Lucky Luke
Vu le 21/10/2009 à l’UGC Normandie Salle 1
Après le récent Petit Nicolas, encore une adaptation du regretté Goscinny. Le Lucky Luke dessiné par Morris a déjà fait l’objet de plusieurs dessins animés (mon préféré étant la Balade des Dalton) et films notamment le récent et raté Les Dalton avec Eric et Ramzy. Cette fois-ci, c’est le couple James Huth/Jean Dujardin qui relève le défi en racontant la lutte de Lucky Luke pour rétablir l’ordre à Daisy Town.
La réussite de cette nouvelle adaptation est surtout formelle. De ce point de vue, le film n’est pas loin d’être merveilleux : splendides paysages argentins mis en valeur par la caméra de James Huth et son équipe, jouant en virtuose les couleurs et éclairages de son métrage. Les décors de Daisy Town sont aussi réussis, très détaillés et soigneusement usés tout comme les costumes, vieillis avec amour, et imaginatifs, gentiment parodiques parfois (la traîne de Jesse James). James Huth a parfaitement habillé son film. L’univers de ce Lucky Luke est esthétiquement réussi. Même sans s’intéresser à l’action, on ne peut qu’être qu’admiratif du travail effectué jusqu’au effets spéciaux ainsi ce duel où voir dégainer Luke surprend et impressionne. Plaisir des yeux donc.
Lucky Luke démarre même plutôt bien. Enfin, pas exactement. Il y a cette première scène qui sonne comme un avertissement : on voit les parents du jeune Luke, père irlandais, mère indienne, se faire abattre par un gang. Avec la montre à musique et ce trauma d’enfance, on lorgne du côté de Leone mais pas vraiment de Lucky Luke. D’entrée, Huth nous prévient : Luke sera torturé par le Mal, la vengeance. Sans être un spécialiste de la question, Luke dans la bande dessinée est un monolithe tout en confiance, un sourire ironico-narquois sur les lèvres, souvent amusé comme s’il connaissait l’issue de l’histoire dès le début. Le générique joue d’ailleurs sur la légende, l’icône : habillement en gros plans et tir plus vite que l’ombre contre le mur. La mission de Luke est rapidement avancée par la cavalerie. Passée la réminiscence plutôt nulle du fabuleux album Le 20ème de cavalerie avec McStraggle (peu excusable), deux scènes exemplaires : une explication dans le wagon enfumé du président, le film se joue avec délectation de cette histoire de je fume/je fume pas, et une rencontre dans le bureau du shérif avec Pat Poker vraiment réussie, tout en clair obscur avec une démonstration de force rappelant, en mieux, celle pourtant géniale du dessin animée Daisy Town (anthologique « j’ai plus de monnaie, aucune importance, je vais en faire » avec le billet qui se transforme en pièces). Lucky Luke est sur les bons rails. L’humour, les dialogues, l’ambiance sont bien présents, palpables.
Nous entrons alors dans une sorte de faille, un peu comme le final dans l’adaptation de Blueberry. Lucky Luke laisse tomber le flingue et se transforme en fermier amoureux. Toute cette partie est tellement déconcertante que je me suis demandé si je n’étais pas entrain de voir un chef d’œuvre. A plusieurs moments, on se demande surtout s’il ne s’agit pas d’un délire du héros entrain de rêver tant tout semble décousu avec une alternance de hauts et de bas, de gags « autres » parfois drôles (« c’est chiant d’être fermier »), parfois moins (on pouvait définitivement se passer de la relation zoophile). L’album-film devient un étrange fourre-tout où on frôle l’overdose de n’importe quoi et des caméos de personnages sans intérêts (Phil Defer).
C’est le problème de ces adaptations qui veulent tout donner tout de suite, faire le tour complet du personnage dès sa première apparition ce qui est déjà un peu idiot si on veut lancer une franchise (mais est-ce vraiment le but de cette entreprise ?). Lucky Luke règle ses problèmes d’enfance tout en étant déjà une légende, le film le présentant comme le plus grand justicier d’un Ouest finissant marqué par la fin de la construction de la ligne de chemin de fer d’Est en Ouest. Lucky Luke n’est cependant pas un héros de comic-book mais d’une bande dessinée belge avec des héros sans passé (Luke, Tintin, Spirou, Astérix…). . Certains des plus grands représentants du genre se sont parfois intéressés à l’origine de leurs personnages à commencer par Goscinny pour Astérix et l’histoire Comment Obélix est tombé dans la marmite de potion magique – notons qu’il n’en a pas fait un « vrai » album. Mais ils le font après que leur héros sont bien installés en album. Notre époque semble à tout prix vouloir imposer le contraire. Est-ce pourtant si impossible d’espérer faire la même chose pour un film ? James Huth répond non. Il en met plein la vue sur la forme, réussite, et sur le fond, échec. C’est mieux que Les Dalton quand même, mais ce n’est pas certains que ce Lucky Luke aura beaucoup plus de succès.
Avec un rebondissement téléphoné, le réalisateur redonne heureusement son arme à Lucky pour clore le film dans un repaire de super vilain superbe et ludique. Le film retrouve un bon style, un bon rythme, pas prodigieux mais autrement plus captivant que tout le développement avec un jeu de miroir final étonnant. Ca fait trente à quarante minutes tout à fait présentables. On peut facilement en conclure que le métrage souffre d’un problème d’écriture et de montage. On se prend à rêver ce qu’aurait pu donner l’adaptation par les auteurs habiles d’OSS 117. Non pas que je souhaitais voir ce Lucky Luke tomber dans la pure parodie mais on pouvait espérer un peu de rigueur dans le scénario, d’autant qu’au delà de la parodie, OSS 117 est d’abord présenté comme un vrai héros, même si c’est tourné en dérision.
Jean Dujardin est tout à fait à la hauteur du rôle tout comme Sylvie Testud en Calamity Jane. Cette femme est à l’aise dans tout ce qu’elle joue. Daniel Prévost est également parfait, fin, jamais dans l’outrance. Outrancier, Michaël Youn l’est évidemment en Billy the Kid mais c’est son rôle qui le veut. Il semble même dirigé, canalisé. Melvil Poupaud, Jesse James féru de Shakespeare, et Jean-François Balmer, sorte de père de substitution de Luke, m’ont semblé moins convaincants, outranciers aussi mais pas dans le ton. Du moitié-moitié en somme comme ce film qui a des qualités et des défauts. James Huth a tenté quelque chose avec cette adaptation mais ne transforme pas cette tentative. Il livre une oeuvre assez inclassable (à qui est destiné ce film ?) et bancal. Rendez-vous sans doute dans X années pour un nouveau reboot.


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