Chef d’oeuvre. Ceux qui ne voient dans le cinéma français des années 80 qu’une succession de films auteurisant bas de gamme et de grosses comédies doivent voir ce joyau de Claude Miller et, pourquoi pas, son meilleur film (j’ai vu six films du réalisateur). Il faut prendre ce titre, Mortelle Randonnée, au pied de la lettre puisqu’il s’agit de l’Oeil (Michel Serrault), détective devenant ange gardien, suivant Catherine (Isabelle Adjani). La jeune femme est prise dans une spirale meurtrière, parcourant une Europe désenchantée où l’on croise des personnages drôlement déconcertants (et des acteurs tous authentiquement incroyables) avec des noms à l’avenant : Madame Schmidt-Boulanger, Ralph Forbes, Michel de Meyerganz, Cora Palenbrg, Voragine…
A l’écriture, Audiard père et fils donnent le meilleur d’eux-même pour adapter ce roman de Marc Behm, écrivain vraiment intéressant (au vu de son interview dans le bonus du DVD). Son histoire fut prévue pour le cinéma mais dont il fit un livre suite au manque de motivation des producteurs US (l’adaptation sera finalement faite en 1999 avec Voyeur de Stephen Elliott avec Ewan McGregor) . Si le propos est grave, la dialogue est réjouissant à l’extrême, très souvent drôle mais aussi poétique et triste, culte en fait. La première scène, au téléphone, est extraordinaire et met les pieds dans le plat : l’obsession de l’Oeil pour retrouver/fantasmer sa fille décédée (Serrault et Audiard en ont chacun fait l’amère expérience quelques années auparavant). Un mélange de désabusement et d’amour paternel, protecteur et attentif, traverse le personnage de Michel Serrault dans ce qui est, pourquoi pas, son meilleur rôle (j »ai vu a vingt-deux films de l’acteur). Ce cocktail troublant associé à la personnalité insaisissable de Catherine, femme fatale en puissance aux mille visages, confère au film une ambiance profondément étrange.
Avec un sujet complexe et un dialogue de ce niveau, Claude Miller se devait de soigner sa mise en scène. Avec un budget conséquent, il nous promène dans toute l’Europe avec des décors chiadés aux mille détails où les télés ne passent presque que des images d’animaux comme de curieux aquariums. Les images, magnifiés par Pierre Lhomme (qui officiait aussi sur l’Armée des Ombres), saisissent des instants admirables. L’apparition d’Adjani près d’un manège rappelle par sa fulgurance, son montage abrupt et son côté clinquant (c’est bien une star qui surgit de l’écran) celle d’Orson Welles dans Le Troisième Homme (la première fois que je voyais un film avec lui en plus, quel choc). Miller donne aussi à Mortelle Randonnée des allures de film noir, de thriller (le meurtre à la Psychose dans la piscine, le règlement de compte avec les maîtres chanteurs) tout en nous entraînant (enfermant ?) au cœur de l’esprit du détective où se chevauchent absurde (le saut dans la piscine) et fantastique (instants « autres », télépathie).
Alors qu’il reprenait l’équipe gagnante de Garde à vue, sortie l’an passé, avec le quatuor Miller/Audiard/Serrault/Marchand, ce film fut un échec complet à sa sortie. Adjani empocha le césar de la meilleure actrice mais pour l’Eté Meurtrier, tandis que l’on célébrait A nos amours de l’auteuuuur Pialat (la bande-annonce laisse songeur). Mortelle Randonnée n’est cependant pas un film qu’on risque d’oublier.
L’introduction est géniale. Alors que Vladimir Cosma reprend, peut-être ironiquement, le Bernard Herrmann de La Mort aux Trousses, nous assistons à une course poursuite en pleine ville et une mise à mort filmée dans le film. La mise en scène est brute, agressive. Implacable comme du Costa-Gavras. J’adore ça. Le Prix du danger raconte un futur proche : celui d’une Europe à l’agonie où une chaine de télé pulvérise les records d’audience grâce à un jeu où un candidat est poursuivi par d’autres jusqu’à ce que mort s’en suive… Numéro 42 parmi les candidats, François Jacquemard (Gérard Lanvin) est sélectionné et va se retrouver au coeur d’un jeu abominable.
Il faut absolument revoir ce film qui est d’une troublante actualité. Dans des décors de pays de l’Est (le film est tourné en Yougoslavie), la société décrite semble uniforme, européanisée et surtout à bout de souffle. La pauvreté est partout et il y des licenciements économiques et un ministre du chômage, une monnaie unique (le dollar !), l’accès aux armes à feu, l’euthanasie (ou « suicide librement consenti » !). En parallèle, Boisset décrit à travers la chaine de télé produisant le Prix du danger une société du fric facile et de l’appât du gain, de l’audience reine et des patrons complaisants décidant littéralement du sort des autres dans leur tour de cristal. Une partie du film se déroule donc dans le bureau du président de la chaîne (Bruno Cremer) avec son staff.
Pour illustrer son propos, Boisset est direct et use aussi d’un humour odieux et génial. Ainsi, quand l’avion d’un candidat s’écrase, entraînant sa mort, le présentateur du jeu s’exclame : »C’est la dure loi du sport ». L’animateur superstar, c’est un Michel Piccoli exceptionnel, s’enflammant et cabotinant à outrance pour ce jeu de télé-réalité voyeur à la publicité omniprésente et ultra criarde. Dans le rôle très physique du candidat, Gérard Lanvin est énorme, héros attiré par le pognon et qui n’a pas grand chose à perdre, devenu enragé par le système et ses règles.
En plus de Piccoli, Cremer ou Lanvin, Le Prix du Danger est un festival de tronches des années 80 avec un casting de tueurs remplis de violence et prêts à l’extérioriser, et un quatuor de femmes : Gabrielle Lazure, Andréa Férréol, Catherine Lachens (vu en camionneuse nymphomane dans Je suis timide mais je me soigne) et Marie-France Pisier. Malgré un certain préci-précha de mauvais aloi en court de route, Pisier, qui était insipide de l’As des As, trouve ici un rôle vraiment mémorable et glaçant, en phase avec son allure et ses cheveux impeccables. Le final, via son discours horriblement sincère, est terrifiant.
En transposant un thème de cinéma vieux comme Les Chasses du Comte Zaroff à la télévision, Yves Boisset livre un film puissant et sans concession, expression galvaudée convenant tout à fait au Prix du Danger. Et mine de rien, au delà des tics et trucs des années 80, il pousse à l’extrême des constats de son époque et finit par préfigurer notre propre société. On peut bel et bien parler d’un film visionnaire.
Comme le titre original, Young Sherlock Holmes, l’indique, le film de Barry Levinson raconte la jeunesse de Sherlock Holmes à l’université. Précisément, il scelle les destins d’Holmes et Watson et donc le début des histoires du premier racontées par le second. Loin de trancher avec l’imagerie traditionnelle comme le Sherlock Holmes de Guy Ritchie, Le Secret de la pyramide profite de la jeunesse du héros, du côté prequel de la série, pour dresser la naissance de cet imaginaire autour du célèbre détective, de ses vêtements à son célèbre « Elementaire » qui se termine ici par un « Mon cher Holmes » puisque prononcé par son maître à penser et inventeur farfelu.
Cette approche n’est pas innovante, peut-être l’était-elle un peu plus à l’époque, mais elle est plaisante, jamais ennuyeuse. On ne pourra guère reprocher à Levinson le rythme du film. En une quinzaine de minutes, il pose l’ambiance et les personnages secondaires (les deux mentors, un riche con, une belle à croquer…) et les capacités exceptionnelles de Holmes à travers, entre autres exemples, un jeu de piste amusant.
La suite est une trépidante aventure avec une touche de surnaturelle que Holmes défie avec toute sa logique. Avec Steven Spielberg à la production, on ressent la bénéfique influence d’Indiana Jones et le Temple Maudit (la scène du sacrifice) sans être trop morbide ni toutefois aseptiser. Même s’il est assez prévisible, le dénouement, sur base de la réplique « Never replace discipline with emotions », n’incite pas à la rigolade et s’avère une excellente base pour une série…
… qui n’a jamais eu lieu, le film n’ayant pas eu à l’époque un gros succès. Pourtant, je n’avais vu qu’une seule fois ce film enfant et il m’avait vraiment marqué. Je me souvenais précisément de plusieurs scènes de relation mentor/élève (j’adore ça, comme par exemple ici le dernier duel amical à l’escrime) et surtout de la plupart des séquences à effets spéciaux. Certaines sont anthologiques (l’attaque des gâteaux !) d’autres historiques ainsi l’image vraiment spectaculaire du soldat sortant de son vitrail, séquence numérique dirigée par John Lasseter.
En plus d’un bon film d’aventure, Le Secret de la pyramide est ainsi en un tour de force technique avec de superbes décors et une bonne musique. Tout semble soigné malgré un casting britannique pas forcément inoubliable. Le méchant mystique est excellent mais on retiendra particulièrement un Watson (Alan Cox) ressemblant comme deux gouttes d’eau à Harry Potter. Le rapprochement ne s’arrête pas là puisque l’ambiance scolaire (uniforme/écharpe inclus) rappelle bien les aventures du sorcier à la cicatrice. Et à bien y réfléchir, il suffirait de remplacer les capacités de Holmes par une baguette magique et nous ne serions pas si éloigné de l’univers J.K Rowling… il n’est pas alors très étonnant de retrouver au scénario Chris Colombus, réalisateur des deux premières adaptations.
John, veuf, vit avec son fils Caleb. Ils se remettent tous les deux difficilement de la mort accidentelle de la femme de leur foyer. Verre d’alcool à la main, John écoute la septième symphonie de Beethoven. C’est très beau. Le lendemain, son fils lui transmet un dessin d’enfant des années 50 se révélant être une série de chiffres prédisant les grandes catastrophes des décennies à venir. Et il en reste encore trois à se réaliser…
Avec un pitch pareil et cinquante millions de dollars, le résultat ne peut être totalement mauvais. Passée la très intrigante introduction, la progression repose surtout les épaules de Nicolas Cage qui est toujours convaincant. La mise en scène d’Alex Proyas est inégale. Il entretient bien le mystère étrange autour d’une présence, faisant monter la parano de John, et il fait des merveilles lors d’un crash d’avion en plan séquence autour de John constatant le désastre malgré des effets un peu approximatifs (les flammes).
On n’évite cependant pas toujours le sentencieux pas plus que la redite avec par deux fois le credo « je ne vous crois pas puis finalement je vous crois » propre aux films prophétiques. Il y a des effets spéciaux un peu limités, le feu particulièrement lors d’une scène « à travers la fenêtre ronde » faisant écho à celle de The Crow du même auteur. Plus grave, il y a des effets spéciaux vraiment ratés : l’accident de métro est très laid. Pour tout dire, les effets étaient plus réussis dans Dark City sortis plus de dix ans avant !
Mais les vingt dernières minutes sont géniales. La résolution de ces prédictions et lois des chiffres peut paraître exagérée mais m’a vraiment plue. Elle rejoint un peu un thème de Dark City, où une société en manipule une autre, façonne sa vie. Surtout, elle comporte bien des choses qui me passionnent au cinéma : des liens forts entre les personnages (le père et son fils et sa famille, Cage est bouleversant), de la sf « bienveillante » façon Rencontre du troisième type, de l’apocalypse et du désenchantement. Et un Nicolas Cage, soulagé : »Where’s Caleb ? – He is saved ». Et on retrouve la septième de Beethoveen le temps de scènes de foules terrifiantes, un chaos généralisé au milieu du déterminisme le plus implacable. Alex Proyas ne rate pas ces scènes et les effets spéciaux se trouvent mêmes plus réussis. Et il y a 30 secondes terribles qui enterrent les deux heures de 2012, ma bête noire actuelle du film apocalyptique raté.
Bien que le fond soit (très) grave, Prédictions respire les bons sentiments, comme une sorte de vision idyllique du monde malgré les catastrophes. Il suffit de voir cette classe de primaire des années 50 qui répond en coeur « Oui, Mademoiselle Taylor » et qui revêt son « masque de génie » (un mime d’une demi-seconde, une idée bête mais tellement véritable qu’elle réhausse la scène) et la classe de petits génies au MIT où John travaille où l’on philosophe plus sur le monde qu’on enseigne (il y a des formules compliquées au tableau quand même).
La toute dernière scène accrédite pleinement cette vision (elle se rapproche formellement de Lovely Bones avec champs de blé et arbre de la vie, ou de la mort). Par son côté lègerement too much, la couper n’aurait peut-être pas nuit au film, ses détracteurs pourront le confirmer. Mais elle trouve toute sa place dans le ton de ce bon film.
En Anglais, nègre se dit Ghost Writer. C’est le métier du héros sans nom, normal vu qu’il doit rester d’anonyme, interprété par Ewan McGregor qui se trouve employé à la va-vite pour reprendre une autobiographie de l’ex premier ministre britannique Adam Lang (Pierce Brosnan) demeurant aux USA et sur le point d’être attaqué en justice pour crime contre l’humanité.
L’essentiel de The Ghost Writer se déroule sur une île reculée et pluvieuse de l’Amérique. Que ce soit avec une BMW abandonnée ou un vélo, sous le porche d’une maison en bois ou dans la grande chambre d’une maison super design, Roman Polanski instaure rapidement une ambiance, un style où les personnages ne surjouent pas dans la gravité et la suspicion mais se tirent dans les pattes pour des raisons sans rapport avec l’enjeu principal du film. C’est une des qualités de The Ghost Writer : le complot n’intéresse que l’écrivain et semble toujours à côté comme si tout le monde avait autre chose à foutre. Le trouble et le sous-entendu sont donc ailleurs à l’image du triangle amoureux formé par Adam Lang, sa femme (Olivia Williams) et sa secrétaire particulière (Kim Cattrall).
Dans une sorte de faux rythme, The Ghost Writer est traversé par des scènes géniales telle l’entrevue pour le rôle de nègre, vrai moment de « real business ». Faux rythme donc car The Ghost Writer insiste parfois lourdement et parfois on ne sait pas trop où tout cela mène à l’image de ce voyage vers l’inconnu en GPS, bonne idée exploitée un peu longuement pour un résultat qui ne nous apprend pas grand chose. On devine à travers cette déambulation, apparemment vaine mais évidemment importante, l’art puissant pour brouiller les pistes et Roman Polanski le maîtrise plutôt bien avec une résolution sans grandiloquence à la fois ironique et suave, champagne à la main, où les écrits s’envolent autant que les paroles. Au fond, il y a dans ce cinéma quelque chose de délicieux, une sorte d’ambition modeste mais qui se révèle vertigineuse (on parle quand même de manipulation politique à l’échelle mondiale) et qu’on ne retrouve pas forcément dans un film Shutter Island qui sort au même moment.
The Ghost Writer se reverra même plus facilement avec des acteurs qui font du beau jeu sans avoir l’air de se donner de la peine. Je garderai en mémoire la performance de Kim Cattrall. En une descente d’escalier en tailleur serré, elle fait oublier 94 épisodes de Sex and the City. Quant à Pierce Brosnan, il étoffe son registre du double jeu à la foi séducteur et impressionnant mais aussi sensible et faussement puissant.
C’est le gros film dont on parle toujours un peu trop. Je suis heureux de lire les magazines un mois après leur parution surtout que Première a fait plutôt fort. Même le buzz et la bande-annonce ont activé mes neurones. Conséquence logique ma parano de spectateur de cinéma, en mode « tout le monde est suspect dans un film », s’est mis en marche bien avant que le métrage commence. Et je me suis retrouvé au Normandie, à comme regarder pour la deuxième fois Shutter Island.
Et c’est plutôt pas mal quand même. Martin Scorcese oublie sa fureur, ses films sensitifs qui l’ont rendu célèbre et assume le luxe de la logistique à sa disposition. Plastiquement, Shutter Island est constamment superbe promenant deux marshall dans une enquête sur une disparition insoluble dans une (as)île de fous où le mystère et le silence contraint semblent les seules règles imposées par un Docteur Cawley (Ben Kingsley) troublant psychiatre aux méthodes renvoyant plutôt à l’expérimental Docteur Moreau, lui-même maître sur son île.
Personnage central, Teddy Daniels tente de distinguer le vrai du faux tout en se battant avec ses démons et ses propres secrets. Martin Scorcese multiplie les flash back, mélange trauma et onirisme autour du passé de Daniels, ancien soldat de la deuxième guerre mondiale et qui libéra Dachau. Les visions évoquées, où la mort rôde, sont comme des tableaux vivants et paradoxalement macabres. Ce n’est pas une horreur viscérale mais bien la vision d’un peintre. Scorsese demeure un sacrément bon cinéaste et distille dans chaque scène l’inquiétude, l’instabilité et l’incompréhension de Daniels surtout lors de la fouille de la forteresse de l’île, dédale impressionnant et sombre.
Je ne suis pas certain de vraiment aimer le style de Leonardo DiCaprio qui s’efforce une fois encore de sortir de son look éternel de jeune premier, la même année un peu à côté de la plaque dans Gangs of New York et idéal dans Arrête-moi si tu peux. Dans un rôle aux contours incertains, il est profondément sincère. Et bien que de tous les plans, il ne tire pas la couverture sur lui et donne la belle réplique à un excellent Mark Ruffalo en fidèle acolyte ou à une Patrica Clarkson illuminée. La palme revient peut-être à Michelle Williams en fiancée d’outre tombe. Au fil de ses requêtes (« libère moi »), elle apporte à Shutter Island sa face la plus dérangeante, la plus malsaine (peut-être même trop malsain pour moi) avec une candeur glaciale. Et on comprend que ce n’est pas tant les retournements de situations que leur source qui sont prodigieux dans Shutter Island.
Pour le retour du grand Mel Gibson en tête d’affiche après plusieurs d’années d’absence, Martin Campbell adapte sa mini-série anglaise Edge Of Darkness des années 80, presque un sous-genre en soi après d’autres adaptations comme Jeux de Pouvoir ou plus anciennement Traffic. J’ai toujours vu Martin Campbell comme une sorte de jeune réalisateur. En fait il est né en 1940 ce qui ne rajeunit personne. J’ai auparavant vu six de ses films avec du très bon (Le Masque de Zorro), du bon (Casino Royale, Absolom 2022), du moins bon (Vertical Limit, Goldeneye) et du mauvais (Tristement, la Légende de Zorro).
Le vigilante flick Hors de contrôle arrive tout juste dans le bon. Le policier Thomas Craven (un super nom) reçoit sa fille chez lui mais elle se fait assassiner devant sa maison. Alors que ses collègues pensent que Thomas était la cible des tueurs, le père plein de rage enquête de son côté et découvre que sa fille lui cachait des choses sur son travail. S’en suit une enquête plutôt prenante avec un rôle sur mesure pour Mel Gibson : il est parfait en mec droit et dur tout en assumant son âge et la souffrance qui va avec à l’image de cette bagarre contre un jeune où il prend le dessus de justesse et qui se prolonge par une assez longue scène où il reprend son souffle ! Dommage que le film soit souvent bavard avec beaucoup d’allers et venues qui frisent la redite. Les confrontations demeurent cependant bonnes notamment quand Craven se trouve face au mystérieux Jedburg (Ray Winstone), synthèse vivante de toutes les magouilles politico-truc imaginables qu’on nous cache.
Logiquement, l’action est rare. Elle arrive souvent par surprise notamment une paralysante scène de meurtre sur la route, piqûre de rappel pour nous dire que Campbell ne se contente pas de filmer la star. Le final sonne comme un exutoire crépusculaire tel un western avec méchants très méchants (la scène entre le sénateur et ses collègues est terriblement cynique) et un Craven complètement à bout. Si on est réceptif, on peut trouver ça vraiment jouissif avec une délicieuse sensation d’être sur le fil du « too much ». D’ailleurs, ces instants font penser à l’épisode des Simpson où Homer retouche le remake de Mr Smith au Sénat avec Gibson dans le rôle titre et empalement avec le drapeau américain (Mel Gibson au sénat)
J’aurai pas contre bien du mal à défendre la fin « route du paradis » (et pas du tout edge of darkness) qui rappelle celle bouleversante de The Constant Garderner mais en franchissant gaillardement ma ligne imaginaire du grotesque. Mais, au fond, je crois que je peux tout pardonner dans un film avec Mel Gibson.
Susie Salmon, 13 ans, vit heureuse dans une famille heureuse. A quelques jours de son premier rendez-vous galant et de son premier baiser, elle est assassinée par un de ses voisins. De l’au-delà, une sorte de purgatoire, elle regarde et tente de communiquer avec sa famille.
Pour son « retour » vers des films moins énormes que King Kong et Le Seigneur des Anneaux, Peter Jackson adapte un roman sur cette jeune fille assistant aux supplices de sa famille après sa mort. En mélangeant thriller, ados et fantastique, Jackson se rapproche de son magnifique Créatures Célestes. Avec de plein de morceaux de vrai cinéma et de coups de génie, le résultat m’a parfois décontenancé et pourtant, avec le recul, Lovely Bones se tient admirablement.
Le film traite aussi du deuil. Avec beaucoup de justesse, le metteur en scène ne filme pas des pleurs de groupes mais des âmes solitaires vivant le deuil chacun de leur côté : le père enfermé dans son bureau, la mère qui perd pied, le fils qui rêve de sa soeur, la fille cadette qui court, qui court. Et bien sur Susie, généralement seule et monologuant dans son monde imaginaire, un monde souvent superbe, un peu kitsch et parfois même assez laid mais qui n’est en fait l’expression des sentiments et de l’imaginaire d’une adolescente marquée par son père. Jackson nous rappelle aussi sa maîtrise et son amour du cinéma notamment dans ce travelling étrange de Susie parcourant plusieurs paysages.
La virtuosité la plus palpable de Jackson réside dans la tension : la scène du meurtre bouleverse par son découpage (avec la famille de Susie à table) et son inéluctabilité. Le suspense devient Hitchcockien dans la maison du meurtrier et son plancher qui grince. Toutes les scènes avec le meurtrier (Stanley Tucci, excellent), sont inquiétantes et parfois mêmes insoutenables dans les non dits et la sensation de peur et d’écrasement. Lovely Bones prend alors des aspects de thriller fantastique, sans véritables indices mais à travers des convictions et des sensations que le père et la soeur de Susie ressentent séparément.
Bien que tournée comme un thriller, la scène clé du film est une rencontre qui n’avait pu avoir lieu. Cette séquence est aussi dérangeante que futile au vu des enjeux et de la tension qu’impose Jackson sur un coffre-fort mais elle est finalement émouvante et profonde. Elle nous ramène aux désirs premiers de Susie et au vrai thème du film : l’adolescence. Je ne peux que la lier à l’accroche sur l’affiche de Créatures Célestes : la tendre histoire vraie d’un crime abominable.
Alors si le déroulement peut nous perdre un peu, ou du moins alterner des scènes sublimes (le champs de mais avec le père poursuivant le meurtrier, la découverte de la vie de ce dernier par Susie dans son purgatoire) avec des acteurs parfaits (Mark Wahlberg et Saoirse Ronan) et des moments plus en retrait (Rachel Weisz et Susan Sarandon n’ont pas les meilleures parties), Lovely Bones est un film aux thèmes profonds et intelligemment traités qui nous accompagnent après la séance de cinéma, ce qui n’est pas si évident. Lovely Bones est bien une réussite. Peter Jackson accumule les visions magnifiques et manie les tensions les émotions avec adresse et audace. Un vrai bon cinéaste.
La mode est au « reboot » soit le redémarrage d’une franchise. C’est parfois récurrent, comme pour James Bond avec Casino Royale, ou pour redémarrer une série sur des nouvelles bases comme par exemple l’Incroyable Hulk bourrin mais sympa, de Louis Leterrier seulement quelques cinq ans après le Hulk statique mais sympa, d’Ang Lee. C’est au tour de Sherlock Holmes de faire un retour (fracassant au vu du succès) sur grand écran.
Bien que le style pouvait s’y prêter, cette lecture ne succombe pas aux sirènes du sérieux et de la sombritude sauf au niveau des éclairages puisqu’on ne voit pas grand chose notamment au début. On n’est pas non plus dans la gaudriole mais dans le rock’n roll. Faire appel à Guy Snatch Ritchie et à Robert Iron Man Downey Jr pour donner le concert est évidemment lumineux bien que le film ne le soit pas trop mais je me répète.
Pour être honnête, j’ai passé un bon moment en salle. Surtout au début comme souvent dans ces films où la mise en place des personnages, des décors et de l’ambiance sont plus passionnants que l’intrigue elle-même. La grandiloquence de cette dernière, ni plus ni moins que la domination du monde, me plaît beaucoup même si elle dissimule en fait une grande vacuité et des méchants plutôt insipides. Mark Strong, qui joue Lord Blackwood, était beaucoup plus impressionnant dansMensonges d’Etat qu’ici. On pourrait même frôler l’ennui au vu des multiples répétitions qui n’apportent rien au film : nous avons donc droit à deux combats avec le même colosse, le second étant beaucoup moins rigolo que le premier. On voit aussi Holmes imaginer par deux fois l’issue de ses faces à faces puis les exécuter à l’identique sans toutefois que cela serve à quelque chose par la suite. Quant à Moriarty (ouais ça spoile mais à vrai dire vous allez voir, on s’en fout pas mal) apparaît plusieurs fois mais ne sert strictement à rien si ce n’est à terrifier une Rachel McAdams dans un rôle difficile à faire exister. Ce sera donc pour la suite. Enfin, le gros problème sont les déductions à l’emporte-pièce nous donnant aucune véritable chance d’être impressionné par le talent d’observation du célèbre détective alors qu’en filigrane se dressait une tentative d’opposition entre science et magie (noire) que Holmes rejette en toute logique.
Pour ainsi dire, on frôlerait le hors-sujet. Mais pourquoi ai-je passé un bon moment ? Peut-être parce que Guy Ritchie semble presque s’amuser de la gratuité des choses qu’il nous montre. Tout se réduit à des gags et des poses mais au fond ça fonctionne bien. Avec une excellente musique, on s’amuse avec un certain enthousiasme de voir Holmes et Watson expédier leurs ennemis à coup de tatanes, se moquer de Scotland Yard (« Ils ne manquent pas une occasion de manquer une occasion »), raconter des blagues dans une prison ou tout simplement s’invectiver avec l’ardeur que leur confère leur profonde amitié. Les hésitations de Watson, souhaitant se fiancer et arrêter les enquêtes tout en étant exalté par celles-ci, sont le meilleur du film. Robert Downey Jr et Jude Law sont parfaitement à l’aise, Guy Ritchie filme bien les explosions au ralenti et fait donc rire lors du premier combat avec un colosse (français !). A défaut d’être bonnes, les bases sont sympathiques et, espérons-le, c’est le côté ludique qui ressortira dans les prochaines visions sur petit écran. Souhaitons donc aussi tout le meilleur pour la suite annoncée.