The Wrestler

Vu le 18/2/2009 au MK2 Odéon salle 1 en VO

Le générique nous présente le catcheur Randy « The Ram » sous forme d’articles de journaux des années 80 alors qu’il est en pleine gloire. Puis nous le retrouvons 20 après, de dos, fatigué après l’effort, se faisant payer une poignée de dollars une prestation qui semble lui coûter sa santé. Semblant l’accompagner avec sa caméra jusqu’à son domicile d’où il est temporairement expulsé pour n’avoir pas payé son loyer, Darren Aronofsky dévoile ses intentions : suivre au plus près le vieux catcheur qui sera de presque toutes les scènes, un peu comme un documentaire sur le vif. Ce principe est accentué par une image souvent en mouvement, même en plan fixe, soulignant l’effet caméra à l’épaule.

Ce procédé permet une immersion dans les coulisses du catch de seconde zone. De sa préparation à la troisième mi-temps, le premier combat de Randy auquel nous assistons est génial : dans un même vestiaire, on retrouve tous les gros bras qui vont en découdre dans le show du soir. Un manager annonce les différents duels et tous ces catcheurs préparent ensemble leur combat, la chorégraphie et les enchaînements. Considéré comme la vedette, « The Ram » est mis dans une salle à part et un jeune catcheur vient auprès de lui pour lui soumettre ses idées, toujours respecteux. Ce sont des instants de camaraderies que filme le metteur en scène, avant l’explosion de violence sur le ring où « The Ram » n’hésite pas à s’auto-mutiler à la tête pour le spectacle devant une foule hurlante. Après, ce sont les applaudissements à nouveau au vestiaire où chacun salue la performance de l’autre.

Quand nous voyons les fans, un gamin de 10 ans avec sa maman bienveillante par exemple, on se dit que nous sommes à la limite de la complaisance. Le catch n’est-il pas une sorte d’équivalent des jeux du cirque ? Que l’on ne se méprenne pas, le sport n’est pas traité avec angélisme mais comme la raison d’être de Randy. Vu de l’intérieur, le catch est décrit sans glorification avec une certaine lucidité (dont les traitements médicamenteux de choc). Aronofsky nous rappelle aussi que, tout truqué qu’il soit, ce sport fait mal, tendance masochiste (le deuxième combat est éprouvant), et peut ruiner la santé comme cela arrive à « The Ram » à qui on finit par déconseiller ce métier après une première attaque cardiaque. Ce que nous montre le réalisateur, c’est précisément l’histoire d’un homme qui ne fait pas du catch mais qui fait corps avec lui, jusqu’au bout. La réussite du film, son alchimie résident dans cette vision fusionnelle.

Finalement, de façon assez manichéene, l’envers du décors n’est pas le vestiaire mais bien la vie réelle. Chaque séquence dans le « monde du catch » où Randy est respecté et adulé trouve une sorte de double tragique ou triste dans le monde réel (prêt pour l’achat de médicaments/pas de prêt pour le loyer, sexe facile avec une fan / déconvenue avec une amie chère…). Cet effet miroir se poursuivra au sein même de la vie réelle quand il devra raccrocher le maillot et tenter de se racheter une nouvelle vie entre espoir et désenchantement.

Autre effet miroir : le personnage incarné Marisa Tomei. Comme Randy, elle est deux personnages, l’un en représentation, l’autre en mère de famille. Mais elle est l’inverse de Randy. Strip-teaseuse vieillissante, elle intéresse moins les clients, comme Randy, mais veut sortir de ce monde et se trouver un échappatoire dans la vraie vie. Dans ce rôle, Marisa Tomei est brillante et pousse son rôle jusqu’au bout au point que même si un bon tiers de ses scènes sont topless, elle apparaît plus triste, plus lucidement pathétique que sexy alors qu’elle est justement plus séduisante, plus « saine » comme dit Randy, quand elle n’est plus en tenue de strip-teaseuse de seconde catégorie.

Difficile de ne pas se donner à fond devant Mickey Rourke. Quelques auto-portraits déguisés ou non sur le temps qui passe sont sortis peu avant The Wrestler. JCVD pour Jean Claude Van Damme et Rocky Balboa / John Rambo pour Sylvester Stallone (c’est fou ce que ça fait moins agressif quand on met le prénom dans le titre) illustrent cette tendance. Et donc maintenant Mickey Rourke qui semble se donner au cinéma corps et âme comme son personnage pour le catch. Ici encore, une fusion s’opère et un miroir entre le cinéma et la réalité émerge à commencer par cette ellipse de vingt ans où Rourke/Randy alors au sommet semble avoir tout gâché. The Wrestler sonne alors autant comme un retour en grâce d’un grand acteur qu’une mise en garde.

Le résultat est très beau et émouvant. Parfois on frôle la performance pour l’oscar (que Rourke n’a pas eu), et l’overdose sentimentale, notamment la relation père/fille. Au même titre que la description du catch, Darren Aronofsky titille les limites entre pathos et sensibilité. Mais on oublie tout lors d’un final rare, un peu sopranoesque, précis et magnifique. Le découpage des derniers plans est bouleversant. Même bousculé, c’est la sensibilité qui l’emporte par K.O.

wrestler1

Par Pascal
Commenter24 février 2009
Catégories : Cinéma

Poster un commentaire

Requis

Requis, caché

Trackback this post  |  Subscribe to the comments via RSS Feed


Catégories

Archives