Parlez-moi de la pluie
Vu le 6/10/2008 Ă l’UGC George V salle 4
Dans une ferme oĂą ils ont trouvĂ© refuge, Karim avoue Ă Agathe (Agnès Jaoui) qu’il avait quittĂ© rapidement le travail qu’elle lui avait trouvĂ© quelques annĂ©es auparavant parce que son employeur l’avait tout de suite tutoyĂ©. Ma maman a toujours tutoyĂ© ses employĂ©s de moins de 30 ans. Dans cette mĂŞme ferme, il Ă©voque un moment oĂą il va Ă la pharmacie et que la pharmacienne tutoie et infantilise sa mère sur les prescriptions. Ma femme m’a racontĂ© qu’ado, elle s’Ă©tait rendue avec sa grand-mère dans une officine et que la vendeuse s’adressait directement Ă l’ado pour les prescription. Je ne suis pas Ă la place de Karim/Djamel Debbouze mais cette « humiliation ordinaire » Ă©voquĂ© par Karim est-il vraiment du racisme ? L’attitude mĂ©prisante de StĂ©phane (Guillaume de TonquĂ©dec), pourtant un gentil philosophe, envers Mimouna (Mimouna Hadji, très attachante) dĂ©pend-elle vraiment de la couleur de peau ou simplement d’une situation patron/employĂ© cruelle ? Des exemples bien mal choisies.
Parlez-moi de la pluie est pourtant bon voire très bon dans sa dernière partie, après la pluie. Toujours dans le registre du goĂ»t des autres personnes. Les auteurs ont toujours l’art de prĂ©senter des personnages qu’on commence presque mĂ©caniquement par « catĂ©goriser » pour s’apercevoir qu’ils sont plus compliquĂ©s, souvent plus fragiles. C’est presque une mise en abĂ®me tant le spectateur catĂ©gorise pour le film autant qu’il pourrait le faire dans la vie courante lorsqu’il rencontre pour la première fois quelqu’un. Le film nous parle de nos a priori.
L’adhĂ©sion au film et son ambiance est facilitĂ©e par les rĂ©actions crĂ©dibles des personnages mĂŞme finalement dans leurs propos les plus dĂ©monstratifs que ce soit ce cultivateur contre les technocrates de Bruxelles ou donc Karim quand il s’offusque du mĂ©pris des blancs. Son ressentiment sonne juste mais un malaise s’est immiscĂ©. Non pas de la mauvaise conscience mais l’impression que le talent des auteurs aboutit Ă une forme de manipulation Ă tel point que je m’interroge sur leurs intentions, un peu dĂ©monstrative et sans nuance, Ă propos du racisme. J’avoue mĂŞme m’ĂŞtre honteusement interrogĂ© sur ce fait : la seule actrice dont le prĂ©nom dans le film est son propre prĂ©nom est Mimouna. Est-ce une coĂŻncidence, un très beau prĂ©nom (ce qui est vrai) ou une forme de condescendance (d’humiliation ordinaire) alors que la première partie montrent les gentils arabes Ă©crasĂ©s (la mère) ou corrompus par les blancs (Karim, mariĂ©, qui finit par regarder une autre femme suite Ă une remarque de Michel/Jean Pierre Bacri) ?
Ma comprĂ©hension du film doit certainement ĂŞtre biaisĂ©e. Mais je persiste Ă croire que ces moments dĂ©servent le film. Les dialogues sont bons et naturels comme si les bons mots rĂ©guliers arrivaient spontanĂ©ment alors qu’ils dĂ©coulent d’un long travail sur les personnages. Sans faire dans la pure comĂ©die, Agnès Jaoui distille quelques moments fort comiques jouant sur la longueur ainsi le fumage de joint qui fait peu Ă peu ses effets sur les deux protagonistes le partageant, le regard fixe jusqu’au dĂ©rangeant d’un agriculteur sur Agathe ou encore cette Ă©lĂ©gante ellipse oĂą d’un plan oĂą la soeur d’Agathe part seule, on la retrouve ensuite avec son mari au volant, bĂ©at mais sans arrogance, satisfait. La rĂ©alisatrice semble aussi comme attraper au vol de jolies moments dont le plus beau est cette main tendue Ă la sortie du TGV.
Et comme toujours, les acteurs excellent tous dans ces registres très humains. Djamel Debouzze, acteur douĂ©, ne cherche pas la performance (Angel-A et son plan face au miroir par exemple) ou Ă souligner l’importance de son rĂ´le (Indigènes) et trouve peut-ĂŞtre lĂ son meilleur travail Ă ce jour. Tout au naturel. Il serait alors dommage de faire l’impasse sur des auteurs français parmi les plus habiles actuellement.

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