Catégorie 'Cinéma'

Tron (1982) de Steven Lisberger

Bien que reconnaissant son imagerie, je n’avais jamais encore vu Tron. Pour être honnête, je ne m’attendais pas à grand chose voire à être embarrassé par le côté kitsch de l’entreprise. Ce fut plutôt le contraire. Déjà, je ne me souviens pas avoir vu ce design plutôt original (et co-designé par Moebius), relativement vieillot certes, comme souvent quand on traite de l’informatique, mais pas tant que ça. L’histoire elle-même oscille entre le bancal et le passionnant. Avec quelques artifices, le vol de jeux vidéos, le scanner miniaturiseur façon Chéri j’ai rétréci les gosses, Tron raconte le « kidnapping » de Kevin Flynn (Jeff Bridges) dans le système informatique de son ex-compagnie. Il découvre alors des programmes doués d’une vie propre, ayant l’apparence de leur créateur et soumis au Master Control Program, l’Intelligence Artificielle régnant sur le système, sauf sur le programme Tron, et rejetant l’existence des humains.

Bien que peu approfondi, l’enjeu devient mystique opposant la croyance en un créateur (l’humain en somme) ou la tentative d’émancipation de celui-ci. Il est illustré assez finement, et de l’intérieur, et nous voyons comment un programme progresse lui-même jusqu’à aboutir à la conclusion que l’homme n’est pas bon, ou inférieur, et entreprend de rejeter son existence auprès des autres programmes. Invraisemblable ou délicieusement délirant selon l’humeur. Et voir Kevin Flynn, le premier geek ?, tenter de pénétrer depuis sa salle de jeu un système informatique distant préfigure peu ou prou les autoroutes de l’information. Le film rapporta à sa sortie quelques 33 millions de dollars ce qui n’est pas transcendant, preuve que Tron, dont la suite sort en 2010, a su marquer durablement les esprits (grâce notamment au jeu qui lui fut associé).

 Par Pascal     Commenter11 mai 2010    Catégories: Articles Cinéma Science-Fiction

Police Story 3 – Supercop (1992) de Stanley Tong

Troisième épisode des enquêtes/aventures de Chan Ka Kui (Jackie Chan). L’intrigue, autour du trafic de drogue (avec des européennes qui meurent d’overdose), demeure assez simple mais développe une toile de fond intéressante sur la future unification de Hong Kong ou la Chine, où Chan enquête et infiltre la pègre. Je dois louper des références culturelles mais certaines sont intrigantes comme le fait que le film au début alterne Cantonnais et Mandarin.

Dans ce troisième opus, Jackie Chan laisse la caméra à Stanley Tong. Déjà responsable des cascades sur les deux précédents films. Il fera des merveilles dans Jackie Chan dans le Bronx. Ce choix de réalisateur fut une contrainte imposée par la production (la Golden Harvest) trouvant Chan trop lent à la réalisation. Ce n’est pourtant pas un hasard si ce Police Story 3 est bien meilleur que les deux premiers, plus distrayant notamment quand il n’y a pas d’action. Même au niveau comédie, le film m’a arraché quelques sourires ce qui n’était pas le cas avant. Jackie Chan fait gentiment le clown et les passages limite vaudeville (la visite de la fausse famille de Chan) sont plutôt rigolos.

Côté action, les arts martiaux sont une composante mais pas la fin en soi du film. Le premier duel à mains nues est très impressionnant. Après une évasion vertigineuse et quelques passages comiques, le film prend son envol et livre 40 dernières minutes hallucinantes allant de la fusillade explosive dans la jungle à la course poursuite en auto, moto, train et hélicoptère en plein Kuala Lumpur ! Pour tout dire, je pense que c’est un des meilleurs films d’action que j’ai vu, très imaginatif et nerveux. Accroché à une échelle d’hélico, Jackie Chan m’a une nouvelle fois fait très peur.

Le fait de voir le film en version original améliore également la vision. Je découvre ainsi une Maggie Cheung, (un peu) moins nunuche, (un peu) plus intéressante mais aussi (encore) plus belle, perdant parfois son côté enfantin pour gagner en féminité. Mais le joyau de ce Police Story 3 est Michelle Yeoh. Miss Malaisie 1983, sublime avec des nattes ou en uniforme strict, à l’aise dans la comédie et dans l’action (où elle donne de sa personne comme le rappelle le générique de fin), elle s’impose comme double féminin de Chan dans le film au point de jouer dans un spin-off de la série : Police Story 3 – Supercop 2 !

 Par Pascal     Commenter6 mai 2010    Catégories: Articles Cinéma Polar

Police Story 2 (1988) de Jackie Chan

L’inspecteur Chan Ka Kui est de retour mais en uniforme, forcé de donner des contraventions à une dizaine de camions à la fois (!) et de régler la circulation. Mais son ennemi du premier épisode, à qui il avait donné une sévère correction, sort de prison et veut se venger. Il intimide ainsi sa famille ce qui met Chan hors de lui au point d’infliger une sévère correction à ceux qui se moquent de lui. C’est mal de se venger de la sorte mais je dois reconnaître ce sentiment de plaisir délicieux de voir des méchants arrogants et bêtes s’en prendre plein la gueule. Ça arrive un peu moins souvent dans la vie donc profitons-en.

L’action semble encore une fois « simple » mais tellement dangereuse. Quand Jackie Chan traverse une quatre voie avec des voitures roulant à vitesse rapide, on se demande vraiment s’il le fait vraiment avec des cameramen le filmant à l’arrache. Et d’un autre côté, nous assistons à des bagarres très préparées et chorégraphiés avec des effets d’accélérés. Dans les deux cas, la fluidité des mouvements et la violence apparente des coups et des chocs sont vraiment impressionnants et immersifs. Une nouvelle fois, le générique du fin indique qu’on ne plaisante pas avec la moindre cascade.

Cette double histoire de chantage et vengeance est classique avec a priori un plus gros budget que Police Story et donc plus d’explosions. Le héros est toujours partagé entre son devoir et sa petite amie (toujours la craquante, et quelque peu horripilante, Maggie Cheung) et fera cavalier seul à la fin. Chan est plus sérieux que dans le premier opus, il accentue son côté excellent enquêteur et se met en retrait dans la comédie. Il faut quand même se taper la chiasse de son chef à plusieurs reprises. La version anglaise n’arrange rien à l’affaire et donc, entre deux bonnes séquences de baston et quelques prouesses physiques, on peut trouver le temps très long. A vrai dire, je préfère regarder Shanghai Kid. On peut trouver ça grave. C’est peut-être culturel. Et j’adore Owen Wilson.

Un hommage à John Woo ?

 Par Pascal     Commenter25 avril 2010    Catégories: Articles Cinéma Polar

Police Story (1985) de Jackie Chan

Jackie Chan est connu pour sa pratique des arts martiaux. Au fait de sa gloire en Asie, il réalise ce Police Story soit une plongée dans l’action pure avec sa troupe de cascadeurs. Le début est pétaradant avec un gunfight dans un bidon ville puis surtout sa traversée en voiture. Il n’aura échappé à personne que Michael Bay a repris cette scène telle quelle pour son Bad Boys 2 près de 20 ans après. Ce plagiat est presque une bonne chose. Il montre que le fric ne fait pas tout : la séquence dans Police Story est plus sensitive que celle du film de Michael Bay. Nul doute que dans les deux cas, la préparation fut importante mais celle de Police Story donne l’impression d’une prise de risque et d’une spontanéité plus grande. Elle prend aux tripes. Il y a d’excellents films d’action américain mais une « simple » cabriole (de plusieurs minutes !) avec un parapluie de Jackie Chan pour s’accrocher à un bus est beaucoup plus spectaculaire que des fx numériques.

Le début de ce Police Story est donc excellent et ce ne sont pas les arts martiaux qui sont mis en avant mais bien toutes les capacités d’Action Man de Jackie Chan et son équipe. Et hélas de comédie. Police Story raconte une histoire de protection de témoin. Ce dernier est une dernière (Brigitte Lin). Le protecteur est Jackie Chan et il a une petite amie May (Maggie Cheung qui est très mignonne, ingénue). Nous avons donc droit à de la comédie. J’ai vu le film en anglais et il y avait déjà des contresens entre l’anglais doublé et l’anglais sous-titré ce qui limite la portée des gags. Mais bon en plus ce n’est pas excessivement drôle : certes on peut sourire lors du faux interrogatoire et de la fausse tentative d’assassinat mais les quiproquos dans l’appartement sont plutôt pénibles. Le procès, avec perruques, est si nul qu’on peut en rire au troisième degré (au-moins). Le problème est que tout ça dure plus de 45 minutes et qu’on peut trouver le temps long. Tout juste peut-on apprécier Chan se garant de manière incroyable, s’amuser avec des fils de téléphones et provoquer quelques chutes et accidents.

La dernière demi-heure est beaucoup plus sérieuse, également au niveau de l’intrigue, avec des combats spectaculaires et des chorégraphies brutales. Certaines scènes sont accélérées mais ce qui pouvait nuire est ici plutôt bien mené (c’est pas les Anges Gardiens, quoi). Jackie Chan fait des choses inimaginables jusqu’au final anthologique dans le centre commercial. Ça fait un bon tiers d’hallucinant. C’est largement suffisant pour nous impressionner d’autant que, comme souvent dans les films de Chan, le générique de fin nous rappelle que toutes ces acrobaties ont un prix.

 Par Pascal     Commenter22 avril 2010    Catégories: Articles Cinéma Polar

Hedwig and the Angry Inch (2001) de John Cameron Mitchell

Enfin vu ce film de John Cameron Mitchell, comme Carrie hein, en même temps, il serait temps que je vois ces environ 1500 films que je dois enfin voir. Il se trouve qu’Hedwig and the Angry Inch est le film préféré de ma femme. Les personnes les plus incroyables sur terre se souviennent certainement de mon petit commentaire sur Shortbus et qui fit les beaux jours des visites sur le site (top 10 des articles, le sexe sans doute). Sans elle, je pense que je ne me serais pas déplacé (quoique peut-être, le sexe sans doute). Malgré un avis quelque peu mitigé, je garde plutôt un bon souvenir de ce film. Je suis quelqu’un de plutôt pessimiste et triste mais j’ai la chance de surtout garder en tête les bons moments des films.

Je risque de garder un excellent souvenir d’Hedwig and the Angry Inch. Déjà, j’ai adoré le tout premier instant du film présentant Hedwig en diva jetant son parapluie. Trois secondes, peut-être cinq, géniales, le genre de moments abrupts et absurdes que j’adore. Hedwig and the Angry Inch, c’est l’histoire glorieusement triste d’Hedwig, est-allemand muni d’un terrible pouce au mauvais endroit et chantant dans tous les USA à la traîne d’un chanteur à succès interprétant ses chansons qu’il a volé à Hedwig. Le film est d’abord une splendide comédie musicale joyeuse et terriblement entraînante. Les chansons sont toutes excellentes. The origin of love a un texte sublime tandis que Wig in a box bouleverse complètement dans le film. Ceux qui ne verront jamais « enfin » le film peuvent se laisser tenter :

« Good things come to those who wait ». Quand on voit dans quel contexte est prononcé cette sentence et la tête de Hedwig, nous plonge dans un mélange de tristesse profonde teintée d’un certain humour. Et ça fait déjà plusieurs fois que je tente de mélanger des adjectifs positifs et négatifs dans ce court commentaire (saurez-vous les retrouver ?) et il faut dire que la mise en scène de John Cameron Mitchell, truffée de flash back géniaux, repose sur cette narration joyeuse d’un homme-femme triste se battant pour devenir lui-même.

John Cameron Mitchell joue Hedwig. Acteur dans les années 90, il a arrêté depuis ce film sauf pour une apparition dans Shortbus. Est-ce vraiment un hasard tant il semble avoir absolument tout donné dans ce personnage comme une sorte de don au cinéma ? Original et libre, Hedwig and the Angry Inch est un vrai bonheur, à voir pour son interprétation kamikaze (type The Wrestler avec Mickey Rourke en plus euphorisant) et par tout fan de comédie musicale.

 Par Pascal     Commenter15 avril 2010    Catégories: Articles Cinéma Musical

Carrie (1976) de Brian de Palma

Enfin vu ce classique du film d’horreur, qui fait en outre partie des 100 films fantastiques (sur en gros 1975-1993) de MadMovies paru pour leur centième numéro, réalisé par Brian de Palma. Le metteur n’en est pas à son coup d’essai et a déjà mis en boite un film fantastique, le bon Soeurs de sang. Carrie est une jeune adolescente, tête de turc des pétasses de son lycée (soit à peu près tout le monde), élevée et martyrisée par une mère illuminée. Peu à peu, dès lors qu’elle a ses premières règles, elle se découvre des pouvoirs télékinésiques.

Le film n’a pas vraiment subi l’épreuve du temps si ce n’est qu’on peut dire qu’il serait difficile de réaliser un film pareil aujourd’hui. Je reconnais avoir eu un peu peur de me retrouver avec un film surtout connu pour sa dernière partie et un peu pénible dans les deux premiers tiers. Le film choque dès ses premiers instants dans cette scène très voyeuriste dans le vestiaire des filles s’achevant comme un meurtre alors que Carrie a ses règles pour la première fois. Le retour éplorée de Carrie chez sa mère (terrifiante Piper Laurie) est assez traumatisante. Toute la suite sonne parfois comme un film de casse où les pétasses, notamment Chris (Nancy Allen, que j’avais vu dans l’hilarant 1941), préparent un mauvais coup à Carrie pour le bal de fin d’année où elle est invitée par le beau Tommy. Les hommes dans Carrie semblent d’ailleurs hors du coup, manipulés, ou plutôt soumis, aux femmes.

Et donc, le final est bien le morceau anthologique prévue avec des images marquantes où la violence de Carrie explose littéralement à l’écran. Sissy Spacek, du bal de promo à la crucifixion avec des ciseaux, rentre dans l’Histoire du cinéma. Bien des amateurs ont décrit longuement tous les degrés de lecture du film et sa mise en scène. Un classique en somme mais aussi une expérience intense et violente de bout en bout.

 Par Pascal     Commenter10 avril 2010    Catégories: Articles Cinéma Epouvante

L’Aube Rouge (1984) de John Millius

Quelques encarts furtifs nous placent dans l’uchronie : Europe écolo sans armes nucléaires, OTAN dissoute, révolutions dans les pays d’Amérique centrale… et une union soviétique au bord de la famine qui tente une fuite en avant. Cela rappelle d’ailleurs le point de départ du roman Tempête Rouge de Tom Clancy où, privée de gros approvisionnements en pétrole, l’URSS se résout à déclencher une offensive en Europe.

Après un court générique, on voit deux frères qui vont à l’école dans une ville du Colorado. En pleine classe, les parachutistes russes tombent du ciel et sèment la désolation. Les deux frères et quelques collègues vont alors se cacher dans la montage. C’est l’art d’aller droit au but en quelques minutes. Le réalisateur John Millius ne s’embarrasse pas de longues expositions des personnages et nous précipite rapidement dans l’invasion puis la résistance.

John Milius ne s’intéresse pas vraiment à la grande Histoire mais préfère se concentrer sur ce groupe d’adolescents qui décident de résister à l’envahisseur. Et dans le genre, je crois qu’on peut difficilement faire plus patriotique. L’Aube Rouge est vraiment porteur des grandes valeurs de l’Amérique que ce soit dans l’évocation de la chasse (on boit le sang de la bête qu’on a tué) que dans l’héroïsme exacerbé. Le groupe de teenagers n’est pas en effet L’Armée des Ombres mais une bande armée revancharde qui signe ses actes (Wolverine, la mascotte de leur école) au fil de ses nombreuses victoires.

Nombreuses en effet, L’Aube Rouge est sorti en 1984 ce qui n’est pas si lointain. Il fut considéré comme un film très violent au point d’être au Guinness Book of Records d’après Wikipedia ! Rien de bien méchant en fait mais il est vrai que les escarmouches et actes de guérilla s’accumulent. Les pyrotechniciens ont du beaucoup s’amuser et du coup l’amateur devrait largement trouver son compte dans ce récit quelque peu binaire. Car dans L’Aube Rouge, les russes sont très méchants, le véritable ennemi de l’amérique. Les américains sont gentils et valeureux façon all american hero avec sens des responsabilités et du sacrifice autour d’un gamin (Patrick Swayze) qui est aussi (évidemment ?) le quaterback de son bahut.

Il y a aussi un grand sens de la stratégie puisque les gamins tuent un grand nombre de soldats et provoquent des dégats importants sans vraiment subir de grandes pertes. Quand ils retrouvent un pilote de l’US air force échappé de son avion qui s’écrase, celui-ci leur dit qu’il a abattu quatre avions ennemis avant d’être touché à son tour. On se demande presque comment les US peuvent perdre alors qu’une dizaine tout au plus de gamins, dont le seul avantage est de connaitre le terrain (c’est bien sur non négligeable), déjoue fort longtemps l’armée d’occupation !

Bien que peu exploitée, la réponse est sans doute à chercher dans cette défiance envers l’autorité, thématique assez récurrente dans les années 80. Outre, l’abandon des états (l’Europe est neutre dans le conflit – et on pourrait presque voir dans ces révolutions dans les pays du sud qui se retournent contre les US une certaine justification de l’interventionnisme), le seul personnage américain qui a une autorité légale (le maire) est impuissant face à l’ennemi. C’est l’américain seul et armé que Milius loue, celui qui agit, a parfois des scrupules mais fait son devoir, des choses importantes et qu’on comprend de moins en moins de nos jours. Milius pointe peut-être du doigt notre société de consommation avec des générations de jeunes plus préoccupés par leur nombril que ce questionnement. Dans ce cas, son film est presque porteur d’espoir.

L’Aube Rouge illustre souvent ce propos par un style un peu trop glorificateur et même pompier pour être totalement convaincant, sans être déplaisant loin s’en faut. Dans cet esprit de sublimer la force de l’Amérique et sa jeunesse, il n’est pas étonnant que John Milius n’évoque que très peu l’aspect macro du conflit ni même son issue, dévoilée implicitement grâce à un monument aux morts, puisque celle-ci ne fait aucun doute. Le metteur en scène évite cependant de donner une vision idyllique de cette résistance. La mort, la trahison, les exécutions, le meurtre de sang froid sont aussi le lot de ces gamins devenus trop rapidement soldats. Malgré la condition étrange des femmes dans le groupe, égales des hommes mais assez hystériques dans un environnement relativement asexués (on est plus dans l’admiration et l’amitié), les séquences au sein du groupe sont bonnes, souvent douloureuses quand elles ne bouleversent pas notamment lors d’un suicide déchirant à la grenade.

Au final, je suis content d’avoir pu découvrir ce film que je voulais voir depuis quelques temps et sans m’attendre à un chef d’oeuvre et certainement plus profond qu’un film bourrin. On retrouve en outre quelques jeunes acteurs comme le couple Patrick Swayze/ Jennifer Grey avant Dirty Dancing ainsi que Charlie Sheen, déjà au cÅ“ur de la guerre une poignée d’années avant Platoon. J’ignorais par contre que l’histoire originale était de Kevin Reynolds, qui réalisera plus tard Robin des Bois et Waterworld.

 Par Pascal     Commenter4 avril 2010    Catégories: Articles Cinéma Guerre

L’Armée des Ombres (1969) de Jean-Pierre Melville

Jean-Pierre Melville filme la Résistance après l’arrivée inexorable des allemands en France (la première scène qui envahit littéralement l’écran illustre l’invasion ; Melville hésita à mettre à la fin du métrage jusqu’à la sortie du film) et la lutte d’une poignée de français d’horizons divers mais guidés par une abnégation et une volonté de vivre. Dans L’Armée des Ombres, il est bien question de vie, ou plutôt de survie. Le réalisateur ne décrit pas un héroïsme éclatant et des actions spectaculaires, comme des sabotages, que nous verrons pour ainsi dire pas. Tout juste parle t’on de réseaux et de ravitaillement. Le reste n’est qu’mprisonnement, torture, évasion, double-vie et secret absolu, même auprès de ses proches.

Surtout auprès de ses proches : la cause transcende ces êtres. Ils passent à l’acte pour celle-ci : le parcours de Philippe (Lino Ventura) évoque constamment la prise de conscience de ce dépassement à travers les meurtres ou le saut en parachute. Ils prennent tous les risques pour se sauver les uns les autres mais n’hésitent pas non plus à se sacrifier, ou sacrifier, pour protéger le groupe. Cet engagement total, et son implacable fin (la mort) est la plus belle illustrations de l’héroïsme et de la résistance à l’adversité.

Pour évoquer cet engagement et cette volonté de (sur)vivre face à l’occupant, Melville réalise des scènes épurées tout en nuances de gris, bleu et vert en y insufflant une tension permanente, qui arrive par surprise (le contrôle dans le métro ou l’enlèvement par la gestapo d’un résistant en pleine rue) ou qui est étiré jusqu’à l’insoutenable (la venue dans la prison de Lyon et le bruit stressant des portes qui s’ouvrent et se ferment). L’escapade en Angleterre, protocolaire (De Gaulle) et touristique (cinéma et visite), fait figure de court bol d’air.

Et au fil des visions, c’est l’impression que chaque scène compte des premières scènes dans un camp de prisonnier jusqu’aux dernier instants, considérés parfois comme onirique, et ce visage insondable et bouleversant de Mathilde (Simone Signoret). Porté par un casting exceptionnel, L’Armée des Ombres est un des plus beaux films que j’ai vus, sans doute le plus important sur la Résistance durant l’occupation.

 Par Pascal     Commenter1 avril 2010    Catégories: Articles Cinéma Guerre

Prédictions (2009) d’Alex Proyas

John, veuf, vit avec son fils Caleb. Ils se remettent tous les deux difficilement de la mort accidentelle de la femme de leur foyer. Verre d’alcool à la main, John écoute la septième symphonie de Beethoven. C’est très beau. Le lendemain, son fils lui transmet un dessin d’enfant des années 50 se révélant être une série de chiffres prédisant les grandes catastrophes des décennies à venir. Et il en reste encore trois à se réaliser…

Avec un pitch pareil et cinquante millions de dollars, le résultat ne peut être totalement mauvais. Passée la très intrigante introduction, la progression repose surtout les épaules de Nicolas Cage qui est toujours convaincant. La mise en scène d’Alex Proyas est inégale. Il entretient bien le mystère étrange autour d’une présence, faisant monter la parano de John, et il fait des merveilles lors d’un crash d’avion en plan séquence autour de John constatant le désastre malgré des effets un peu approximatifs (les flammes).

On n’évite cependant pas toujours le sentencieux pas plus que la redite avec par deux fois le credo « je ne vous crois pas puis finalement je vous crois » propre aux films prophétiques. Il y a des effets spéciaux un peu limités, le feu particulièrement lors d’une scène « Ã  travers la fenêtre ronde » faisant écho à celle de The Crow du même auteur. Plus grave, il y a des effets spéciaux vraiment ratés : l’accident de métro est très laid. Pour tout dire, les effets étaient plus réussis dans Dark City sortis plus de dix ans avant !

Mais les vingt dernières minutes sont géniales. La résolution de ces prédictions et lois des chiffres peut paraître exagérée mais m’a vraiment plue. Elle rejoint un peu un thème de Dark City, où une société en manipule une autre, façonne sa vie. Surtout, elle comporte bien des choses qui me passionnent au cinéma : des liens forts entre les personnages (le père et son fils et sa famille, Cage est bouleversant), de la sf « bienveillante » façon Rencontre du troisième type, de l’apocalypse et du désenchantement. Et un Nicolas Cage, soulagé : »Where’s Caleb ? – He is saved ». Et on retrouve la septième de Beethoveen le temps de scènes de foules terrifiantes, un chaos généralisé au milieu du déterminisme le plus implacable. Alex Proyas ne rate pas ces scènes et les effets spéciaux se trouvent mêmes plus réussis. Et il y a 30 secondes terribles qui enterrent les deux heures de 2012, ma bête noire actuelle du film apocalyptique raté.

Bien que le fond soit (très) grave, Prédictions respire les bons sentiments, comme une sorte de vision idyllique du monde malgré les catastrophes. Il suffit de voir cette classe de primaire des années 50 qui répond en coeur « Oui, Mademoiselle Taylor » et qui revêt son « masque de génie » (un mime d’une demi-seconde, une idée bête mais tellement véritable qu’elle réhausse la scène) et la classe de petits génies au MIT où John travaille où l’on philosophe plus sur le monde qu’on enseigne (il y a des formules compliquées au tableau quand même).

La toute dernière scène accrédite pleinement cette vision (elle se rapproche formellement de Lovely Bones avec champs de blé et arbre de la vie, ou de la mort). Par son côté lègerement too much, la couper n’aurait peut-être pas nuit au film, ses détracteurs pourront le confirmer. Mais elle trouve toute sa place dans le ton de ce bon film.

 Par Pascal     Commenter27 mars 2010    Catégories: Apocalypse Articles Cinéma Thriller

The Ghost Writer (2010) de Roman Polanski

En Anglais, nègre se dit Ghost Writer. C’est le métier du héros sans nom, normal vu qu’il doit rester d’anonyme, interprété par Ewan McGregor qui se trouve employé à la va-vite pour reprendre une autobiographie de l’ex premier ministre britannique Adam Lang (Pierce Brosnan) demeurant aux USA et sur le point d’être attaqué en justice pour crime contre l’humanité.

L’essentiel de The Ghost Writer se déroule sur une île reculée et pluvieuse de l’Amérique. Que ce soit avec une BMW abandonnée ou un vélo, sous le porche d’une maison en bois ou dans la grande chambre d’une maison super design, Roman Polanski instaure rapidement une ambiance, un style où les personnages ne surjouent pas dans la gravité et la suspicion mais se tirent dans les pattes pour des raisons sans rapport avec l’enjeu principal du film. C’est une des qualités de The Ghost Writer : le complot n’intéresse que l’écrivain et semble toujours à côté comme si tout le monde avait autre chose à foutre. Le trouble et le sous-entendu sont donc ailleurs à l’image du triangle amoureux formé par Adam Lang, sa femme (Olivia Williams) et sa secrétaire particulière (Kim Cattrall).

Dans une sorte de faux rythme, The Ghost Writer est traversé par des scènes géniales telle l’entrevue pour le rôle de nègre, vrai moment de « real business ». Faux rythme donc car The Ghost Writer insiste parfois lourdement et parfois on ne sait pas trop où tout cela mène à l’image de ce voyage vers l’inconnu en GPS, bonne idée exploitée un peu longuement pour un résultat qui ne nous apprend pas grand chose. On devine à travers cette déambulation, apparemment vaine mais évidemment importante, l’art puissant pour brouiller les pistes et Roman Polanski le maîtrise plutôt bien avec une résolution sans grandiloquence à la fois ironique et suave, champagne à la main, où les écrits s’envolent autant que les paroles. Au fond, il y a dans ce cinéma quelque chose de délicieux, une sorte d’ambition modeste mais qui se révèle vertigineuse (on parle quand même de manipulation politique à l’échelle mondiale) et qu’on ne retrouve pas forcément dans un film Shutter Island qui sort au même moment.

The Ghost Writer se reverra même plus facilement avec des acteurs qui font du beau jeu sans avoir l’air de se donner de la peine. Je garderai en mémoire la performance de Kim Cattrall. En une descente d’escalier en tailleur serré, elle fait oublier 94 épisodes de Sex and the City. Quant à Pierce Brosnan, il étoffe son registre du double jeu à la foi séducteur et impressionnant mais aussi sensible et faussement puissant.

 Par Pascal     Commenter20 mars 2010    Catégories: Articles Cinéma Thriller

Shutter Island (2010) de Martin Scorsese

C’est le gros film dont on parle toujours un peu trop. Je suis heureux de lire les magazines un mois après leur parution surtout que Première a fait plutôt fort. Même le buzz et la bande-annonce ont activé mes neurones. Conséquence logique ma parano de spectateur de cinéma, en mode « tout le monde est suspect dans un film », s’est mis en marche bien avant que le métrage commence. Et je me suis retrouvé au Normandie, à comme regarder pour la deuxième fois Shutter Island.

Et c’est plutôt pas mal quand même. Martin Scorcese oublie sa fureur, ses films sensitifs qui l’ont rendu célèbre et assume le luxe de la logistique à sa disposition. Plastiquement, Shutter Island est constamment superbe promenant deux marshall dans une enquête sur une disparition insoluble dans une (as)île de fous où le mystère et le silence contraint semblent les seules règles imposées par un Docteur Cawley (Ben Kingsley) troublant psychiatre aux méthodes renvoyant plutôt à l’expérimental Docteur Moreau, lui-même maître sur son île.

Personnage central, Teddy Daniels tente de distinguer le vrai du faux tout en se battant avec ses démons et ses propres secrets. Martin Scorcese multiplie les flash back, mélange trauma et onirisme autour du passé de Daniels, ancien soldat de la deuxième guerre mondiale et qui libéra Dachau. Les visions évoquées, où la mort rôde, sont comme des tableaux vivants et paradoxalement macabres. Ce n’est pas une horreur viscérale mais bien la vision d’un peintre. Scorsese demeure un sacrément bon cinéaste et distille dans chaque scène l’inquiétude, l’instabilité et l’incompréhension de Daniels surtout lors de la fouille de la forteresse de l’île, dédale impressionnant et sombre.

Je ne suis pas certain de vraiment aimer le style de Leonardo DiCaprio qui s’efforce une fois encore de sortir de son look éternel de jeune premier, la même année un peu à côté de la plaque dans Gangs of New York et idéal dans Arrête-moi si tu peux. Dans un rôle aux contours incertains, il est profondément sincère. Et bien que de tous les plans, il ne tire pas la couverture sur lui et donne la belle réplique à un excellent Mark Ruffalo en fidèle acolyte ou à une Patrica Clarkson illuminée. La palme revient peut-être à Michelle Williams en fiancée d’outre tombe. Au fil de ses requêtes (« libère moi »), elle apporte à Shutter Island sa face la plus dérangeante, la plus malsaine (peut-être même trop malsain pour moi) avec une candeur glaciale. Et on comprend que ce n’est pas tant les retournements de situations que leur source qui sont prodigieux dans Shutter Island.

 Par Pascal     Commenter16 mars 2010    Catégories: Articles Cinéma Thriller

Hors de contrôle (2010) de Martin Campbell

Pour le retour du grand Mel Gibson en tête d’affiche après plusieurs d’années d’absence, Martin Campbell adapte sa mini-série anglaise Edge Of Darkness des années 80, presque un sous-genre en soi après d’autres adaptations comme Jeux de Pouvoir ou plus anciennement Traffic. J’ai toujours vu Martin Campbell comme une sorte de jeune réalisateur. En fait il est né en 1940 ce qui ne rajeunit personne. J’ai auparavant vu six de ses films avec du très bon (Le Masque de Zorro), du bon (Casino Royale, Absolom 2022), du moins bon (Vertical Limit, Goldeneye) et du mauvais (Tristement, la Légende de Zorro).

Le vigilante flick Hors de contrôle arrive tout juste dans le bon. Le policier Thomas Craven (un super nom) reçoit sa fille chez lui mais elle se fait assassiner devant sa maison. Alors que ses collègues pensent que Thomas était la cible des tueurs, le père plein de rage enquête de son côté et découvre que sa fille lui cachait des choses sur son travail. S’en suit une enquête plutôt prenante avec un rôle sur mesure pour Mel Gibson : il est parfait en mec droit et dur tout en assumant son âge et la souffrance qui va avec à l’image de cette bagarre contre un jeune où il prend le dessus de justesse et qui se prolonge par une assez longue scène où il reprend son souffle ! Dommage que le film soit souvent bavard avec beaucoup d’allers et venues qui frisent la redite. Les confrontations demeurent cependant bonnes notamment quand Craven se trouve face au mystérieux Jedburg (Ray Winstone), synthèse vivante de toutes les magouilles politico-truc imaginables qu’on nous cache.

Logiquement, l’action est rare. Elle arrive souvent par surprise notamment une paralysante scène de meurtre sur la route, piqûre de rappel pour nous dire que Campbell ne se contente pas de filmer la star. Le final sonne comme un exutoire crépusculaire tel un western avec méchants très méchants (la scène entre le sénateur et ses collègues est terriblement cynique) et un Craven complètement à bout. Si on est réceptif, on peut trouver ça vraiment jouissif avec une délicieuse sensation d’être sur le fil du « too much ». D’ailleurs, ces instants font penser à l’épisode des Simpson où Homer retouche le remake de Mr Smith au Sénat avec Gibson dans le rôle titre et empalement avec le drapeau américain (Mel Gibson au sénat)

J’aurai pas contre bien du mal à défendre la fin « route du paradis » (et pas du tout edge of darkness) qui rappelle celle bouleversante de The Constant Garderner mais en franchissant gaillardement ma ligne imaginaire du grotesque. Mais, au fond, je crois que je peux tout pardonner dans un film avec Mel Gibson.

 Par Pascal     Commenter14 mars 2010    Catégories: Cinéma Thriller

Lovely Bones (2009) de Peter Jackson

Susie Salmon, 13 ans, vit heureuse dans une famille heureuse. A quelques jours de son premier rendez-vous galant et de son premier baiser, elle est assassinée par un de ses voisins. De l’au-delà, une sorte de purgatoire, elle regarde et tente de communiquer avec sa famille.

Pour son « retour » vers des films moins énormes que King Kong et Le Seigneur des Anneaux, Peter Jackson adapte un roman sur cette jeune fille assistant aux supplices de sa famille après sa mort. En mélangeant thriller, ados et fantastique, Jackson se rapproche de son magnifique Créatures Célestes. Avec de plein de morceaux de vrai cinéma et de coups de génie, le résultat m’a parfois décontenancé et pourtant, avec le recul, Lovely Bones se tient admirablement.

Le film traite aussi du deuil. Avec beaucoup de justesse, le metteur en scène ne filme pas des pleurs de groupes mais des âmes solitaires vivant le deuil chacun de leur côté : le père enfermé dans son bureau, la mère qui perd pied, le fils qui rêve de sa soeur, la fille cadette qui court, qui court. Et bien sur Susie, généralement seule et monologuant dans son monde imaginaire, un monde souvent superbe, un peu kitsch et parfois même assez laid mais qui n’est en fait l’expression des sentiments et de l’imaginaire d’une adolescente marquée par son père. Jackson nous rappelle aussi sa maîtrise et son amour du cinéma notamment dans ce travelling étrange de Susie parcourant plusieurs paysages.

La virtuosité la plus palpable de Jackson réside dans la tension : la scène du meurtre bouleverse par son découpage (avec la famille de Susie à table) et son inéluctabilité. Le suspense devient Hitchcockien dans la maison du meurtrier et son plancher qui grince. Toutes les scènes avec le meurtrier (Stanley Tucci, excellent), sont inquiétantes et parfois mêmes insoutenables dans les non dits et la sensation de peur et d’écrasement. Lovely Bones prend alors des aspects de thriller fantastique, sans véritables indices mais à travers des convictions et des sensations que le père et la soeur de Susie ressentent séparément.

Bien que tournée comme un thriller, la scène clé du film est une rencontre qui n’avait pu avoir lieu. Cette séquence est aussi dérangeante que futile au vu des enjeux et de la tension qu’impose Jackson sur un coffre-fort mais elle est finalement émouvante et profonde. Elle nous ramène aux désirs premiers de Susie et au vrai thème du film : l’adolescence. Je ne peux que la lier à l’accroche sur l’affiche de Créatures Célestes : la tendre histoire vraie d’un crime abominable.

Alors si le déroulement peut nous perdre un peu, ou du moins alterner des scènes sublimes (le champs de mais avec le père poursuivant le meurtrier, la découverte de la vie de ce dernier par Susie dans son purgatoire) avec des acteurs parfaits (Mark Wahlberg et Saoirse Ronan) et des moments plus en retrait (Rachel Weisz et Susan Sarandon n’ont pas les meilleures parties), Lovely Bones est un film aux thèmes profonds et intelligemment traités qui nous accompagnent après la séance de cinéma, ce qui n’est pas si évident. Lovely Bones est bien une réussite. Peter Jackson accumule les visions magnifiques et manie les tensions les émotions avec adresse et audace. Un vrai bon cinéaste.

 Par Pascal     1 commentaire9 mars 2010    Catégories: Articles Cinéma Thriller

Gainsbourg (vie héroïque) (2009) de Joann Sfar

Je n’avais vu qu’une poignée de photos de ce biopic français sur la vie d’un cet artiste singulier. Par contre, difficile de ne pas passer à côté de la médiatisation du film qui est sortie du classique affiche de cinéma et presse spécialisée. L’acharnement de Joann Sfar à dire qu’il ne s’agit pas tout à fait de la vie de Gainsbourg, que c’est « un conte de Joann Sfar » (ajout à la demande de Jane Birkin) mais que, malgré tout, ces mensonges peuvent faire surgir le vrai Gainsbourg m’a quelque peu soûlé. Je connais assez peu de biopic qui n’essaient pas de faire ressortir la vraie personnalité de l’homme/femme qu’ils décrivent. L’approche du réalisateur est certes originale, iconoclaste mais le but est le même, classique. Ce mélange j’assume/j’assume pas est un peu difficile à tenir. Et j’ai encore un peu de mal à digérer l’auto-citation très Alain Delon dans le générique de fin.

Mais l’oeuvre elle-même ? Elle est réussie. Je ne m’attendais pas à grand chose et le début, toute l’enfance de Gainsbourg, est formidable. C’est une vie onirique vue comme un fantasme d’où vont naître tous les gainsbourg : le juif, le pianiste, le séducteur, gainsbarre… l’apparition en arrière-plan de son alter ego (une marionnette) puis sa charge frénétique au piano (son père : « tu joues mieux la nuit » !) est le meilleur du film, superbement éclairé. Faussement timide, le gamin Lucien/Serge a du culot et dessine bien les femmes nues lui attirant toute sorte de sympathie (ce qui le sauvera au moment d’une rafle pendant la guerre).

Gainsbourg enfant, c’est l’acteur Kacey Mottet. Il est assez prodigieux, enfantin et espiègle mais déjà très Gainsbourg, en mesure de voler la vedette à Gainsbourg adulte. Mais l’interprète Eric Elmosnino est lui-même étonnant. Outre le maquillage et la ressemblance physique, il exécute toute une gestuelle et un langage qui évoluent tout au long du film. Sfar raconte le succès de Gainsbourg par une série de rencontres et de coups de foudre : la danse avec chaque femme qui le séduit et qu’il séduit est importante. Javanaise pour Juliette Greco, yé-yé pour France Gall, slow dans une boîte gay pour Birkin, danse lascive et libre pour Bardot (Laetitia Casta est formidable, Sfar a sur retranscrire tout le choc de la chanson initials B.B. lors de son arrivée sur le palier de l’appartement de Gainsbourg), boîte de nuit aux lumières dures pour Bambou.

La reste est une solitude étrange et des provocations diverses. Sfar ne montre pas frontalement, comme Leaving Las Vegas, l’alcoolisme (quel intérêt au fond ?) mais sa mise en scène de plus en plus saccadée, comme si Gainsbourg avait de moins en moins de moments de lucidité, semble traduire la fuite dans les spiritueux. Et on allume une quantité astronomiques de clopes dans ce film.

Au final, Gainsbourg (vie héroïque) est un bon biopic avec une bonne moitié vraiment enlevée et un dernier tiers plus triste, moins captivant. Il faut dire que je n’aime pas le reggae et sa reprise de la Marseillaise, qui a visiblement choqué, est surtout pénible à écouter. Sfar sait toutefois rester très sensible. Il peut être fier de son film et de sa vérité sur Gainsbourg.

 Par Pascal     Commenter6 mars 2010    Catégories: Articles Biopic Cinéma

Le Livre d’Eli (2010) de Albert et Allen Hughes

Quelques mois après La Route un autre film post-apocalyptique débarque sur les écrans : Le Livre d’Eli soit la longue marche d’Eli mué par une volonté de faire parvenir son seul livre, une Bible, à destination à travers un monde dévasté.

Contrairement à La Route, il ne reste pas que deux balles dans le revolver d’Eli et il sait aussi se servir d’un couteau. Le meilleur du film sont ces scènes d’action qui sonnent toutes comme des règlements de compte, vifs et prenants. La fusillade autour de la maison (en aller-retours type travelling incessants ?!) est un très grand morceau de bravoure. Les frères Hughes empruntent au western, bien sur, mais aussi à divers genres de films d’arts martiaux avec un homme (Denzel Washington) se servant de tous ses sens pour exécuter des gestes précis et fatals.

La toile de fond est ce monde apocalyptique où règne la cruelle loi du plus fort. La scène où Eli assiste à un viol en se suppliant de ne pas intervenir est douloureuse. Le Livre d’Eli alterne les bonnes idées (le traitement des cannibales et les mains qui tremblent, l’usage des lunettes de soleil et les aveugles) et des invraisemblances qui laissent perplexe à l’image de l’héroïne (Mila Kulis, craquante dans Sans Sarah, rien ne va, un peu moins ici sauf dans sa petite robe) en pantalon slim sexy dans le chaos. On me répondra à raison que si le monde explose demain, les magasins seront remplis principalement de ce type de fringues. Et il y a aussi ce curieux paradoxe de trouver des étendues verdoyantes abandonnées alors que le reste de l’humanité s’entassent au milieu du désert. Radioactivité peut-être mais dans ce cas, je ne ferai pas coucher mes héros dans une centrale nucléaire.

Cela ne gêne tout de même pas pour suivre la quête mystique d’Eli. L’affiche de A Boy and his dog (un homme et son chien communique par télépathie dans un monde post-apocalyptique) dans une chambre sonne comme une note d’attention sur les capacités hors norme du héros, accentuée par une conclusion quelque peu inattendue (avec un Malcom McDowell assez grotesque) mais qui touchera ceux qui sont sensible en cette foi qui transporte les montagnes. Dans ce rôle, Denzel Washington est exemplaire en tout point et iconique quand il recule dans la pénombre le couteau à la main. Gary Oldman retrouve quant à lui un rôle de vrai méchant qui lui colla à la peau dans les années 90. J’ai même cru une bonne minute qu’on allait avoir une redite du Cinquième Elément lorsqu’il ouvre une boîte précieuse. Pour les amateurs de la série Rome, on retrouve l’excellent Roy « Titus Pullo » Stevenson dans le rôle du bras droit un peu sous-exploité.

Pour résumer, Le Livre d’Eli est plus accessible et moins sordide que La Route. Plus fun, plus sexy (c’est pas Charlie et ses drôles de dames non plus hein), moins déprimant, moins contemplatif. Les deux films sont bons mais disons que celui-ci se reverra beaucoup plus facilement.

 Par Pascal     Commenter2 mars 2010    Catégories: Apocalypse Articles Cinéma

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