Catégorie : Biopic
Titre original : Life Of Emile Zola
La vie d’Emile Zola donc. Ou pas exactement. La trajectoire de la misère crasse au succès et la vie bourgeoise est expédiée et donne lieu à une jolie scène : celle de la séparation de Zola, devenu un parvenu, et de son compagnon dans la pauvreté, Paul Cezanne, acceptant son sort toujours pauvre comme une sorte de terreau obligatoire pour pouvoir créer. Et c’est alors que la fameuse affaire Dreyfus prend place pour laquelle Zola prend fait et cause, malgré de nombreuses réticences au début. Cette affaire est plus le sujet du film que la vie de Zola elle-même.


Et ce n’est qu’une vision assez partielle que nous avons de l’affaire puisque tout l’antisémitisme (et sa dénonciation par Zola) n’est pas évoquée ce qui réduit quelque peu la portée de l’émotion suscitée par le débat et l’ardeur des dreyfusards et anti-dreyfusards. Tout juste apercevons nous dans un papier d’identité que la religion de Lucien Dreyfus est la religion juive. Dommage, d’autant plus que le réalisateur William Dieterle prouvera par la suite qu’il sait filmer une foule dans ses délires dans Quasimodo et que l’époque, on est en pleine montée du nazisme, s’y prêtait. Dieterle (contraint et forcé par la production ?) s’attache plutôt à une dénonciation des mécanismes de l’armée dans une démonstration plutôt instructive et vivante.
Toute la partie sur le complot de l’armée se révèle passionnante là où on pouvait s’inquiéter d’avoir affaire à un terne film de procès. Le tribunal illustre d’ailleurs tout le caractère odieux et arbitraire d’officiers de l’armée. Dieterle tire aussi partie de l’ironie de la situation, l’armée s’enfonce dans ses mensonges et défend bec et ongles le vrai coupable qui l’espionnait (!), pour donner un peu d’humour à son film à travers quelques gags moqueurs (la transmission hiérarchique de la lettre d’où part toute l’affaire, l’interdiction des officiers-clé de témoigner). De même, il décrit à la fois avec pathos et ironie la triste condition de Lucien Dreyfus prisonnier sur l’île du Diable qui lit des lettres de sa femme dont tous les passages jugés douteux sont expurgés et qui voit sa cellule individuelle entourée peu à peu d’une palissade (pour ne plus voir la mer) et d’une quantité astronomique de gardiens !

Avec quelques bonnes images et un Max Steiner qui s’amuse quelque peu avec la Marseillaise comme il le fera quelques années plus tard dans Casablanca, La Vie d’Emile Zola se suit donc agréablement. Je ne suis cependant pas un fan de l’interprétation de Paul Muni dans le rôle titre. S’il est bon dans ses longs monologues qui parsèment le film et qui lui valurent sans doute la nomination à l’oscar, son style demeure un peu trop cérémonieux, daté sans doute.



Par Pascal
24 octobre 2010
Comme beaucoup, l’annonce de The Social Network, un film sur Facebook, m’a laissé plus que circonspect. Après deux heures passées vraiment comme une flèche, je suis scié. Le biopic de ce membre du club des milliardaires de l’Internet est une réussite intégrale.

Une réussite sans fioritures. L’histoire a peu de personnages et de sous-intrigues. Elle se met au coeur du personnage de Mark Zuckerberg (Jesse Eisenberg) et de son seul ami Eduardo Saverin (Andrew Garfield) créateurs de Facebook. Leur amitié est mise à l’épreuve avec le succès et l’intervention de l’extravagant Sean Parker (Justin Timberlake) le créateur de Napster. Parfait, le scénario d’Aaron Sorkin pourrait se suffit à lui-même, être joué dans une salle de théâtre avec un décor minimaliste.
Une réussie sans esbroufes. Oh, on sait qu’avec David Fincher, on peut s’attendre que tout soit truqué, que la mise en scène enchaîne les plans impossibles ou virtuoses. Il y a un peu de ça dans The Social Network : les jumeaux sont un seul et même acteur (!), la séquence de la compétition d’aviron est géniale et tout le début sur la mise en ligne du premier site de Zuckerberg est un bonheur de montage. Ces moments sont rares, Fincher se mettant au service de son matériau captant les instants marquants comme autant de pièces rapportées aux dossiers des deux procès racontés en parallèle dans le film.

La combinaison des deux talents Fincher/Sorkin nous ouvre les portes d’un portrait passionnant avec un point de vue qui pourra nécessiter plusieurs visions mais sans être une charge ni une hagiographie. Ils enlèvent aussi tout ce qui aurait pu être attendu : pas trop d’écrans d’ordinateurs, pas trop d’histoires de fric. Pas de hype non plus. Si la toile de fond, le milieu étudiant de Harvard, est très réussie et bien croquée en peu de scènes, le film évite toute paillette. Zuckerberg ne participe pas aux fêtes. Quand il vient parler à son ami à une fête d’Harvard, il lui demande se sortir vers l’extérieur. Même en pleine ascension, il est sur une table au balcon dans une boîte de nuit à la mode. Quand Zuckerberg et Saverin profitent des faveurs de deux groupies dans les toilettes, Fincher choisit de filmer Saverin.
Ce n’est pas vraiment un asocial ni même un môme mais un étudiant qui vit un peu à l’écart, aussi arrogant que plein de ressentiment, entrain de changer toutes les conventions sur le réseau social au grand dam des « gentlement de Harvard ». C’est un homme qui dérange comme le fut en son temps Charles Foster Kane. Le dernier plan rappelle celui de Citizen Kane, la recherche de quelque chose de définitivement perdu. Etre solitaire, très ambitieux, et quelque peu insaisissable, Zuckerberg comprend notre monde à défaut d’en faire parti et décide d’avancer, le plus vite possible. Comme ce film.

Par Pascal
16 octobre 2010
Je n’avais vu qu’une poignée de photos de ce biopic français sur la vie d’un cet artiste singulier. Par contre, difficile de ne pas passer à côté de la médiatisation du film qui est sortie du classique affiche de cinéma et presse spécialisée. L’acharnement de Joann Sfar à dire qu’il ne s’agit pas tout à fait de la vie de Gainsbourg, que c’est « un conte de Joann Sfar » (ajout à la demande de Jane Birkin) mais que, malgré tout, ces mensonges peuvent faire surgir le vrai Gainsbourg m’a quelque peu soûlé. Je connais assez peu de biopic qui n’essaient pas de faire ressortir la vraie personnalité de l’homme/femme qu’ils décrivent. L’approche du réalisateur est certes originale, iconoclaste mais le but est le même, classique. Ce mélange j’assume/j’assume pas est un peu difficile à tenir. Et j’ai encore un peu de mal à digérer l’auto-citation très Alain Delon dans le générique de fin.
Mais l’oeuvre elle-même ? Elle est réussie. Je ne m’attendais pas à grand chose et le début, toute l’enfance de Gainsbourg, est formidable. C’est une vie onirique vue comme un fantasme d’où vont naître tous les gainsbourg : le juif, le pianiste, le séducteur, gainsbarre… l’apparition en arrière-plan de son alter ego (une marionnette) puis sa charge frénétique au piano (son père : « tu joues mieux la nuit » !) est le meilleur du film, superbement éclairé. Faussement timide, le gamin Lucien/Serge a du culot et dessine bien les femmes nues lui attirant toute sorte de sympathie (ce qui le sauvera au moment d’une rafle pendant la guerre).
Gainsbourg enfant, c’est l’acteur Kacey Mottet. Il est assez prodigieux, enfantin et espiègle mais déjà très Gainsbourg, en mesure de voler la vedette à Gainsbourg adulte. Mais l’interprète Eric Elmosnino est lui-même étonnant. Outre le maquillage et la ressemblance physique, il exécute toute une gestuelle et un langage qui évoluent tout au long du film. Sfar raconte le succès de Gainsbourg par une série de rencontres et de coups de foudre : la danse avec chaque femme qui le séduit et qu’il séduit est importante. Javanaise pour Juliette Greco, yé-yé pour France Gall, slow dans une boîte gay pour Birkin, danse lascive et libre pour Bardot (Laetitia Casta est formidable, Sfar a sur retranscrire tout le choc de la chanson initials B.B. lors de son arrivée sur le palier de l’appartement de Gainsbourg), boîte de nuit aux lumières dures pour Bambou.
La reste est une solitude étrange et des provocations diverses. Sfar ne montre pas frontalement, comme Leaving Las Vegas, l’alcoolisme (quel intérêt au fond ?) mais sa mise en scène de plus en plus saccadée, comme si Gainsbourg avait de moins en moins de moments de lucidité, semble traduire la fuite dans les spiritueux. Et on allume une quantité astronomiques de clopes dans ce film.
Au final, Gainsbourg (vie héroïque) est un bon biopic avec une bonne moitié vraiment enlevée et un dernier tiers plus triste, moins captivant. Il faut dire que je n’aime pas le reggae et sa reprise de la Marseillaise, qui a visiblement choqué, est surtout pénible à écouter. Sfar sait toutefois rester très sensible. Il peut être fier de son film et de sa vérité sur Gainsbourg.




