L’étrange histoire de Benjamin Button

Vu le 8 février à l’UGC Danton salle 1 en VO

Un bébé est abandonné dans une maison de retraite avec tous les symptômes de vieillesse avancée. Et l’impossible continue de se produire : le bébé grandissant rajeunit peu à peu.

Comme c’était déjà le cas dans Zodiac, le vrai et le numérique, ou simplement le maquillage ou un autre acteur, se marient de manière aussi imperceptible que spectaculaire. Notons que Cate Blanchett ne semble pas avoir de doublure dès ses 18 ans dans le film ce qui est également troublant. Le travail sur les visages est impressionnant : Même très vieilli, à partir de sa rencontre avec Elisabeth (Tilda Swinton) Pitt/Button semble retrouver son étrange air juvénile, peut-être est-ce son regard ou peut-être est-ce à ce moment que l’acteur commence à jouer ? Le voir rajeunir au fil des séquences est très étrange (d’où le film me dira t’on). Après les effets troublants dans X-Men 3, où nous croisions Patrick Stewart et Ian Mc Kellen superbement rajeunis et les expérimentations de Robert Zemeckis sur Beowulf notamment (en attendant le Tintin de Steven Spielberg), la fontaine de jouvence cinématographique va toujours plus loin au point un peu paradoxal de douter de tout ce qu’on voit à l’écran.

La photo m’a beaucoup posé problème ou alors, ce qui me paraît plus probable, l’image au cinéma était médiocre : on peinait à distinguer les personnages alors que certains éclairages, à travers des lampes dans le plan et beaucoup d’obscurité, donnaient l’impression de voir des tableaux de De La Tour. Difficile de penser que c’était l’idée de Fincher de faire en sorte qu’on distingue mal les acteurs. Dans l’ombre, les deux stars demeurent parfaites. Habitués à ne pas faire leur âge, ils sont toujours à l’aise, authentiques dans leurs sentiments.

Bourrés d’idées, le scénario nous offre des situations originales autour de ce sujet génial. Bébé vieux dans une maison de retraite, Button ne déteint pas a priori sur ses camarades. Mais l’esprit diffère. Button le narrateur décrit un monde parfaitement réglé alors que le Button de plus en plus âgé chronologiquement n’aspire qu’à découvrir ce monde qu’il ne connaît pas : les jeux, l’alcool, les amis, le sexe… On en revient finalement à une thématique classique sur … le vieillissement ! Toute la première partie n’est finalement qu’une suite d’opportunités que Button saisit au vol, parfois en se brulant les ailes (quand il joue avec Daisy enfant et qu’on le surprend lui caresser la joue), mais souvent avec des conséquences bénéfiques. La seconde partie s’attache à la maturité, à l’amour vrai, aux choix douloureux (la fuite) jusqu’à la conclusion, menée rapidement et tragiquement belle et lucide. L’étrange histoire de Benjamin Button est un récit fort bien illustré mais ne révèle pas une vision si différente du monde auquel le rapprochement avec Forrest Gump pourrait nous le faire croire. Si le film est souvent fort émouvant, rarement ennuyeux, ni profondeur, ni étonnement, passé l’idée de départ, ne ressortent. A se demander, si le sujet a vraiment été abordé.

Adaptation d’un classique, casting de stars, réalisateur renommé, immense budget (150 millions de dollars), L’étrange histoire de Benjamin Button est un pur objet hollywoodien sur le temps qui passe. Et on peut trouver alors que David Fincher a su réaliser son film le plus consensuel avec élégance. Le « chef d’oeuvre de David Fincher » démontre le talent de son auteur pour réussir un grand projet hollywoodien et cela a évidemment plu aux oscars. Le trentenaire d’Alien 3 et Seven a mûri et le réalisateur est à quelques marches de la reconnaissance de ses pairs. L’étrange histoire de Benjamin Button est une réussite artistique, critique et commerciale, il raconte une belle histoire. Il a tout pour lui à une cérémonie des oscars. C’est un film qui mérite d’être vu. Le revoir ? Il semble manquer comme l’ivresse, le voyage tant espéré… La fresque de près de trois heures accouche d’un bon film, peut-être même très bon. C’est assez triste à dire mais c’est presque une déception.

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 Par Pascal     Commenter12 février 2009    Catégories: Articles Cinéma

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