Mensonges d’état

Vu le 17/11/2008 à l’UGC Odéon salle 3 en VO

Roger Ferris (Leonardo DiCaprio), un agent de la CIA, s’engage dans la traque d’un terroriste insaisissable en Jordanie. Il est en contact presque permanent avec Ed Hoffman (Russell Crowe), basé aux USA. Rarement d’accord, les deux agents fomentent des coups de plus en plus douteux pour retrouver la trace du terroriste.

Mensonges d’état est d’abord un thriller à rebondissements très prenant. Ce n’est presque pas une surprise tant nous sommes en compagnie de pros du thriller. Le scénario de William Monahan (oscarisé pour son adaptation des Infiltrés) est volontiers tortueux mais nous perd jamais et les deux stars DiCaprio et Crowe sont parfaites. A la caméra, Ridley Scott semble trouver une bonne synthèse de ses dernières productions et de celles de son frère Tony : Ennemi d’état, Spy games et Black Hawk Down notamment. Son film est très spectaculaire et les séquences d’action sont parfaitement réalisées (et d’une grande clarté). Rien que pour cela, le film mérite le détour.

On doit cependant aller un petit peu plus loin puisque le sujet de Mensonges d’état est très actuel puisqu’il est question de terrorisme et de l’action américaine. Les films traitant de ce thème très « post 11 septembre » sont assez nombreux et ont tous la particularité d’être des demi-succès ou des échecs commerciaux sur le sol américain (Syriana, Lions et Agneaux, Dans la vallée d’Elah, Détention secrète et même le World Trade Center de Oliver Stone). Mensonges d’état n’échappe pas à la règle. Ridley Scott y voit une forme de colère des américains face à leur incompréhension. Son film évoque quelque peu cet aspect.

Mensonges d’état repose sur deux points de vue : celui depuis le terrain et celui depuis la mère patrie. Ferris et Hoffman personnifient ces deux facettes d’une même nation. Ce sont aussi une vision locale et une vision globale qui s’opposent. La mise en scène de Ridley Scott oppose en effet constamment ces deux hommes Å“uvrant pour le même camp sans arrières-pensées. Ferris est au coeur de l’action, risque sa vie, doit toujours mentir et couvrir des actes parfois contradictoires. Il est un bras armé mais très humain, de plus en plus embarrassé et de plus en plus détaché de sa terre natale (il est en instance de divorce). Si on oublie son oreillette comme greffée à son oreille, Hoffman est l’américain type, un peu bedonnant, amenant sa fille à l’école et regardant ses matchs de foot. La plupart de ses scènes renvoient à la traditionnelle american way of life alors qu’il décide du sort du monde par téléphone !

Le film de Ridley Scott n’est cependant pas binaire. Il rappelle les raisons de ce combat (des attentats en Occident, terriblement meurtriers) ainsi que la réalité sur le terrain. Malgré le chaos, Ferris s’attache au Moyen Orient et une de ses femmes (qui doit assumer des regards désapprobateurs) tandis que le pouvoir local demeure, et ce n’est pas idiot de le rappeler, un acteur de tout premier plan. Il est représenté par un chef de la police (excellent Mark Strong) toujours en costume impeccable et volontiers manipulateur.

Mensonge d’état ne délivre cependant pas de message politique péremptoire mais préfère dresser un état des lieux d’une Amérique qui se fixe un but mais qui a du mal à trouver les bons moyens pour y parvenir jusqu’à imaginer des coups tordus et ratés sous la forme d’un faux groupe terroriste. C’est pourtant une idée de Ferris, l’agent censé connaître le terrain (et plus ou moins gentil de l’histoire, preuve supplémentaire de la subtilité du film), illustration cinglante de la difficulté des américains les plus pragmatiques à comprendre la situation ou du moins à la prendre en main.
On pourrait voir dans tout ça un propos et une prise de risque limités mais Mensonge d’état évite d’être confus comme Syriana et nuance les positions actuellement en vigueur à Hollywood. C’est déjà pas mal. Et il n’est pas non plus mal de voir en Mensonge d’état un simple et bon thriller.

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 Par Pascal     2 commentaires24 novembre 2008    Catégories: Cinéma

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