300
Vu le 24/3/2007 au Max Linder Salle 1 (et unique salle) en VO
Après le très bon Sin City, Frank Miller est à nouveau à l’honneur avec une nouvelle adaptation d’une de ses oeuvres. Il est donc question de la bataille de Thermopyles (« portes chaudes » si j’en crois Mad Movies) comme lieu d’une bataille d’une poignée de guerriers grecs menés par le roi de Sparte, Léonidas, face à l’immense armée perse menée par son dieu géant Xersès.
Zach Snyder, tout comme Roberto Rodriguez pour Sin City, choisit la fidélité à l’oeuvre originale. Le réalisateur de l’Armée des morts restitue au mieux l’esprit et l’image du comics de Frank Miller. N’ayant moi-même pas lu le comics, difficile de juger. Cependant, on trouvera sur ce site un intéressant comparatif comics/film mettant en évidence le remarquable travail de transcription.
300 a été intégralement tourné en studio sur fond bleu ou vert ce qui m’a toujours impressionné :

Et c’est bien la magie du cinéma et des effets spéciaux qui permettent à 300 de devenir une oeuvre artistique souvent jouissive avec des visions superbes, fortement iconiques ainsi ce glaçant « arbres de morts », ce Dieu Xersès efféminé et cruel, ce montre dément, exécuteur aux mains tranchantes et bien sur Léonidas lui-même, charismatique et puissant (excellent Gerard Butler dont la filmographie montre que ce n’était pas gagné d’avance).
Dans ce spectacle visuel, deux camps sont clairement distingués. Freaks variés et masqués, orchestre animalier, géants patibulaires et Oliphants forment l’armée perse, le méchant envahisseur. En face, Léonidas et ses 300 (299?) soldats, cape rouge et corps musclés, descendants directs d’Hercules défendent leurs terres.
N’en doutons pas, Zach Snyder/Frank Miller ne cherchent pas la véracité historique mais puisent leur inspiration dans l’héroic fantasy et le réalisateur ne fait pas de concession dans la forme et le ton. Les dialogues sont brutes, parfois drôles, parfois déclamatoires et la progression abrupte et binaire.
Dans le jargon critique, on dirait alors que 300 ne peut laisser indifférent. Ce qui est sur, c’est qu’il nécessite l’adhésion pour pouvoir être apprécié pleinement. C’est sans doute la raison pour laquelle le film n’est pas la claque que j’espérais, l’ardeur guerrière de 300 ne laissant qu’assez peu de place à l’émotion et l’attachement.
Mais 300 demeure une réussite rien que pour ses batailles magnifiques. La topographie des lieux, et sans doute le budget (60 millions de dollars ce qui n’est pas énorme pour une production de cette envergure) empêchent l’affrontement épique avec des milliers de participants. Snyder n’insiste pas non plus sur l’aspect furieux de la bataille à l’aide d’un montage haché. Au contraire, les plans sont plutôt étirés. Le réalisateur a donc choisi de soigner l’aspect graphique et la violence des corps à corps. Le sang gicle, les membres sont découpés, les corps transpercés. Il faut voir ce travelling incroyable, faits de ralentis et de zooms, où Léonidas tue sans relâche ou encore cette séquence où deux Spartiates se battent et se protègent mutuellement face à une multitude de perses. C’est l’héroïsme et la fraternité que met en valeur Snyder dans ces combats.
Et la politique alors ? Entre deux batailles, le metteur en scène évoque les principes de liberté de Léonidas face aux promesses de richesses de Xersès ainsi que les tensions internes dans la cité de Spartes où la reine se trouve plongée. Snyder montre que l’ennemi le plus dangereux est souvent dans son propre camp et que ce n’est pas toujours le poids du nombre mais la trahison et la corruption qui conduisent à la soumission. La conclusion de ces deux batailles, nécessairement par deux trahisons, décrivent un roi et une reine menant un combat peut-être perdu pour eux mais indispensable. Ce n’est pas la victoire impossible qui est cherchée mais la volonté d’envoyer un message de liberté aux leurs, ce que fait littéralement Léonidas avec Dilios (excellent David Wenham), et à leurs ennemis tout en révélant leur imposture (les pièces d’or de Théron, le sang de Xersès) et leur vaine tentative pour les faire plier.
Le « message » universel et intransigeant de 300 est d’autant plus fort qu’il est porté par des guerriers refusant l’assimilation, sélectionnés et élevés à la dure puis soumis à l’épreuve de la cryptie. Cet aspect donne toute son ampleur à cette fresque. Et en bonus, il permet de faire sortir de leur tanière quelques bien-pensants haineux et suffisants, il suffit de lire la critique affligeante de Libération. L’ennemi intérieur peut-être. Bien joué.

Cette critique s’est appuyée sur l’excellent entretien de Zach Snyder et David Doukhan dans le MadMovies 193.

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