Pour elle
Vu le 10/12/2008 Ă L’UGC Montparnasse Salle 1
Julien et Lisa sont amoureux et heureux avec leur enfant. Mais Lisa est arrĂŞtĂ©e violemment pour un crime qu’elle n’a pas commis et se retrouve en prison pour 20 ans. Julien dĂ©cide de lutter contre cette fatalitĂ©.
La fatalitĂ© est en effet implacable dans Pour elle. Pour concentrer tout le suspense sur les choix de Julien, Fred CavayĂ© Ă©vacue rapidement tout doute au spectateur, la scène du crime est ainsi montrĂ©e, tout en le laissant le doute aux protagonistes (au fond, peut-ĂŞtre une seule personne connait la vĂ©ritĂ©). Il souligne ainsi sans forcer tout l’amour et le courage de Julien. Et c’est l’un des talents de ce metteur en scène : il ne force jamais le trait, explique peu (on ne verra pas le procès), se reposant sur des dialogues concis et le talent des acteurs pour donner du corps Ă son film. Ce choix donne beaucoup de grandeur Ă Pour elle particulièrement dans les relations entre Julien et sa famille, frère et parents, et son fils.
Le coeur du sujet demeure les prĂ©paratifs et l’exĂ©cution du projet (d’Ă©vasion, ce n’est pas une surprise pour peu qu’on voit la bande-annonce) de Julien soit un chemin de croix, une douleur motivĂ©s par l’amour et un refus des circonstances. Fred CavayĂ© reprend quelques aspects classiques du genre. On pense notamment Ă ce plan sur le mur comme dans le meilleur moment de la sĂ©rie Prison Break oĂą Scofield, seul dans un grand appartement vide, arrache tout son plan accrochĂ© au mur (HĂ©las, c’Ă©tait une des toutes premières scènes du premier Ă©pisode de la première saison !) Ce n’est d’ailleurs pas la seule analogie avec la sĂ©rie. Ce qui fait la particularitĂ© de la prĂ©paration de Julien, c’est son ancrage rĂ©aliste oĂą Fred CavayĂ© Ă©voque le difficile passage Ă l’illĂ©galitĂ© (recherche des faux papiers, filatures, Ă©laboration du plan et surtout quĂŞte d’argent) jusqu’Ă l’irrĂ©parable.
Au fond, Julien est un dĂ©butant qui n’Ă©vite pas quelques erreurs un peu trop visibles pour nous conduire au dernier acte du film. Ces ficelles scĂ©naristisques un peu grossières se rĂ©vèlent cependant très payantes pour mettre en place un suspense plutĂ´t intense. Ca passe, comme on dit, et plutĂ´t efficacement.
Dans le rĂ´le de la femme emprisonnĂ©e, Diane Kruger est exceptionnelle. En finalement assez peu de scènes, elle dĂ©gage une peine qui transperce l’Ă©cran. Elle est bien plus qu’Ă la hauteur du rĂ´le et du titre du film. Il ne faut pas pour autant oublier Vincent Lindon, que j’adore, car c’est lui qui porte tout le film. Si la dĂ©tresse de Lisa nous imprègne, c’est aussi par son regard triste et ses actes insensĂ©s. L’alchimie entre les deux amoureux est palpable et Ă©clate lors d’une sĂ©quence coup d’Ă©clat dans la chambre d’hĂ´pital : Julien tombe le masque et crie tandis que Lisa arrive Ă peine Ă balbutier quelques mots. Du très bon cinĂ©ma oĂą rarement, l’histoire extraordinaire d’un type ordinaire n’a Ă©tĂ© aussi forte.

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