Vu le 23/1/2008 à l’UGC George V salle 1 en VO
Film américain (2008, Sweeney Todd: The Demon Barber of Fleet Street) de Tim Burton avec Jonny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman, Timothy Spall, Sacha Baron Cohen, Jamie Campbell Bower…
Pour beaucoup l’oeuvre post 20è siècle et de Tim Burton ne fait pas honneur à son talent et demeure jugée conformiste et sirupeuse. Sweeney Todd sonnait comme le retour du metteur en scène au plus haut niveau. J’en attendais beaucoup et j’avais envie d’aimer le film.
Dans le générique, on voit du sang couler sur diverses objets jusqu’aux égouts. Sa couleur jure littéralement avec le reste tout en CGI pas beau pour aboutir sur le titre du film dans une horrible police de caractères, et pas dans le même rouge, type Word 97. Et là où c’est marrant, c’est que je me suis dit que je devrais aimer ce générique puisque c’est du Burton ! C’est le travers évident quand on apprécie beaucoup un réalisateur et qu’on tente de trouver toute sorte de qualité à ses films même quand ils sont ratés. Bref, ce générique est nul.
Qu’on aime ou non le film, Sweeney Todd n’est en tout cas ni conformiste ni sirupeux mais l’exact contraire. L’histoire, qui démarre comme une sorte de Monte Cristo londonien, est tordue et friande de quiproquos cruels, terriblement noir jusqu’à l’absurde. L’humour est de la même couleur ainsi la condamnation à mort d’un enfant par le juge Tarpin. Burton évoque aussi un Londres insalubre peuplées de mécréants où seuls quelques jeunes garçons et filles conserve quelque trace de bonté et d’altruisme. Le barbier Todd n’échappe pas à ce traitement. Regrettant sa naïveté dans ses jeunes années, devenu lucide, il dessine un portrait peu reluisant de l’humanité qui ne mérite que la mort, lui comme tous les autres, qui le poussera à passer à l’acte.
Sweeney Todd est de bout en bout un film désespéré et nihiliste du premier au dernier, et extraordinaire, plan et jalonné de séquences très violentes, là encore jusqu’à l’absurde, et de thèmes déviants comme la folie, le cannibalisme et d’une certaine manière l’inceste. Ecrasé par l’arbitraire et l’injustice, l’homme selon Burton ne vaut pas grand chose et où seule la fuite est la seule option.
Il n’y a pas à dire, Burton ne s’est pas laissé aller à la facilité que lui aurait autorisé les succès critiques et publics de ses précédents films. Et si le film lui-même n’est pas vraiment un message d’espérance, Burton lui nous en envoie un.
Mais hélas, il y a un « Mais ». Le problème, et non des moindres, est la musique. J’aime beaucoup les comédies musicales mais j’ai un blocage avec les films « à la Jacques Demy » avec les acteurs chantant leur spleen avec des mélodies trop lancinantes. Sweeney Todd tend vers ce genre et le rythme et l’émotion en prennent un sacré coup, malgré des textes excellents, surtout que les trois quarts du film sont chantés. On pourra alors sauver un très beau thème au générique et l’un des moments clé et des plus grandioses du film où Todd et Mrs Lovett échafaude leur terrible dessein. 15 minutes de pur cinéma et de frénésie sanguinolente où Todd fantasme puis exécute.
Impérial avec ses lames de rasoirs, Johnny Depp s’applique plus qu’il ne joue quand il chante comme si on voyait deux acteurs, qu’on entendait deux voix. Et de fait, celle qui tire son épingle du jeu, c’est Helena Bonham Carter. Elle traduit son amour maladif et sa détermination par une gestuelle pleine de grâce mais qui fait froid dans le dos. Ses descentes dans l’escalier, les bras légèrement écartés du corps, sont des images inoubliables. Son personnage est ce qu’il y a de plus réussi dans le film.
Pas forcément le grand film que j’attendais. Mais Tim Burton ne s’est pas assagi. C’est rassurant.
Fiche IMDB
Voir aussi ma critique de Charlie et la chocolaterie



