Vu le 8/5/2007 au Bretagne Salle 1
Spiderman 3commence comme un happy end. Peter Parker/Spiderman est au sommet de sa gloire, les New Yorkais l’adulent, son amour avec Mary Jane est au zénith. Mais tout s’effrite à commencer par la relation de Parker avec son ancien ami Harry Osborn puis les échecs professionnels et la jalousie de Mary Jane puis alors un photographe venu le concurrencer ainsi qu’un fugitif se présentant comme le véritable assassin de son oncle et enfin un ennemi évident : lui-même. C’est à peu près tout. Ouf.
On peut dire que Spiderman 3 est ambitieux et les réussites des deux premiers épisodes montraient que Sam Raimi et toute son équipe avaient su tirer parti au mieux du héros de comic book avec des choix risqués mais judicieux, comme choisir Tobey Maguire dans le rôle titre, et une véritable appropriation du personnage et de l’univers par le réalisateur que l’on sait généreux. Cette apparente complexité pouvait apparaître comme un sacré défi mais nous savions donc que tout les protagonistes de Spiderman étaient aptes à le relever. Les producteurs ont confiance : la durée du nouvel épisode est supérieure de plus de quinze minutes aux deux autres épisodes tandis que le budget enfle jusqu’à sans doute 300 millions de dollars.
Le succès est foudroyant et avec ses 150 millions de dollars de recette lors de son premier week-end d’exploitation aux USA, cette suite participe au jeu de la surenchère des blockbusters américain, le record de recette lors du premier week-end étant amélioré presque chaque année. Les producteurs sont rassurés et la franchise pourra continuer longtemps pour peu que l’équipe accepte de remettre le couvert.

L’accueil du film est cependant moins dithyrambique et ce troisième opus m’a déçu par rapport à mes espérances. Après Spiderman 1, une genèse sous forme de sacrifice, de don de soi et Spiderman 2, une crise presque adolescente où le masque tombe, cette maturité amorcée dans cet épisode, où on règle tous ses comptes avec le passé, tombe un peu à plat.
La complexité de l’histoire est bien à mettre en cause. Non pas que ce Spiderman est confus, mais à vouloir nous en donner le plus possible, Sam Raimi finit par moment par devenir superficiel comme une sorte de survol des aventures de l’araignée plus qu’une plongée dans son coeur. De nombreux personnages sont peu développés, Gwen Stacy et son père notamment (James Cromwell doit avoir quatre ou cinq lignes de dialogue), peut-être pour mieux les faire évoluer dans les épisodes suivants. C’est par exemple le cas du professeur de Peter Parker qui serait dans les comic books un homme reptile. Mais en attendant, ces éventuels clins d’oeil aux fans du comic book peuvent dérouter le spectateur néophyte que je suis.
La plus grande faiblesse du film est sans doute le personnage de Venom. Dans son excellente critique, Harry Knowles dit que Sam Raimi ne doit pas aimer ce personnage emblématique du comic book. C’est sans doute vrai. Il n’y a pas grand chose tirer de ce super vilain photographe si ce n’est la fascination pour la puissance et ses similitudes troublantes avec Parker, comme s’il se battait symboliquement contre lui-même. Le pouvoir, la vengeance, le pardon et le choix sont les thèmes abordées dans cet opus mais leur évocation n’est plus simple mais simpliste voire balourde.
Cette faiblesse nous pousse hélas vers cette pente glissante qui est la crédibilité du récit. Il est certain que le cinéma emploie parfois des raccourcis pour mieux conduire le récit et les deux premiers Spiderman n’en sont pas exempts. Mais alors que c’est généralement l’enthousiasme qui l’emporte, on finit par s’étonner de décrypter la mécanique de la mise en scène, ses ficelles parfois très grossières, l’arrivée du symbiote dans la vie de Parker par exemple ou encore la révélation du majordome à Harry Osborne, et ses scènes maladroites ainsi Tante May inquiète au sujet de son neveu et qui décide d’aller le voir chez lui pour finalement rester lui parler une minute trente et repartir…
Spiderman 3 ne captive alors que par moment quand il nous décrit par exemple la « naissance » du Sandman. L’histoire d’amour entre Peter et Mary Jane est un peu mieux exploitée car, bien qu’elle soit à la limite du farfelu, l’irruption de Harry Osborne, naïve puis malsaine, redonne un peu de tonus au film. L’interprétation du séduisant James Franco n’est pas étrangère à cette réussite. La bataille intérieure de Peter Parker possédé par une force extérieure est également intéressante, bien que moins excitante que ce que nous promettait la bande-annonce, et curieusement Sam Raimi a surtout pris le parti d’en rire montrant un Peter Parker disco et charmeur. C’est dire si le côté « sombre » annoncé tombe à plat. Mais on se rend compte que Tobey Maguire porte toujours aussi bien le rôle et dans tous les registres et, au-moins, on rit. A ce sujet, la palme revient à Bruce Campbell, hilarant en maître d’hôtel italien.
Le climax final est aussi bien fait en termes dramatiques et l’arrivée de Spiderman face à ses ennemis devant une foule de supporters constitue la seule scène véritablement mémorable du film. Et j’entends encore avec délectation les bons français de la salle grincer des dents à la vision de cet immense drapeau américain. On en arrive à cette triste conclusion : Spiderman 3 manque de moments vraiment forts et mémorables. C’est un film simplement spectaculaire, distrayant évidemment mais pas le grand moment d’évasion attendu. Ne reste plus qu’à espérer qu’il se bonifie avec du temps et du recul.



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