre cette fin violente et toujours bien mise en scène mais un peu granliloquente, à côté de tout le film. A la limite du genre rose bonbon hollywoodien, elle peut-être vue comme un fantasme enfantin, ces rêves d’absolu auxquels on pense naïvement où tout mode de vie, même invraisemblable, est possible sans conséquences. Le groupe se soude, la peur disparaît. Espoir mal amené où l’amour sincère se mêle à l’inconscience la plus immature et peut-être même à de l’opportunisme. Et derrière ça, une vérité sordide : vengeance et besoin se sont trouvés. L’Humanité n’en sort pas grandi et cette conclusion peut aussi se voir comme un recommencement : depuis quand elle a 12 ans est une question auquelle Eli ne répond pas… Mais qu’est que c’est beau.
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 Par Pascal     Commenter16 février 2009    Catégories: Cinéma

L’étrange histoire de Benjamin Button

Vu le 8 février à l’UGC Danton salle 1 en VO

Un bébé est abandonné dans une maison de retraite avec tous les symptômes de vieillesse avancée. Et l’impossible continue de se produire : le bébé grandissant rajeunit peu à peu.

Comme c’était déjà le cas dans Zodiac, le vrai et le numérique, ou simplement le maquillage ou un autre acteur, se marient de manière aussi imperceptible que spectaculaire. Notons que Cate Blanchett ne semble pas avoir de doublure dès ses 18 ans dans le film ce qui est également troublant. Le travail sur les visages est impressionnant : Même très vieilli, à partir de sa rencontre avec Elisabeth (Tilda Swinton) Pitt/Button semble retrouver son étrange air juvénile, peut-être est-ce son regard ou peut-être est-ce à ce moment que l’acteur commence à jouer ? Le voir rajeunir au fil des séquences est très étrange (d’où le film me dira t’on). Après les effets troublants dans X-Men 3, où nous croisions Patrick Stewart et Ian Mc Kellen superbement rajeunis et les expérimentations de Robert Zemeckis sur Beowulf notamment (en attendant le Tintin de Steven Spielberg), la fontaine de jouvence cinématographique va toujours plus loin au point un peu paradoxal de douter de tout ce qu’on voit à l’écran.

La photo m’a beaucoup posé problème ou alors, ce qui me paraît plus probable, l’image au cinéma était médiocre : on peinait à distinguer les personnages alors que certains éclairages, à travers des lampes dans le plan et beaucoup d’obscurité, donnaient l’impression de voir des tableaux de De La Tour. Difficile de penser que c’était l’idée de Fincher de faire en sorte qu’on distingue mal les acteurs. Dans l’ombre, les deux stars demeurent parfaites. Habitués à ne pas faire leur âge, ils sont toujours à l’aise, authentiques dans leurs sentiments.

Bourrés d’idées, le scénario nous offre des situations originales autour de ce sujet génial. Bébé vieux dans une maison de retraite, Button ne déteint pas a priori sur ses camarades. Mais l’esprit diffère. Button le narrateur décrit un monde parfaitement réglé alors que le Button de plus en plus âgé chronologiquement n’aspire qu’à découvrir ce monde qu’il ne connaît pas : les jeux, l’alcool, les amis, le sexe… On en revient finalement à une thématique classique sur … le vieillissement ! Toute la première partie n’est finalement qu’une suite d’opportunités que Button saisit au vol, parfois en se brulant les ailes (quand il joue avec Daisy enfant et qu’on le surprend lui caresser la joue), mais souvent avec des conséquences bénéfiques. La seconde partie s’attache à la maturité, à l’amour vrai, aux choix douloureux (la fuite) jusqu’à la conclusion, menée rapidement et tragiquement belle et lucide. L’étrange histoire de Benjamin Button est un récit fort bien illustré mais ne révèle pas une vision si différente du monde auquel le rapprochement avec Forrest Gump pourrait nous le faire croire. Si le film est souvent fort émouvant, rarement ennuyeux, ni profondeur, ni étonnement, passé l’idée de départ, ne ressortent. A se demander, si le sujet a vraiment été abordé.

Adaptation d’un classique, casting de stars, réalisateur renommé, immense budget (150 millions de dollars), L’étrange histoire de Benjamin Button est un pur objet hollywoodien sur le temps qui passe. Et on peut trouver alors que David Fincher a su réaliser son film le plus consensuel avec élégance. Le « chef d’oeuvre de David Fincher » démontre le talent de son auteur pour réussir un grand projet hollywoodien et cela a évidemment plu aux oscars. Le trentenaire d’Alien 3 et Seven a mûri et le réalisateur est à quelques marches de la reconnaissance de ses pairs. L’étrange histoire de Benjamin Button est une réussite artistique, critique et commerciale, il raconte une belle histoire. Il a tout pour lui à une cérémonie des oscars. C’est un film qui mérite d’être vu. Le revoir ? Il semble manquer comme l’ivresse, le voyage tant espéré… La fresque de près de trois heures accouche d’un bon film, peut-être même très bon. C’est assez triste à dire mais c’est presque une déception.

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 Par Pascal     Commenter12 février 2009    Catégories: Articles Cinéma

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