Miss Hodge
La saison 3 de Desperate Housewives commence chez Orson Holmes, interprété par Kyle MacLachlan que je suis toujours heureux de retrouver même s’il faut tristement reconnaître qu’il risque de demeurer à jamais Dale Cooper pour moi. Sa femme subit ses excès d’hygiène. Sa seule liberté est un perroquet vert dans une cage comme elle et comme nous l’assène très « subtilement » un joli plan et la voix off. Il faut donc qu’elle parte ou plutôt qu’elle s’évade.
A peine son mari part pour son travail qu’elle prend ses clics et sa cage pour s’enfuir. Bien sur l’oiseau fait aussi des siennes tandis qu’Orson revient car son costume est taché. Le quiproquo et la confrontation sont inévitables…
Peu après, une voisine entre sans frapper, une de ces langues de vipère sournoise comme la série en comporte des dizaines (ne surtout pas se plaindre car elle sera le sommet de la série). A se demander si Desperate Housewives est vraiment une série féministe ou terriblement, tragiquement, réaliste avec presque que des femmes odieuses, dominatrices, castratrices ou/plus souvent et rancunières créant une société matriarcale fondée sur le soupçon et l’hypocrisie. Moi ça me fait froid dans le dos. Bon, trêve de plaisanterie (mais est ce drôle ?).
Elle surprend donc Orson entrain de récurer la maison et il lui fait part du départ de sa femme. Le doute s’instaure…
Et c’est reparti pour une troisième saison rocambolesque avec toujours plus de coups de théâtre et d’outrances. Ce n’est pas la première série qui nous fait le coup de la surenchère, c’est même classique : 24, Urgence, Nip/Tuck (Lire Robert Cash) le font aussi pour ne citer que celles qui me viennent a l’esprit. Tout n’est au fond qu’une question d’adhésion. Eh bien voilà, je n’adhère plus après l’enthousiasme puis l’habitude.
Je vais particulièrement m’attarder sur la trois premiers épisodes de cette troisième saison. Pas vraiment de spoilers puisque on a déjà vu la même chose lors de la saison précédente.
On ressent en effet une grosse sensation de déjà vu. En vrac, Susan est folle amoureuse de son plombier dans le coma et veille sur lui à l’hôpital avec dévouement. Mais telle une femme dont le mari est au front, elle se jette dans les bras du PREMIER venu avec ses états d’âmes d’ado et ses gaffes à répétition. Ca durera toute la saison soit l’archétype de la vraie fausse amoureuse « on reste ami »-girl. Presque une preuve par l’absurde que les seuls vrais romantiques sont des hommes : ça c’est une théorie perso fondée sur cette observation : c’est l’homme qui généralement crée le romantisme, la femme n’est qu’une « cliente ». Bon je ne suis pas sociologue (heureusement). Ce fait sera toutefois un peu démenti lors d’une véritable jolie séquence de mariage dans le dernier épisode.
Sinon les Solis sont en instance de divorce et Gabrielle vit seule avec la bonne chinoise enceinte de leur enfant. Patatra, l’enfant tant espéré n’est pas le leur, il est noir, et du coup pas d’enfant. Comme dans la deuxième saison en somme sauf qu’en plus c’est expédié sans nuance ni même des trémolos. Juste un gag. Un coup, il faut pleurer, l’autre il faut rire. Ha ha.
Gabrielle en profite pour recoucher avec son ex jardinier et amant devenu riche, et fiancé, lors d’une de ces rencontres impromptues dont la série n’a plus le secret tant elle use et abuse de cette ficelle.
Et Bree, ma préféré, que devient-elle? On l’avait vu dans la saison précédente, se laisser séduire par George, un amoureux transi psychorigide, jusqu’à accepter le mariage et se voiler la face malgré les avertissements d’une proche prétendant qu’il est un psychopathe.
Dans la troisième saison, Bree se laisse séduire par Orson, un amoureux transi psychorigide, jusqu’à accepter le mariage et se voiler la face malgré les avertissements d’une proche prétendant qu’il est un psychopathe. Ce qu’il n’est au final pas tant que ça.
Au niveau des intrigues de ces trois épisodes, nous avons aussi droit de voir la fille de Susan, intello propre sur elle, tomber dans les bras du bad boy jusqu’à mettre en balance sa virginité. Entre elle et sa mère, nous sommes exactement entrain d’assister à une illustration de la théorie de l’échelle, pas moins.
D’accord, Desperate Housewives n’a jamais été très nuancé mais on plonge ici dans la grosse caricature. Au sujet d’un cunnilingus, Bree s’exclame : « je ne peux pas faire ça, je suis républicaine » pour finalement courir a l’hosto pour qu’on lui explique qu’elle a eu un orgasme. Sans commentaire.
On sait aussi que chaque événement doit tourner au drame/règlement de compte comme lors de la fête d’anniversaire de Lynette mais c’est l’overdose au mariage de Bree : les flics, la demande de Bree à son mari au moment de l’échange des consentements, les gamineries de Gabrielle et Ricardo, le jeu amoureux entre Susan et un prétendant milliardaire, la pétasse Nora, ennemi de Lynette… Assez.
Au final, ce seront toujours les aventures de Bree qui ont une chance de m’intéresser. Le retour de son fils Andrew n’est au fond pas moins outrancier que les autres rebondissements de la série mais il y a un cote déviant, et non simplement grotesque, un peu plus réjouissant. L’intrigue sur son retour est vite close mais nous avons eu le temps d’apprécier quelques courtes scènes, comme lorsqu’il reconnaît un prof qui fut aussi un de ses clients, et surtout la connivence curieuse, implicite, mais on dirait assez sincère, la sincérité étant plutôt rare dans le show, entre lui et Orson. Comme c’est un personnage masculin, Andrew sera plus en retrait mais son calme et son cynisme, et même simplement sa présence, apportent un peu d’oxygène au show.
Mais à côté, la liste des histoires aussi téléphonées que pathétiques s’allonge. Cette conne de Susan nous évoque ses problèmes d’oreille interne mais c’est surtout l’imagination des auteurs qui fait défaut : ainsi pour fuir sa culpabilité, elle se rend chez un homme amoureux d’elle et lorsqu’elle conclue, Lyle en profite pour se réveiller avec une amnésie partielle qui profite à Edie (idée exploitée le temps de quelques gags) ! Le rythme des événements est frénétique mais cette surenchère de rebondissements et de résolutions tue toute forme d’intrigue. Desperate Housewives les expédie généralement en deux ou trois épisodes (le nouveau voisin, le bébé des Solis, Paul Young en prison, la relation de Zach et Gabrielle…).
Desperate Housewives se voulait aussi une parodie de soap mais au fond, la série est bel et bien un soap deluxe, et sous beaucoup d’aspects, celui de Susan notamment, pas tellement moins transgressif. Et il y a au-moins autant de pathos et de manipulation. Beaucoup de ressorts narratifs de la série reposent sur un plan improvisé, presque toujours malhonnête, par un protagoniste féminin pour parvenir à ses fins ou simplement confirmer un soupçon. Le patho, et même la complaisance, résident aussi dans le fait que les soupçons des femmes désespérées sont trop souvent vrais. Au final, il y a encore plus de psychopathes a Wisperia Lane que de traîtres au CTU.
On peut toujours regarder avec plus de bonnes raisons que la plupart de la production télévisuelle française. Car j’ai continué de regarder bien sur, un peu pour Bree, beaucoup pour ma fiancée qui adore. J’ai écouté d’une oreille un peu attentive car les introductions et les conclusions, narrées par Mary Alice Young (et un invité surprise), sont souvent efficaces. Et puis la série est joliment réalisée et il y a toujours quelques dialogues ou saynètes rigolotes et mêmes quelques réflexions et moments (la très belle mise à nue d’Edie à Carlos) intéressants. Parfois, même une sous-intrigue décolle un peu. Mais le départ de Bree plombe complètement le dernier tiers du show.
Devant tant d’instants improbables et agaçants, difficile de croire cependant que cette troisième saison puisse nous présenter au mieux des épisodes acceptables. Et pourtant, un petit miracle surgit avec l’épisode 7 qui est sans aucun doute le meilleur de toute la série. Non content de nous amuser avec un règlement de compte chez les Solis tout droit sorti du mordant La Guerre des Rose, Bang raconte une prise d’otage improvisée. Desperate Housewives ajoute une véritable folie déviante et une violence encore inédite dans la série avec une femme qui pète les plomb (comme dans Chute Libre). Surprenant et tendu, avec des moments cruels, on y trouve même une Susan pas totalement exaspérante. Le coup du mégaphone est nul mais sa crainte n’est pas déplacée puisque sa fille fait parti des otages. Le climax final révèle un Tom Scavo toujours aussi attendrissant mais surtout une Lynette Scavo (malgré le coup de l’enfant débile au téléphone) au sommet qui transcende magnifiquement la conclusion de l’épisode qui restera une expérience isolée, une oasis dans le désert. Mais on ne va surtout pas faire la fine bouche.







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