Morse
Vu le 11/2/2009 à l’UGC Ciné cité des Halles salle 14 en VO
Une fille et son père emménagent dans leur nouvel appartement sous les yeux de Oskar, un pré-adolescent solitaire. Ce dernier et la jeune fille, Eli, ne tardent pas à se lier d’amitié. Mais elle n’est pas vraiment une fille…
…Car c’est un vampire. Avec le film/livre Twilight et la série True blood, sans compter la série Underworld, les amours des vampires est un sujet à la mode jusqu’en Suède.
La Suède du réalisateur Tomas Alfredson dans les années 80 ressemble à un pays communiste de l’Est profondément triste. On retrouve un peu de l’ambiance de la Vie des autres dans ces décors maronnasses, la neige immaculée en plus isolant les personnes plus encore que les cartons mis aux fenêtres pour protéger la jeune vampire de la lumière. Tous les protagonistes sont seuls ou ont une peur terrible de la solitude. Dans Morse, la solitude c’est le rejet tandis que le groupe installe la peur du rejet. Ce constat terrifiant se retrouve entre adultes, entre enfants, entre adultes et enfants. Erik pleure la disparition de son ami Jocke (problème de morsure…), qui brise l’équilibre du groupe, au point de rejeter sa femme. Oskar s’amuse beaucoup avec son père mais dès qu’un invité se présente, le fils est immédiatement rejeté. Une bande d’enfants martyrise Oskar mais la terreur se lit sur les visages des sous-fifres face à l’enfant dominant. Et ce dernier n’est qu’un pantin tout aussi faiblard face à son grand frère.
Morse dépeint un cadre violent aussi figé que la neige où tout autorité morale semble absente (personne n’est puni). Ce contexte inspire le désenchantement. L’intervention de vampires dans cet univers déteint à peine. On est bien loin de l’élégances des Vampires d’antan ou même de Lestat. L’époque est au réalisme dès lors qu’on accepte l’existence de vampires… Tomas Alfredson se soumet aux principaux codes et contraintes de la vie de vampire : chats qui détectent leur présence, entrée dans une maison, peur du jour… et surtout le besoin vital de sang marqué par l’inquiétant gargouillement du ventre affamé. Cependant, l’amour entre la fille et son « père » (l’est-il vraiment ? Dans le roman originel, c’est un pédophile…) aidant maladroitement sa fille est réel jusqu’au bouleversant sacrifice.
La rencontre entre Eli et Oskar est la rencontre de deux êtres au creux de la vague. Oskar donne des coups de couteaux dans l’arbre, Eli est en manque de sang. Leur relation passionnée sera douloureuse et ambivalente. Douloureuse parce que cette amitié, cet amour, sont sincères jusqu’au sacrifice : dès la bouleversante scène du gâteau offert, on sait que Eli aime plus Oskar pour lui que pour son sang frais. Ambivalente car Eli a peut-être besoin uniquement comme substitut et que cette relation pousse Oskar à passer à l’acte (violent) et qu’il s’en réjouit. Au coeur de cet amour comme toujours impossible, la vampire opposera son besoin de sang (de violence) au désir de vengeance de son compagnon.
C’est peu de dire que le couple à l’écran est merveilleux et que la mise en scène de Tomas Alfredson est très poétique. On pourrait voir Morse presque que pour cette scène de rencontre où la vampire effectue un petit saut lunaire troublant, lisse soulignant naturellement sa non appartenance au monde des humains. Et on doit voir Morse pour la scène de révélation à travers une porte vitrée comme une sorte de confession amoureuse. Ce que fait faire le réalisateur au jeune Kare Hedebrant est prodigieux. Visage et regards sublimés, l’actrice Lina Leandersson irradie l’écran au fil de ses transformations physiques suivant son degré de manque de sang. Ces maquillages soignés s’accompagnent souvent d’effets visuels bluffants comme l’ascension de l’hôpital en arrière-plan ou celui de l’arbre, très animal. Les effets gores sont rares (pour un film de vampire) mais efficaces et crus.
Tous ces détails, ces caractérisations attentives des personnages donnent un ton très personnel au film. Morse est un film qui se ressent et qui touche au coeur. On pardonne alors les quelques défauts visibles. L’emploi de la musique est ainsi parfois maladroit comme dans la séquence de « chasse » sous le pont. Et évidemment la fameuse séquence des chats numériques pose problème à toute personne qui a grandi avec le Comité Contre les Chats des Nuls.
On essaiera même de comprendre cette fin violente et toujours bien mise en scène mais un peu granliloquente, à côté de tout le film. A la limite du genre rose bonbon hollywoodien, elle peut-être vue comme un fantasme enfantin, ces rêves d’absolu auxquels on pense naïvement où tout mode de vie, même invraisemblable, est possible sans conséquences. Le groupe se soude, la peur disparaît. Espoir mal amené où l’amour sincère se mêle à l’inconscience la plus immature et peut-être même à de l’opportunisme. Et derrière ça, une vérité sordide : vengeance et besoin se sont trouvés. L’Humanité n’en sort pas grandi et cette conclusion peut aussi se voir comme un recommencement : depuis quand elle a 12 ans est une question auquelle Eli ne répond pas… Mais qu’est que c’est beau.


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