Sunshine et Danny Boyle

Vu le 16/4/2007 à l’UGC Odéon Salle 2 en VO

Danny Boyle a commencé par être un réalisateur prometteur avec le drôlement noir Petits Meurtres entre amis puis très prometteur avec Trainspotting qui m’a choqué et que je n’aurais sans doute plus la force de revoir. Avec son acteur d’alors, Ewan McGregor lui-même star montante, il file vers les USA pour réaliser Une Vie moins ordinaire qui laisse peu de souvenirs si ce n’est Cameron Diaz enchaînant les Téquilas avec un sérieux forçant le respect. La notoriété du metteur en scène est sans doute à son apogée en 1999 lorsqu’il s’associe avec un Leonardo DiCaprio post Titanic, au succès titanesque, si j’ose dire. Le résultat est La Plage à la qualité toute relative et peut-être plus mauvais film de son auteur bien qu’il ait ses aficionados.

Malin, le réalisateur revient là où on ne l’attend pas : en Angleterre avec le film de zombies 28 jours plus tard. Faisant le grand écart avec des films débridés et libres, il s’attaque donc à un film de genre au pitch simple, des zombies qui court, mais fichtrement efficace. Il en profite alors pour faire d’Alex Garland, l’auteur de La Plage, son scénariste attitré, après John Hodge. Il demeure par contre fidèle au producteur Andrew McDonald sauf pour son film précédent Sunshine : Millions qui n’a pas été vu par grand monde y compris moi.

Danny Boyle fait parti de cette génération de réalisateurs enthousiastes marquée par le cinéma et à la mise en scène tranchée et nerveuse. La patte Boyle se caractérise souvent aussi par un dernier acte un peu fou qui tranche avec le reste du film. Ainsi dans Petits Meutres entre Amis, les derniers moments se caractérisent par une spirale meurtrière et une avalanche de rebondissements tandis que la séquence dite du « repos du guerrier » dans 28 jours plus tard a laissé une trace mémorable dans mon esprit. On pourrait aussi évoquer le pétage de plomb de DiCaprio dans La Plage mais Boyle n’a curieusement pas été jusqu’au bout de son idée et se révéla étonnamment sage. Dommage car le héros de Blood Diamond avait laissé entrevoir une folie prometteuse.

sunshine

Dans son dernier film, Sunshine, Boyle s’attaque une nouvelle fois à un film de genre : la science fiction et plus précisément le huis clos dans un vaisseau spatial.

Le beau script d’Alex Garland nous plonge en 2057 dans un monde subissant la rapide agonie de son Soleil. Seule solution : le réactiver à l’aide d’une très grosse bombe. C’est bien sur une mission de la dernière chance, la première a échoué et les Terriens ne disposent plus d’explosifs en quelque sorte. Ironiquement appelé Icarus, le pessimisme est presque de rigueur d’autant que les imprévus et avaries s’enchaînent.

Sunshine est avant tout de facture classique particulièrement dans sa première partie. Le future de Danny Boyle est comme il le souhaitait proche de nous et marqué par deux éléments clés captivants : un ordinateur de bord féminin et rassurant, un peu comme la femme dans les gares SNCF en plus humain, et une sorte de jardin potager produisant nourriture et oxygène.

Et le film progresse au rythme d’un équipage hétéroclite de plus en plus sous tension entre d’une part héroïsme « réaliste » et décisions difficiles et, d’autre part, peur et déraison. L’alchimie de cet équipage à la hauteur des enjeux, l’humour et le pathos sont absents, fonctionne à merveille et tous les personnages sont finement caractérisés. A équipage formidable, casting formidable où Cilian Murphy, épaulé par un formidablement sérieux et plutôt inattendu Chris Evans, brille une nouvelle fois de mille feux (Quel regard).

L’action est bien menée. Le réalisateur soigne ses effets et filme l’équipage de l’intérieur notamment à même leurs combinaisons spatiales. L’ambiance sonore, faites de vrais « bruits de l’espace » et de forte respirations, contribue fortement à nous immerger.

Danny Boyle se démarque aussi par des idées plus originales et personnelles. Les films sur le Soleil ne sont pas si légion après tout et aux séquences tendues, quand elles ne sont pas terrifiantes, Boyle alterne des images superbes et contemplatives. Le jaune éblouissant s’impose évidemment que ce soit avec le Soleil, Mercure ou plus prosaïquement le feu qui donne lieu à une destruction aussi désespérante que bouleversante que la grâce triste de Michelle Yeoh assombrit. Ainsi, sans mépriser les impératifs financiers inhérents à de telles productions, Boyle semble conserver toute latitude et liberté et s’offre même une nouvelle fois un troisième acte déroutant exacerbant aussi bien la tension du film que la réflexion sur l’humain, le nom de la mission prenant alors son sens.

sunshine

Car ces hommes et ces femmes s’approchent peut-être un peu trop du Soleil et certains sont de plus en plus fascinés par celui-ci. Ainsi lorsqu’un des hommes est condamné dans l’espace à s’exposer à l’étoile, un des autres membres lui demande ce qu’il voit quelques secondes avant son dernier souffle. Comme si à cette mission de sauvetage se mêlait une mission d’exploration, une quête aux origines de notre vie. Patiemment, Boyle donne un sens religieux, presque christique à son film. Les dernières séquences surréalistes, parfois hélas confuses, écho au 2001 de Kubrick, achèvent ce voyage où le temps s’arrête littéralement pour décider du sort de toute l’humanité personnifiée qui voit sa naissance et sa fin en face.

La conclusion s’impose alors d’elle-même : Sunshine est le meilleur film de Danny Boyle.

Fiche IMDB

 Par Pascal     Commenter26 avril 2007    Catégories: Cinéma

Poster un commentaire

Requis

Requis, caché

Trackback this post  |  Subscribe to the comments via RSS Feed


Meta

Auteurs

Catégories

Les derniers articles

Archives mensuelles

Liens