Prédictions (2009) d’Alex Proyas
John, veuf, vit avec son fils Caleb. Ils se remettent tous les deux difficilement de la mort accidentelle de la femme de leur foyer. Verre d’alcool à la main, John écoute la septième symphonie de Beethoven. C’est très beau. Le lendemain, son fils lui transmet un dessin d’enfant des années 50 se révélant être une série de chiffres prédisant les grandes catastrophes des décennies à venir. Et il en reste encore trois à se réaliser…
Avec un pitch pareil et cinquante millions de dollars, le résultat ne peut être totalement mauvais. Passée la très intrigante introduction, la progression repose surtout les épaules de Nicolas Cage qui est toujours convaincant. La mise en scène d’Alex Proyas est inégale. Il entretient bien le mystère étrange autour d’une présence, faisant monter la parano de John, et il fait des merveilles lors d’un crash d’avion en plan séquence autour de John constatant le désastre malgré des effets un peu approximatifs (les flammes).
On n’évite cependant pas toujours le sentencieux pas plus que la redite avec par deux fois le credo « je ne vous crois pas puis finalement je vous crois » propre aux films prophétiques. Il y a des effets spéciaux un peu limités, le feu particulièrement lors d’une scène « à travers la fenêtre ronde » faisant écho à celle de The Crow du même auteur. Plus grave, il y a des effets spéciaux vraiment ratés : l’accident de métro est très laid. Pour tout dire, les effets étaient plus réussis dans Dark City sortis plus de dix ans avant !
Mais les vingt dernières minutes sont géniales. La résolution de ces prédictions et lois des chiffres peut paraître exagérée mais m’a vraiment plue. Elle rejoint un peu un thème de Dark City, où une société en manipule une autre, façonne sa vie. Surtout, elle comporte bien des choses qui me passionnent au cinéma : des liens forts entre les personnages (le père et son fils et sa famille, Cage est bouleversant), de la sf « bienveillante » façon Rencontre du troisième type, de l’apocalypse et du désenchantement. Et un Nicolas Cage, soulagé : »Where’s Caleb ? – He is saved ». Et on retrouve la septième de Beethoveen le temps de scènes de foules terrifiantes, un chaos généralisé au milieu du déterminisme le plus implacable. Alex Proyas ne rate pas ces scènes et les effets spéciaux se trouvent mêmes plus réussis. Et il y a 30 secondes terribles qui enterrent les deux heures de 2012, ma bête noire actuelle du film apocalyptique raté.
Bien que le fond soit (très) grave, Prédictions respire les bons sentiments, comme une sorte de vision idyllique du monde malgré les catastrophes. Il suffit de voir cette classe de primaire des années 50 qui répond en coeur « Oui, Mademoiselle Taylor » et qui revêt son « masque de génie » (un mime d’une demi-seconde, une idée bête mais tellement véritable qu’elle réhausse la scène) et la classe de petits génies au MIT où John travaille où l’on philosophe plus sur le monde qu’on enseigne (il y a des formules compliquées au tableau quand même).
La toute dernière scène accrédite pleinement cette vision (elle se rapproche formellement de Lovely Bones avec champs de blé et arbre de la vie, ou de la mort). Par son côté lègerement too much, la couper n’aurait peut-être pas nuit au film, ses détracteurs pourront le confirmer. Mais elle trouve toute sa place dans le ton de ce bon film.







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