Robin des Bois (1922) de Allan Dwan

Richard Coeur de Lion parti en croisade, le Prince Jean met la main sur la couronne britannique et se prend dans une frénésie taxatoire digne de l’état français. Heureusement, Earl d’Huntington revient au pays pour mettre de l’ordre.

Annoncé au générique puis à nouveau dans l’intertitre (!), Douglas Fairbanks est Robin et bien la star du film, statut qu’il s’amuse à mettre en abîme quand les courtisanes de Lady Marianne (jouée par Enid Bennett qui se maria à deux réalisateurs majeurs du muet : Fred Niblo et Sidney Franklin, cela aide pour les rôles) l’entourent comme des fans en furie. Film précédant Le Voleur de Bagdad, ce Robin des Bois est une superproduction ressemblant sur la forme à d’une répétition générale avant le chef d’œuvre avec des grands décors monumentaux et verticaux (moins systématiques cependant que Le Voleur…), des filtres colorés et un grand sens du spectacle.

Le film d’Allan Dwan se démarque du Robin des Bois de Michael Curtiz par une histoire plus centrée sur Richard (impatient, rigolard et guerrier comme sera celui de DeMille dans Les Croisades), la chevalerie et la croisade, Robin devant se mettre hors-la-loi non seulement aux yeux du Prince Jean mais aussi de son roi. Fairbanks crée alors sous nos yeux le personnage de Robin des Bois jouant beaucoup sur les apparitions masquées ou dans l’ombre (c’est superbe). Comme un voleur en quelque sorte. Il n’hésite pas non plus à surenchérir dans le comique proche du cartoon. Il se déjoue ainsi de dizaines d’hommes à la fois et appose sa signature comme on colle un poisson d’avril dans le dos tandis que Petit Jean (Allan Hale qui jouera dans plusieurs films avec Errol Flynn dont Petit Jean dans le Robin des bois de Curtiz !) fait voler les adversaires et assomme les soldats ennemis attaquant en file indienne !

Parallèlement, la prise de pouvoir de Jean donne lieu à des séquences morbides avec pendaisons abruptes. Là encore, plus qu’un mélange de genres, on assiste à un mélange de sensibilités, Robin Des Bois faisant le grand écart entre cartoon pur et cruauté. Frénétiques, les vingt dernières minutes donnent le frisson, avec une ascension d’une tour (qui sera aussi reprise dans le film avec Errol Flynn), et nous font ressentir le vrai cinéma. Moins flamboyant que Le Masque de Fer, moins formellement abouti que le Voleur de Bagdad, Robin des Bois demeure un spectacle de tout premier ordre.

Par Pascal
Commenter7 août 2010
Catégories : Articles, Cape et d'épée, Cinéma

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