The Dark Knight

Vu le 15/8/2008 Ă  l’UGC Normandie Salle 1 en VO

Il y a des films dont on attend toujours beaucoup. Ce fut le cas de Wall-E ou de Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal et ces films rĂ©pondirent Ă  mes attentes. J’attendais aussi beaucoup de The Dark Knight encouragĂ© par des critiques Ă©logieuses et un succès phĂ©nomĂ©nal du moins en termes financiers puisqu’en fait le film fait Ă  peu près autant d’entrĂ©es que Spiderman 2 sur le sol amĂ©ricain. Et bien sur, la disparition de Heath Ledger alors que les premières photos promettaient beaucoup aussi bien pour le film et son rĂ´le dĂ©viant du Joker que pour l’avenir de l’acteur. Transcendant tout ce qu’on pouvait espĂ©rer, The Dark Knight est un film exceptionnel.

La durĂ©e du film, près de 2h30, ressort comme une force car The Dark Knight est un film intense, abordant de nombreux thèmes avec des rĂ©flexions passionnantes qu’il serait difficile d’Ă©numĂ©rer sans plusieurs visions. Le plus marquant sont peut-ĂŞtre les mesures extrĂŞmes que Batman (Christian Bale est tout simplement parfait) prend comme son système de surveillance global ou son choix de construire littĂ©ralement un hĂ©ros, choix le conduisant Ă  tous les sacrifices, pour sauver Gotham et l’humanitĂ© de la dĂ©chĂ©ance. Cette dĂ©chĂ©ance est personnifiĂ©e par le Joker, vilain totalement nihiliste ou plutĂ´t dont le seul but est de rĂ©vĂ©ler au grand jour la bassesse des hommes, de faire jaillir l’anarchie. Sa lutte frĂ´le la politique Ă  la manière d’un V for Vendetta terriblement dĂ©viant et dĂ©rangeant. Heath Ledger est mieux qu’Ă  la hauteur du rĂ´le, il rĂ©invente la figure du Mal.

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Il est ainsi question de justice dĂ©veloppĂ©e sous bien des aspects entre l’arbitraire le plus glacial et l’abnĂ©gation et dont le propos apparaĂ®t comme très actuel. Pour appuyer cette impression, la physionomie de ville de Gotham City a changĂ© entre Batman Begins et ce film. Elle conserve toujours son impression de citĂ© dĂ©cadente, au bord du chaos, mais avec la forme d’une ville moderne aussi reconnaissable qu’anonyme : n’importe quelle grosse ville occidentale en somme. The Dark Knight a un discours politique mais pas militant, juste.

Et sans concession. Christopher Nolan bĂ©nĂ©ficie de libertĂ©s que n’offrent pas les blockbusters traditionnels. En s’Ă©tant attaquĂ© Ă  un personnage lĂ©gendaire, mais aussi rentable, le rĂ©alisateur de Memento construit son personnage et un univers sur la longueur, comme Sam Raimi sur Spiderman. Et après l’Ă©chec des Batman colorĂ©es pĂ©riode Schumacher, la direction très dĂ©senchantĂ©e de Nolan n’est soumise qu’Ă  peu de concessions. Ainsi la fin n’est pas un festival pyrotechnique mais un double face Ă  face théâtral avec en toile de fond un enjeu d’une tension inouie : on pourrait sans doute consacrer tout un article sur la nature humaine autour de ce qu’il se passe Ă  bord de ces deux bateaux piĂ©gĂ©s et de sa rĂ©solution bouleversante sans ĂŞtre hypocritement optimiste.

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The Dark Knight foisonne d’autres intrigues, dĂ©crit un triangle amoureux tragique, pose la question des mĂ©dias, du poids de la cĂ©lĂ©britĂ© (les faux Batman), de la complĂ©mentaritĂ© des vilains et super hĂ©ros, du pouvoir de la pègre, de la corruption… le tout sans jamais ĂŞtre bavard quoique parfois un peu tortueux. Mais tellement impressionnant : chaque scène, chaque instant nous conduit davantage au bord du gouffre. Aussi crĂ©pusculaire mais très supĂ©rieur Ă  Batman Begins, dĂ©jĂ  excellent, The Dark Knight ne sacrifie rien non plus au spectaculaire. A ce jeu, Nolan s’en tire un peu mieux que le premier film. Rien d’homĂ©rique mais des moments, des explosions fort rĂ©ussies comme le renversement du camion du Joker plutĂ´t drĂ´le (« He missed us ! » juste avant que le camion se renverse). Ce sixième Batman s’autorise mĂŞme plusieurs pointes d’humour souvent noires parfaitement dosĂ©es dont certaines anthologiques. Le « tour de magie » du Joker devant des truands risque de rentrer dans les annales.

The Dark Knight est un film complet en somme qui dĂ©veloppe intelligemment tous les personnages accentuant l’importance de James Gordon ; Gary Oldman est parfait en hĂ©ros effacĂ© mais indispensable dont l’ultime monologue rĂ©sume tout le film de manière grandiose. Voir The Dark Knight est une expĂ©rience formidable. C’est le grand cinĂ©ma, dense, noir et jouissif. Un monument.

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 Par Pascal     3 commentaires23 aoĂ»t 2008    Catégories: Articles CinĂ©ma

3 Commentaires Add your own

  • 1. Polydamas  |  aoĂ»t 24th, 2008 at 6:22

    C’est exactement le sentiment que j’ai eu, un film Ă©poustouflant, on en ressort Ă  moitiĂ© sonnĂ©, tant il y a de problĂ©matiques et d’intrigues mĂŞlĂ©es.

  • 2. RIP Heath Ledger | Petit &hellip  |  aoĂ»t 27th, 2008 at 7:24

    [...] Mountain, brother Grimm, Heath Ledger, Joker, Mel Gibson, Terry Gilliam Dans le mĂŞme genre: The Dark Knight [...]

  • 3. Jb  |  dĂ©cembre 1st, 2008 at 10:22

    P’tin j’ai mĂŞme pas reconnu Gary Oldman avec sa moustache… :x

    Bon sinon, un très grand film, qui ne tombe jamais dans le cliché. Toujours le bon ton.
    Je regretterais juste un peu le rythme d’enchaĂ®nement de certaines scènes, c’est dur Ă  suivre. MĂŞme si je ne sais pas si cette critique est valide ou pas, car d’abord j’ai de plus en plus de mal Ă  me concentrer sur un sujet, deuxio, ça doit ĂŞtre l’effet Old Christine.

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