Catégorie 'Emissions'

Slumdog millionaire

Vu le 20/1/2009 Ă  l’UGC Danton Salle Prestige en VO

Pour ce premier visionnage de Slumdog millionaire, j’ai eu cette impression de voir le film pour la deuxième fois. L’affiche, la bande-annonce (vu une seule fois) et un buzz type « feel good movie » deluxe laisse assez peu de place au suspense d’autant que le dĂ©but, qui est presque la fin du film, permet de mettre rapidement en place tout le fil conducteur du mĂ©trage ainsi que sa conclusion. N’en soyons pas pourtant trop navrĂ©, Slumdog millionnaire tient parfaitement ses promesses. Mais il est probable que voir ce film sans vraiment connaĂ®tre son sujet doit ĂŞtre une expĂ©rience assez grisante.

Slumdog millionaire raconte donc la trajectoire d’un gamin des bidons villes (un slumdog) de Mumbai (Bombay) candidat heureux de Qui veut gagner des millions puisqu’il est Ă  une question du gros lot. Après l’horreur en Angleterre (l’horreur de la drogue pour Trainspotting et les zombies de 28 jours plus tard) et dans l’espace (Sunshine), Danny Boyle nous plonge au coeur de l’Inde et des indiens. Et c’est bien d’horreur dont on peut parler pour Jamal et son grand frère Salim, rapidement livrĂ©s Ă  eux-mĂŞmes sans aucune ressource. Le metteur en scène aborde frontalement les problèmes religieux, l’exploitation des enfants, les ordures partout, l’embrigadement dans la pègre…

Dans cet enfer tout ce qu’il y a de plus tristement rĂ©el, la rĂ©ussite de Boyle, c’est sans doute de parvenir Ă  garder cette toile de fond sordide tout en cĂ©lĂ©brant la dĂ©brouillardise des deux enfants (au Taj Mahal notamment, Ă©pisode particulièrement drĂ´le) et l’obsession du cadet pour son âme soeur Latika. Ces Ă©pisodes tragi-comique couplĂ©e Ă  cette obsession presque irationnelle du hĂ©ros dans un environnement dĂ©senchantĂ© rendent le film très picaresque.

Pour servir son propos, Danny Boyle se veut très dynamique, usant de camĂ©ra numĂ©riques et portatives comme un reportage sur le vif, avec des cadrages inattendus, mais très stylisĂ© et colorĂ©. C’est formellement discutable, on pourrait reprocher au rĂ©alisateur, et son directeur photo, une esthĂ©tique de clip MTV, mais l’aspect coup de poing l’emporte d’autant plus qu’il laisse passer Ă©tonnamment bien toutes les Ă©motions du film notamment cette fuite Ă©prouvante dans le train avec Latika sur la voie. Et si l’ensemble est donc relativement prĂ©visible, Slumdog millionaire demeure passionnant Ă  suivre et très attachant au point que Danny Boyle peut se permettre d’immortaliser le point culminant de son film avec la musique du gĂ©nĂ©rique de Qui veut gagner des millions. C’est très touchant en plus ! La musique ne se restreint cependant pas Ă  ces thèmes et impose une sorte de genre electro-oriental qui va très très au-delĂ  du easy listening qu’on passe dans les cafĂ©s Ă  la mode. Certains morceaux renforcent profondĂ©ment les images (celui de la fuite dans le train est gĂ©nial). La bande originale est vraiment Ă  acquĂ©rir.

Danny Boyle a ainsi saisi une destinĂ©e hindou mais Ă  portĂ©e universelle, un mĂ©lange dĂ©tonnant Ă  l’image de son argument majeur : Qui veut gagner des millions. En plus d’ĂŞtre un puissant et rĂ©ussi moteur narratif, la cĂ©lèbre Ă©mission est une sorte de microcosme de la mondialisation. CarrĂ©ment. PackagĂ©e parfaitement Ă  l’identique dans le monde entier (si ce n’est la langue, mĂŞme les prĂ©sentateurs semblent interchangeables), l’Ă©mission est vecteur de rĂŞve, d’Ă©vasion. Mais la culture y trouve droit de citĂ© Ă  travers les questions : très difficile pour un occidental de rĂ©pondre Ă  la toute première question alors que la dernière est Ă©vidente ! Slumdog millionaire peut donc largement passĂ© pour un feel good movie d’exception portĂ© par des acteurs très sensibles. On peut cependant voir dans le gĂ©nĂ©rique de fin, une euphorisante rĂ©fĂ©rence Ă  ce qu’un europĂ©en comme moi imagine de Bollywood, un rappel : celui que tout cette histoire est un conte pour nous Ă©chapper d’une rĂ©alitĂ© très amère. Cette Ă©trange ambivalence va comme un gant Ă  Danny Boyle. Je ne suis pas certain de ma prĂ©fĂ©rence entre Sunshine, mon prĂ©fĂ©rĂ© de Boyle, et ce film peut-ĂŞtre plus abouti. Mais le rĂ©alisateur anglais est assurĂ©ment en très grande forme.

slumdog

 Par Pascal     Commenter23 janvier 2009    Catégories: Articles CinĂ©ma Emissions TĂ©lĂ©vision


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