Sept ans au Tibet
Vu le 18/1/2009 en DVD en VO
Dans la foulée du Nom de la rose, j’ai regardé pour la première fois 7 ans au Tibet que j’avais évité lors de sa sortie en salles. Pour tout dire, je n’aimais pas vraiment Brad Pitt et ses « Pitteries » dans les années 90 où Seven faisait figure d’exception. Comparé à Tom Cruise, et même Kirsten Dunst, je le trouvai vraiment falot dans Entretien avec un vampire où je le découvrais « vraiment » (sachant que je l’avais vu et oublié dans Thelma et Louise). On pourra toujours me dire qu’il avait le rôle le moins extraverti ce qui est vrai. Mais deux ans plus tard, il demeure le maillon faible de l’Armée des douze singes où ses singeries sont totalement éclipsées par un superbement sobre Bruce Willis. Il est une nouvelle fois sans intérêt face à Harrison Ford dans Ennemis rapprochés.
Ces diverses déceptions ne m’encouragèrent pas à me déplacer pour Légende d’Automne, Sleepers ou Rencontre avec Joe Black. Plus que Fight Club (j’idolatrais à l’époque Edward Norton et je le trouve encore meilleur que Pitt dans ce film), je crois que c’est son rôle de gitan dans Snatch qui m’a fait reconsidérer ma position : Brad Pitt n’est pas qu’une simple belle gueule, un pétard mouillé hollywoodien. Et depuis, je trouve même sa carrière plus intéressante que ce soit dans les sympathiques Mexicain ou Ocean Eleven, dans Babel ou lors d’une excursion réussie dans le monde des frères Coen pour Burn After Reading.
Dès lors, je tente de retrouver les prémisses de ce talent dans ses films des années 90. J’ai ainsi découvert un excellent acteur dans le magnifique Et au milieu, coule une rivère et donc dans Sept ans au Tibet.
Sept ans au Tibet est l’adaptation de deux livres de Heinrich Harrer, alpiniste autrichien qui raconta sa vie au Tibet durant la deuxième guerre mondiale jusqu’à l’invasion du Tibet par la Chine. De ces récits, Jean-Jacques Annaud dresse le portrait d’un homme arrogant, profondément égoïste que le divorce et la perte de la partenité de son fils renferme encore plus. Obsédé par ce fils qu’il n’a jamais connu, Harrer ne cherchera qu’à fuir dans les montagnes de l’Himalaya pour finalement échouer au coeur de la capitale du Tibet.
Bien qu’il reconnaîsse lui-même ses errements en tant qu’acteur avant 2000, Brad Pitt est plutôt bon, tout droit sorti du Tyrol avec sa tignasse blonde, véritable figure égocentrique s’ouvrant peu à peu à l’autre grâce à son fils par procuration que fut le Dalaï-Lama
La vision de Jean-Jacques Annaud est en fait sans ménagement pour ce nazi (par intérêt) qui rencontra le jeune Dalai-Lama qu’il écrase dans des immenses (et magnifiques) paysages tout en lui opposant un alter ego positif (David Thewlis, excellent), Peter Aufschnaiter. La mise en scène d’Annaud autour de ce duo est assez remarquable puisque si le film tourne principalement autour de Harrer (et de la star Brad Pitt), elle laisse entrevoir la possibilité d’un autre film autour de Aufschnaiter, homme de bien et, tout comme Harrer, passionné par le Tibet et sa culture. Elle met encore plus en avant la bassesse de Harrer mais aussi sa solitude, étant le « perdant » d’un triangle amoureux. Ses échanges avec le Dalai-Lama seront son salut. Destiné à être un sage pacifique et reconnu, Annaud ne cherche pas à faire du Dalai-Lama un Yoda de quelques années mais un vrai enfant, écrasé par ses responsabilités mais passionné par le monde qu’il observe, presque en cachette, depuis sa longue vue.
Avec une bonne musique de John Williams (et Debussy) et des décors montagneux, naturels ou non, magnifiques, Annaud parvient à nous émouvoir à plusieurs reprises. Les moments de joie sont peut-être un peu trop forcée (l’épisode de la montre ou la scène du retour auprès du fils) mais sont sauvées par des moments tragiques bien mieux saisis et éprouvants : le cauchemar du Dalaï-Lama sur le massacre dans son village natal ou les terribles lettres de la « famille » de Harrer. La réalisation d’Annaud est hélas plus relâchée qu’un film comme le Nom de la Rose frolant souvent la sucessions d’épisodes tragi-comiques sans fil conducteur. Mais la simplicité sincère de la relation entre Harrer et le Dalai-Lama et les fuites incessantes de l’alpiniste captivent. Le metteur en scène est enfin plus tranché sur l’occupation chinoise du Tibet qui fut meurtrière aussi bien littéralement (le film annonce un millions de morts dans son générique) que culturellement à une époque où le communisme de Mao Zedong, anti-bhouddiste, faisait des ravages. Il raconte aussi un épisode peu connu de la deuxième guerre mondiale à travers ces Allemands et Autrichiens arrêtés par les Anglais parce qu’ils sont des habitants d’un territoire ennemi.
Au final, Sept ans au Tibet est un film un peu long mais intéressant avec un Brad Pitt pas si mauvais. Il méritait bien que je le découvre.

Par Pascal Commenter7 février 2009 Catégories: Articles Cinéma
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