Lovely Bones (2009) de Peter Jackson

Susie Salmon, 13 ans, vit heureuse dans une famille heureuse. A quelques jours de son premier rendez-vous galant et de son premier baiser, elle est assassinée par un de ses voisins. De l’au-delà, une sorte de purgatoire, elle regarde et tente de communiquer avec sa famille.

Pour son « retour » vers des films moins énormes que King Kong et Le Seigneur des Anneaux, Peter Jackson adapte un roman sur cette jeune fille assistant aux supplices de sa famille après sa mort. En mélangeant thriller, ados et fantastique, Jackson se rapproche de son magnifique Créatures Célestes. Avec de plein de morceaux de vrai cinéma et de coups de génie, le résultat m’a parfois décontenancé et pourtant, avec le recul, Lovely Bones se tient admirablement.

Le film traite aussi du deuil. Avec beaucoup de justesse, le metteur en scène ne filme pas des pleurs de groupes mais des âmes solitaires vivant le deuil chacun de leur côté : le père enfermé dans son bureau, la mère qui perd pied, le fils qui rêve de sa soeur, la fille cadette qui court, qui court. Et bien sur Susie, généralement seule et monologuant dans son monde imaginaire, un monde souvent superbe, un peu kitsch et parfois même assez laid mais qui n’est en fait l’expression des sentiments et de l’imaginaire d’une adolescente marquée par son père. Jackson nous rappelle aussi sa maîtrise et son amour du cinéma notamment dans ce travelling étrange de Susie parcourant plusieurs paysages.

La virtuosité la plus palpable de Jackson réside dans la tension : la scène du meurtre bouleverse par son découpage (avec la famille de Susie à table) et son inéluctabilité. Le suspense devient Hitchcockien dans la maison du meurtrier et son plancher qui grince. Toutes les scènes avec le meurtrier (Stanley Tucci, excellent), sont inquiétantes et parfois mêmes insoutenables dans les non dits et la sensation de peur et d’écrasement. Lovely Bones prend alors des aspects de thriller fantastique, sans véritables indices mais à travers des convictions et des sensations que le père et la soeur de Susie ressentent séparément.

Bien que tournée comme un thriller, la scène clé du film est une rencontre qui n’avait pu avoir lieu. Cette séquence est aussi dérangeante que futile au vu des enjeux et de la tension qu’impose Jackson sur un coffre-fort mais elle est finalement émouvante et profonde. Elle nous ramène aux désirs premiers de Susie et au vrai thème du film : l’adolescence. Je ne peux que la lier à l’accroche sur l’affiche de Créatures Célestes : la tendre histoire vraie d’un crime abominable.

Alors si le déroulement peut nous perdre un peu, ou du moins alterner des scènes sublimes (le champs de mais avec le père poursuivant le meurtrier, la découverte de la vie de ce dernier par Susie dans son purgatoire) avec des acteurs parfaits (Mark Wahlberg et Saoirse Ronan) et des moments plus en retrait (Rachel Weisz et Susan Sarandon n’ont pas les meilleures parties), Lovely Bones est un film aux thèmes profonds et intelligemment traités qui nous accompagnent après la séance de cinéma, ce qui n’est pas si évident. Lovely Bones est bien une réussite. Peter Jackson accumule les visions magnifiques et manie les tensions les émotions avec adresse et audace. Un vrai bon cinéaste.

Par Pascal
1 commentaire9 mars 2010
Catégories : Articles, Cinéma, Thriller

1 Commentaire Add your own

  • 1. Shéra  |  août 16th, 2010 at 8:56

    A la base, c’est une adaptation du livre de Alice Sebold « La nostalgie de l’ange », je tenais juste à le préciser, ayant lu le livre.
    Bisous
    Shéra

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