Vu le 17/5/2007 à l’UGC George V salle 1 en VO
Le tueur du Zodiaque est un des plus célèbres tueurs en série de l’histoire américaine et a fait couler beaucoup d’encre. Il demeure que le nombre de ses crimes est difficile à estimer de cinq, attribués avec certitude, jusqu’à plus de quarante ! Narguant la police en envoyant des lettres codées à des journaux, jamais il n’a été arrêté. Ce tueur, qui défraya la chronique il y a bientôt quarante ans, a déjà inspiré plusieurs films dont L’Inspecteur Harry. Le policier chargé de l’enquête, considérée comme une légende, a lui-même inspiré Steeve McQueen pour Bullit.
Pour le film, David Fincher disposa d’une quantité incroyable de documentation et de rapports de police : une tâche ardue pour le scénariste James Vanderbilt qui devait livrer une histoire relatant au mieux les événements. Le résultat final est étonnant de fluidité tout en étant riche et effectivement fortement documenté. Passé l’implacable introduction, le réalisateur raconte avec beaucoup de détails et de précisions, et par l’utilisation de nombreux intertitres, l’affaire du Zodiaque au travers l’histoire des vrais protagonistes de l’enquête.
Parmi eux figure d’abord l’inspecteur David Toschi (Mark Ruffalo) chargé de l’enquête avec William Armstrong (Antony « Dr Green » Edwards) en parallèle avec le journaliste Paul Avery qui sera directement menacé par le tueur, puis par la suite, dans la deuxième partie, Zodiac suit le travail de recherche de Robert Graysmith qui fut présent dès le début de l’enquête mais comme dessinateur pour le journal San Francisco Chronicles. Il se passionna pour l’affaire au point d’en écrire deux livres, servant de base principale à David Ficher et James Vanderbilt.
Pour nous conter cette investigation, David Fincher fait preuve d’une grande sobriété. Presque pas d’esbroufe et à voir le film, l’impression que la fluidité du récit va de pair avec son cadre domine comme si le metteur en scène se contentait de poser sa caméra dans des décors existants. Bien que quelques effets sont visibles (les plans larges de San Francisco, l’aéroport, la tour en construction et les costumes), Fincher assure qu’il n’a pas cherché à faire dans la reconstitution à tout prix privilégiant les éléments intemporels. L’ambiance est cependant là surtout dans deux des grands décors du film : la rédaction du journal le San Francisco Chronicles et le commissariat.
Bien que non élucidé, David Fincher pose très clairement un point de vue sur les différents suspects se référant au point de vue de Graysmith mais aussi à ses propres investigations. Ce point de vue est totalement à l’opposé de celui de Seven où Kevin Spacey interprète un serial killer sous forme d’orfèvre illuminé et minutieux, terriblement machiavélique. En quelque sorte, Fincher démythifie le tueur. Les meurtres et tentatives de meurtres ne sont pas l’oeuvre d’un génie du Mal et de la mise en scène morbide mais au contraire ont un caractère improvisé et sec voire pathétique lorsque le tueur poignarde un couple près d’un lac dans une tenue grotesque. Fincher n’enlève cependant rien à leur caractère terrifiant surtout lors de la scène où le Zodiac (a priori puisque ce n’est pas certain que c’était lui) prend en voiture avec lui une femme et son bébé.
Zodiac au fond n’est pas un film sur un serial killer, une plongée dans son esprit surtout que celui-ci demeure a priori insaisissable. Ce qui intéresse plus Fincher est le déroulement de l’enquête et tout ce que celle-ci emporta sur son passage. Il relève le rôle des médias directement pris à parti et menacés par le tueur et qui ont le choix entre informer le public ou laisser totalement l’affaire avec la police ce qui donne lieu à plusieurs conflits jusqu’à la rétention d’information. Ainsi, Graysmith n’aura accès aux différents rapports de police que sans papier et stylo ne pouvant compter que sur sa mémoire.
Le réalisateur pointe du doigt la tendance au sensationnalisme de ces médias mais aussi les errements de la police avec la difficile communication entre les différents services et des erreurs impardonnables comme lors du meurtre du conducteur de taxi où les policiers autour des lieux du crime ont eu pour ordre de rechercher un homme de couleur noir alors que le tueur est blanc. Enfin, le réalisateur raconte les dégâts qu’a fait cette histoire sur la plupart des protagonistes, relatant toutes leurs frustrations et leurs obsessions autour de cette enquête. et même la paranoïa qui finira par s’inviter avec l’accusation faite à David Toschi de poster lui-même des fausses lettres du tueur ou la peur panique de Graysmith lorsqu’il se rend chez un témoin et qu’il le prend pour le tueur. Pour plusieurs de ces hommes et femmes, Zodiac raconte une déchéance autant morale que physique où aucun d’entre eux ne s’en sortira ni indemne ni véritablement soulagé.


