Quasimodo (1939) de William Dieterle
Titre original : The Hunchback of Notre Dame
Esmeralda est beelllleee et l’objet de toutes les convoitises. Dévouée, elle apporte son aide dès qu’elle le peut jusqu’à aider le bossu Quasimodo, promu roi des fous, mais sous l’emprise du patibulaire Frollo qui va lui-même tomber sous le charme de la gitane. Comme dans la chanson en gros, ou dans le roman de Victor Hugo également.
Enorme production, Quasimodo fut un des films les plus chers de son époque, et sans doute de toute l’histoire du cinéma, mais qui resta dans l’ombre d’Autant Emporte le vent sorti quelque mois plus tard. Le film est du spectacle total balayant tous les genres de la comédie (la cour des miracles auquel Dieterle confère une certaine moralité) au film de procès en passant par la romance, le romanesque, la guerre… dans des décors démesurés. Les effets spéciaux sont très bons de même que l’utilisation de la profondeur de champ. Quasimodo est enfin rempli dans son final de scènes furieuses où le bossu s’oppose seul à des milliers de figurants, spectacle guerrier brutal, moyen-ageux en fait.
Dans cet esprit de spectacle et de sentiments exacerbés, Dieterle dépeint une fête de fous avec frénésie (le montage est très rapide) sans édulcorer sa grossièreté, sa vulgarité et l’attrait pour la laideur : »De l’horreur naît le plaisir. » nous dit-on. Le réalisateur filme bien le côté rustre, la saloperie d’une foule en délire aussi bien les pauvres que les puissants.
En toile de fond, le réalisateur dresse un combat entre l’obscurantisme de Frollo et le progrès à travers un roi Louis XI bienveillant et émerveillé par l’imprimerie ou la navigation – où l’on apprend d’ailleurs avec amusement pourquoi Christophe Colomb ne fut pas financé par la France ! Le roi est moderne et regarde en visionnaire un pamphlet ancêtre des médias actuels.
L’illustration de ce conflit n’est cependant pas didactique mais romanesque et se compare à la manière dont l’amour des protagonistes s’expriment autour d’Esmeralda. L’amour de Frollo est en fait une obsession, il la compare à un ensorcellement et Esmeralda à une sorcière incapable de comprendre autrement cet attachement diabolique au point de vouloir l’exécuter, tout en l’assumant auprès de son frère. Phoebus est quant à lui un bellâtre qui ne cherche que le plaisir consommé. Son côté libidineux et arrogant bien repoussant est accentué par des contre plongées qui donne une tonalité presque comique au personnage. Ironie du sort, c’est de cet homme dont une bien naïve Esmeralda va s’enticher. A l’opposé, Gringoire, le poète et pamphleteur, a un amour sincère et durable qu’un rapprochement opportun (obligation de se marier à la cour des miracles) permet d’officialiser. Enfin, il y a Quasimodo et son amour pur, enfantin, impossible, inversement égal à sa laideur.
Ces quatre personnages se disputent les faveurs d’Esmeralda, chacun à sa manière. Dieterle met bien en scène les faces à faces particulièrement lors d’une séquence de sauvetage démente (« Sanctuary ! »). L’issue est prudente (note : je n’ai pas lu le livre), c’est le choix de la normalité, au sens hollywoodien, qui l’emporte et donc Gringoire, et quelque peu pessimiste (réaliste ?) puisque c’est cette normalité dont sera privé Quasimodo, à peine reconnu, alors que palpable : »I’m not a man, i’m not a beast. », discours qui préfigure celui d’Elephant Man. Dans le rôle, Charles Laughton est plutôt bon et certainement original pour l’époque. Il n’est pas impossible que cette interprétation servit de modèle pour les rôles similaires par la suite.
Joyau du film, Mauren O’Hara incarne une fabuleuse Esmeralda. Lors d’une exécution, face à nous, elle est sublime.











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