Catégorie : Fantastique

Le Portrait de Jennie (1948) de William Dieterle

Titre original : Portrait of Jennie

Le Portrait de Jenny démarre sur des visions fantastiques, fantomatiques mêmes, mais avec un monologue fort sentencieux, citant les grands auteurs sur l’amour et l’éternité. On peut être facilement pris de court par ces scènes voulues par le producteur David Selznick (l’homme derrière Autant en emporte le vent pour rappel) et qui s’achève par une vue magistrale de Manhattan. Le retour sur terre, le temps d’une scène où un peintre (Joseph Cotten) parvient à vendre une de ses toiles auprès d’un couple adorable après un joli compliment (Ethel Barrymore, Cecil Kellaway) insuffle un peu de vie et de poésie et lance vraiment ce Portrait de Jennie.

Véritable fantaisie romantique, Le Portrait de Jennie suscite l’émerveillement et l’enthousiasme tant dans les séquences de comédies/nostalgie (le dialogue avec le vieux Pete au Rialto évoquant les parents de Jennie, les échanges dans le bar irlandais au sujet d’une peinture évoquant le combat de Michael Collins) que dans le coeur du film : les rencontres entre le peintre et Jennie. Ces séquences à la limite de l’onirisme sont admirables. Après une rencontre magique à Central Park, la séquence sur la patinoire est le clou romantique du film. Les années d’expériences de l’équipe de Selznick et son obsession sur les séquences de danse contribuent à rendre ces instants inoubliables.

Des instants inoubliables et des instants volés. Voilà comment William Dieterle illustre cet étrange paradoxe temporel : des instants évanescents que le peintre tente de saisir sur une seule toile. Les apparitions sont marquées par un thème musical (Le Faune) joué de manière de plus en plus grandiose et un filtre donnant l’impression d’images sur une toile de peinture. Encore du vrai cinéma ici dans une romance absolue. Un vrai élan romanesque traverse le film. Diffus au début, il est amorcé par le peintre s’abandonnant avec passion à ces faits contradictoires pour finir par défier le temps et les éléments dans des séquences de tempête dantesques qui valurent au film un oscar pour les effets spéciaux.

Difficile aussi de ne pas voir dans cette oeuvre une mise en abîme du producteur lui-même. Selznick cherche lui-même la muse qui donnera du souffle à ses films (et l’imprimer sur pellicule) ainsi Vivian Leigh dans Autant en Emporte le Vent et donc Jennifer Jones dans ce film et dans Duel au Soleil à nouveau aux côtés de ce prétendant de Joseph Cotten. Le physique atypique de Jennifer Jones, son regard et ses grands sourcils ajoutent à l’atmosphère. L’actrice sait se rendre très mystérieuse avec un naturel confondant. « Une fille adorable, d’une beauté étrange et spirituelle » comme dit une bonne sœur qui l’a connue.

Enfin, on a rarement vu une ville et un Central Park aussi bien mis en valeur. Le Soleil et New York sont éclatants. Le Manhattan de Woody Allen n’est pas loin.

Pour les amateurs, sans parler d’histoires de fantômes, ce type de paradoxe temporel a connu un certain succès dans les années 2000. Des œuvres comme Entre deux rives, Déjà Vu, ou Hors du temps, ou, plus éloigné, Fréquence Interdite. La palme revient à un épisode de série, The Girl in the Fireplace (autour de Madame de Pompadour) dans la saison 2 de Doctor Who, œuvre majeure de cette série où le génie anglais de mettre un peu de sérieux (et d’émotion) dans l’invraisemblable atteint ici la perfection. Mais on n’oubliera pas que quelques 60 ans plus tôt, on racontait déjà une magnifique histoire d’amour où le temps a commis une faute.

Par Pascal
1 commentaire19 décembre 2010
Catégories : Cinéma, Fantastique, Romance

King Rising, Au Nom Du Roi (2006) de Uwe Boll

Uwe Boll troisième ! Malgré un acharnement critique, et publique, Uwe Boll revient en fanfare au cinéma début 2008 pour sortir dans plus de 1500 écrans aux US (un blockbuster c’est 3000) ce gros projet d’heroic fantasy à 60 millions de dollars. Je veux bien que les films de Boll ne soient pas des fours financiers complets mais son financement, à base d’astuces fiscales en Allemagne paraît-il, demeure quelque peu nébuleux. Sans surprise, King Rising fut un échec complet, ne dépassant pas les 10 millions de dollars de recette sur le sol américain.

Et toujours sans surprise, le film est très mauvais. Mais à la différence de BloodRayne, le film ne dispose d’aucun niveau de lecture « nanar » et d’aucun plan fesse ou gore, la faute à ce gros budget justement qui impose que le film soit visible par le plus grand nombre. Le film est long et ennuyeux. Les scènes de bataille sont mornes, une sorte de spectacle de marionnettes. Les nombreux plans larges avec beaucoup de figurants tout comme les « chorégraphies » n’apportent aucune ampleur, aucune émotion. L’histoire n’est que bavardage, acteurs récitants leurs répliques (la manière classique pour Boll de diriger son casting ?) et cabotinages pesants. Le vacuité en somme. Le vide. L’état français n’aurait pas fait mieux avec tout cet argent.

Il ne reste au spectateur courageux (ou bête) que deux moyens de se divertir : l’histoire et le casting. King Rising dispose comme BloodRayne d’un casting délirant : Jason Statham, Ron Perlman, Ray Liotta, Burt Reynolds, Claire Forlani, Leelee Sobieski, Kristinna « Rayne » Loken, Matthew Lillard, John Rhys Davis… Les impôts sont-ils passés par là ? En tout cas, ils sont uniformément nuls. Matthew Lillard est le seul à ne pas sortir de la torpeur générale et semble se toujours croire sur le tournage de Scoubidou.
Quant à l’histoire, King Rising est littéralement la version du Seigneur des Anneaux d’Uwe Boll. On peut donc s’amuser à trouver dans le film les nombreux points communs. Les orcs sont remplacés par des hommes chien (notons que nous ne voyons jamais plus d’une demi-seconde un gros plan de ces créatures – problèmes de maquillages foireux ? En fait, il s’agirait plutôt de masques), Saroumane et Sauron sont remplacés par Gallian (Ray Liotta) qui effectue ses combats à distance, le héros va devenir roi, les elfes sont représentés par des peuples de la forêt acrobates (et pathétiques), Gandalf est remplacé par Merick (John Rhys Davies qui passe donc du très haut au très bas dans le même genre puisqu’il a un des rôles principaux du Seigneur des Anneaux)… etc. C’est un peu amusant. Mais tout ceci ne fait pas un film. Je déconseille vivement ce film pénible à tout amateur de bon film, bien sur, mais aussi aux amateurs de nanars qui se rabattront avantageusement sur BloodRayne s’ils veulent découvrir l’ « œuvre » d’Uwe Boll.

Par Pascal
Commenter12 juin 2010
Catégories : Articles, Cinéma, Fantastique

BloodRayne (2005) de Uwe Boll

Mon deuxième film d’Uwe Boll ici dans le genre qui le rendit plus ou moins célèbre : l’action. Ici, nous sommes dans l’heroic fantasy avec une héroïne, Rayne (Kristanna Loken), une femme mi-vampire, mi-humaine (un damphire, dont j’apprends le terme), cherche à vengeance et part en quête pour tuer son géniteur (Ben Kingsley). Il se trouve être le super vilain souhaitant soumettre le monde. Mais c’est sans compter sur Rayne donc et une poignée de combattants emmenés par Vladimir (Michael Madsen).

Et pour le coup, il faut bien convenir que le « spectacle » est vraiment gratiné alignant les grosses ficelles, les ellipses douteuses, les fautes de montages, la caractérisation étrange des personnages (on ne sait jamais trop ce qui les motive) et les retournements de situation les plus navrants avec un soucis du non spectacle qui fait presque plaisir à voir. Oui, BloodRayne fait bien partie de ces nanars « si mauvais qu’ils font rire ». Dans le genre, on retiendra les combats à l’épée qui semblent improvisés, je veux dire que je pense être meilleur que Rayne au sabre, mais aussi l’aspect bien gore crade du film avec nombre importants de décapitations et d’effets sanguinolents notamment lors de l’attaque du couvent. Il y a aussi la surprise de voir un casting prestigieux : Kristinna Loken (la terminatrix de Terminator 3), Michael Madsen, Udo Kier, Meat Loaf, Billy Zane, Michelle Rodriguez, Geraldine Chaplin, Ben Kingsley… ouf ! La plupart sont en roue libre et certains se contentent tout simplement de marmonner leurs répliques comme une simple récitation (véridique : Michael Madsen fait vraiment ça). C’est assez stupéfiant à voir. Ajoutons à ce cocktail un peu de fesse, avec un léchage de téton que je trouve plutôt anthologique (surtout quand on regarde le film dans un train bondé), pour conclure que, ma foi, voir BloodRayne ne fera sans doute certainement pas plus perdre de temps au spectateur que la vision d’un film français standard sorti la même année (reconnaissons que BloodRayne bénéficiait quand même d’un budget confortable de 25 millions de dollars).

Petit détail : j’ai vu la version « Unrated ». Je ne sais pas trop ce qu’elle comporte mais je me demande si toutes les scènes encore plus gores ont été ajoutées à la fin. A l’issue du métrage, nous voyons Rayne se poser en vainqueur sur le trône puis fixer un point derrière la caméra. Et le montage fait resurgir plusieurs scènes du film avec des plans très gores (vraiment dégueu) pour revenir au visage de Rayne et au générique. C’est un peu comme si nous avions eu droits aux scènes coupées pendant la fin du film. Incroyable !

Mieux vaut lire nanarland pour en savoir plus (et mieux).

Par Pascal
Commenter10 juin 2010
Catégories : Articles, Cinéma, Fantastique

Le Secret de la pyramide (1985) de Barry Levinson

Comme le titre original, Young Sherlock Holmes, l’indique, le film de Barry Levinson raconte la jeunesse de Sherlock Holmes à l’université. Précisément, il scelle les destins d’Holmes et Watson et donc le début des histoires du premier racontées par le second. Loin de trancher avec l’imagerie traditionnelle comme le Sherlock Holmes de Guy Ritchie, Le Secret de la pyramide profite de la jeunesse du héros, du côté prequel de la série, pour dresser la naissance de cet imaginaire autour du célèbre détective, de ses vêtements à son célèbre « Elementaire » qui se termine ici par un « Mon cher Holmes » puisque prononcé par son maître à penser et inventeur farfelu.

Cette approche n’est pas innovante, peut-être l’était-elle un peu plus à l’époque, mais elle est plaisante, jamais ennuyeuse. On ne pourra guère reprocher à Levinson le rythme du film. En une quinzaine de minutes, il pose l’ambiance et les personnages secondaires (les deux mentors, un riche con, une belle à croquer…) et les capacités exceptionnelles de Holmes à travers, entre autres exemples, un jeu de piste amusant.

La suite est une trépidante aventure avec une touche de surnaturelle que Holmes défie avec toute sa logique. Avec Steven Spielberg à la production, on ressent la bénéfique influence d’Indiana Jones et le Temple Maudit (la scène du sacrifice) sans être trop morbide ni toutefois aseptiser. Même s’il est assez prévisible, le dénouement, sur base de la réplique « Never replace discipline with emotions », n’incite pas à la rigolade et s’avère une excellente base pour une série…

… qui n’a jamais eu lieu, le film n’ayant pas eu à l’époque un gros succès. Pourtant, je n’avais vu qu’une seule fois ce film enfant et il m’avait vraiment marqué. Je me souvenais précisément de plusieurs scènes de relation mentor/élève (j’adore ça, comme par exemple ici le dernier duel amical à l’escrime) et surtout de la plupart des séquences à effets spéciaux. Certaines sont anthologiques (l’attaque des gâteaux !) d’autres historiques ainsi l’image vraiment spectaculaire du soldat sortant de son vitrail, séquence numérique dirigée par John Lasseter.

En plus d’un bon film d’aventure, Le Secret de la pyramide est ainsi en un tour de force technique avec de superbes décors et une bonne musique. Tout semble soigné malgré un casting britannique pas forcément inoubliable. Le méchant mystique est excellent mais on retiendra particulièrement un Watson (Alan Cox) ressemblant comme deux gouttes d’eau à Harry Potter. Le rapprochement ne s’arrête pas là puisque l’ambiance scolaire (uniforme/écharpe inclus) rappelle bien les aventures du sorcier à la cicatrice. Et à bien y réfléchir, il suffirait de remplacer les capacités de Holmes par une baguette magique et nous ne serions pas si éloigné de l’univers J.K Rowling… il n’est pas alors très étonnant de retrouver au scénario Chris Colombus, réalisateur des deux premières adaptations.

Par Pascal
Commenter27 mai 2010
Catégories : Articles, Cinéma, Fantastique, Thriller


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