Vu le 28/1/2007 à l’UGC Normandie Salle 1 en VO
Film américain (2007) de Joel et Ethan Coen avec Tommy Lee Jones, Javier Bardem, Josh Brolin, Woody Harrelson, Kelly Macdonald, Garret Dillahunt, Tess Harper…
Un homme trouve de l’argent sale et se dit que finalement ça pourrait bien être le rêve américain alors il décide de s’enfuir avec les dollars. Mais un tueur a été engagé pour retrouver cet argent. Pas besoin d’en dire plus, No Country for old men est surtout un film qui se voit. Le point de départ est plutôt génial : une fusillade où tout le monde meurt auquel nous n’assistons pas et un excès de moralité au milieu de la nuit qui va provoquer la chute. Tout le monde perd et tout fout le camp en somme.
No Country for old men peut être vu comme film noir teintée d’humour dans la manière dont se succèdent les événements. Mais ce qui fait principalement la richesse à la fois comique et dramatique du film est ce microcosme peuplé de personnages tous crédibles mais pourtant si inimaginables comme une image étonnante de l’Amérique et du Texas. Josh Brolin/Llewelyn Moss est un vrai personnage de film noir, plein de ressources et assez moral, confronté au mal tout en cherchant à la fuir pour un peu de bonheur, et enfin fataliste.
Fataliste d’autant plus qu’il est traqué sans relâche par le tueur Anton Chigurh. Des méchants inédits, nous en avons finalement assez régulièrement au cinéma comme à la télévision mais l’envergure que donne Javier Bardem à ce tueur à la bouteille de gaz, est hors norme. Terrifiant et buté sur ses principes, l’acteur excelle et innove.
Peu présent au début du film, le shérif Ed Tom Bell (Tommy Lee Jones, forcément dans le ton) est évidemment un personnage clé, celui qui arrive après les dégâts et qui contemple le désastre, il n’est d’ailleurs pas anodin qu’il laisse son coéquipier rentrer le premier dans le mobil-home du fugitif. Comme beaucoup de ses collègues, famille ou non, il aurait cette nostalgie d’une autre époque, de celle où un shérif pouvait passer toute sa carrière sans porter une arme. Mais cette nostalgie survit à peine, par le biais de quelques phrases presque automatiques quand il discute avec un autre shérif. Sa sagesse de vieil homme l’a transporté vers une forme de renoncement et cette question : cette époque regrettée a t’elle vraiment existé ? Elle est peut-être une utopie comme une conversation avec plus ancien que lui semble l’attester.
Dans ce chaos, ne reste que les femmes, terres à terres, aimantes, inquiètes et polies pour assurer une certaine stabilité. Des résistantes même lorsque la mort les attend chez elle. Les frères Coen ont beaucoup de tendresse pour elles (on est loin de Ladykillers et Intolérable Cruauté).
No Country for old men est drôle et triste, fataliste et imprévisible sans pourtant aucune rupture de style. Les Coen évoque à leur manière un autre monde un peu perdu. J’ai quand même l’impression que la grandeur du film m’a échappé, comme s’il passait au dessus de moi. Triste leçon d’humilité à moins que la presse unanime criant au chef d’oeuvre m’ait écrasé… ou peut-être est-ce logique pour un film nous racontant à quel point notre monde devient incompréhensible…



1/ C’est beau.
2/ Je sais que j’ai tort, mais j’en attendais autre chose.