Mesrine : L’ennemi public n°1

Vu le 24/11/2008 au MK2 Odéon salle 1

L’ennemi public n°1 est le deuxième volet du diptyque sur Jacques Mesrine après l’instinct de mort. Il retrace les dernières années de sa vie principalement en France jusqu’à sa mort en 1979. C’est dans ce deuxième film que nous voyons naître la « légende » Jacques Mesrine ou du moins le personnage public, celui qui fait la une des journaux pour ses méfaits parfois spectaculaires mais également pour ses interviews et son livre l’instinct de mort qu’il écrit en prison.

L’approche de Richet sur Mesrine est encore plus radicale que dans le premier film comme si nous étions au cÅ“ur du personnage Mesrine. La mise en scène suit donc le personnage au plus près, épouse son énergie et ses multiples contradictions. D’une scène à l’autre, nous passons du charme à la violence la plus abjecte, du spectaculaire à l’intime face à son père ou à sa fille où il peine à trouver des mots. L’ennemi public n°1 est une succession de coups de gueule, de coup d’éclats et de numéro de charme. Cette forme syncopée, souvent géniale (l’interview notamment) déroute quand même un peu et, bien que le film soit très dense, on ne retrouve pas l’intensité du premier film. Les ellipses sont plus abruptes rendant l’histoire très discontinue.

Plus déroutant est l’humour. Mesrine fait rire au tribunal et cela fait partie de sa vie. Cependant, le réalisateur imagine également des situations humoristiques dans toute la première partie du film notamment sur la négociation de la rançon avec Henry Lelièvre. Les séquences fonctionnent, aèrent même le récit, mais elles semblent aussi donner une nature comique à Jacques Mesrine et au film, dans les limites de la complaisance. La deuxième partie est plus sérieuse, pour peu qu’on oublie l’effroyable accent de Gérard Lanvin dans le rôle de Charlie Bauer.

Enfin une remarque mineure plus liée au spectateur : la réalisation se heurte à notre connaissance des thrillers hollywoodiens ou de Hong-Kong où les flics et autres hommes de main meurent en masse. Richet doit se soumettre à la réalité puisqu’il s’agit malgré tout d’un biopic : si beaucoup de coups de feu sont échangés lors des multiples fusillades du film, ils ne tuent presque jamais personne. Au cinéma, cela paraît peu crédible tout comme lorsque Mesrine abat de trois balles un journaliste qui finit par s’en sortir. C’est assez intéressant : ce qui paraît invraisemblable au cinéma est vrai dans la réalité…

Sur l’histoire de Mesrine, le réalisateur n’hésite pas à trancher sur certains points encore nébuleux notamment sur son évasion de la prison de la Santé ou sur sa mort. Mesrine est un truand plein de contradictions, un sanguin marchant au culot et à l’esbroufe, se considérant volontiers comme une star jusqu’à devenir exubérant face à la police. Bien qu’obsédé par les quartiers de haute sécurité, son engagement politique est aussi opportuniste que peu compréhensible idéologiquement. Cet engagement est efficacement rejeté par François Besse (superbe Mathieu Almaric), compagnon qui finit par prendre ses distances.

Pris isolément, ce deuxième film laisserait sans doute une impression d’épuisement un peu vain. Couplé à l’Instinct de Mort, il demeure éprouvant et, bien que très morcelé, il reste cohérent avec le personnage et nous conduit vers l’inéluctable. Entre le split screen dément du premier film, la frénésie médiatique et le génial point de vue des policiers, comme pris au piège dans leur planque, dans le second, la mise en scène de l’exécution de Mesrine pourrait faire l’objet d’un seul article. Aucun héroïsme mais un constat minutieux, pas nécessairement véridique, mais d’une précision chirurgicale. On trouvera au passage la reconstitution des années 70 très jouissive. Le diptyque Mesrine est une belle réussite et portée par un Vincent Cassel au sommet.

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 Par Pascal     Commenter29 novembre 2008    Catégories: Cinéma

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