Catégorie : Articles

Le Portrait de Jennie (1948) de William Dieterle

Titre original : Portrait of Jennie

Le Portrait de Jenny démarre sur des visions fantastiques, fantomatiques mêmes, mais avec un monologue fort sentencieux, citant les grands auteurs sur l’amour et l’éternité. On peut être facilement pris de court par ces scènes voulues par le producteur David Selznick (l’homme derrière Autant en emporte le vent pour rappel) et qui s’achève par une vue magistrale de Manhattan. Le retour sur terre, le temps d’une scène où un peintre (Joseph Cotten) parvient à vendre une de ses toiles auprès d’un couple adorable après un joli compliment (Ethel Barrymore, Cecil Kellaway) insuffle un peu de vie et de poésie et lance vraiment ce Portrait de Jennie.

Véritable fantaisie romantique, Le Portrait de Jennie suscite l’émerveillement et l’enthousiasme tant dans les séquences de comédies/nostalgie (le dialogue avec le vieux Pete au Rialto évoquant les parents de Jennie, les échanges dans le bar irlandais au sujet d’une peinture évoquant le combat de Michael Collins) que dans le coeur du film : les rencontres entre le peintre et Jennie. Ces séquences à la limite de l’onirisme sont admirables. Après une rencontre magique à Central Park, la séquence sur la patinoire est le clou romantique du film. Les années d’expériences de l’équipe de Selznick et son obsession sur les séquences de danse contribuent à rendre ces instants inoubliables.

Des instants inoubliables et des instants volés. Voilà comment William Dieterle illustre cet étrange paradoxe temporel : des instants évanescents que le peintre tente de saisir sur une seule toile. Les apparitions sont marquées par un thème musical (Le Faune) joué de manière de plus en plus grandiose et un filtre donnant l’impression d’images sur une toile de peinture. Encore du vrai cinéma ici dans une romance absolue. Un vrai élan romanesque traverse le film. Diffus au début, il est amorcé par le peintre s’abandonnant avec passion à ces faits contradictoires pour finir par défier le temps et les éléments dans des séquences de tempête dantesques qui valurent au film un oscar pour les effets spéciaux.

Difficile aussi de ne pas voir dans cette oeuvre une mise en abîme du producteur lui-même. Selznick cherche lui-même la muse qui donnera du souffle à ses films (et l’imprimer sur pellicule) ainsi Vivian Leigh dans Autant en Emporte le Vent et donc Jennifer Jones dans ce film et dans Duel au Soleil à nouveau aux côtés de ce prétendant de Joseph Cotten. Le physique atypique de Jennifer Jones, son regard et ses grands sourcils ajoutent à l’atmosphère. L’actrice sait se rendre très mystérieuse avec un naturel confondant. « Une fille adorable, d’une beauté étrange et spirituelle » comme dit une bonne sœur qui l’a connue.

Enfin, on a rarement vu une ville et un Central Park aussi bien mis en valeur. Le Soleil et New York sont éclatants. Le Manhattan de Woody Allen n’est pas loin.

Pour les amateurs, sans parler d’histoires de fantômes, ce type de paradoxe temporel a connu un certain succès dans les années 2000. Des œuvres comme Entre deux rives, Déjà Vu, ou Hors du temps, ou, plus éloigné, Fréquence Interdite. La palme revient à un épisode de série, The Girl in the Fireplace (autour de Madame de Pompadour) dans la saison 2 de Doctor Who, œuvre majeure de cette série où le génie anglais de mettre un peu de sérieux (et d’émotion) dans l’invraisemblable atteint ici la perfection. Mais on n’oubliera pas que quelques 60 ans plus tôt, on racontait déjà une magnifique histoire d’amour où le temps a commis une faute.

Par Pascal
1 commentaire19 décembre 2010
Catégories : Cinéma, Fantastique, Romance

Duel au Soleil (1946) de King Vidor

Titre Original : Duel in the sun

Métis blanche/indienne, Pearl (Jennifer Jones) est le fruit d’une mère et d’un père soumis à leurs propres passion. Le double meurtre du père scelle son destin, plus qu’elle ne l’imagine, et la conduit chez une cousine (Lilian Gish) mariée à un riche et raciste propriétaire terrien (Lionel Barrymore) et ses deux fils, le gentil Jesse (Joseph Cottent), le coquin Lewton (Gregory Peck), qui tombent rapidement sous son charme.

Nouvelle superproduction de David Selznick, Duel au Soleil devait se voir comme une sorte d’opus à la Autant Emporte Le Vent. Le temps passé, le film est moins dans les mémoires que son illustre prédécesseur. Il ne faut cependant pas voir le film comme un échec financier. Le succès de Duel au Soleil fut colossal, le plus élevé de 1947, l’année de sa sortie.

Selznick est plus que jamais aux commandes et s’entoure comme toujours des meilleurs dont Dimitri Tionkin à la musique et William Cameron Menzies à la direction artistique comme ce fut le cas dans Autant Emporte le vent. Il fait appel au vétéran King Vidor, qui réalisa des chefs d’oeuvre au temps du muet. L’emprise du producteur sur « son » oeuvre créa des tensions avec le metteur en scène. Gregory Peck se souvient du départ de Vidor : « On tournait une scène où Charles Bickford propose à Jennifer Jones de l’épouser, Vidor se déclara particulièrement satisfait de la prise, mais Selznick intervint pour qu’on en tourne une autre, demandant à Bickford d’y mettre un peu plus d’émotion. C’en fut trop pour Vidor, qui ramassa son scénario, mit sa veste, dit à Selznick de façon très crue qu’il pouvait aller se faire voir avec son film et quitta le plateau… David déclara : »J’ai dû dire quelque chose qu’il ne fallait pas ! »  »

En fait, pas moins de 8 réalisateurs auraient participé au film. Et pas des moindres, au final, la moitié des images seraient de Vidor tandis que le réalisateur William Dieterle en serait à l’origine de 30%. Joseph Von Steinberg a également mis en scènes plusieurs séquences.

Même s’il ne lance pas dans la réalisation (ou très épisodiquement, IMDB le crédite comme metteur en scène sur ce film), Selznick est crédité seul au scénario qu’il modifia tout au long de la production. Il rajouta ainsi toute la première partie sur les parents de Pearl avec deux scènes de danses dont une dans un immense saloon et des figurants dans tous les coins. On peut dire ce qu’on veut de ce genre de producteurs mégalos, ils n’hésitent cependant pas à prendre des risques et mettre la main au porte-monnaie pour illustrer leur vision. 

Et c’est peut-être dans ce film qu’on retrouve le plus la vision de Selznick et ses obsessions. Toute la production fait de Duel au Soleil un film excessif. Ce n’est pas le réalisme qui est recherché ici mais des décors et des éclairages signifiants, exacerbés, et souvent sublimes. Comme dans Autant emporte le vent, Menzies conçoit des images puissantes et évocatrices (la scène avec la corde derrière le père de Pearl).

La séquence d’opposition à la construction du chemin de fer illustre cette volonté de grandiose. Le sénateur McCanles cherche à empêcher que les rails traversent sa propriété et réunit ses hommes de main. Ce sont alors des milliers de cavaliers qui se regroupent surgissant de tous les côtés d’un paysage vallonné vers le lieu de rendez-vous. Je n’ai jamais vu autant de cavaliers et de chevaux dans un film au même moment. Il n’y aura pas de bataille mais cette double démonstration de force (parce que la cavalerie va intervenir) donne lieu à une séquence monumentale et inoubliable.

Le propos lui-même est excessif, encore plus qu’Autant en Emporte le Vent dont le schéma est le même : une femme (Pearl / Scarlett) a deux hommes dans sa vie (Jesse / Lewton et Rhett / Ashley), dit aimer le plus sage (Jesse / Ashley) mais finit toujours par tomber dans les bras du rustre (Rhett / Lewton), le bad boy en quelque sorte, tandis que le sage se retrouve avec la femme dévouée (Helen / Melanie). C’était déjà très romanesque dans le film de Victor Fleming. Dans Duel au Soleil, on est dans le déchainement violent des passions. Si Rhett pouvait paraître macho, Lewton est un salaud égocentrique. Les baisers ne sont plus fougueux mais s’apparentent à un viol dans cette scène folle où Lewton pénètre dans la chambre de Pearl, jette un oeil sur la femme avec un regard concupiscent et jette sa cigarette d’un geste incroyable pour aller l’étreindre.

Presque tout Duel au Soleil raconte cette passion entre deux êtres qui les empêchent de penser à autre chose ou de tenter de tourner la page. Même en cavale, Lewton cherche à revoir Pearl au mépris de toute sécurité, pour assouvir sa passion, ou plutôt sa domination sur Pearl. Cette dernière se défend, s’oppose à lui tout en rêvant de mariage. Cet relation amour/haine confine à l’absolu dans son final, littéralement le duel sous un soleil de plomb. Les tous derniers instants sont frénétiques. C’est sans doute grandiloquent voire grotesque, Selznick a dépassé la ligne. Mais c’est sublime et anthologique. Le couple Jesse / Helen est lui relégué au second plan, dans un désintérêt total. Le message de Selznick est clair, seul compte les sentiments d’amour déraisonnables et violents qui confine au rapport de forces. L’amour bienveillant au cinéma, ça ne vaut rien du tout.

Dans le rôle de Pearl, Selznick met en valeur sa compagne et future femme Jennifer Jones. L’actrice fait de Pearl une femme fière et farouche mais marquée par le rejet (elle est métisse) et la mort. Elle prend plus des postures qu’elle ne joue, tout dans l’excès donc, mais le résultat est sidérant. C’est elle qui apporte toute la dimension érotique du film, portant des vêtements aux couleurs vives et étrangement reprisés (la chemise rouge), ou d’un blanc immaculé le temps d’une scène de bal (il faut toujours une scène de bal dans les grosses productions de Selznick). Elle est inoubliable quand elle subit le sermon du pasteur nue sous une couverture. Face à elle, Grégory Peck répond avec lubricité dans un rôle presque truculent de méchant immoral mais aimé profondément par son père. Une œuvre unique.

Par Pascal
Commenter5 décembre 2010
Catégories : Articles, Cinéma, Drame, Western

Quasimodo (1939) de William Dieterle

Titre original : The Hunchback of Notre Dame

Esmeralda est beelllleee et l’objet de toutes les convoitises. Dévouée, elle apporte son aide dès qu’elle le peut jusqu’à aider le bossu Quasimodo, promu roi des fous, mais sous l’emprise du patibulaire Frollo qui va lui-même tomber sous le charme de la gitane. Comme dans la chanson en gros, ou dans le roman de Victor Hugo également.

Enorme production, Quasimodo fut un des films les plus chers de son époque, et sans doute de toute l’histoire du cinéma, mais qui resta dans l’ombre d’Autant Emporte le vent sorti quelque mois plus tard. Le film est du spectacle total balayant tous les genres de la comédie (la cour des miracles auquel Dieterle confère une certaine moralité) au film de procès en passant par la romance, le romanesque, la guerre… dans des décors démesurés. Les effets spéciaux sont très bons de même que l’utilisation de la profondeur de champ. Quasimodo est enfin rempli dans son final de scènes furieuses où le bossu s’oppose seul à des milliers de figurants, spectacle guerrier brutal, moyen-ageux en fait.

Dans cet esprit de spectacle et de sentiments exacerbés, Dieterle dépeint une fête de fous avec frénésie (le montage est très rapide) sans édulcorer sa grossièreté, sa vulgarité et l’attrait pour la laideur : »De l’horreur naît le plaisir. » nous dit-on. Le réalisateur filme bien le côté rustre, la saloperie d’une foule en délire aussi bien les pauvres que les puissants.

En toile de fond, le réalisateur dresse un combat entre l’obscurantisme de Frollo et le progrès à travers un roi Louis XI bienveillant et émerveillé par l’imprimerie ou la navigation – où l’on apprend d’ailleurs avec amusement pourquoi Christophe Colomb ne fut pas financé par la France ! Le roi est moderne et regarde en visionnaire un pamphlet ancêtre des médias actuels.

L’illustration de ce conflit n’est cependant pas didactique mais romanesque et se compare à la manière dont l’amour des protagonistes s’expriment autour d’Esmeralda. L’amour de Frollo est en fait une obsession, il la compare à un ensorcellement et Esmeralda à une sorcière incapable de comprendre autrement cet attachement diabolique au point de vouloir l’exécuter, tout en l’assumant auprès de son frère. Phoebus est quant à lui un bellâtre qui ne cherche que le plaisir consommé. Son côté libidineux et arrogant bien repoussant est accentué par des contre plongées qui donne une tonalité presque comique au personnage. Ironie du sort, c’est de cet homme dont une bien naïve Esmeralda va s’enticher. A l’opposé, Gringoire, le poète et pamphleteur, a un amour sincère et durable qu’un rapprochement opportun (obligation de se marier à la cour des miracles) permet d’officialiser. Enfin, il y a Quasimodo et son amour pur, enfantin, impossible, inversement égal à sa laideur.

Ces quatre personnages se disputent les faveurs d’Esmeralda, chacun à sa manière. Dieterle met bien en scène les faces à faces particulièrement lors d’une séquence de sauvetage démente (« Sanctuary ! »). L’issue est prudente (note : je n’ai pas lu le livre), c’est le choix de la normalité, au sens hollywoodien, qui l’emporte et donc Gringoire, et quelque peu pessimiste (réaliste ?) puisque c’est cette normalité dont sera privé Quasimodo, à peine reconnu, alors que palpable : »I’m not a man, i’m not a beast. », discours qui préfigure celui d’Elephant Man. Dans le rôle, Charles Laughton est plutôt bon et certainement original pour l’époque. Il n’est pas impossible que cette interprétation servit de modèle pour les rôles similaires par la suite.

Joyau du film, Mauren O’Hara incarne une fabuleuse Esmeralda. Lors d’une exécution, face à nous, elle est sublime.

Par Pascal
Commenter30 octobre 2010
Catégories : Articles, Cinéma, Drame

La Vie d’Emile Zola (1937) de William Dieterle

Titre original : Life Of Emile Zola

La vie d’Emile Zola donc. Ou pas exactement. La trajectoire de la misère crasse au succès et la vie bourgeoise est expédiée et donne lieu à une jolie scène : celle de la séparation de Zola, devenu un parvenu, et de son compagnon dans la pauvreté, Paul Cezanne, acceptant son sort toujours pauvre comme une sorte de terreau obligatoire pour pouvoir créer. Et c’est alors que la fameuse affaire Dreyfus prend place pour laquelle Zola prend fait et cause, malgré de nombreuses réticences au début. Cette affaire est plus le sujet du film que la vie de Zola elle-même.

Et ce n’est qu’une vision assez partielle que nous avons de l’affaire puisque tout l’antisémitisme (et sa dénonciation par Zola) n’est pas évoquée ce qui réduit quelque peu la portée de l’émotion suscitée par le débat et l’ardeur des dreyfusards et anti-dreyfusards. Tout juste apercevons nous dans un papier d’identité que la religion de Lucien Dreyfus est la religion juive. Dommage, d’autant plus que le réalisateur William Dieterle prouvera par la suite qu’il sait filmer une foule dans ses délires dans Quasimodo et que l’époque, on est en pleine montée du nazisme, s’y prêtait. Dieterle (contraint et forcé par la production ?) s’attache plutôt à une dénonciation des mécanismes de l’armée dans une démonstration plutôt instructive et vivante.

Toute la partie sur le complot de l’armée se révèle passionnante là où on pouvait s’inquiéter d’avoir affaire à un terne film de procès. Le tribunal illustre d’ailleurs tout le caractère odieux et arbitraire d’officiers de l’armée. Dieterle tire aussi partie de l’ironie de la situation, l’armée s’enfonce dans ses mensonges et défend bec et ongles le vrai coupable qui l’espionnait (!), pour donner un peu d’humour à son film à travers quelques gags moqueurs (la transmission hiérarchique de la lettre d’où part toute l’affaire, l’interdiction des officiers-clé de témoigner). De même, il décrit à la fois avec pathos et ironie la triste condition de Lucien Dreyfus prisonnier sur l’île du Diable qui lit des lettres de sa femme dont tous les passages jugés douteux sont expurgés et qui voit sa cellule individuelle entourée peu à peu d’une palissade (pour ne plus voir la mer) et d’une quantité astronomique de gardiens !

Avec quelques bonnes images et un Max Steiner qui s’amuse quelque peu avec la Marseillaise comme il le fera quelques années plus tard dans Casablanca, La Vie d’Emile Zola se suit donc agréablement. Je ne suis cependant pas un fan de l’interprétation de Paul Muni dans le rôle titre. S’il est bon dans ses longs monologues qui parsèment le film et qui lui valurent sans doute la nomination à l’oscar, son style demeure un peu trop cérémonieux, daté sans doute.

Par Pascal
1 commentaire24 octobre 2010
Catégories : Articles, Biopic, Cinéma

The Social Network (2010) de David Fincher

Comme beaucoup, l’annonce de The Social Network, un film sur Facebook, m’a laissé plus que circonspect. Après deux heures passées vraiment comme une flèche, je suis scié. Le biopic de ce membre du club des milliardaires de l’Internet est une réussite intégrale.

Une réussite sans fioritures. L’histoire a peu de personnages et de sous-intrigues. Elle se met au coeur du personnage de Mark Zuckerberg (Jesse Eisenberg) et de son seul ami Eduardo Saverin (Andrew Garfield) créateurs de Facebook. Leur amitié est mise à l’épreuve avec le succès et l’intervention de l’extravagant Sean Parker (Justin Timberlake) le créateur de Napster. Parfait, le scénario d’Aaron Sorkin pourrait se suffit à lui-même, être joué dans une salle de théâtre avec un décor minimaliste.
Une réussie sans esbroufes. Oh, on sait qu’avec David Fincher, on peut s’attendre que tout soit truqué, que la mise en scène enchaîne les plans impossibles ou virtuoses. Il y a un peu de ça dans The Social Network : les jumeaux sont un seul et même acteur (!), la séquence de la compétition d’aviron est géniale et tout le début sur la mise en ligne du premier site de Zuckerberg est un bonheur de montage. Ces moments sont rares, Fincher se mettant au service de son matériau captant les instants marquants comme autant de pièces rapportées aux dossiers des deux procès racontés en parallèle dans le film.

La combinaison des deux talents Fincher/Sorkin nous ouvre les portes d’un portrait passionnant avec un point de vue qui pourra nécessiter plusieurs visions mais sans être une charge ni une hagiographie. Ils enlèvent aussi tout ce qui aurait pu être attendu : pas trop d’écrans d’ordinateurs, pas trop d’histoires de fric. Pas de hype non plus. Si la toile de fond, le milieu étudiant de Harvard, est très réussie et bien croquée en peu de scènes, le film évite toute paillette. Zuckerberg ne participe pas aux fêtes. Quand il vient parler à son ami à une fête d’Harvard, il lui demande se sortir vers l’extérieur. Même en pleine ascension, il est sur une table au balcon dans une boîte de nuit à la mode. Quand Zuckerberg et Saverin profitent des faveurs de deux groupies dans les toilettes, Fincher choisit de filmer Saverin.

Ce n’est pas vraiment un asocial ni même un môme mais un étudiant qui vit un peu à l’écart, aussi arrogant que plein de ressentiment, entrain de changer toutes les conventions sur le réseau social au grand dam des « gentlement de Harvard ». C’est un homme qui dérange comme le fut en son temps Charles Foster Kane. Le dernier plan rappelle celui de Citizen Kane, la recherche de quelque chose de définitivement perdu. Etre solitaire, très ambitieux, et quelque peu insaisissable, Zuckerberg comprend notre monde à défaut d’en faire parti et décide d’avancer, le plus vite possible. Comme ce film.

Par Pascal
Commenter16 octobre 2010
Catégories : Articles, Biopic, Cinéma

La Piste de Santa Fe (1940) de Michael Curtiz

A West Point, les tensions s’accumulent au sein des élèves officiers entre les abolitionnistes et les sudistes. Suite à une bagarre, un groupe d’officiers, dont Jeb Stuart (Errol Flynn), sont mutés vers l’ouest. Ils ne tardent pas à découvrir un état où l’armée tente péniblement de faire régner l’ordre et où un abolitionniste reconnu, John Brown (Raymond Massey), ambitionne de faire entendre raison aux états esclavagistes par la force.

« Notre seul loi, c’est la loi de Dieu », voilà les paroles des méchants de La Piste de Santa Fe, militants combattant les esclavagistes du Sud. Même si nous suivons une page véridique de l’histoire américaine, c’est plutôt déconcertant dans un film de donner aux abolitionnistes le mauvais rôle. Citant des discours de liberté, ils sont ici le vecteur de haine et des tensions d’avant la guerre de Sécession qu’ils contribuent à provoquer. Les « gentils » sont les sudistes épaulés par le futur président des états en Sécession (Jefferson Davis joué par Erville Alderson). Il signe un vibrant discours auprès des diplômés de West Point sous le regard du Colonel Lee, pas encore Général, qui joue ici le rôle d’arbitre et tentant de calmer les ardeurs de ses soldats censés rester dans leur obligatoire devoir de réserve. Dans le contexte des années 1930-40, cette apologie et idéalisation du Sud et de sa bienveillance ne sont certes pas une énorme surprise (remember Autant en emporte le vent) mais elle peut surprendre la vue quelque peu binaire que j’ai de cette période. Ce ne sont pas toujours les vainqueurs qui écrivent l’histoire en quelque sorte avec ici des Yankees va t’en guerre et finançant (durant une réunion de notables nordistes) ce terrorisme qui ne disait pas encore son nom.

La barque est quelque peu chargée (et encore, je ne connais pas vraiment le sujet). John Brown est vue comme un fanatique reniant sa propre famille, sourcillant à peine à l’annonce du décès de sa progéniture. Cette perte de sens autour d’un pilier majeur de bien des sociétés, la famille, décrébilise les justifications de la justesse du combat de Brown. La question de l’esclavage est ainsi transférée vers une histoire de principe et d’honneur, l’armée ne doit pas s’engager politiquement, ainsi que vers une question de droit, John Brown par ses pillages devenant un hors la loi.

Et c’est ainsi que Michael Curtiz nous conduit à nouveau dans le film pionnier et sur l’instauration du droit. A bien des égards, La piste de Santa Fe sonne comme un préquel de Les Conquérants, deux films séparés par la Guerre de Sécession devenue une douloureuse ellipse. Les acteurs sont à peu près les mêmes. Errol Flynn, Olivia de Havilland (qui joue Kit Carson Holliday) bien sur mais aussi les deux acolytes de Flynn (Alan Hale et John Litel) jouant toujours le duo comique de service. Ce duo de sidekick comique est bel et bien une figure classique du cinéma qu’on retrouve dans bon nombre de film comme récemment Pirates des Caraïbes qui bénéficiaient de deux duos de ce type (raté d’ailleurs). Curtiz filme aussi des trains et raconte la période précédant la construction du chemin de fer et qui est le point de départ de Les Conquérants. Comme toujours, Curtiz privilégie le mouvement et la fougue de son héros. Dans un rôle un peu plus sérieux, mais pas trop, Flynn est toujours génial dans ce nouvel exercice de spectacle total.

En John Brown, Raymond Massey est à la fois terrifiant et poignant en illuminé notoire et haineux omnibulé par l’action mais aussi profondément attaché à sa cause vue comme une mission divine. A l’instar de Patric Knowles dans Les Aventures de Robin des Bois, Ronald Reagan joue le double en moins bien d’Errol Flynn, l’ami fidèle mais inférieur. Un autre side-kick en somme, même un faire-valoir, Reagan ne sera jamais véritablement une grande star (du moins au cinéma), avec quelques bonnes répliques (« on est à trois contre un ! », « si ça te rend nerveux, ne les compte pas. »). L’issue du triange amoureux entre les deux soldats et Kit Carson n’a donc rien de suprenant et est filmée comme si tout était bien balisé en jouant la carte de l’humour. On retrouve donc Olivia de Havilland qui, tout en restant sublime avec son sourire enjoleur, joue ici les garçons manqués drôle avec un « yi-ah » inoubliable lors d’une remise de diplôme. Dommage que son rôle et son temps de présence à l’écran soit si limité, flanqué du « vieux père sage » clamant tel Yoda des discours clairvoyants et d’une « l’indienne voyante ».

Bien que cette dernière soit aussi un lourd poncif, Curtiz transforme la séquence des prémonitions en un constat profondément amer. L’indienne annonce la guerre civile et un avenir horrible où des amis officiers seront amenés à s’opposer dans peu de temps. Et cette histoire vu par ceux qui la vivent au plus près, ces petites mains qui exécutent les ordres, prend des accents désenchantés particulièrement quand Jeb, uchronique, imagine un destin où le Sud résoudra le problème de l’esclavage seul. La Piste de Santa Fe s’achève sur une impressionnante scène guerrière finissant sur une potence juste avant la guerre civile. Curtiz transcende alors tout aspect binaire (nord : pas bien, sud : bien) en montrant un John Brown qui perd tout avec un profond désœuvrement et une grande lucidité face à des vainqueurs qui bientôt vont sombrer dans le chaos…

Par Pascal
Commenter4 octobre 2010
Catégories : Articles, Cinéma, Western

Les Conquérants (1939 – Dodge City) de Michael Curtiz

Le film s’ouvre sur des images impressionnantes du cheval de fer parcourant l’ouest américain. Déjà, on devine que ce train à grande vitesse (30 km/h!) en mouvement permanent devait plaire à Michael Curtiz qui d’entrée fait disputer une course entre la machine et une diligence. Et sans surprise, les dernières scènes d’action se dérouleront dans ce même train dans les wagons en flammes ou sur les toits, les ombres menaçantes dans le cadre comme une signature, assurément celle d’un des plus grands réalisateurs.

Avec Les Conquérants, c’est une nouvelle fois le trio Flynn/Haviland/Curtiz qui officie pour notre plus grand bonheur. Sans Basile Harthowe ni Claude Rains toutefois mais avec quelques réguliers comme Alan Hale (Petit Jean dans Robin des Bois, mais également dans celui de Fairbanks seize ans plus tôt !) ou John Litel. Western donc, Curtiz a vraiment tout fait, où la civilisation commence à s’étendre vers l’ouest grâce à l’arrivée du chemin de fer dans la ville de Dodge City, du nom de son promoteur. Le réalisateur multiplie les images des pionniers, des cow boys à travers la caravane des migrants, emportant avec elle un immense, et pas toujours contrôlable, troupeau. Il filme aussi la sauvagerie de ces territoires sans véritable autorité particulièrement dans Dodge City, cité violente livrée à elle-même, sans shérif.

En emportant malgré lui son héros dans le rôle du shérif, Les Conquérants raconte ni plus ni moins que l’histoire de l’instauration du droit, et de l’autorité face aux fripouilles en tout genre, à la barbarie. Nous assistons donc à la naissance d’une presse libre et de la liberté sans la contrainte des malfrats. Et, comme un pied de nez au film Robin des Bois, le progrès dans Les Conquérants, ce sont les taxes ! On pourra convenir que la vision est plutôt simpliste : l’argent ne servira qu’à l’éducation, aux infrastructures tandis que les riches sont les vilains du film spoliant même les plus démunis (qui du coup se lamentent de ne pouvoir payer leurs impôts !). Cette perspective n’atténue en rien la qualité du film. Dans des grands décors de ville de pionniers avec vieux barbier et saloon remplie d’alcool et de danseuses, l’histoire est menée tambour battant avec en point d’orgue une bagarre générale dans un saloon. Anthologique, elle aboutit à la destruction complète du plateau et aurait nécessité la participation de tous les cascadeurs d’Hollywood disponibles !

Accompagné par une plaisante musique d’un Max Steiner faisant lorgner son thème principal du côté d’Autant en Emporte le Vent (qui sort la même année), Errol Flynn est génial dans le rôle du vrai héros confiant et droit comme une flèche, trainant avec lui un air ironique faussement modeste et un calme olympien dans les pires situations (face au frère de Haviland par exemple). Olivia de Haviland en féministe douce est également superbe avec aussi un sourire enjôleur mais plus naturel. Leur évidente complicité transcende un film déjà excellent, c’est un des plus beaux et mémorables couple du cinéma : leur baiser est une scène inoubliable.

Par Pascal
Commenter26 septembre 2010
Catégories : Articles, Cinéma, Western

Les Aventures de Robin des Bois (1938) de Michael Curtiz et William Keighley

Alors que le roi légitime Richard Coeur de Lion est parti en croisade, Robin de Locksley s’oppose au Prince Jean, frère autoritaire qui convoite le trône pour lever encore plus de taxes auprès des plus démunis pour son bon plaisir. Un dîner face à une noblesse arrogante scelle le destin de Robin aux premières loges des tensions entre Saxons et Normands. Dépossédé de tous ses biens, Robin doit se réfugier dans la forêt de Sherwood et à lever les armes contre le prince.

Errol Flynn en Robin des Bois, Olivia de Haviland en Marianne, Basil Rathbone en Shérif de Nottingam (beau méchant), Claude Rains en Prince Jean et Michael Curtiz à la caméra : après notamment Capitaine Blood, on prend les mêmes et on recommence en Technicolor… Le Technicolor, c’est magnifique, le bonheur au cinéma, l’époque où la couleur démarrait et où on voulait en mettre plein la vue en privilégiant les couleurs vives donnant lieu à des visions grandioses. A bien y réfléchir, c’est sont sans doute une des bonnes raisons de mon fort attrait pour Star Trek et ses fameux pyjamas dont les couleurs vives furent choisis justement parce qu’on tournait en couleur, si je ne m’abuse.

Co-réalisé avec William Keighley, Michael Curtiz aurait tourné la plupart des scènes d’intérieur. Avec un peu de recul, on peut constater que l’apport de Curtiz à la réussite du film est plus déterminant, les séquences au château, toujours en mouvement, étant vraiment exceptionnelles. Mais ça ne fait pas pour autant des Aventures de Robin des Bois, un film déséquilibré. La lumière, la profondeur de champs (le film multiplie les décors et arrières-plan formidables jusqu’à une scène de balcon en plongée vertigineuse), la musique d’aventure, le son des flèches… tout concourt à rendre le spectacle enchanteur et enlevé, primaire. C’est un genre facile à parodier. Il faut tout l’art d’Hollywood pour prendre au sérieux l’histoire et le divertissement pour en faire un vrai classique avec un final dans le château anthologique avec par son duel d’ombres renversant.

Le couple star est toujours aussi séduisant. Etrange dans une toge ne dévoilant que son visage, Olivia de Haviland se révèle divine avec une chevelure opulente et sensuelle. C’est évidemment Errol Flynn qui porte le film à bout de bras. Il s’impose ici en héritier du modèle Douglas Fairbanks. Flynn reprend les postures, le jeu aérien, le rire éclatant en ajoutant un oeil terriblement gourmand (dans le tournoi d’archers par exemple). J’avoue : en photo et en costume de scène, Flynn me paraît peu crédible. C’est bien en mouvement qu’il devient LA star du film d’aventure.

Par Pascal
Commenter19 septembre 2010
Catégories : Articles, Cape et d'épée, Cinéma

Capitaine Blood (1935) de Michael Curtiz

Coupable de félonie envers la couronne d’Angleterre, le docteur Blood (Errol Flynn, nom amusant pour un docteur par ailleurs), ancien soldat, est expédié vers les Caraïbes avec quelques compagnons pour y être vendu comme esclave (!). Il est acheté par Arabella (Olivia de Havilland), la fille d’un notable local. Rapidement, il prépare son évasion… Capitaine Blood est un modèle parfait du swashbuckler plein de panache. Premier film d’une série de (grands) film d’aventure, le trio Errol Flynn / Olivia de Havilland / Michael Curtiz excelle à dresser ce beau film sur l’injustice et l’esclavage auquel un médecin valeureux doit faire face jusqu’à se trouver sans patrie et devenir un pirate « The World against us » tout en restant fidèle à ses principes de justice et d’équité.

Comme dans nombreux de ses films, Michael Curtiz privilégie le mouvement et le rythme, traitant les ombres comme des personnages (par exemple lors de la séquence sur la table d’opération) et élaborant des combat navals délirants, à base de maquettes, avec des grands duels à l’épée dont un superbe sur la plage entre Blood et un corsaire français (Basil Rathbone, vraiment délicieux). Mine de rien, ce n’est ni plus ni moins que notre imaginaire sur la piraterie qu’il illustre voire qu’il construit n’oubliant même pas d’insister sur la cruauté de l’époque (fouet, fer, combats assez violents comme c’est homme arraché par un grappin) et du propos qui est presque cynique lors de la vente des esclaves.

Sérieux et brillant, et parfois rigolard, Errol Flynn en impose et crève l’écran en toute circonstance devant un spectateur, moi, extatique. Avec Olivia de Havilland, il forme un grand couple du cinéma sur le point d’être starifié et de rentrer à la postérité. Ne nous y trompons pas, Capitaine Blood est un chef d’oeuvre d’Hollywood, pas un de ses chefs d’oeuvre « qu’il faut absolument voir même si on s’emmerde un peu quand même » mais un chef d’oeuvre très grand public, intemporel et entraînant.

Par Pascal
Commenter10 septembre 2010
Catégories : Articles, Cape et d'épée, Cinéma

Le Masque de Fer (1929 – The Iron Mask) d’Allan Dwan

Je me suis demandé, vu qu’il y a quand même de la musique, pourquoi on ne pouvait pas avoir des films parlants plus tôt que le chanteur de jazz en effectuant de la post synchro. Tourné en 1929, Le Masque de Fer a la particularité d’être narré et d’être introduit par Douglas Fairbanks à l’écran, un peu comme l’annonce d’un spectacle. La qualité de la synchronisation est plutôt moyenne. La musique est par contre excellente et la narration change pas mal les choses en termes de vivacité.

Ce n’est pas la première fois que Fairbanks interprète D’Artagnan et jouait un homme rêvant de l’être une décennie auparavant dans A Modern Musketeer mais aussi un épisode original, The Three Musketeers, dont ce film peut se voir comme une suite. Mais ici, il reprend à zéro et à bras le corps toute la légende des Mousquetaires. Rochefort, Constance (interprétée par Marguerite de la Motte, également sur The Three Musketeers et Le Signe de Zorro) , Richelieu, Louis XIII, des dauphins jumeaux, les compagnons fidèles de D’Artagnan, Milady… et Dumas. Ca ne peut-être nul et ça ne l’est pas au-delà de toute espérance. L’intrigue est compliquée à souhait. Avec une rapidité extravagante (le film dure 1h10), Le Masque de Fer brasse quelque vingt ans d’histoire de France pour notre plus grand plaisir. Complots, trahisons, assassinats, passages secrets, emprisonnements, kidnappings… se succèdent frénétiquement. Le Masque de Fer comporte ainsi une bonne dizaines de moments d’anthologie : toutes les scènes avec Milady, la mort de Richelieu, les liens entre le dauphin et D’Artagnan et surtout le kidnapping de Louis et la remise du masque avec un jeu d’ombres impressionnant.

Tour à tour héros valeureux, amoureux passionné, vengeur et mentor bienveillant et fidèle, le jeu aérien de Fairbanks touche à nouveau au merveilleux. Jouant de son propre vieillissement, le déroulement de ce Masque de Fer sonne comme sa propre vie de la légèreté bondissante de la jeunesse jusqu’à la sagesse et les ultimes prouesses, s’achevant sur un épilogue déchirant aux images inoubliables.

Et alors que la mort frappe un très grand nombres de protagonistes, Le Masque de Fer s’achève sur un surprenant et intriguant « The Beginning ». Dans son analyse de l’âge classique (le temps des géants), Pierre Berthomieu y voit le plus beau passage de témoin vers le cinéma parlant… il est aussi l’illustration du talent de Douglas Fairbanks, l’acteur qui inventa presque le film d’action et d’aventure. Avec une modernité étonnante, il joue aussi finement la carte de l’éternelle jeunesse sans en être dupe. Pour avoir vu récemment la fin du pathétique Trois Mousquetaires de Stephen Herek (champ du signe cinéma pour des acteurs tels Charlie Sheen et Kiefer Sutherland devenus ensuite d’immenses vedettes de la télé), on peut même trouver le Masque de Fer, plus vieux de plus de 60 ans, bien plus fringant.

Par Pascal
Commenter26 août 2010
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