Wall Street
Revu le 13 janvier en DVD
Acheté au rabais chez un revendeur en ligne, je me suis posé cette question : Faut-il revoir Wall Street quelques vingt années après sa sortie ?
Revoir Wall Street, c’est supporter quelques tics des années 80. Entre autres une (inévitable ?) scène de cul en ombres chinoises avec une Daryl Hannah fort laide (si) et une musique façon Vangelis du pauvre avec un horrible « tube » au générique de fin. C’est aussi supporter une intrigue aussi classique que poussive soit un jeune loup, Bud Fox, pris sous l’aile d’un grand manitou du monde financier : Gekko (Michael Douglas). Peu à peu, le jeune loup va se rendre compte que le sens de la vie n’est pas le nombre de zéros dans son salaire mais le bien être social. Le meilleur du film est évidemment le personnage Gekko , archétype du vrai requin en col blanc avec ses gros cigares et ses bretelles. C’est peu dire que Michael Douglas est génial dans ce rôle, cette caricature magnifique. Quand il n’est pas à l’écran, Wall Street a moins d’allure d’autant que les Sheen père et fils à la ville comme dans le film sont bien falots.
Enfin, en plus de décrire le monde de la finance, Oliver Stone donne son avis et raconte Wall Street à travers une arnaque et des tractations illégales. On peut trouver le raccourci aussi révélateur que facile façon provoc du style « tous pourris » avec une fin idiote (encore un coup du micro caché) avec la SEC, l’autorité de régulation majeure des opérations boursières aux US, qui a le dernier mot : le système fonctionne. Ouf.
Faut-il voir en Wall Street un film qui a vieilli ? Pas tout à fait, la toile de fond est donc Wall Street, la bourse, les golden boys. Oliver Stone dépeint les dessous des marchés financiers. Volontiers sans pitié, ce monde est le repaire des coups fourrés entre milliardaires qui n’ont que faire des entreprises sur lesquelles ils spéculent. Bien des points sont abordés, ou survolés : les OPA, les assemblées d’actionnaires, les licenciements abusifs, les démantèlements, les golden parachutes… Oliver Stone raconte cet ère Reagan, ces années frics. Les années frics, voilà ce que dépeint Stone avec un certain plaisir : pas une scène où on ne parle pas de pognon, qui ne pue pas le pognon. Tout le film tourne autour de ça comme une obsession. Pour la plupart des protagonistes, il est le vrai et le seul symbole de la réussite. C’est donc aussi le culte de l’apparence que Stone illustre explicitement : un courtier doit vivre à Manhattan pour ne pas passer pour un imbécile, il doit porter de beaux costards, décorer son appart à la mode, avoir les poches remplies de billets…
Il faut évidemment posséder : les gadgets et passions de Gekko me faisaient bien marrer : la petite télé de deux pouces noir et blanc portative, le robot « Riptide style » qui sert à boire et des tableaux/objets contemporains un peu partout. Plus dérangeant encore, ce désir de posséder, le fric ont tout remplacé : Fox ne gagne pas la fille à la fin. Bien qu’elle reconnaisse l’aimer, elle le plaque quand elle se rend compte qu’il perd pour rester sous l’aile du mec qui l’a trahi ! Et que penser de Gekko qui montre son enfant obèse comme il montre ses pistolets de collection pour finalement le remettre auprès de la nourrice comme s’il le rangeait dans une boîte ? L’argent nous ferait perdre le sens des choses. C’est un lieu commun mais il est traité ici sans ménagement. Ces années frics, ostentatoires donnent des ambitions et des exemples aux jeunes américains. Un film comme A la recherche du bonheur raconte finalement un tel parcours, réussi cette fois-ci, Will Smith / Chris Gardner étant attiré par ce boulot en voyant un de ces golden boys garer sa Ferrari. Stone nous rappelle qu’il y a, si j’ose dire, un prix à payer.
Cette époque, vingt ans déjà, est-elle révolue ? Pas tant que ça, notre monde n’est pas tellement différent. La loi du dernier cri fait que la mini-télé noir et blanc et le robot serveur ont été remplacés par l’iPhone et les produits bios et l’art contemporain n’en finit plus de flamber dans les ventes aux enchères. Tout le monde parle de fric et des marchés financiers, du gréviste de Saint Lazare au président des USA, et veut une part du gâteau. Et, en cette période de crise où tout le monde perd, toutes les arnaques tombent comme des mouches, des entreprises truquant leurs résultats à la fameuse arnaque Maddoff à 50 milliards de dollars. Une ultime (pour le moment) esbrouffe réalisée au nez et à la barbe, voire peut-être la collaboration, de la multitude d’autorités de régulation dont la SEC, seul garde fou du film de Stone !
Wall Street n’est pas un film trépidant, pas toujours très fin, Oliver Stone n’est pas non plus connu pour être un réalisateur tout en finesse, mais on y trouvera un des meilleurs rôles de Michael Douglas et une chronique de ces années yuppies dont pas mal de choses demeurent encore d’une troublante actualité. Plus les choses changent et plus elles restent les mêmes. Plikssen a une nouvelle fois raison.


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