Jericho Saison 1 Episode 15
Réalisé par James Whitmore Jr., écrit par Matthew Federman et Stephen Scaia
Appréciation : **
Sans chauffage ni nourriture, quelques habitants de Jericho décident de partir. Au « c’est du suicide de partir » on rétorque « c’est du suicide de rester ». Le drame d’une population à bout.
Alors que le maire Anderson hésite à faire expulser les réfugiés à cause du manque de nourriture, une troupe de Marines arrivent en ville avec un char d’assaut et apprennent à la foule que les USA sont réunifiés et que la guerre contre le terrorisme est un succès après les attaques nucléaires contre l’Iran et la Corée du Nord. La reconstruction peut donc commencer.
L’axe du mal était donc derrière les attaques visant à déstabiliser l’Amérique, avec un succès indéniable jusqu’à cette victoire inespérée. Évidemment, les habitants de Jericho accueillent les nouvelles avec bonheur. Évidemment, l’espoir renaît. A une séquence de désespoir succède le bonheur absolu.
Évidemment aussi, cet happy end un peu prématuré, on en est à l’épisode 15, n’est pas tout rose. L’aide va bientôt arriver mais pour le moment ce sont les Marines qui ont besoin d’aide, de fuel et de nourriture. Et bientôt, beaucoup de choses ne collent pas. Mais les habitants veulent y croire. Le maire veut y croire en sacrifiant une partie du peu de ressources de Jericho. Même Jake n’est pas insensible au charme de la soldat Maggie.
Semper Fidelis raconte des histoires de manipulation, de mensonge et de vérité. Le récit est en effet renforcé par une autre manipulation qui échoue : celle de Sarah sur Robert qui finit par découvrir la vérité sur elle mais ne peut éviter une confrontation douloureuse où la vie de son fils est directement menacée sous les yeux de sa mère, sa soeur.
Mais la révélation de la manipulation peut-être vue comme une épreuve de responsabilité. La résolution de la confrontation entre Sarah et les Hawkins (avec un excellent combat à main nue très pro façon La Mort dans la peau), attendue à la lumière des premiers épisodes, en est une illustration. Ce moment de vérité impose aussi un nouveau regard difficilement anticipable et souvent plus lucide ainsi la réaction de Darcy face à Robert après le drame :« On ne sera jamais en sécurité avec toi ».
La révélation de la manipulation serait donc dangereuse. Pour le bien général ou pour protéger les siens, il conviendrait de faire garder l’espoir et l’ignorance. « Les gens ont besoin d’espoir autant qu’ils ont besoin de nourriture » nous dit Johnston Green. Le choix du mensonge, et de l’injustice puisque les imposteurs ne seront pas jugés pour leurs actes, semble s’imposer selon lui pour que Jericho ne sombre pas.
Moralement plus acceptable et plus susceptible de faire avancer, la vérité a toujours un prix et des conséquences imprévisibles. Aussi difficile à choisir et méprisant l’intelligence d’autrui, le mensonge demeure plus séduisant et donne l’illusion du contrôle et de la maîtrise des événements, une illusion seulement car Semper Fidelis montre des responsables de Jericho manipulateurs qui ont failli être manipulés ainsi Anderson fonçant tête baissée dans le « piège » des Marines.
Ce sera donc la deuxième piste qui est privilégiée mais la série ne tranche pas et pousse le spectateur à s’interroger sur ce thème de la vérité. Prenant, Semper Fidelis peut cependant être critiqué au regard de l’histoire générale de Jericho car d’un point de vue narratif, le choix du mensonge est peu tenable puisque les habitants de Jericho sont censés espérer de l’aide avant la fin de l’hiver. Cette piste du scénario passera donc à la trappe car il est difficile d’imaginer un épisode présentant un mécontentement général face au mensonge des élites de Jericho.

