Au XXIIIème siècle, nous vivons dans un environnement aseptisé sous des dômes gérés par des ordinateurs tout puissants. Enfin nous, c’est plutôt vous car j’y serais déjà mort puisque chaque individu dépassant 30 ans est désintégré. Logan 5 (Micheal York) est un sandman, une sorte de chargé de traquer les récalcitrants. Il se fait passer lui-même pour un fugitif afin de démanteler un réseau et finit par douter de la perfection de ce mode de vie.
Quand on regarde l’âge de Cristal, on se dit que Star Wars, sorti un an plus tard, est vraiment moderne, ou bien plus intemporel. Le film de Michael Anderson est en effet très marqué par un style seventies dans les décors, costumes et musique. La séquence du carrousel, le rituel de mise à mort des « vieux » de 30 ans, avec jets de flammes et balai en apesanteur sont la quintessence de ce style. Ce n’est pas mauvais pour autant. Le côté jeux du cirque et la ferveur du public donne beaucoup de force à ce massacre. De même, si la révolution Star Wars n’a pas lieu, le futur décrit et les maquettes sont superbes.
La seconde partie du film est initiée par une confrontation avec un robot kitchissime dont Barney Legendary Stinson s’est forcément inspiré :
L’Age de Cristal raconte alors une sorte d’Adam et Eve découvrant le monde non sans un certain humour (« Everything hurt ») et des superbes décors d’un Washington où la nature a repris ses droits. J’adore ces visions de notre monde ravagé par l’apocalypse et il faut vraiment un truc comme 2012 pour me décevoir. La fin est relativement facile (surchauffe de circuits imprimés) mais ne fait finalement qu’illustrer une société ne reposant sur presque rien. Les derniers moments rappellent fortement ceux de The Island (ce n’est pas la seule similarités en fait).
Côté acteurs, Richard Jordan, en meilleur ami, domine facilement le casting. En Logan, Michael York semble physiquement préfigurer Harrison Ford et Mark Hamill (pour la coupe de cheveux). La ressemblance naturelle avec Harrison Ford a du pas mal lui porter préjudice dans sa carrière. En comparse féminin, Jenny Agutter est vraiment charmante tandis que Farrah Fawcett, que je n’aime pas particulièrement (je dois être trop jeune) a un (petit) rôle très très con et participe aux plus mauvais moments de ce film, par ailleurs sympathique.
Je critique souvent les traductions actuelles de titres de film mais dans les années 70, on savait y faire aussi. A boy and his dog, dont on voit l’affiche dans Le Livre d’Eli, devient donc en français Apocalypse 2024 !
La troisième guerre mondiale dura 33 ans de 1950 à 1983. Mais c’est la quatrième guerre qui mit tout le monde d’accord en 5 jours et mit fin au monde telle que nous le connaissons. Vic (Don Johnson, avant Deux flics à Miami) erre dans ce monde désolé avec son chien, avec qui il communique par télépathie, en quête de nourriture… et de sexe. L’introduction géniale met tout de suite en place le lien entre Vic et son chien et leur(s) raison(s) de vivre. Rien de reluisant en somme : »You are not a good person » dit le chien à son maître alors que ce dernier assiste au viol d’une femme et regrette que les ravisseurs l’aient tuée (sauvagement tailladée) car elle aurait pu « servir trois-quatre fois ».
Le générique est une chanson un peu country et semble en complet décalage avec ce désert jonché de souvenirs de notre ancienne société de consommation, d’ordures diverses, de cadavres et de rats. Ce ton, plus propre à la comédie, est celui entre Vic et son chien. Vic n’est pas vraiment le maître mais au mieux un compagnon et souvent un élève/fils puisque le chien enseigne aussi bien la grammaire que l’histoire (!), enchaîne les remarques cyniques tout en rêvant de se rendre sur une terre promise. Leurs échanges donnent un peu de légèreté dans la barbarie ambiante et flirte un peu vers le western comique lors d’un vol de nourriture gonflé avec à nouveau musique country et gunfight.
De Mad Max à La Route, Le Post Apocalyptique est souvent un genre qui se rapproche du western. Sans l’esprit pionnier mais exactement l’inverse vu qu’il s’agit d’un monde qui se termine s’accrochant à quelques souvenirs comme le cinéma, représenté dans Apocalypse 2024 par des films érotiques en noir et blanc dont un western justement, A Fistful of Rawhide, vrai film qu’on risque pas de voir en DVD, et dont le titre emprunte aux titres de gloire de Clint Eastwood (qui joua dans A Fistfull of dollars et la série Rawhide).
Alors qu’on se dit que toute cette histoire va devenir une amourette, via l’apparition très voyeur de Quilla (Susanne Benton), vers la Terre Promise, Apocalypse 2024 bifurque vers une très étrange évocation d’une société ultra-aseptisée et abominable perdue dans une espèce de joie obligatoire. Le village du Prisonnier n’est pas si loin et Quilla devient un personne très troublant. Le film trouve ici toute son originalité jusqu’à une fin relativement logique sur son issue mais avec une ellipse très immorale, tout en humour noir. Scénarisé par Harlan Ellison, A boy and his dog ne vole vraiment pas sa relative notoriété.
John, veuf, vit avec son fils Caleb. Ils se remettent tous les deux difficilement de la mort accidentelle de la femme de leur foyer. Verre d’alcool à la main, John écoute la septième symphonie de Beethoven. C’est très beau. Le lendemain, son fils lui transmet un dessin d’enfant des années 50 se révélant être une série de chiffres prédisant les grandes catastrophes des décennies à venir. Et il en reste encore trois à se réaliser…
Avec un pitch pareil et cinquante millions de dollars, le résultat ne peut être totalement mauvais. Passée la très intrigante introduction, la progression repose surtout les épaules de Nicolas Cage qui est toujours convaincant. La mise en scène d’Alex Proyas est inégale. Il entretient bien le mystère étrange autour d’une présence, faisant monter la parano de John, et il fait des merveilles lors d’un crash d’avion en plan séquence autour de John constatant le désastre malgré des effets un peu approximatifs (les flammes).
On n’évite cependant pas toujours le sentencieux pas plus que la redite avec par deux fois le credo « je ne vous crois pas puis finalement je vous crois » propre aux films prophétiques. Il y a des effets spéciaux un peu limités, le feu particulièrement lors d’une scène « à travers la fenêtre ronde » faisant écho à celle de The Crow du même auteur. Plus grave, il y a des effets spéciaux vraiment ratés : l’accident de métro est très laid. Pour tout dire, les effets étaient plus réussis dans Dark City sortis plus de dix ans avant !
Mais les vingt dernières minutes sont géniales. La résolution de ces prédictions et lois des chiffres peut paraître exagérée mais m’a vraiment plue. Elle rejoint un peu un thème de Dark City, où une société en manipule une autre, façonne sa vie. Surtout, elle comporte bien des choses qui me passionnent au cinéma : des liens forts entre les personnages (le père et son fils et sa famille, Cage est bouleversant), de la sf « bienveillante » façon Rencontre du troisième type, de l’apocalypse et du désenchantement. Et un Nicolas Cage, soulagé : »Where’s Caleb ? – He is saved ». Et on retrouve la septième de Beethoveen le temps de scènes de foules terrifiantes, un chaos généralisé au milieu du déterminisme le plus implacable. Alex Proyas ne rate pas ces scènes et les effets spéciaux se trouvent mêmes plus réussis. Et il y a 30 secondes terribles qui enterrent les deux heures de 2012, ma bête noire actuelle du film apocalyptique raté.
Bien que le fond soit (très) grave, Prédictions respire les bons sentiments, comme une sorte de vision idyllique du monde malgré les catastrophes. Il suffit de voir cette classe de primaire des années 50 qui répond en coeur « Oui, Mademoiselle Taylor » et qui revêt son « masque de génie » (un mime d’une demi-seconde, une idée bête mais tellement véritable qu’elle réhausse la scène) et la classe de petits génies au MIT où John travaille où l’on philosophe plus sur le monde qu’on enseigne (il y a des formules compliquées au tableau quand même).
La toute dernière scène accrédite pleinement cette vision (elle se rapproche formellement de Lovely Bones avec champs de blé et arbre de la vie, ou de la mort). Par son côté lègerement too much, la couper n’aurait peut-être pas nuit au film, ses détracteurs pourront le confirmer. Mais elle trouve toute sa place dans le ton de ce bon film.
Quelques mois après La Route un autre film post-apocalyptique débarque sur les écrans : Le Livre d’Eli soit la longue marche d’Eli mué par une volonté de faire parvenir son seul livre, une Bible, à destination à travers un monde dévasté.
Contrairement à La Route, il ne reste pas que deux balles dans le revolver d’Eli et il sait aussi se servir d’un couteau. Le meilleur du film sont ces scènes d’action qui sonnent toutes comme des règlements de compte, vifs et prenants. La fusillade autour de la maison (en aller-retours type travelling incessants ?!) est un très grand morceau de bravoure. Les frères Hughes empruntent au western, bien sur, mais aussi à divers genres de films d’arts martiaux avec un homme (Denzel Washington) se servant de tous ses sens pour exécuter des gestes précis et fatals.
La toile de fond est ce monde apocalyptique où règne la cruelle loi du plus fort. La scène où Eli assiste à un viol en se suppliant de ne pas intervenir est douloureuse. Le Livre d’Eli alterne les bonnes idées (le traitement des cannibales et les mains qui tremblent, l’usage des lunettes de soleil et les aveugles) et des invraisemblances qui laissent perplexe à l’image de l’héroïne (Mila Kulis, craquante dans Sans Sarah, rien ne va, un peu moins ici sauf dans sa petite robe) en pantalon slim sexy dans le chaos. On me répondra à raison que si le monde explose demain, les magasins seront remplis principalement de ce type de fringues. Et il y a aussi ce curieux paradoxe de trouver des étendues verdoyantes abandonnées alors que le reste de l’humanité s’entassent au milieu du désert. Radioactivité peut-être mais dans ce cas, je ne ferai pas coucher mes héros dans une centrale nucléaire.
Cela ne gêne tout de même pas pour suivre la quête mystique d’Eli. L’affiche de A Boy and his dog (un homme et son chien communique par télépathie dans un monde post-apocalyptique) dans une chambre sonne comme une note d’attention sur les capacités hors norme du héros, accentuée par une conclusion quelque peu inattendue (avec un Malcom McDowell assez grotesque) mais qui touchera ceux qui sont sensible en cette foi qui transporte les montagnes. Dans ce rôle, Denzel Washington est exemplaire en tout point et iconique quand il recule dans la pénombre le couteau à la main. Gary Oldman retrouve quant à lui un rôle de vrai méchant qui lui colla à la peau dans les années 90. J’ai même cru une bonne minute qu’on allait avoir une redite du Cinquième Elément lorsqu’il ouvre une boîte précieuse. Pour les amateurs de la série Rome, on retrouve l’excellent Roy « Titus Pullo » Stevenson dans le rôle du bras droit un peu sous-exploité.
Pour résumer, Le Livre d’Eli est plus accessible et moins sordide que La Route. Plus fun, plus sexy (c’est pas Charlie et ses drôles de dames non plus hein), moins déprimant, moins contemplatif. Les deux films sont bons mais disons que celui-ci se reverra beaucoup plus facilement.
La Route est l’adaptation d’un best seller que je n’ai pas lu. Ma principale motivation est mon intérêt pour les films tournant autour d’une apocalypse, d’un monde en perdition. Et on peut dire que nous sommes plutôt bien servis en ce moment. Ca doit être le côté réchauffement climatique / fin du monde qui rend les gens fort pessimistes. La Route se déroule dix ans après cette apocalypse, dont on ne saura rien, dans un monde où plus rien ne peut pousser, où toute vie a disparu si ce n’est quelques humains hagard. Nous suivons le parcours d’un homme et son fils en route vers le sud.
Si on peut encore rire quelques mois après la fin du monde et se servir à bouffer au moindre drug-store comme dans l’excellent Zombieland, au bout de dix ans il ne reste rien et le metteur en scène John Hillcoat ne nous épargne pas grand chose sur la survie des humains. La dévastation me fait rarement rire (2012 est à ce titre profondément cynique, limite nauséabond sous couvert d’effets spéciaux « réussis » ce que je ne trouve d’ailleurs pas) et La Route est sans doute une des évocations les plus noires que j’ai vues sur ce thème. Les visions sombres se succèdent et la découverte abominable dans la cave d’une maison par l’enfant et son père devrait me hanter un bon moment. La Route raconte la perte de l’humanité (pas de nom, un passé de plus en plus diffus) et de tout véritable instinct de survie de celle-ci (symbolisée, lourdement ai-je entendu, notamment par cette meute d’hommes poursuivant une femme et son enfant pour, sans doute, les manger) au profit d’une mêlée générale pour ramasser les miettes. Dans cette lutte constante (vaine ?) pour s’élever, les acteurs Viggo Mortensen et Kodi Smit-McPhee sont formidables, le père toujours prêt au pire, le fils s’accrochant à tout prix à son âme enfantine et généreuse.
Il n’est pas adapté selon moi de terminer ce genre de film par un final totalement positif (par exemple, celle de Postman, excellent film au demeurant, me paraît assez faible) ou totalement désespérant. John Hillcoat trouve un juste milieu très touchant et un beau visage d’enfant. Ma femme a détesté ce film. Sure que ce n’est jamais drôle. La Route mérite pourtant un visionnage, le cœur certes bien accroché.