Les Fils de l’homme

Vu le 23/10/2006 Ă  l’UGC George V salle 3

En 2027, l’Angleterre affirme fièrement qu’elle est le dernier pays Ă  lutter contre le chaos et invite ses sujets Ă  dĂ©noncer les nombreux immigrants clandestins (dont on distingue mĂŞme des français!). Il faut dire que les temps sont Ă  la panique gĂ©nĂ©rale : plus aucun enfant n’est nĂ© sur terre depuis plus de dix huit ans. Reste un vague espoir avant l’extinction complète de cette humanitĂ© privĂ©e d’avenir.

Au mĂ©pris d’une adaptation efficace mais neutre, Alfonso Cuaron a imposĂ© un style et un regard oblique et tout en mouvement pour le troisième opus d’Harry Potter. Sans surprise, c’est le meilleur de la sĂ©rie Ă  ce jour et le plus sensitif. Au fond le metteur en scène fait pareil sur Les Fils De L’Homme qui est d’abord un tour de force technique. Le film est en effet composĂ© de nombreux et longs plans sĂ©quences aussi virtuoses qu’Ă©prouvants : la terreur guette Ă  chaque coin de rue entre explosions, voitures en feu et intense guĂ©rilla urbaine. Et les personnages vont, viennent et meurent sans prĂ©venir. Seul semble compter le mouvement. Il n’est pas alors Ă©tonnant que Les Fils De L’Homme se transforme peu Ă  peu en une course poursuite, s’articulant autour de cette idĂ©e gĂ©niale d’un monde sans enfants et portĂ©e par un Clive Owen qui se bonifie Ă  chaque film.

Owen and Moore

Le metteur en scène n’oublie pas pour autant sa toile de fond et impose un futur dont pourtant nous ne connaissons pas tous les tenants et aboutissants mais qui est Ă©trangement familier. Sur la forme, le Londres de 2027 ressemble Ă  celui de 20 ans auparavant mais sur une pente dĂ©finitivement dĂ©clinante avec plus d’ordures dans les rues, plus de pollution, plus de mines dĂ©confites… autant de misères qui tranchent avec les Ă©crans tĂ©lĂ© plats, rutilants et très technologiques qui peuplent la capitale anglaise. Des Ă©crans dĂ©diĂ©s Ă  des publicitĂ©s racoleuses (chirurgie esthĂ©tique pour rester jeune) et de la propagande pure (les messages vocaux des autoritĂ©s sont omniprĂ©sents) destinĂ©e au peuple d’un Ă©tat policier repliĂ©e totalement sur lui-mĂŞme comme pour se voiler la face sur le drame qui se joue.

Car tout apocalyptique que soit le problème, Cuaron dĂ©crit une rĂ©alitĂ© plutĂ´t gĂŞnante : la nation semble avoir cessĂ© de se focaliser sur le dĂ©ficit de naissances, le projet « humanitĂ© » censĂ© traiter le problème est devenu une lĂ©gende, pour se consacrer Ă  ses consĂ©quences avec des palliatifs qui vont de la traque systĂ©matique des immigrĂ©s Ă  la vente de kit de suicide (ça rappelle Soleil Vert). Une visite chez un ministre esthète qui, au sujet de l’avenir, « n’y pense pas », achève de conforter dans ce sentiment d’abandon et de mĂ©pris de l’humanitĂ©.

Et au final, tout ne devient qu’une banal et triste lutte pour le pouvoir auquel mĂŞme un bĂ©bĂ© miraculĂ© ne pourrait pas mettre un terme. Avec cet avenir limitĂ©, Alfonso Cuaron nous dĂ©voile une vision pessimiste d’une sociĂ©tĂ© irresponsable qui ressemble un peu Ă  la notre, incapable d’agir et Ă  affronter les vrais problèmes. Un film visionnaire qui semble nous raconter notre Ă©poque, on ne voit pas ça tout les jours.

Fiche IMDB

 Par Pascal     Commenter26 octobre 2006    Catégories: CinĂ©ma

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