Shutter Island (2010) de Martin Scorsese

C’est le gros film dont on parle toujours un peu trop. Je suis heureux de lire les magazines un mois après leur parution surtout que Première a fait plutôt fort. Même le buzz et la bande-annonce ont activé mes neurones. Conséquence logique ma parano de spectateur de cinéma, en mode « tout le monde est suspect dans un film », s’est mis en marche bien avant que le métrage commence. Et je me suis retrouvé au Normandie, à comme regarder pour la deuxième fois Shutter Island.

Et c’est plutôt pas mal quand même. Martin Scorcese oublie sa fureur, ses films sensitifs qui l’ont rendu célèbre et assume le luxe de la logistique à sa disposition. Plastiquement, Shutter Island est constamment superbe promenant deux marshall dans une enquête sur une disparition insoluble dans une (as)île de fous où le mystère et le silence contraint semblent les seules règles imposées par un Docteur Cawley (Ben Kingsley) troublant psychiatre aux méthodes renvoyant plutôt à l’expérimental Docteur Moreau, lui-même maître sur son île.

Personnage central, Teddy Daniels tente de distinguer le vrai du faux tout en se battant avec ses démons et ses propres secrets. Martin Scorcese multiplie les flash back, mélange trauma et onirisme autour du passé de Daniels, ancien soldat de la deuxième guerre mondiale et qui libéra Dachau. Les visions évoquées, où la mort rôde, sont comme des tableaux vivants et paradoxalement macabres. Ce n’est pas une horreur viscérale mais bien la vision d’un peintre. Scorsese demeure un sacrément bon cinéaste et distille dans chaque scène l’inquiétude, l’instabilité et l’incompréhension de Daniels surtout lors de la fouille de la forteresse de l’île, dédale impressionnant et sombre.

Je ne suis pas certain de vraiment aimer le style de Leonardo DiCaprio qui s’efforce une fois encore de sortir de son look éternel de jeune premier, la même année un peu à côté de la plaque dans Gangs of New York et idéal dans Arrête-moi si tu peux. Dans un rôle aux contours incertains, il est profondément sincère. Et bien que de tous les plans, il ne tire pas la couverture sur lui et donne la belle réplique à un excellent Mark Ruffalo en fidèle acolyte ou à une Patrica Clarkson illuminée. La palme revient peut-être à Michelle Williams en fiancée d’outre tombe. Au fil de ses requêtes (« libère moi »), elle apporte à Shutter Island sa face la plus dérangeante, la plus malsaine (peut-être même trop malsain pour moi) avec une candeur glaciale. Et on comprend que ce n’est pas tant les retournements de situations que leur source qui sont prodigieux dans Shutter Island.

Par Pascal
Commenter16 mars 2010
Catégories : Articles, Cinéma, Thriller

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