Archives d'auteur

Tron (1982) de Steven Lisberger

Bien que reconnaissant son imagerie, je n’avais jamais encore vu Tron. Pour ĂŞtre honnĂŞte, je ne m’attendais pas Ă  grand chose voire Ă  ĂŞtre embarrassĂ© par le cĂ´tĂ© kitsch de l’entreprise. Ce fut plutĂ´t le contraire. DĂ©jĂ , je ne me souviens pas avoir vu ce design plutĂ´t original (et co-designĂ© par Moebius), relativement vieillot certes, comme souvent quand on traite de l’informatique, mais pas tant que ça. L’histoire elle-mĂŞme oscille entre le bancal et le passionnant. Avec quelques artifices, le vol de jeux vidĂ©os, le scanner miniaturiseur façon ChĂ©ri j’ai rĂ©trĂ©ci les gosses, Tron raconte le « kidnapping » de Kevin Flynn (Jeff Bridges) dans le système informatique de son ex-compagnie. Il dĂ©couvre alors des programmes douĂ©s d’une vie propre, ayant l’apparence de leur crĂ©ateur et soumis au Master Control Program, l’Intelligence Artificielle rĂ©gnant sur le système, sauf sur le programme Tron, et rejetant l’existence des humains.

Bien que peu approfondi, l’enjeu devient mystique opposant la croyance en un crĂ©ateur (l’humain en somme) ou la tentative d’Ă©mancipation de celui-ci. Il est illustrĂ© assez finement, et de l’intĂ©rieur, et nous voyons comment un programme progresse lui-mĂŞme jusqu’Ă  aboutir Ă  la conclusion que l’homme n’est pas bon, ou infĂ©rieur, et entreprend de rejeter son existence auprès des autres programmes. Invraisemblable ou dĂ©licieusement dĂ©lirant selon l’humeur. Et voir Kevin Flynn, le premier geek ?, tenter de pĂ©nĂ©trer depuis sa salle de jeu un système informatique distant prĂ©figure peu ou prou les autoroutes de l’information. Le film rapporta Ă  sa sortie quelques 33 millions de dollars ce qui n’est pas transcendant, preuve que Tron, dont la suite sort en 2010, a su marquer durablement les esprits (grâce notamment au jeu qui lui fut associĂ©).

 Par Pascal     Commenter11 mai 2010    Catégories: Articles CinĂ©ma Science-Fiction

Police Story 3 – Supercop (1992) de Stanley Tong

Troisième Ă©pisode des enquĂŞtes/aventures de Chan Ka Kui (Jackie Chan). L’intrigue, autour du trafic de drogue (avec des europĂ©ennes qui meurent d’overdose), demeure assez simple mais dĂ©veloppe une toile de fond intĂ©ressante sur la future unification de Hong Kong ou la Chine, oĂą Chan enquĂŞte et infiltre la pègre. Je dois louper des rĂ©fĂ©rences culturelles mais certaines sont intrigantes comme le fait que le film au dĂ©but alterne Cantonnais et Mandarin.

Dans ce troisième opus, Jackie Chan laisse la camĂ©ra Ă  Stanley Tong. DĂ©jĂ  responsable des cascades sur les deux prĂ©cĂ©dents films. Il fera des merveilles dans Jackie Chan dans le Bronx. Ce choix de rĂ©alisateur fut une contrainte imposĂ©e par la production (la Golden Harvest) trouvant Chan trop lent Ă  la rĂ©alisation. Ce n’est pourtant pas un hasard si ce Police Story 3 est bien meilleur que les deux premiers, plus distrayant notamment quand il n’y a pas d’action. MĂŞme au niveau comĂ©die, le film m’a arrachĂ© quelques sourires ce qui n’Ă©tait pas le cas avant. Jackie Chan fait gentiment le clown et les passages limite vaudeville (la visite de la fausse famille de Chan) sont plutĂ´t rigolos.

CĂ´tĂ© action, les arts martiaux sont une composante mais pas la fin en soi du film. Le premier duel Ă  mains nues est très impressionnant. Après une Ă©vasion vertigineuse et quelques passages comiques, le film prend son envol et livre 40 dernières minutes hallucinantes allant de la fusillade explosive dans la jungle Ă  la course poursuite en auto, moto, train et hĂ©licoptère en plein Kuala Lumpur ! Pour tout dire, je pense que c’est un des meilleurs films d’action que j’ai vu, très imaginatif et nerveux. AccrochĂ© Ă  une Ă©chelle d’hĂ©lico, Jackie Chan m’a une nouvelle fois fait très peur.

Le fait de voir le film en version original amĂ©liore Ă©galement la vision. Je dĂ©couvre ainsi une Maggie Cheung, (un peu) moins nunuche, (un peu) plus intĂ©ressante mais aussi (encore) plus belle, perdant parfois son cĂ´tĂ© enfantin pour gagner en fĂ©minitĂ©. Mais le joyau de ce Police Story 3 est Michelle Yeoh. Miss Malaisie 1983, sublime avec des nattes ou en uniforme strict, Ă  l’aise dans la comĂ©die et dans l’action (oĂą elle donne de sa personne comme le rappelle le gĂ©nĂ©rique de fin), elle s’impose comme double fĂ©minin de Chan dans le film au point de jouer dans un spin-off de la sĂ©rie : Police Story 3 – Supercop 2 !

 Par Pascal     Commenter6 mai 2010    Catégories: Articles CinĂ©ma Polar

Police Story 2 (1988) de Jackie Chan

L’inspecteur Chan Ka Kui est de retour mais en uniforme, forcĂ© de donner des contraventions Ă  une dizaine de camions Ă  la fois (!) et de rĂ©gler la circulation. Mais son ennemi du premier Ă©pisode, Ă  qui il avait donnĂ© une sĂ©vère correction, sort de prison et veut se venger. Il intimide ainsi sa famille ce qui met Chan hors de lui au point d’infliger une sĂ©vère correction Ă  ceux qui se moquent de lui. C’est mal de se venger de la sorte mais je dois reconnaĂ®tre ce sentiment de plaisir dĂ©licieux de voir des mĂ©chants arrogants et bĂŞtes s’en prendre plein la gueule. Ça arrive un peu moins souvent dans la vie donc profitons-en.

L’action semble encore une fois « simple » mais tellement dangereuse. Quand Jackie Chan traverse une quatre voie avec des voitures roulant Ă  vitesse rapide, on se demande vraiment s’il le fait vraiment avec des cameramen le filmant Ă  l’arrache. Et d’un autre cĂ´tĂ©, nous assistons Ă  des bagarres très prĂ©parĂ©es et chorĂ©graphiĂ©s avec des effets d’accĂ©lĂ©rĂ©s. Dans les deux cas, la fluiditĂ© des mouvements et la violence apparente des coups et des chocs sont vraiment impressionnants et immersifs. Une nouvelle fois, le gĂ©nĂ©rique du fin indique qu’on ne plaisante pas avec la moindre cascade.

Cette double histoire de chantage et vengeance est classique avec a priori un plus gros budget que Police Story et donc plus d’explosions. Le hĂ©ros est toujours partagĂ© entre son devoir et sa petite amie (toujours la craquante, et quelque peu horripilante, Maggie Cheung) et fera cavalier seul Ă  la fin. Chan est plus sĂ©rieux que dans le premier opus, il accentue son cĂ´tĂ© excellent enquĂŞteur et se met en retrait dans la comĂ©die. Il faut quand mĂŞme se taper la chiasse de son chef Ă  plusieurs reprises. La version anglaise n’arrange rien Ă  l’affaire et donc, entre deux bonnes sĂ©quences de baston et quelques prouesses physiques, on peut trouver le temps très long. A vrai dire, je prĂ©fère regarder Shanghai Kid. On peut trouver ça grave. C’est peut-ĂŞtre culturel. Et j’adore Owen Wilson.

Un hommage Ă  John Woo ?

 Par Pascal     Commenter25 avril 2010    Catégories: Articles CinĂ©ma Polar

Police Story (1985) de Jackie Chan

Jackie Chan est connu pour sa pratique des arts martiaux. Au fait de sa gloire en Asie, il rĂ©alise ce Police Story soit une plongĂ©e dans l’action pure avec sa troupe de cascadeurs. Le dĂ©but est pĂ©taradant avec un gunfight dans un bidon ville puis surtout sa traversĂ©e en voiture. Il n’aura Ă©chappĂ© Ă  personne que Michael Bay a repris cette scène telle quelle pour son Bad Boys 2 près de 20 ans après. Ce plagiat est presque une bonne chose. Il montre que le fric ne fait pas tout : la sĂ©quence dans Police Story est plus sensitive que celle du film de Michael Bay. Nul doute que dans les deux cas, la prĂ©paration fut importante mais celle de Police Story donne l’impression d’une prise de risque et d’une spontanĂ©itĂ© plus grande. Elle prend aux tripes. Il y a d’excellents films d’action amĂ©ricain mais une « simple » cabriole (de plusieurs minutes !) avec un parapluie de Jackie Chan pour s’accrocher Ă  un bus est beaucoup plus spectaculaire que des fx numĂ©riques.

Le dĂ©but de ce Police Story est donc excellent et ce ne sont pas les arts martiaux qui sont mis en avant mais bien toutes les capacitĂ©s d’Action Man de Jackie Chan et son Ă©quipe. Et hĂ©las de comĂ©die. Police Story raconte une histoire de protection de tĂ©moin. Ce dernier est une dernière (Brigitte Lin). Le protecteur est Jackie Chan et il a une petite amie May (Maggie Cheung qui est très mignonne, ingĂ©nue). Nous avons donc droit Ă  de la comĂ©die. J’ai vu le film en anglais et il y avait dĂ©jĂ  des contresens entre l’anglais doublĂ© et l’anglais sous-titrĂ© ce qui limite la portĂ©e des gags. Mais bon en plus ce n’est pas excessivement drĂ´le : certes on peut sourire lors du faux interrogatoire et de la fausse tentative d’assassinat mais les quiproquos dans l’appartement sont plutĂ´t pĂ©nibles. Le procès, avec perruques, est si nul qu’on peut en rire au troisième degrĂ© (au-moins). Le problème est que tout ça dure plus de 45 minutes et qu’on peut trouver le temps long. Tout juste peut-on apprĂ©cier Chan se garant de manière incroyable, s’amuser avec des fils de tĂ©lĂ©phones et provoquer quelques chutes et accidents.

La dernière demi-heure est beaucoup plus sĂ©rieuse, Ă©galement au niveau de l’intrigue, avec des combats spectaculaires et des chorĂ©graphies brutales. Certaines scènes sont accĂ©lĂ©rĂ©es mais ce qui pouvait nuire est ici plutĂ´t bien menĂ© (c’est pas les Anges Gardiens, quoi). Jackie Chan fait des choses inimaginables jusqu’au final anthologique dans le centre commercial. Ça fait un bon tiers d’hallucinant. C’est largement suffisant pour nous impressionner d’autant que, comme souvent dans les films de Chan, le gĂ©nĂ©rique de fin nous rappelle que toutes ces acrobaties ont un prix.

 Par Pascal     Commenter22 avril 2010    Catégories: Articles CinĂ©ma Polar

Hedwig and the Angry Inch (2001) de John Cameron Mitchell

Enfin vu ce film de John Cameron Mitchell, comme Carrie hein, en mĂŞme temps, il serait temps que je vois ces environ 1500 films que je dois enfin voir. Il se trouve qu’Hedwig and the Angry Inch est le film prĂ©fĂ©rĂ© de ma femme. Les personnes les plus incroyables sur terre se souviennent certainement de mon petit commentaire sur Shortbus et qui fit les beaux jours des visites sur le site (top 10 des articles, le sexe sans doute). Sans elle, je pense que je ne me serais pas dĂ©placĂ© (quoique peut-ĂŞtre, le sexe sans doute). MalgrĂ© un avis quelque peu mitigĂ©, je garde plutĂ´t un bon souvenir de ce film. Je suis quelqu’un de plutĂ´t pessimiste et triste mais j’ai la chance de surtout garder en tĂŞte les bons moments des films.

Je risque de garder un excellent souvenir d’Hedwig and the Angry Inch. DĂ©jĂ , j’ai adorĂ© le tout premier instant du film prĂ©sentant Hedwig en diva jetant son parapluie. Trois secondes, peut-ĂŞtre cinq, gĂ©niales, le genre de moments abrupts et absurdes que j’adore. Hedwig and the Angry Inch, c’est l’histoire glorieusement triste d’Hedwig, est-allemand muni d’un terrible pouce au mauvais endroit et chantant dans tous les USA Ă  la traĂ®ne d’un chanteur Ă  succès interprĂ©tant ses chansons qu’il a volĂ© Ă  Hedwig. Le film est d’abord une splendide comĂ©die musicale joyeuse et terriblement entraĂ®nante. Les chansons sont toutes excellentes. The origin of love a un texte sublime tandis que Wig in a box bouleverse complètement dans le film. Ceux qui ne verront jamais « enfin » le film peuvent se laisser tenter :

« Good things come to those who wait ». Quand on voit dans quel contexte est prononcĂ© cette sentence et la tĂŞte de Hedwig, nous plonge dans un mĂ©lange de tristesse profonde teintĂ©e d’un certain humour. Et ça fait dĂ©jĂ  plusieurs fois que je tente de mĂ©langer des adjectifs positifs et nĂ©gatifs dans ce court commentaire (saurez-vous les retrouver ?) et il faut dire que la mise en scène de John Cameron Mitchell, truffĂ©e de flash back gĂ©niaux, repose sur cette narration joyeuse d’un homme-femme triste se battant pour devenir lui-mĂŞme.

John Cameron Mitchell joue Hedwig. Acteur dans les années 90, il a arrêté depuis ce film sauf pour une apparition dans Shortbus. Est-ce vraiment un hasard tant il semble avoir absolument tout donné dans ce personnage comme une sorte de don au cinéma ? Original et libre, Hedwig and the Angry Inch est un vrai bonheur, à voir pour son interprétation kamikaze (type The Wrestler avec Mickey Rourke en plus euphorisant) et par tout fan de comédie musicale.

 Par Pascal     Commenter15 avril 2010    Catégories: Articles CinĂ©ma Musical

Carrie (1976) de Brian de Palma

Enfin vu ce classique du film d’horreur, qui fait en outre partie des 100 films fantastiques (sur en gros 1975-1993) de MadMovies paru pour leur centième numĂ©ro, rĂ©alisĂ© par Brian de Palma. Le metteur n’en est pas Ă  son coup d’essai et a dĂ©jĂ  mis en boite un film fantastique, le bon Soeurs de sang. Carrie est une jeune adolescente, tĂŞte de turc des pĂ©tasses de son lycĂ©e (soit Ă  peu près tout le monde), Ă©levĂ©e et martyrisĂ©e par une mère illuminĂ©e. Peu Ă  peu, dès lors qu’elle a ses premières règles, elle se dĂ©couvre des pouvoirs tĂ©lĂ©kinĂ©siques.

Le film n’a pas vraiment subi l’Ă©preuve du temps si ce n’est qu’on peut dire qu’il serait difficile de rĂ©aliser un film pareil aujourd’hui. Je reconnais avoir eu un peu peur de me retrouver avec un film surtout connu pour sa dernière partie et un peu pĂ©nible dans les deux premiers tiers. Le film choque dès ses premiers instants dans cette scène très voyeuriste dans le vestiaire des filles s’achevant comme un meurtre alors que Carrie a ses règles pour la première fois. Le retour Ă©plorĂ©e de Carrie chez sa mère (terrifiante Piper Laurie) est assez traumatisante. Toute la suite sonne parfois comme un film de casse oĂą les pĂ©tasses, notamment Chris (Nancy Allen, que j’avais vu dans l’hilarant 1941), prĂ©parent un mauvais coup Ă  Carrie pour le bal de fin d’annĂ©e oĂą elle est invitĂ©e par le beau Tommy. Les hommes dans Carrie semblent d’ailleurs hors du coup, manipulĂ©s, ou plutĂ´t soumis, aux femmes.

Et donc, le final est bien le morceau anthologique prĂ©vue avec des images marquantes oĂą la violence de Carrie explose littĂ©ralement Ă  l’Ă©cran. Sissy Spacek, du bal de promo Ă  la crucifixion avec des ciseaux, rentre dans l’Histoire du cinĂ©ma. Bien des amateurs ont dĂ©crit longuement tous les degrĂ©s de lecture du film et sa mise en scène. Un classique en somme mais aussi une expĂ©rience intense et violente de bout en bout.

 Par Pascal     Commenter10 avril 2010    Catégories: Articles CinĂ©ma Epouvante

L’Aube Rouge (1984) de John Millius

Quelques encarts furtifs nous placent dans l’uchronie : Europe Ă©colo sans armes nuclĂ©aires, OTAN dissoute, rĂ©volutions dans les pays d’AmĂ©rique centrale… et une union soviĂ©tique au bord de la famine qui tente une fuite en avant. Cela rappelle d’ailleurs le point de dĂ©part du roman TempĂŞte Rouge de Tom Clancy oĂą, privĂ©e de gros approvisionnements en pĂ©trole, l’URSS se rĂ©sout Ă  dĂ©clencher une offensive en Europe.

Après un court gĂ©nĂ©rique, on voit deux frères qui vont Ă  l’Ă©cole dans une ville du Colorado. En pleine classe, les parachutistes russes tombent du ciel et sèment la dĂ©solation. Les deux frères et quelques collègues vont alors se cacher dans la montage. C’est l’art d’aller droit au but en quelques minutes. Le rĂ©alisateur John Millius ne s’embarrasse pas de longues expositions des personnages et nous prĂ©cipite rapidement dans l’invasion puis la rĂ©sistance.

John Milius ne s’intĂ©resse pas vraiment Ă  la grande Histoire mais prĂ©fère se concentrer sur ce groupe d’adolescents qui dĂ©cident de rĂ©sister Ă  l’envahisseur. Et dans le genre, je crois qu’on peut difficilement faire plus patriotique. L’Aube Rouge est vraiment porteur des grandes valeurs de l’AmĂ©rique que ce soit dans l’Ă©vocation de la chasse (on boit le sang de la bĂŞte qu’on a tuĂ©) que dans l’hĂ©roĂŻsme exacerbĂ©. Le groupe de teenagers n’est pas en effet L’ArmĂ©e des Ombres mais une bande armĂ©e revancharde qui signe ses actes (Wolverine, la mascotte de leur Ă©cole) au fil de ses nombreuses victoires.

Nombreuses en effet, L’Aube Rouge est sorti en 1984 ce qui n’est pas si lointain. Il fut considĂ©rĂ© comme un film très violent au point d’ĂŞtre au Guinness Book of Records d’après Wikipedia ! Rien de bien mĂ©chant en fait mais il est vrai que les escarmouches et actes de guĂ©rilla s’accumulent. Les pyrotechniciens ont du beaucoup s’amuser et du coup l’amateur devrait largement trouver son compte dans ce rĂ©cit quelque peu binaire. Car dans L’Aube Rouge, les russes sont très mĂ©chants, le vĂ©ritable ennemi de l’amĂ©rique. Les amĂ©ricains sont gentils et valeureux façon all american hero avec sens des responsabilitĂ©s et du sacrifice autour d’un gamin (Patrick Swayze) qui est aussi (Ă©videmment ?) le quaterback de son bahut.

Il y a aussi un grand sens de la stratĂ©gie puisque les gamins tuent un grand nombre de soldats et provoquent des dĂ©gats importants sans vraiment subir de grandes pertes. Quand ils retrouvent un pilote de l’US air force Ă©chappĂ© de son avion qui s’Ă©crase, celui-ci leur dit qu’il a abattu quatre avions ennemis avant d’ĂŞtre touchĂ© Ă  son tour. On se demande presque comment les US peuvent perdre alors qu’une dizaine tout au plus de gamins, dont le seul avantage est de connaitre le terrain (c’est bien sur non nĂ©gligeable), dĂ©joue fort longtemps l’armĂ©e d’occupation !

Bien que peu exploitĂ©e, la rĂ©ponse est sans doute Ă  chercher dans cette dĂ©fiance envers l’autoritĂ©, thĂ©matique assez rĂ©currente dans les annĂ©es 80. Outre, l’abandon des Ă©tats (l’Europe est neutre dans le conflit – et on pourrait presque voir dans ces rĂ©volutions dans les pays du sud qui se retournent contre les US une certaine justification de l’interventionnisme), le seul personnage amĂ©ricain qui a une autoritĂ© lĂ©gale (le maire) est impuissant face Ă  l’ennemi. C’est l’amĂ©ricain seul et armĂ© que Milius loue, celui qui agit, a parfois des scrupules mais fait son devoir, des choses importantes et qu’on comprend de moins en moins de nos jours. Milius pointe peut-ĂŞtre du doigt notre sociĂ©tĂ© de consommation avec des gĂ©nĂ©rations de jeunes plus prĂ©occupĂ©s par leur nombril que ce questionnement. Dans ce cas, son film est presque porteur d’espoir.

L’Aube Rouge illustre souvent ce propos par un style un peu trop glorificateur et mĂŞme pompier pour ĂŞtre totalement convaincant, sans ĂŞtre dĂ©plaisant loin s’en faut. Dans cet esprit de sublimer la force de l’AmĂ©rique et sa jeunesse, il n’est pas Ă©tonnant que John Milius n’Ă©voque que très peu l’aspect macro du conflit ni mĂŞme son issue, dĂ©voilĂ©e implicitement grâce Ă  un monument aux morts, puisque celle-ci ne fait aucun doute. Le metteur en scène Ă©vite cependant de donner une vision idyllique de cette rĂ©sistance. La mort, la trahison, les exĂ©cutions, le meurtre de sang froid sont aussi le lot de ces gamins devenus trop rapidement soldats. MalgrĂ© la condition Ă©trange des femmes dans le groupe, Ă©gales des hommes mais assez hystĂ©riques dans un environnement relativement asexuĂ©s (on est plus dans l’admiration et l’amitiĂ©), les sĂ©quences au sein du groupe sont bonnes, souvent douloureuses quand elles ne bouleversent pas notamment lors d’un suicide dĂ©chirant Ă  la grenade.

Au final, je suis content d’avoir pu dĂ©couvrir ce film que je voulais voir depuis quelques temps et sans m’attendre Ă  un chef d’oeuvre et certainement plus profond qu’un film bourrin. On retrouve en outre quelques jeunes acteurs comme le couple Patrick Swayze/ Jennifer Grey avant Dirty Dancing ainsi que Charlie Sheen, dĂ©jĂ  au cĹ“ur de la guerre une poignĂ©e d’annĂ©es avant Platoon. J’ignorais par contre que l’histoire originale Ă©tait de Kevin Reynolds, qui rĂ©alisera plus tard Robin des Bois et Waterworld.

 Par Pascal     Commenter4 avril 2010    Catégories: Articles CinĂ©ma Guerre

L’ArmĂ©e des Ombres (1969) de Jean-Pierre Melville

Jean-Pierre Melville filme la RĂ©sistance après l’arrivĂ©e inexorable des allemands en France (la première scène qui envahit littĂ©ralement l’Ă©cran illustre l’invasion ; Melville hĂ©sita Ă  mettre Ă  la fin du mĂ©trage jusqu’Ă  la sortie du film) et la lutte d’une poignĂ©e de français d’horizons divers mais guidĂ©s par une abnĂ©gation et une volontĂ© de vivre. Dans L’ArmĂ©e des Ombres, il est bien question de vie, ou plutĂ´t de survie. Le rĂ©alisateur ne dĂ©crit pas un hĂ©roĂŻsme Ă©clatant et des actions spectaculaires, comme des sabotages, que nous verrons pour ainsi dire pas. Tout juste parle t’on de rĂ©seaux et de ravitaillement. Le reste n’est qu’mprisonnement, torture, Ă©vasion, double-vie et secret absolu, mĂŞme auprès de ses proches.

Surtout auprès de ses proches : la cause transcende ces ĂŞtres. Ils passent Ă  l’acte pour celle-ci : le parcours de Philippe (Lino Ventura) Ă©voque constamment la prise de conscience de ce dĂ©passement Ă  travers les meurtres ou le saut en parachute. Ils prennent tous les risques pour se sauver les uns les autres mais n’hĂ©sitent pas non plus Ă  se sacrifier, ou sacrifier, pour protĂ©ger le groupe. Cet engagement total, et son implacable fin (la mort) est la plus belle illustrations de l’hĂ©roĂŻsme et de la rĂ©sistance Ă  l’adversitĂ©.

Pour Ă©voquer cet engagement et cette volontĂ© de (sur)vivre face Ă  l’occupant, Melville rĂ©alise des scènes Ă©purĂ©es tout en nuances de gris, bleu et vert en y insufflant une tension permanente, qui arrive par surprise (le contrĂ´le dans le mĂ©tro ou l’enlèvement par la gestapo d’un rĂ©sistant en pleine rue) ou qui est Ă©tirĂ© jusqu’Ă  l’insoutenable (la venue dans la prison de Lyon et le bruit stressant des portes qui s’ouvrent et se ferment). L’escapade en Angleterre, protocolaire (De Gaulle) et touristique (cinĂ©ma et visite), fait figure de court bol d’air.

Et au fil des visions, c’est l’impression que chaque scène compte des premières scènes dans un camp de prisonnier jusqu’aux dernier instants, considĂ©rĂ©s parfois comme onirique, et ce visage insondable et bouleversant de Mathilde (Simone Signoret). PortĂ© par un casting exceptionnel, L’ArmĂ©e des Ombres est un des plus beaux films que j’ai vus, sans doute le plus important sur la RĂ©sistance durant l’occupation.

 Par Pascal     Commenter1 avril 2010    Catégories: Articles CinĂ©ma Guerre

PrĂ©dictions (2009) d’Alex Proyas

John, veuf, vit avec son fils Caleb. Ils se remettent tous les deux difficilement de la mort accidentelle de la femme de leur foyer. Verre d’alcool Ă  la main, John Ă©coute la septième symphonie de Beethoven. C’est très beau. Le lendemain, son fils lui transmet un dessin d’enfant des annĂ©es 50 se rĂ©vĂ©lant ĂŞtre une sĂ©rie de chiffres prĂ©disant les grandes catastrophes des dĂ©cennies Ă  venir. Et il en reste encore trois Ă  se rĂ©aliser…

Avec un pitch pareil et cinquante millions de dollars, le rĂ©sultat ne peut ĂŞtre totalement mauvais. PassĂ©e la très intrigante introduction, la progression repose surtout les Ă©paules de Nicolas Cage qui est toujours convaincant. La mise en scène d’Alex Proyas est inĂ©gale. Il entretient bien le mystère Ă©trange autour d’une prĂ©sence, faisant monter la parano de John, et il fait des merveilles lors d’un crash d’avion en plan sĂ©quence autour de John constatant le dĂ©sastre malgrĂ© des effets un peu approximatifs (les flammes).

On n’Ă©vite cependant pas toujours le sentencieux pas plus que la redite avec par deux fois le credo « je ne vous crois pas puis finalement je vous crois » propre aux films prophĂ©tiques. Il y a des effets spĂ©ciaux un peu limitĂ©s, le feu particulièrement lors d’une scène « Ă  travers la fenĂŞtre ronde » faisant Ă©cho Ă  celle de The Crow du mĂŞme auteur. Plus grave, il y a des effets spĂ©ciaux vraiment ratĂ©s : l’accident de mĂ©tro est très laid. Pour tout dire, les effets Ă©taient plus rĂ©ussis dans Dark City sortis plus de dix ans avant !

Mais les vingt dernières minutes sont gĂ©niales. La rĂ©solution de ces prĂ©dictions et lois des chiffres peut paraĂ®tre exagĂ©rĂ©e mais m’a vraiment plue. Elle rejoint un peu un thème de Dark City, oĂą une sociĂ©tĂ© en manipule une autre, façonne sa vie. Surtout, elle comporte bien des choses qui me passionnent au cinĂ©ma : des liens forts entre les personnages (le père et son fils et sa famille, Cage est bouleversant), de la sf « bienveillante » façon Rencontre du troisième type, de l’apocalypse et du dĂ©senchantement. Et un Nicolas Cage, soulagĂ© : »Where’s Caleb ? – He is saved ». Et on retrouve la septième de Beethoveen le temps de scènes de foules terrifiantes, un chaos gĂ©nĂ©ralisĂ© au milieu du dĂ©terminisme le plus implacable. Alex Proyas ne rate pas ces scènes et les effets spĂ©ciaux se trouvent mĂŞmes plus rĂ©ussis. Et il y a 30 secondes terribles qui enterrent les deux heures de 2012, ma bĂŞte noire actuelle du film apocalyptique ratĂ©.

Bien que le fond soit (très) grave, PrĂ©dictions respire les bons sentiments, comme une sorte de vision idyllique du monde malgrĂ© les catastrophes. Il suffit de voir cette classe de primaire des annĂ©es 50 qui rĂ©pond en coeur « Oui, Mademoiselle Taylor » et qui revĂŞt son « masque de gĂ©nie » (un mime d’une demi-seconde, une idĂ©e bĂŞte mais tellement vĂ©ritable qu’elle rĂ©hausse la scène) et la classe de petits gĂ©nies au MIT oĂą John travaille oĂą l’on philosophe plus sur le monde qu’on enseigne (il y a des formules compliquĂ©es au tableau quand mĂŞme).

La toute dernière scène accrĂ©dite pleinement cette vision (elle se rapproche formellement de Lovely Bones avec champs de blĂ© et arbre de la vie, ou de la mort). Par son cĂ´tĂ© lègerement too much, la couper n’aurait peut-ĂŞtre pas nuit au film, ses dĂ©tracteurs pourront le confirmer. Mais elle trouve toute sa place dans le ton de ce bon film.

 Par Pascal     Commenter27 mars 2010    Catégories: Apocalypse Articles CinĂ©ma Thriller

The Ghost Writer (2010) de Roman Polanski

En Anglais, nègre se dit Ghost Writer. C’est le mĂ©tier du hĂ©ros sans nom, normal vu qu’il doit rester d’anonyme, interprĂ©tĂ© par Ewan McGregor qui se trouve employĂ© Ă  la va-vite pour reprendre une autobiographie de l’ex premier ministre britannique Adam Lang (Pierce Brosnan) demeurant aux USA et sur le point d’ĂŞtre attaquĂ© en justice pour crime contre l’humanitĂ©.

L’essentiel de The Ghost Writer se dĂ©roule sur une Ă®le reculĂ©e et pluvieuse de l’AmĂ©rique. Que ce soit avec une BMW abandonnĂ©e ou un vĂ©lo, sous le porche d’une maison en bois ou dans la grande chambre d’une maison super design, Roman Polanski instaure rapidement une ambiance, un style oĂą les personnages ne surjouent pas dans la gravitĂ© et la suspicion mais se tirent dans les pattes pour des raisons sans rapport avec l’enjeu principal du film. C’est une des qualitĂ©s de The Ghost Writer : le complot n’intĂ©resse que l’Ă©crivain et semble toujours Ă  cĂ´tĂ© comme si tout le monde avait autre chose Ă  foutre. Le trouble et le sous-entendu sont donc ailleurs Ă  l’image du triangle amoureux formĂ© par Adam Lang, sa femme (Olivia Williams) et sa secrĂ©taire particulière (Kim Cattrall).

Dans une sorte de faux rythme, The Ghost Writer est traversĂ© par des scènes gĂ©niales telle l’entrevue pour le rĂ´le de nègre, vrai moment de « real business ». Faux rythme donc car The Ghost Writer insiste parfois lourdement et parfois on ne sait pas trop oĂą tout cela mène Ă  l’image de ce voyage vers l’inconnu en GPS, bonne idĂ©e exploitĂ©e un peu longuement pour un rĂ©sultat qui ne nous apprend pas grand chose. On devine Ă  travers cette dĂ©ambulation, apparemment vaine mais Ă©videmment importante, l’art puissant pour brouiller les pistes et Roman Polanski le maĂ®trise plutĂ´t bien avec une rĂ©solution sans grandiloquence Ă  la fois ironique et suave, champagne Ă  la main, oĂą les Ă©crits s’envolent autant que les paroles. Au fond, il y a dans ce cinĂ©ma quelque chose de dĂ©licieux, une sorte d’ambition modeste mais qui se rĂ©vèle vertigineuse (on parle quand mĂŞme de manipulation politique Ă  l’Ă©chelle mondiale) et qu’on ne retrouve pas forcĂ©ment dans un film Shutter Island qui sort au mĂŞme moment.

The Ghost Writer se reverra mĂŞme plus facilement avec des acteurs qui font du beau jeu sans avoir l’air de se donner de la peine. Je garderai en mĂ©moire la performance de Kim Cattrall. En une descente d’escalier en tailleur serrĂ©, elle fait oublier 94 Ă©pisodes de Sex and the City. Quant Ă  Pierce Brosnan, il Ă©toffe son registre du double jeu Ă  la foi sĂ©ducteur et impressionnant mais aussi sensible et faussement puissant.

 Par Pascal     Commenter20 mars 2010    Catégories: Articles CinĂ©ma Thriller

Shutter Island (2010) de Martin Scorsese

C’est le gros film dont on parle toujours un peu trop. Je suis heureux de lire les magazines un mois après leur parution surtout que Première a fait plutĂ´t fort. MĂŞme le buzz et la bande-annonce ont activĂ© mes neurones. ConsĂ©quence logique ma parano de spectateur de cinĂ©ma, en mode « tout le monde est suspect dans un film », s’est mis en marche bien avant que le mĂ©trage commence. Et je me suis retrouvĂ© au Normandie, Ă  comme regarder pour la deuxième fois Shutter Island.

Et c’est plutĂ´t pas mal quand mĂŞme. Martin Scorcese oublie sa fureur, ses films sensitifs qui l’ont rendu cĂ©lèbre et assume le luxe de la logistique Ă  sa disposition. Plastiquement, Shutter Island est constamment superbe promenant deux marshall dans une enquĂŞte sur une disparition insoluble dans une (as)Ă®le de fous oĂą le mystère et le silence contraint semblent les seules règles imposĂ©es par un Docteur Cawley (Ben Kingsley) troublant psychiatre aux mĂ©thodes renvoyant plutĂ´t Ă  l’expĂ©rimental Docteur Moreau, lui-mĂŞme maĂ®tre sur son Ă®le.

Personnage central, Teddy Daniels tente de distinguer le vrai du faux tout en se battant avec ses dĂ©mons et ses propres secrets. Martin Scorcese multiplie les flash back, mĂ©lange trauma et onirisme autour du passĂ© de Daniels, ancien soldat de la deuxième guerre mondiale et qui libĂ©ra Dachau. Les visions Ă©voquĂ©es, oĂą la mort rĂ´de, sont comme des tableaux vivants et paradoxalement macabres. Ce n’est pas une horreur viscĂ©rale mais bien la vision d’un peintre. Scorsese demeure un sacrĂ©ment bon cinĂ©aste et distille dans chaque scène l’inquiĂ©tude, l’instabilitĂ© et l’incomprĂ©hension de Daniels surtout lors de la fouille de la forteresse de l’Ă®le, dĂ©dale impressionnant et sombre.

Je ne suis pas certain de vraiment aimer le style de Leonardo DiCaprio qui s’efforce une fois encore de sortir de son look Ă©ternel de jeune premier, la mĂŞme annĂ©e un peu Ă  cĂ´tĂ© de la plaque dans Gangs of New York et idĂ©al dans ArrĂŞte-moi si tu peux. Dans un rĂ´le aux contours incertains, il est profondĂ©ment sincère. Et bien que de tous les plans, il ne tire pas la couverture sur lui et donne la belle rĂ©plique Ă  un excellent Mark Ruffalo en fidèle acolyte ou Ă  une Patrica Clarkson illuminĂ©e. La palme revient peut-ĂŞtre Ă  Michelle Williams en fiancĂ©e d’outre tombe. Au fil de ses requĂŞtes (« libère moi »), elle apporte Ă  Shutter Island sa face la plus dĂ©rangeante, la plus malsaine (peut-ĂŞtre mĂŞme trop malsain pour moi) avec une candeur glaciale. Et on comprend que ce n’est pas tant les retournements de situations que leur source qui sont prodigieux dans Shutter Island.

 Par Pascal     Commenter16 mars 2010    Catégories: Articles CinĂ©ma Thriller

Hors de contrĂ´le (2010) de Martin Campbell

Pour le retour du grand Mel Gibson en tĂŞte d’affiche après plusieurs d’annĂ©es d’absence, Martin Campbell adapte sa mini-sĂ©rie anglaise Edge Of Darkness des annĂ©es 80, presque un sous-genre en soi après d’autres adaptations comme Jeux de Pouvoir ou plus anciennement Traffic. J’ai toujours vu Martin Campbell comme une sorte de jeune rĂ©alisateur. En fait il est nĂ© en 1940 ce qui ne rajeunit personne. J’ai auparavant vu six de ses films avec du très bon (Le Masque de Zorro), du bon (Casino Royale, Absolom 2022), du moins bon (Vertical Limit, Goldeneye) et du mauvais (Tristement, la LĂ©gende de Zorro).

Le vigilante flick Hors de contrĂ´le arrive tout juste dans le bon. Le policier Thomas Craven (un super nom) reçoit sa fille chez lui mais elle se fait assassiner devant sa maison. Alors que ses collègues pensent que Thomas Ă©tait la cible des tueurs, le père plein de rage enquĂŞte de son cĂ´tĂ© et dĂ©couvre que sa fille lui cachait des choses sur son travail. S’en suit une enquĂŞte plutĂ´t prenante avec un rĂ´le sur mesure pour Mel Gibson : il est parfait en mec droit et dur tout en assumant son âge et la souffrance qui va avec Ă  l’image de cette bagarre contre un jeune oĂą il prend le dessus de justesse et qui se prolonge par une assez longue scène oĂą il reprend son souffle ! Dommage que le film soit souvent bavard avec beaucoup d’allers et venues qui frisent la redite. Les confrontations demeurent cependant bonnes notamment quand Craven se trouve face au mystĂ©rieux Jedburg (Ray Winstone), synthèse vivante de toutes les magouilles politico-truc imaginables qu’on nous cache.

Logiquement, l’action est rare. Elle arrive souvent par surprise notamment une paralysante scène de meurtre sur la route, piqĂ»re de rappel pour nous dire que Campbell ne se contente pas de filmer la star. Le final sonne comme un exutoire crĂ©pusculaire tel un western avec mĂ©chants très mĂ©chants (la scène entre le sĂ©nateur et ses collègues est terriblement cynique) et un Craven complètement Ă  bout. Si on est rĂ©ceptif, on peut trouver ça vraiment jouissif avec une dĂ©licieuse sensation d’ĂŞtre sur le fil du « too much ». D’ailleurs, ces instants font penser Ă  l’Ă©pisode des Simpson oĂą Homer retouche le remake de Mr Smith au SĂ©nat avec Gibson dans le rĂ´le titre et empalement avec le drapeau amĂ©ricain (Mel Gibson au sĂ©nat)

J’aurai pas contre bien du mal Ă  dĂ©fendre la fin « route du paradis » (et pas du tout edge of darkness) qui rappelle celle bouleversante de The Constant Garderner mais en franchissant gaillardement ma ligne imaginaire du grotesque. Mais, au fond, je crois que je peux tout pardonner dans un film avec Mel Gibson.

 Par Pascal     Commenter14 mars 2010    Catégories: CinĂ©ma Thriller

Lovely Bones (2009) de Peter Jackson

Susie Salmon, 13 ans, vit heureuse dans une famille heureuse. A quelques jours de son premier rendez-vous galant et de son premier baiser, elle est assassinĂ©e par un de ses voisins. De l’au-delĂ , une sorte de purgatoire, elle regarde et tente de communiquer avec sa famille.

Pour son « retour » vers des films moins Ă©normes que King Kong et Le Seigneur des Anneaux, Peter Jackson adapte un roman sur cette jeune fille assistant aux supplices de sa famille après sa mort. En mĂ©langeant thriller, ados et fantastique, Jackson se rapproche de son magnifique CrĂ©atures CĂ©lestes. Avec de plein de morceaux de vrai cinĂ©ma et de coups de gĂ©nie, le rĂ©sultat m’a parfois dĂ©contenancĂ© et pourtant, avec le recul, Lovely Bones se tient admirablement.

Le film traite aussi du deuil. Avec beaucoup de justesse, le metteur en scène ne filme pas des pleurs de groupes mais des âmes solitaires vivant le deuil chacun de leur cĂ´tĂ© : le père enfermĂ© dans son bureau, la mère qui perd pied, le fils qui rĂŞve de sa soeur, la fille cadette qui court, qui court. Et bien sur Susie, gĂ©nĂ©ralement seule et monologuant dans son monde imaginaire, un monde souvent superbe, un peu kitsch et parfois mĂŞme assez laid mais qui n’est en fait l’expression des sentiments et de l’imaginaire d’une adolescente marquĂ©e par son père. Jackson nous rappelle aussi sa maĂ®trise et son amour du cinĂ©ma notamment dans ce travelling Ă©trange de Susie parcourant plusieurs paysages.

La virtuositĂ© la plus palpable de Jackson rĂ©side dans la tension : la scène du meurtre bouleverse par son dĂ©coupage (avec la famille de Susie Ă  table) et son inĂ©luctabilitĂ©. Le suspense devient Hitchcockien dans la maison du meurtrier et son plancher qui grince. Toutes les scènes avec le meurtrier (Stanley Tucci, excellent), sont inquiĂ©tantes et parfois mĂŞmes insoutenables dans les non dits et la sensation de peur et d’Ă©crasement. Lovely Bones prend alors des aspects de thriller fantastique, sans vĂ©ritables indices mais Ă  travers des convictions et des sensations que le père et la soeur de Susie ressentent sĂ©parĂ©ment.

Bien que tournĂ©e comme un thriller, la scène clĂ© du film est une rencontre qui n’avait pu avoir lieu. Cette sĂ©quence est aussi dĂ©rangeante que futile au vu des enjeux et de la tension qu’impose Jackson sur un coffre-fort mais elle est finalement Ă©mouvante et profonde. Elle nous ramène aux dĂ©sirs premiers de Susie et au vrai thème du film : l’adolescence. Je ne peux que la lier Ă  l’accroche sur l’affiche de CrĂ©atures CĂ©lestes : la tendre histoire vraie d’un crime abominable.

Alors si le dĂ©roulement peut nous perdre un peu, ou du moins alterner des scènes sublimes (le champs de mais avec le père poursuivant le meurtrier, la dĂ©couverte de la vie de ce dernier par Susie dans son purgatoire) avec des acteurs parfaits (Mark Wahlberg et Saoirse Ronan) et des moments plus en retrait (Rachel Weisz et Susan Sarandon n’ont pas les meilleures parties), Lovely Bones est un film aux thèmes profonds et intelligemment traitĂ©s qui nous accompagnent après la sĂ©ance de cinĂ©ma, ce qui n’est pas si Ă©vident. Lovely Bones est bien une rĂ©ussite. Peter Jackson accumule les visions magnifiques et manie les tensions les Ă©motions avec adresse et audace. Un vrai bon cinĂ©aste.

 Par Pascal     1 commentaire9 mars 2010    Catégories: Articles CinĂ©ma Thriller

Gainsbourg (vie héroïque) (2009) de Joann Sfar

Je n’avais vu qu’une poignĂ©e de photos de ce biopic français sur la vie d’un cet artiste singulier. Par contre, difficile de ne pas passer Ă  cĂ´tĂ© de la mĂ©diatisation du film qui est sortie du classique affiche de cinĂ©ma et presse spĂ©cialisĂ©e. L’acharnement de Joann Sfar Ă  dire qu’il ne s’agit pas tout Ă  fait de la vie de Gainsbourg, que c’est « un conte de Joann Sfar » (ajout Ă  la demande de Jane Birkin) mais que, malgrĂ© tout, ces mensonges peuvent faire surgir le vrai Gainsbourg m’a quelque peu soĂ»lĂ©. Je connais assez peu de biopic qui n’essaient pas de faire ressortir la vraie personnalitĂ© de l’homme/femme qu’ils dĂ©crivent. L’approche du rĂ©alisateur est certes originale, iconoclaste mais le but est le mĂŞme, classique. Ce mĂ©lange j’assume/j’assume pas est un peu difficile Ă  tenir. Et j’ai encore un peu de mal Ă  digĂ©rer l’auto-citation très Alain Delon dans le gĂ©nĂ©rique de fin.

Mais l’oeuvre elle-mĂŞme ? Elle est rĂ©ussie. Je ne m’attendais pas Ă  grand chose et le dĂ©but, toute l’enfance de Gainsbourg, est formidable. C’est une vie onirique vue comme un fantasme d’oĂą vont naĂ®tre tous les gainsbourg : le juif, le pianiste, le sĂ©ducteur, gainsbarre… l’apparition en arrière-plan de son alter ego (une marionnette) puis sa charge frĂ©nĂ©tique au piano (son père : « tu joues mieux la nuit » !) est le meilleur du film, superbement Ă©clairĂ©. Faussement timide, le gamin Lucien/Serge a du culot et dessine bien les femmes nues lui attirant toute sorte de sympathie (ce qui le sauvera au moment d’une rafle pendant la guerre).

Gainsbourg enfant, c’est l’acteur Kacey Mottet. Il est assez prodigieux, enfantin et espiègle mais dĂ©jĂ  très Gainsbourg, en mesure de voler la vedette Ă  Gainsbourg adulte. Mais l’interprète Eric Elmosnino est lui-mĂŞme Ă©tonnant. Outre le maquillage et la ressemblance physique, il exĂ©cute toute une gestuelle et un langage qui Ă©voluent tout au long du film. Sfar raconte le succès de Gainsbourg par une sĂ©rie de rencontres et de coups de foudre : la danse avec chaque femme qui le sĂ©duit et qu’il sĂ©duit est importante. Javanaise pour Juliette Greco, yĂ©-yĂ© pour France Gall, slow dans une boĂ®te gay pour Birkin, danse lascive et libre pour Bardot (Laetitia Casta est formidable, Sfar a sur retranscrire tout le choc de la chanson initials B.B. lors de son arrivĂ©e sur le palier de l’appartement de Gainsbourg), boĂ®te de nuit aux lumières dures pour Bambou.

La reste est une solitude Ă©trange et des provocations diverses. Sfar ne montre pas frontalement, comme Leaving Las Vegas, l’alcoolisme (quel intĂ©rĂŞt au fond ?) mais sa mise en scène de plus en plus saccadĂ©e, comme si Gainsbourg avait de moins en moins de moments de luciditĂ©, semble traduire la fuite dans les spiritueux. Et on allume une quantitĂ© astronomiques de clopes dans ce film.

Au final, Gainsbourg (vie hĂ©roĂŻque) est un bon biopic avec une bonne moitiĂ© vraiment enlevĂ©e et un dernier tiers plus triste, moins captivant. Il faut dire que je n’aime pas le reggae et sa reprise de la Marseillaise, qui a visiblement choquĂ©, est surtout pĂ©nible Ă  Ă©couter. Sfar sait toutefois rester très sensible. Il peut ĂŞtre fier de son film et de sa vĂ©ritĂ© sur Gainsbourg.

 Par Pascal     Commenter6 mars 2010    Catégories: Articles Biopic CinĂ©ma

Le Livre d’Eli (2010) de Albert et Allen Hughes

Quelques mois après La Route un autre film post-apocalyptique dĂ©barque sur les Ă©crans : Le Livre d’Eli soit la longue marche d’Eli muĂ© par une volontĂ© de faire parvenir son seul livre, une Bible, Ă  destination Ă  travers un monde dĂ©vastĂ©.

Contrairement Ă  La Route, il ne reste pas que deux balles dans le revolver d’Eli et il sait aussi se servir d’un couteau. Le meilleur du film sont ces scènes d’action qui sonnent toutes comme des règlements de compte, vifs et prenants. La fusillade autour de la maison (en aller-retours type travelling incessants ?!) est un très grand morceau de bravoure. Les frères Hughes empruntent au western, bien sur, mais aussi Ă  divers genres de films d’arts martiaux avec un homme (Denzel Washington) se servant de tous ses sens pour exĂ©cuter des gestes prĂ©cis et fatals.

La toile de fond est ce monde apocalyptique oĂą règne la cruelle loi du plus fort. La scène oĂą Eli assiste Ă  un viol en se suppliant de ne pas intervenir est douloureuse. Le Livre d’Eli alterne les bonnes idĂ©es (le traitement des cannibales et les mains qui tremblent, l’usage des lunettes de soleil et les aveugles) et des invraisemblances qui laissent perplexe Ă  l’image de l’hĂ©roĂŻne (Mila Kulis, craquante dans Sans Sarah, rien ne va, un peu moins ici sauf dans sa petite robe) en pantalon slim sexy dans le chaos. On me rĂ©pondra Ă  raison que si le monde explose demain, les magasins seront remplis principalement de ce type de fringues. Et il y a aussi ce curieux paradoxe de trouver des Ă©tendues verdoyantes abandonnĂ©es alors que le reste de l’humanitĂ© s’entassent au milieu du dĂ©sert. RadioactivitĂ© peut-ĂŞtre mais dans ce cas, je ne ferai pas coucher mes hĂ©ros dans une centrale nuclĂ©aire.

Cela ne gĂŞne tout de mĂŞme pas pour suivre la quĂŞte mystique d’Eli. L’affiche de A Boy and his dog (un homme et son chien communique par tĂ©lĂ©pathie dans un monde post-apocalyptique) dans une chambre sonne comme une note d’attention sur les capacitĂ©s hors norme du hĂ©ros, accentuĂ©e par une conclusion quelque peu inattendue (avec un Malcom McDowell assez grotesque) mais qui touchera ceux qui sont sensible en cette foi qui transporte les montagnes. Dans ce rĂ´le, Denzel Washington est exemplaire en tout point et iconique quand il recule dans la pĂ©nombre le couteau Ă  la main. Gary Oldman retrouve quant Ă  lui un rĂ´le de vrai mĂ©chant qui lui colla Ă  la peau dans les annĂ©es 90. J’ai mĂŞme cru une bonne minute qu’on allait avoir une redite du Cinquième ElĂ©ment lorsqu’il ouvre une boĂ®te prĂ©cieuse. Pour les amateurs de la sĂ©rie Rome, on retrouve l’excellent Roy « Titus Pullo » Stevenson dans le rĂ´le du bras droit un peu sous-exploitĂ©.

Pour rĂ©sumer, Le Livre d’Eli est plus accessible et moins sordide que La Route. Plus fun, plus sexy (c’est pas Charlie et ses drĂ´les de dames non plus hein), moins dĂ©primant, moins contemplatif. Les deux films sont bons mais disons que celui-ci se reverra beaucoup plus facilement.

 Par Pascal     Commenter2 mars 2010    Catégories: Apocalypse Articles CinĂ©ma

Billets suivants Billets précédents


Meta

Auteurs

Catégories

Les derniers articles

Archives mensuelles

Liens