Jericho Saison 1 Episode 8
Rogue River
Réalisé par Guy Norman Bee, écrit par Matthew Federman et Stephen Scaia
Appréciation : ****
Les frères Green, Eric et Jake, sont en route pour la ville de Rogue River afin de trouver des médicaments pour leur père. Pendant ce temps, Gray Anderson rend visite aux Hawkins mais malgré les apparences, elle ne ressemble en rien à une visite de courtoisie.
Osons le dire tout de suite, l’épisode Rogue River est un des meilleurs de Jericho et de loin le meilleur de ce début de série. Plus resserrée, l’action est concentrée autour de trois lieue : l’hôpital de Rogue River, la maison des Green et la maison des Hawkins.
Chez les Hawkins, Gray Anderson accompagné de Jimmy vient donc enquêter sur cette famille arrivée un peut trop fraîchement à Jericho. Jouant la carte de la personne compréhensive mais conscient de la violation de ses droits, Robert Hawkins tente de rester le plus coopératif possible en espérant que ses réactions et celles des siens ne laissera pas transparaître les choses qu’il cache. Hypocrisie, jeu de dupes, dialogues à double sens et manipulations forment l’ambiance générale pendant cette fouille qui s’éternise. Tendue à l’extrême et avec une résolution efficace, l’intrigue est exemplaire.
A la résidence des Green, le maire Johnston est entre la vie et la mort avec quatre femmes à son chevet : sa femme, sa belle fille April, Emily et Heather. La quête d’un quelconque palliatif pour gagner du temps avant l’arrivée des frères met en évidence des personnages harassés et dépassés particulièrement Heather cherchant à faire de la glace avec un protocole expérimental imaginé par un élève de son école.
Dernière intrigue, le voyage vers Rogue River est d’abord une histoire de frères dont cet épisode scelle vraiment les retrouvailles et parvient même à donner le meilleur relief possible à l’inintéressante intrigue adultère entre Eric, Mary et April. Comme toujours portés par leur sens du devoir, les frères sont surtout ici pour sauver leur père en allant cherche un médicament dans l’hôpital de Rogue River.
D’abord ponctuée d’images de désolation, la voiture arrêtée avec une femme laissée pour morte, une ville de Rogue River devenue fantôme, les maisons marquées par la FEMA, le réalisateur Guy Norman Bee plonge le téléspectateur dans l’action par des tirs de mitraillettes venant de l’hôpital et introduit deux personnages intéressants : un médecin accablé, presque fou, qui ne sauve plus personne et un militaire apeuré et marqué par les événements abominables qui se sont déroulés dans l’hôpital peu avant l’arrivée des frères. Ce militaire (superbe Theo Rossi) n’est pas un soldat de l’armée régulière mais l’employé d’une milice privée.
Rogue River décrit effectivement la baisse des effectifs de l’armée américaine et l’obligation de celle-ci d’employer des armées privées. C’est ainsi que nous est présenté Ravenwood pour laquelle Jake a travaillé en Irak, une de ces armées privées dont l’action semble peu en rapport avec le rôle qui a du leur être assigné au départ. Ce n’est rien de plus que le coeur de l’anarchie qui est évoqué où chaque situation auquelle une société à bout de souffle tente de faire face finit par dégénérer. Mais rien n’est asséné au profit de belles fusillades, avec l’arrivée de Ravenwood à l’hôpital et de moment de suspense parfaitement ficelés.
Rogue River n’est pas vraiment un épisode à révélations mais un épisode où la tension est totale. Maîtrisé de bout en bout et à la mise en scène irréprochable, il offre dans sa dernière partie quelques beaux et sincères moments d’espoir et de rédemption. Mais Rogue River n’est pas un épisode « heureux ». Presque constamment plongé dans la pénombre, et au demeurant superbement éclairé, il accentue ce qui a toujours guetté le microcosme que représente Jericho : un avenir incertain et la fin d’un monde, où les droits et les acquis sont remis en cause, et ceux qui tentent d’y survivre. Un épisode en définitive résumé par son magnifique plan final : crépusculaire et désenchanté, bouleversant.

