Tout du mythe est presque dit dès le début dans cette introduction mystique des Aventuriers de l’Arche perdue au coeur de la jungle sud américaine. C’est la naissance d’un héros qui nous arrive d’un bloc en sortant littéralement de l’ombre et neutralisant ses adversaires avec son fouet et une tenue : la chemise ouverte à moitié, la veste en cuir, le chapeau Stetson (entre autres, voir les références plus bas), le sac en bandoulière (qui s’avère être originellement un sac pour masque à gaz…), le ceinturon avec son pistolet qui lui servira finalement assez peu.

La première apparition d’Indiana Jones de face, sortant de l’ombre, menaçant
La présence de ce héros dans cette jungle n’est pas anodine : il est en quête d’une idole, une statuette en or massif. Il n’est pas vraiment un aventurier mais un « raider », un pilleur, pilleur pour la bonne cause, pour le musée, mais pilleur quand même à la fois malin et arrogant.
Trop arrogant. Dans sa quête de l’idole, il déjoue tous les pièges et sauve plusieurs fois la vie de son compère qui va le trahir. Et c’est cette séquence où il se présente seul devant l’idole qui scelle sous nos yeux le caractère du personnage. Lorsqu’il change l’idole contre un sac de sable, son sourire triomphant et prétentieux prend le dessus… jusqu’à la catastrophe où il finit par déclencher tous les pièges qu’il avait évité, voit son compagnon mourir, et provoque la destruction de tout le site archéologique où il se trouvait ! L’humour et l’auto-dérision mettent d’un coup à mal le héros monolithique que nous avons vu jusque là.
Et c’est couvert de toiles d’araignées, essoufflé et pathétique, menacé par une centaine de guerriers que nous entendons pour la première fois son nom, prononcé par son pire ennemi ! « Docteur Jones » ou l’art de se fourrer dans les pires situations pour parvenir à ses fins.
Dans l’introduction d’Indiana Jones et la dernière Croisade, Spielberg reproduit ce schéma une vingtaine d’année auparavant ainsi le jeune boy-scout Indiana surprend des pilleurs entrain de déterrer un trésor : la fameuse croix de Coronado qu’il tente de récupérer pour le musée mais qui lui échappera. Là encore, le héros nous est présenté d’un seul bloc mais Spielberg reprend une à une les spécificités du héros pour nous raconter leur origine commune durant l’acte fondateur de toute la vie de l’aventurier. Cicatrice, fouet, serpents, chapeau trouveront leur origine dans une course poursuite d’anthologie à bord d’un train de cirque.
La naissance n’est pas seulement vestimentaire, elle l’est aussi dans le style du héros mélange habile de dérision (le saut à cheval), de culot et d’obstination. Car plus qu’un sacerdoce, le métier de Jones est une obsession puisqu’il recherchera la croix de Coronado « toute sa vie » résumée dans une inoubliable ellipse avec la transmission du chapeau. Un héros naît sous nos yeux, ou renaît puisque c’est le troisième épisode.
C’est aussi une mini-révolution car les héros du genre, de Bob Morane à James Bond, sont peu souvent représentés avec papa-maman. Spielberg s’amuse à transgresser ces codes et fait accompagner Indiana Jones avec son père qui nous apprend que son « Junior » se fait appeler comme le chien (le nom du chien de l’époque de George Lucas se prénomme aussi Indiana) ! L’humour est dès lors bien plus présent. Autant d’éléments qui font peut-être que les « puristes » apprécient moins ce troisième opus.
On dit donc « Docteur » Jones car Indiana Jones est aussi un professeur éminent d’archéologie au Marshall College attirant dans ses classes tout ce que compte l’université comme lolitas en quête d’aventures (notons aussi le garçon lui offrant une pomme à la fin du cour…). Indiana Jones est aussi un homme irrésistible plus macho et orgueilleux que romantique, volontiers chevaleresque mais parfois juste ce qu’il faut : il n’hésite pas longtemps pour laisser Marion à son sort dès lors que son évasion pourrait attirer l’attention sur ses recherches…
Indy est aussi un battant. Son fouet et son revolver ne sont pas des objets décoratifs mais bien des objets essentiels à sa survie. Et pour se sortir des situations improbables dans lesquelles il se trouve, il doit payer de sa personne, souvent au prix fort. Ainsi, à l’issue d’une échappée contre des serpents, de plusieurs combats à mains nues contre des soldats nazis puis d’une longue poursuite dans le désert où il est traîné sur le sol sur plusieurs centaines de mètres (ouf), Indiana Jones n’est plus que douleur et ne trouve le réconfort que dans les bras de Marion. Indiana Jones est un combattant émérite à la forme olympique mais il souffre quand même !
Ses aventures le mettent encore plus à l’épreuve psychologiquement. Dans le premier épisode, c’est sa vocation qu’il remet en cause avec un bazooka face à l’Arche et dans le troisième, il se bat pour retrouver plus que le Graal mais un père, ce que symbolise le sublime climax final et les épreuves pour parvenir jusqu’à la précieuse fontaine de jouvence. Et c’est peut-être dans Indiana Jones et le temple mauditqu’il est le plus à nu face à sa part d’ombre qu’il laisse le dominer l’espace de quelques instants, littéralement en enfer.

Possédé par Mola Ram, Indiana rejoindra les forces du Mal.
Indy est au fond un parfait héros imparfait. A côté des Rambo, des John Matrix, des Maverick de la même époque, Spielberg proposait une autre voie avec un héros tout aussi invincible, sans trop de scrupules, mais plus humain et sincère, dont les outrances ne sont pas glorifiées mais le plus souvent tournées en dérision, se jetant corps ET âme dans l’aventure. Il est ce héros qui se jette dans le vide pour sauver son père. Nous sauver ?
Sur le costume en général, voir l’inestimable site:
http://www.jones-jr.com/costume.html




