Tout en n’étant pas une adaptation d’un conte des mille et une nuits, Le Voleur de Bagdad raconte précisément l’histoire d’un voleur libre et rigolard dans l’orient des califes transpercé par l’amour qu’il porte à la princesse au point de se dépasser et devenir un héros pour la conquérir.
Le Voleur de Bagdad est un film muet de 1924 de Raoul Walsh. Mais Walsh ne fut sans doute pas le principal visionnaire de ce conte. C’est son ami et star Douglas Fairbanks et le directeur artistique William Cameron Menzies qui oeuvrèrent le plus pour le film. Egalement auteur de l’adaptation, Fairbanks est la grande vedette de ce swashbuckler passant la moitié du métrage torse nu avec un sourire et un rire ravageurs et des postures de géant. Il fait de son corps un objet aérien, sautant avec élégance au travers de rampes, balcons et autres murs.
William Cameron Menzies quant à lui, qui officiera plus tard dans Autant en emporte le vent, dresse des décors à la hauteur des enjeux qui se jouent (la bataille des prétendants pour une princesse et accessoirement, le contrôle de Bagdad). Dans un format presque carré, la plupart des décors sont incroyablement verticaux et fastueux. Ils écrasent les personnages comme si le spectateur regardait un opéra. Dans ce blockbuster à deux millions de dollars, ce qui en 1924 est une sacré somme, les changements de décors sont incessants. Il ne se passe pas cinq minutes (vraiment) sans que nous découvrions un nouveau et impressionnant tableau, Bagdad et son palais en tout premier lieu mais aussi celui d’un roi mongol, d’autres dans les profondeurs des océans et dans les nuages lunaires. Dans les plans plus rapprochés, ce sont les costumes, barbes et épée qui prennent de la hauteur : stylisé à outrance, Le voleur de Bagdad est visuellement impressionnant (pour peu qu’on ne soit pas hérmétique au muet et à des films qui, malgré tout ce qu’on pourra en dire, font leur âge).
A décors multiples, péripéties multiples : à la première partie, presque d’exposition comparée à la suite, où le héros, incroyant et égoïste, se remet en question en se tournant vers la religion et un imam bienveillant, survient une chasse aux trésors frénétique où les morceaux de bravoures s’accumulent sans temps mort et où les effets spéciaux (le tapis volant), les transparences (le pouvoir d’invisibilité) rendent le spectacle étonnant. Je pense que les enfants adoreraient sincèrement. Voir Fairbanks sautant à travers les flammes et les monstres, courant dans des décors immenses renvoient directement au jeu Prince Of Persia. En fait, cette variété d’épreuves, le rapport hauteur du décors/hauteur du personnage très élevé, impensable sur une telle durée de nos jours, l’expressivité et les postures exagérées des acteurs propre au muet préfigurent le style des jeux de plate forme type Super Mario.
Aux côtés de Fairbanks, il y a la princesse interprétée par Julanne Johnston mais il y a surtout son esclave/traitre Anna May Wong, actrice américaine d’origine chinoise, crèvant extraordinairement bien l’écran et au look ovniesque. Dans un Hollywood encore habitué à grimer les blancs pour les transformer en minorités visibles, l’actrice put hériter de rôles où une asiatique était requise, de quoi lui donner une notoriété inespérée à l’époque. Dans Le Voleur de Bagdad, elle est remarquable en traitresse, ou patriote selon le camp.
Attention toutefois à la version : celle, gratuite, sur archive.org semble être un enregistrement avec logo et sous-titres en espagnol. L’image m’a paru correcte quoiqu’en voyant des photos de tournage, c’est plutôt médiocre en fait. Plus embarrassant, la musique est une partition très insipide à l’orgue (datant de 1974 d’après le générique) alors que d’autres versions restaurées ont repris les partitions originales, bien meilleures d’après dvdclassik.
Richard Coeur de Lion parti en croisade, le Prince Jean met la main sur la couronne britannique et se prend dans une frénésie taxatoire digne de l’état français. Heureusement, Earl d’Huntington revient au pays pour mettre de l’ordre.
Annoncé au générique puis à nouveau dans l’intertitre (!), Douglas Fairbanks est Robin et bien la star du film, statut qu’il s’amuse à mettre en abîme quand les courtisanes de Lady Marianne (jouée par Enid Bennett qui se maria à deux réalisateurs majeurs du muet : Fred Niblo et Sidney Franklin, cela aide pour les rôles) l’entourent comme des fans en furie. Film précédant Le Voleur de Bagdad, ce Robin des Bois est une superproduction ressemblant sur la forme à d’une répétition générale avant le chef d’œuvre avec des grands décors monumentaux et verticaux (moins systématiques cependant que Le Voleur…), des filtres colorés et un grand sens du spectacle.
Le film d’Allan Dwan se démarque du Robin des Bois de Michael Curtiz par une histoire plus centrée sur Richard (impatient, rigolard et guerrier comme sera celui de DeMille dans Les Croisades), la chevalerie et la croisade, Robin devant se mettre hors-la-loi non seulement aux yeux du Prince Jean mais aussi de son roi. Fairbanks crée alors sous nos yeux le personnage de Robin des Bois jouant beaucoup sur les apparitions masquées ou dans l’ombre (c’est superbe). Comme un voleur en quelque sorte. Il n’hésite pas non plus à surenchérir dans le comique proche du cartoon. Il se déjoue ainsi de dizaines d’hommes à la fois et appose sa signature comme on colle un poisson d’avril dans le dos tandis que Petit Jean (Allan Hale qui jouera dans plusieurs films avec Errol Flynn dont Petit Jean dans le Robin des bois de Curtiz !) fait voler les adversaires et assomme les soldats ennemis attaquant en file indienne !
Parallèlement, la prise de pouvoir de Jean donne lieu à des séquences morbides avec pendaisons abruptes. Là encore, plus qu’un mélange de genres, on assiste à un mélange de sensibilités, Robin Des Bois faisant le grand écart entre cartoon pur et cruauté. Frénétiques, les vingt dernières minutes donnent le frisson, avec une ascension d’une tour (qui sera aussi reprise dans le film avec Errol Flynn), et nous font ressentir le vrai cinéma. Moins flamboyant que Le Masque de Fer, moins formellement abouti que le Voleur de Bagdad, Robin des Bois demeure un spectacle de tout premier ordre.
Star du cinéma d’aventure, l’inventeur plus ou moins du Swashbuckler au cinéma, le virevoltant Douglas Fairbanks s’empare de la légende de Zorro. Je connaissais le Douglas Fairbanks bondissant, il fait ici des merveilles dans ce Signe de Zorro, mais le double rôle Zorro/Diego permet de voir Fairbanks sous un angle comique inattendu. Don Diego ne peut révéler son identité secrète et donc révéler son amour à Lolita (Marguerite De La Motte). Toutefois, ses allures de minet, ses mouchoirs livrent un sous-texte homosexuel assez gonflé surtout quand il n’accepte un mariage que par dépit : »My father insists that i get married. It’s an awful nuisance… but i suppose one must please one’s father ». Les intertitres sont d’ailleurs parmi les plus drôles que j’ai lus dans un film muet. Le secret de Don Diego ne serait donc pas d’être Zorro mais d’être gay !
Sa relation avec son père, qui considère Diego comme un faible, est également intéressante. Fairbanks trouve les mines les plus justes et touchantes dans les scènes plus graves, parfois assez douloureuses. Et évidemment, il est un Zorro crédible et magnifique. Peu avant sa première apparition, quand Diego sort d’un bar dans l’ombre, de dos avec son manteau noir, il est déjà Zorro. Il est même un Zorro quelque peu frivole au début et assez peu concerné par le sort des pauvres si ce n’est par son discours (un politicien quoi) mais arrange tout sur la fin en ralliant à sa cause les nobles de Californie (!). Moment drôle, ou cynique : quand il part libérer ses alliés et sa belle de prison, il ne libère pas tous les prisonniers de la cellule, les laissant à leur triste sort !
Derrière la caméra, Fred Niblo laisse Douglas Fairbanks assurer le spectacle mais impose quelques scènes excellentes typiques de l’époque d’où peut jaillir une violence inattendue (les coups de fouet sur le moine) et un travail sur les ombres ici très réussi. Accusant parfois son âge, nanti d’une musique un peu kitch, Le Signe de Zorro avec son joli dernier moment romantique (avec un baiser « au mouchoir ») est un bon film d’aventure, à voir pour un Douglas Fairbanks « total ».
Chef d’oeuvre. Ceux qui ne voient dans le cinéma français des années 80 qu’une succession de films auteurisant bas de gamme et de grosses comédies doivent voir ce joyau de Claude Miller et, pourquoi pas, son meilleur film (j’ai vu six films du réalisateur). Il faut prendre ce titre, Mortelle Randonnée, au pied de la lettre puisqu’il s’agit de l’Oeil (Michel Serrault), détective devenant ange gardien, suivant Catherine (Isabelle Adjani). La jeune femme est prise dans une spirale meurtrière, parcourant une Europe désenchantée où l’on croise des personnages drôlement déconcertants (et des acteurs tous authentiquement incroyables) avec des noms à l’avenant : Madame Schmidt-Boulanger, Ralph Forbes, Michel de Meyerganz, Cora Palenbrg, Voragine…
A l’écriture, Audiard père et fils donnent le meilleur d’eux-même pour adapter ce roman de Marc Behm, écrivain vraiment intéressant (au vu de son interview dans le bonus du DVD). Son histoire fut prévue pour le cinéma mais dont il fit un livre suite au manque de motivation des producteurs US (l’adaptation sera finalement faite en 1999 avec Voyeur de Stephen Elliott avec Ewan McGregor) . Si le propos est grave, la dialogue est réjouissant à l’extrême, très souvent drôle mais aussi poétique et triste, culte en fait. La première scène, au téléphone, est extraordinaire et met les pieds dans le plat : l’obsession de l’Oeil pour retrouver/fantasmer sa fille décédée (Serrault et Audiard en ont chacun fait l’amère expérience quelques années auparavant). Un mélange de désabusement et d’amour paternel, protecteur et attentif, traverse le personnage de Michel Serrault dans ce qui est, pourquoi pas, son meilleur rôle (j »ai vu a vingt-deux films de l’acteur). Ce cocktail troublant associé à la personnalité insaisissable de Catherine, femme fatale en puissance aux mille visages, confère au film une ambiance profondément étrange.
Avec un sujet complexe et un dialogue de ce niveau, Claude Miller se devait de soigner sa mise en scène. Avec un budget conséquent, il nous promène dans toute l’Europe avec des décors chiadés aux mille détails où les télés ne passent presque que des images d’animaux comme de curieux aquariums. Les images, magnifiés par Pierre Lhomme (qui officiait aussi sur l’Armée des Ombres), saisissent des instants admirables. L’apparition d’Adjani près d’un manège rappelle par sa fulgurance, son montage abrupt et son côté clinquant (c’est bien une star qui surgit de l’écran) celle d’Orson Welles dans Le Troisième Homme (la première fois que je voyais un film avec lui en plus, quel choc). Miller donne aussi à Mortelle Randonnée des allures de film noir, de thriller (le meurtre à la Psychose dans la piscine, le règlement de compte avec les maîtres chanteurs) tout en nous entraînant (enfermant ?) au cœur de l’esprit du détective où se chevauchent absurde (le saut dans la piscine) et fantastique (instants « autres », télépathie).
Alors qu’il reprenait l’équipe gagnante de Garde à vue, sortie l’an passé, avec le quatuor Miller/Audiard/Serrault/Marchand, ce film fut un échec complet à sa sortie. Adjani empocha le césar de la meilleure actrice mais pour l’Eté Meurtrier, tandis que l’on célébrait A nos amours de l’auteuuuur Pialat (la bande-annonce laisse songeur). Mortelle Randonnée n’est cependant pas un film qu’on risque d’oublier.
L’introduction est géniale. Alors que Vladimir Cosma reprend, peut-être ironiquement, le Bernard Herrmann de La Mort aux Trousses, nous assistons à une course poursuite en pleine ville et une mise à mort filmée dans le film. La mise en scène est brute, agressive. Implacable comme du Costa-Gavras. J’adore ça. Le Prix du danger raconte un futur proche : celui d’une Europe à l’agonie où une chaine de télé pulvérise les records d’audience grâce à un jeu où un candidat est poursuivi par d’autres jusqu’à ce que mort s’en suive… Numéro 42 parmi les candidats, François Jacquemard (Gérard Lanvin) est sélectionné et va se retrouver au coeur d’un jeu abominable.
Il faut absolument revoir ce film qui est d’une troublante actualité. Dans des décors de pays de l’Est (le film est tourné en Yougoslavie), la société décrite semble uniforme, européanisée et surtout à bout de souffle. La pauvreté est partout et il y des licenciements économiques et un ministre du chômage, une monnaie unique (le dollar !), l’accès aux armes à feu, l’euthanasie (ou « suicide librement consenti » !). En parallèle, Boisset décrit à travers la chaine de télé produisant le Prix du danger une société du fric facile et de l’appât du gain, de l’audience reine et des patrons complaisants décidant littéralement du sort des autres dans leur tour de cristal. Une partie du film se déroule donc dans le bureau du président de la chaîne (Bruno Cremer) avec son staff.
Pour illustrer son propos, Boisset est direct et use aussi d’un humour odieux et génial. Ainsi, quand l’avion d’un candidat s’écrase, entraînant sa mort, le présentateur du jeu s’exclame : »C’est la dure loi du sport ». L’animateur superstar, c’est un Michel Piccoli exceptionnel, s’enflammant et cabotinant à outrance pour ce jeu de télé-réalité voyeur à la publicité omniprésente et ultra criarde. Dans le rôle très physique du candidat, Gérard Lanvin est énorme, héros attiré par le pognon et qui n’a pas grand chose à perdre, devenu enragé par le système et ses règles.
En plus de Piccoli, Cremer ou Lanvin, Le Prix du Danger est un festival de tronches des années 80 avec un casting de tueurs remplis de violence et prêts à l’extérioriser, et un quatuor de femmes : Gabrielle Lazure, Andréa Férréol, Catherine Lachens (vu en camionneuse nymphomane dans Je suis timide mais je me soigne) et Marie-France Pisier. Malgré un certain préci-précha de mauvais aloi en court de route, Pisier, qui était insipide de l’As des As, trouve ici un rôle vraiment mémorable et glaçant, en phase avec son allure et ses cheveux impeccables. Le final, via son discours horriblement sincère, est terrifiant.
En transposant un thème de cinéma vieux comme Les Chasses du Comte Zaroff à la télévision, Yves Boisset livre un film puissant et sans concession, expression galvaudée convenant tout à fait au Prix du Danger. Et mine de rien, au delà des tics et trucs des années 80, il pousse à l’extrême des constats de son époque et finit par préfigurer notre propre société. On peut bel et bien parler d’un film visionnaire.
Je ne suis pas sur d’être un grand fan de la période années 80 de Belmondo. Disons que j’ai vu six de ses films : Le Guignolo, Les Morfalous, Joyeuses Pâques, Hold-up, Itinéraire d’un enfant gâté et donc L’As des As. Ils ne tiennent pas tous la comparaison avec sa filmo des décennies précédentes. Mais l’acteur n’a vraiment pas à rougir non plus. A défaut de m’exalter, ces films constituent de bons divertissement (sauf Joyeuse Pâques qui n’est pas bien bon malgré, et un peu à cause de, Sophie Marceau).
Pas de surprise avec L’As des As, gros succès à sa sortie, qui fait presque figure de modèle de la période. Tout le film gravite autour de la star ici entraîneur de l’équipe olympique de boxe et entraînée dans le sauvetage de juifs dans l’Allemagne de 1936. En dehors de Belmondo, il n’y a pas grand chose si ce n’est l’illustration d’une belle amitié entre lui et un officier nazi (Frank Hoffman), amitié forgée lors d’un combat aérien pendant la première guerre, et qui donne un état des lieux de la nation sous Hitler avec un peuple enthousiaste, galvanisé. Le gamin (Rachid Ferrache) fait ce qu’on attend de lui et l’humour potache se paye la tronche des nazis un peu comme dans Papa Schultz avec par exemple un seul acteur (Günter Meisner) interprétant Adolf Hitler et sa sœur… Enfin, Marie France Pisier est jolie mais mauvaise. Absolument.
L’As des As demeure quand même amusant et l’abattage de la star toujours aussi réjouissant et drôle porté par une musique solide de Vladimir Cosma. Il nous gratifie en outre de quelques belles prouesses physiques et acrobatiques notamment en avion et c’est vraiment impressionnant. Bref mais impressionnant. On a juste le temps de faire un « oh! » puis ensuite prendre la mesure de ce que nous venons de voir. J’adore ça.
Je crois aimer Claude Lelouch. Je n’ai pourtant vu que sept de ses films. J’avais conservé un bon souvenir de celui-ci en l’ayant toutefois un peu oublié. Et pourtant, la première partie est vraiment mémorable. La mise en scène de Lelouch est aussi vertigineuse que les prouesses des artistes de cirque qu’il filme. Les allers-retours temporelles sur cette mort qui n’en ai pas une foisonnent jusqu’à la rencontre en Afrique entre un homme d’affaire, Sam Lion, fuyant le monde et sa famille (Belmondo) et un jeune homme maladroit mais décidé (Richard Anconina).
Belmondo est vraiment bon dans ce film dans un rôle d’un homme marqué, enfant gâté qui a tout vu et vieux sage un poil têtu, ce pourquoi il essaye de reprendre les affaires de son ex-entreprise, maintenant en difficulté, en mains par l’intermédiaire d’Anconina. J’ai peu de souvenirs de Tchao Pantin donc je me laisse croire que c’est le meilleur film d’Anconina. Leur histoire commune est tendre et le film est souvent amusant à l’image la scène anthologique où Sam Lion explique à son protégé comment ne pas avoir l’air étonné. On n’oubliera pas pour autant les seconds rôles, formidables, avec une mention spéciale à Daniel Gélin, en père blasé et heureux.
Et il y a cette touche personnelle, propre à Lelouch je pense, à trouver la légèreté dans des situations casse-gueules (les retrouvailles) et inventer des personnages tourmentés d’où ressort paradoxalement du bonheur et du plaisir. Le réalisateur est bien un amoureux de la vie même quand il rencontre le pire dans la chute glaçante de Partir Revenir. Itinéraire d’un enfant gâté est un beau film.
Uwe Boll troisième ! Malgré un acharnement critique, et publique, Uwe Boll revient en fanfare au cinéma début 2008 pour sortir dans plus de 1500 écrans aux US (un blockbuster c’est 3000) ce gros projet d’heroic fantasy à 60 millions de dollars. Je veux bien que les films de Boll ne soient pas des fours financiers complets mais son financement, à base d’astuces fiscales en Allemagne paraît-il, demeure quelque peu nébuleux. Sans surprise, King Rising fut un échec complet, ne dépassant pas les 10 millions de dollars de recette sur le sol américain.
Et toujours sans surprise, le film est très mauvais. Mais à la différence de BloodRayne, le film ne dispose d’aucun niveau de lecture « nanar » et d’aucun plan fesse ou gore, la faute à ce gros budget justement qui impose que le film soit visible par le plus grand nombre. Le film est long et ennuyeux. Les scènes de bataille sont mornes, une sorte de spectacle de marionnettes. Les nombreux plans larges avec beaucoup de figurants tout comme les « chorégraphies » n’apportent aucune ampleur, aucune émotion. L’histoire n’est que bavardage, acteurs récitants leurs répliques (la manière classique pour Boll de diriger son casting ?) et cabotinages pesants. Le vacuité en somme. Le vide. L’état français n’aurait pas fait mieux avec tout cet argent.
Il ne reste au spectateur courageux (ou bête) que deux moyens de se divertir : l’histoire et le casting. King Rising dispose comme BloodRayne d’un casting délirant : Jason Statham, Ron Perlman, Ray Liotta, Burt Reynolds, Claire Forlani, Leelee Sobieski, Kristinna « Rayne » Loken, Matthew Lillard, John Rhys Davis… Les impôts sont-ils passés par là ? En tout cas, ils sont uniformément nuls. Matthew Lillard est le seul à ne pas sortir de la torpeur générale et semble se toujours croire sur le tournage de Scoubidou.
Quant à l’histoire, King Rising est littéralement la version du Seigneur des Anneaux d’Uwe Boll. On peut donc s’amuser à trouver dans le film les nombreux points communs. Les orcs sont remplacés par des hommes chien (notons que nous ne voyons jamais plus d’une demi-seconde un gros plan de ces créatures – problèmes de maquillages foireux ? En fait, il s’agirait plutôt de masques), Saroumane et Sauron sont remplacés par Gallian (Ray Liotta) qui effectue ses combats à distance, le héros va devenir roi, les elfes sont représentés par des peuples de la forêt acrobates (et pathétiques), Gandalf est remplacé par Merick (John Rhys Davies qui passe donc du très haut au très bas dans le même genre puisqu’il a un des rôles principaux du Seigneur des Anneaux)… etc. C’est un peu amusant. Mais tout ceci ne fait pas un film. Je déconseille vivement ce film pénible à tout amateur de bon film, bien sur, mais aussi aux amateurs de nanars qui se rabattront avantageusement sur BloodRayne s’ils veulent découvrir l’ « œuvre » d’Uwe Boll.
Mon deuxième film d’Uwe Boll ici dans le genre qui le rendit plus ou moins célèbre : l’action. Ici, nous sommes dans l’heroic fantasy avec une héroïne, Rayne (Kristanna Loken), une femme mi-vampire, mi-humaine (un damphire, dont j’apprends le terme), cherche à vengeance et part en quête pour tuer son géniteur (Ben Kingsley). Il se trouve être le super vilain souhaitant soumettre le monde. Mais c’est sans compter sur Rayne donc et une poignée de combattants emmenés par Vladimir (Michael Madsen).
Et pour le coup, il faut bien convenir que le « spectacle » est vraiment gratiné alignant les grosses ficelles, les ellipses douteuses, les fautes de montages, la caractérisation étrange des personnages (on ne sait jamais trop ce qui les motive) et les retournements de situation les plus navrants avec un soucis du non spectacle qui fait presque plaisir à voir. Oui, BloodRayne fait bien partie de ces nanars « si mauvais qu’ils font rire ». Dans le genre, on retiendra les combats à l’épée qui semblent improvisés, je veux dire que je pense être meilleur que Rayne au sabre, mais aussi l’aspect bien gore crade du film avec nombre importants de décapitations et d’effets sanguinolents notamment lors de l’attaque du couvent. Il y a aussi la surprise de voir un casting prestigieux : Kristinna Loken (la terminatrix de Terminator 3), Michael Madsen, Udo Kier, Meat Loaf, Billy Zane, Michelle Rodriguez, Geraldine Chaplin, Ben Kingsley… ouf ! La plupart sont en roue libre et certains se contentent tout simplement de marmonner leurs répliques comme une simple récitation (véridique : Michael Madsen fait vraiment ça). C’est assez stupéfiant à voir. Ajoutons à ce cocktail un peu de fesse, avec un léchage de téton que je trouve plutôt anthologique (surtout quand on regarde le film dans un train bondé), pour conclure que, ma foi, voir BloodRayne ne fera sans doute certainement pas plus perdre de temps au spectateur que la vision d’un film français standard sorti la même année (reconnaissons que BloodRayne bénéficiait quand même d’un budget confortable de 25 millions de dollars).
Petit détail : j’ai vu la version « Unrated ». Je ne sais pas trop ce qu’elle comporte mais je me demande si toutes les scènes encore plus gores ont été ajoutées à la fin. A l’issue du métrage, nous voyons Rayne se poser en vainqueur sur le trône puis fixer un point derrière la caméra. Et le montage fait resurgir plusieurs scènes du film avec des plans très gores (vraiment dégueu) pour revenir au visage de Rayne et au générique. C’est un peu comme si nous avions eu droits aux scènes coupées pendant la fin du film. Incroyable !
Mieux vaut lire nanarland pour en savoir plus (et mieux).
Le réalisateur Uwe Boll s’est taillé au fil des années une solide réputation de plus mauvais réalisateur du monde, une sorte d’Ed Wood des années 2000. J’ai entendu pour la première fois parler de lui pour House of the Dead. Le film avait mauvaise réputation mais en même temps, rare sont les adaptations de jeux vidéos qui ont bonne réputation. Le film ne rapporta pas beaucoup d’argent mais apparemment suffisamment pour rentrer dans ses frais d’après IMDB.
La production suivante du réalisateur fut une nouvelle adaptation de jeu, celle du célèbre Alone in the Dark. Budget confortable (20 M$) et casting solide : Christian Slater, Stephen Dorff et une Tara Reid essayant de se diversifier après pas mal de comédie pour ado. Le film est un four au Box Office et surtout un four critique. Mais Uwe Boll se spécialise pourtant dans le genre et continue d’enchaîner les films d’action parfois relativement onéreux :In the Name of the King: A Dungeon Siege Tale coûte quand même 60 M$. Tout une communauté d’internautes engagea une véritable campagne de dénigrement systématique, lui suppliant même d’arrêter le cinéma. Uwe Boll les provoque en les défiant alors à un combat de boxe. Ceux qui acceptèrent se prirent alors un coup de Boll, plutôt un signe de malchance ici. Et Uwe Boll poursuit avec une assurance insolente sa carrière. Ca mérite qu’on s’y attarde.
Mon premier film de Uwe Boll est donc Postal soit une « grosse » comédie mêlant terrorisme, religion, politique et american way of life et un peu LE film d’Uwe Boll. Dans la ville de Paradise, Dude est un chômeur marié à une obèse lubrique et vivant dans une caravane. Cherchant à se sortir de là, il s’allie à ami devenu gourou d’une secte pour voler des caisses d’une célèbre poupée allemande, Krotchy Dolls, qu’ils pourront vendre à prix d’or aux enchères. Mais des terroristes islamiques emmenés par Ben Laden, vivant aux USA, ont la même idée, en vue d’un attentat à l’arme bactériologique.
Comme une sorte de réponse à la célèbre saillie d’Audiard, Uwe Boll ose tout : terroristes demandant à Ben Laden le nombre exact de vierges au paradis avant de s’écraser sur une tour du WTC, massacres d’enfants et d’handicapés dans un parc d’attraction, scènes de sexe avec une obèse (farine inclus)… et donc l’accroche du film : Bush et Ben Laden gambadant main dans la main. C’est peu de dire que le film est plus provocant, et vulgaire, que drôle. On ne rit d’ailleurs pas beaucoup, surtout quand on regarde le film dans un Thalys entouré d’hommes et femmes d’affaire. La surenchère permanente (la fusillade à la sécu US est plutôt drôle), quelques plans sexy et la trajectoire vengeresse du Postal Dude constituent malgré tout un plaisir coupable pour les amateurs.
Bande-annonce (qui annonce vraiment la couleur, j’aime bien l’encouragement final de Ben Laden sur le film) :