Les films de ma vie – L’étudiant partie 1 (1995-1999)

Le bac en poche, je quitte pour toujours le foyer familial. Je n’y vivrai plus de manière continue. Et je me retrouve en classe préparatoire à Nantes. Admis là-bas à l’arraché, j’ai du mal à me faire à cette vie et les fameuses grèves de 95 m’empêchent de rentrer chez moi. Je me souviens qu’il y avait des trains prévus mais que des cheminots avaient fini par bloquer les voies. C’est sur que quand ça nous touche directement, ça laisse des traces. Le cinéma fut une belle échappatoire.
C’est à partir de cette époque que je note les films que je vois au cinéma et à la télévision dans un carnet. Je découvre les bandes-annonces sur Internet que je mets parfois plusieurs heures à télécharger (à bien y repenser, ça devait faire une sale note de téléphone, désolé maman/sophie) et que je découvre aussi véritablement les films d’horreur que mon frère louait, pour le meilleur du cinéma et pour le pire aussi.


Les 101 Dalmatiens
101dalmatiens1(1995 a priori) Les classiques Disney ressortaient régulièrement à l’époque, un peu moins maintenant où l’on préfère les suites un peu cheap voire les horribles remakes en « vrai ». Ces ressorties étaient une aubaine pour les parents. Ou les frères en l’occurence. Je me suis donc retrouvé à accompagner ma deuxième petite soeur, 9 ans, à voir le film. C’était toujours dans la petite salle de mon bled. Elle ne voyait pas bien l’écran alors elle est restée tout le temps sur mes genoux. Oh, j’ai toujours aimé les 101 dalmatiens mais avoir sur soi un petit bout prendre corps et âme part à l’action, craindre Cruella, taper des mains sur le siège devant, encourager les chiots à aller plus vite, avoir peur pour eux, être avec eux, a quelque chose de bouleversant.


Tout le monde dit i love you
toutlemondeditiloveyou(1995) Il y avait une euphorie critique à propos de Tout le monde dit i love you. Je crois que Télérama parlait de la meilleure comédie musicale américaine depuis l’âge d’or de la MGM. L’attente était très haute après un Maudite Aphrodite qui n’avait pas suscité une telle attente (Télérama avait mis « Pas si mal » ce qui est le plus bas que le magazine peut faire pour l’auteur). Le film fut un émerveillement complet. D’abord il y avait Edward Norton que j’ai découvert dans Peur Primale de Gregory Hoblit, un film à twist auquel je n’était pas vraiment habitué à l’époque et qui m’avait vraiment surpris (parce que j’ignorais simplement qu’il y avait un twist, désolé). Edward Norton m’avait vraiment sidéré et j’ai vu tous ces films jusqu’a Death to Smoochy. Il y avait la comédie irrésistible et les grands acteurs/stars (Julia Roberts, Goldie Hawn, Drew Barrymore, Alan Alda, Tim Roth, Woody Allen…). Enfin, il y avait la musique, des standards repris par les acteurs plutôt amateurs au chant et à la danse mais justes et sincères. Du Just You de Norton avec les mannequins dansants au I’m through with love volant de Hawn, Tout le monde dit i love you me donna cette impression rare de vivre le film que je vois à l’écran, de vivre le cinéma. Je l’ai vu une deuxième fois au cinéma avec ma mère et mon frère à Quiberon. Ils ont bien aimé c’est certain mais ne partageaient pas mon enthousiasme enfantin. Par la suite, Woody Allen sortit de très bons films mais il a fallu attendre le vénéneux Match Point pour que je retrouve une telle euphorie (bien que pas du tout de la même sorte)


A chacun sa guerre
achacunsaguerre(1997) En route pour le sud en voiture. On est dans un hôtel à autour de Bordeaux. Je dors avec ma petite sÅ“ur cadette (la troisième, 5 ans). Et elle dort vraiment, du moins je crois. Il y a Canal+ alors je regarde ce qui passe : c’est A chacun sa guerre, un film avec Kevin Costner et Elijah Wood passé assez inaperçu. Je n’en ai pas parlé alors je profite de ce film pour le faire : Kevin Costner était vraiment une idole pour moi. Son règne était alors déclinant mais il avait encore (et a toujours pour moi) une aura formidable que j’évoque à l’occasion de la sortie de Mr Brooks. Eh bien, dans cette chambre d’hôtel, je passai un excellent moment, très tard, entre ce « petit » film très émouvant autour d’un vétéran du Vietnam dans la campagne américaine, la vraie Amérique à l’abri des grandes métropoles, et la respiration de ma sÅ“ur. Il y a quelque chose de très anodin dans cette anecdote mais c’est un souvenir heureux toujours ancré dans ma mémoire.


Les Apprentis
lesapprentis(1996) J’avais vu le premier film de Pierre Salvadori, le formidable Cible Emouvante et il pourrait largement tenir sa place dans cette liste. Mais de tous les films (tous bons) du réalisateur, c’est bien Les Apprentis qui m’a le plus émerveillé. Deux paumés qui se lient d’amitié (la naissance de cette amitié est une formidable ellipse sous forme de brouillons de lettres à une ex) et qui vivent diverses galères souvent fort drôles mais de plus en plus pathétiques et désespérées. Difficile de ne pas s’attacher à ces deux clowns tristes jusqu’à cette très jolie fin sur forme de véritables retrouvailles.
Du coup, je suivais avec intérêt la carrière des acteurs : Marie Trintignant (une seule mais belle scène dans Les Apprentis) était géniale dans Des Nouvelles du bon Dieu. François Cluzet, très drôle dans Enfants de Salaud, a joué dans un des grands films français de ces dernières années (l’excellent Ne le dis à personne). Quant à Guillaume Depardieu, il nous a quitté bien tôt.


Trainspotting
trainspotting(1996) C’était vraiment l’époque où je souhaitais essayer un peu tous les cinémas, notamment les films un peu trash du moment, ceux à la mode. J’avais déjà vu plus jeune le premier film de Danny Boyle, Petits meurtres entre amis, et pour tout dire, c’était une des rares fois à l’époque où je voyais quelque chose quelque peu différent voire déroutant sitôt passé le troisième acte du film. Avec une réputation béton et un sujet , la drogue, traité de manière frontale (et malgré tout ludique), Trainspotting était un film très attendu et demeure un des films les plus marquants des années 90. Et pour cause, je ne l’ai vu qu’une fois à sa sortie en juin 1996 et j’ai des souvenirs tout à fait précis du déroulement, de nombreuses séquences, souvent vraiment hilarantes, de Ewan McGregor/Renton, de Robert Carlyle/Begbie… et puis de Tommy (Kevin McKidd, revu dans l’immense série Rome). 
Cet athlète bien sous tout rapport, clean, qui suite à une rupture amoureuse (provoquée indirectement par ses amis, comble de cette tragédie) se met à l’héroïne comme son entourage. Sauf que pour lui, il s’agira d’un voyage sans retour. Il y a cette scène où Renton, sevré de force par ses parents, lui rend visite : l’appartement est vidé (tout a été vendu pour de l’héro vraisemblablement), sale et Tommy n’est plus qu’une ombre. Cette séquence, son destin tragique (il est mort à cause d’un châton) est parmi ce que j’ai vu de pire sur la drogue et au cinéma. Même Bad Lieutenant ne m’a pas autant secoué (sans doute parce que je l’ai vu à la télé et l’effet était atténué). Au cinéma, ces descentes aux enfers m’ont toujours mis mal à l’aise. L’histoire de Tommy m’a fait faire des cauchemars. Maintenant ça va mieux, mais il est préférable que je ne revois pas ce (grand) film.


Gattaca
gattaca(1998) Gattaca est mon film préféré. Amateur de box office, je lis boxofficeguru hebdomadairement depuis 1996. Gattaca faisait un bide au Box Office mais j’ai cherché à en savoir plus sur le film. Je remarquai au travers d’une photo ce film avec Uma Thurman et Ethan Hawke. Sans trop surinterpréter, cette photo avec les deux personnages tirés à quatre épingles dans leur costume sombre m’avait intrigué. Le sujet, une société fondée sur la sélection par les gènes, était de toute façon suffisant pour me faire me déplacer d’autant que la critique était bonne. J’ai aimé ce film au delà de toute attente. Je ne crois pas qu’il y ait une seule scène que je ne trouve pas géniale. En fait, je ressens plus de choses pour ce film que je ne pourrais l’exprimer. Il faudrait que je parle de chaque scène, chaque phrase prononcée en voix off par Vincent. Pas un seul instant, un seul mouvement me semble superflu ou juste « ok ». C’est le film parfait d’Andrew Niccol, magnifique, au cadre glacial mais débordant d’émotion sous un soleil persistant. Ce n’est pas le seul paradoxe : Gattaca est l’histoire d’un homme déterminé à devenir astronaute et qui va se servir des travers de son monde pour parvenir à ses fins là où il n’aurait sans doute pu y parvenir dans le notre (il a des problèmes cardiaques lourds). C’est peut-être le meilleur moyen de montrer qu’il est absurde. 
S’il ne fallait découvrir qu’un seul film dans tout ceux que j’ai évoqués, ce serait celui-ci.

La photo en question :

gattaca_photo


Le projet Blair Witch
blairwitch(1999) C’est l’époque où j’aime bien voir des films qui font peur. Je lis assidument (comme maintenant) Mad Movies depuis qu’un pote du lycée, Stéphane pour ne pas le nommer, me le fit découvrir en même temps qu’X Files. Et donc Blair Witch est la sensation du moment. Et ça ne passe pas à Quiberon. Je n’ai pas le permis mais mon pote Guillaume, qui deviendra près de dix ans plus tard un des témoins de mon mariage, sait conduire et a une voiture. Alors on va en ville, à Lorient. A l’aller, on discute et déconne bien. On va voir le film. Et on rentre. Dans la voiture, on déconne mais pour se rassurer. Il fait nuit. On se dit que si tous les gens sont restés bêtement regarder l’écran après la séance, encore sous le choc, ce n’est pas pour rien. On a 22 ans. Et on est flippé comme des cons.
Depuis, le concept du film réalisé façon amateur a été repris avec succès (Cloverfield et [Rec]), on a découvert bien d’autres films de terreur dont ceux du Japon. Je pourrais parler des géniaux Ring et Haute Tension et de la manière dont il scotchèrent ma deuxième petite sÅ“ur et moi et qu’entre les 101 Dalmatiens et les années 2000, elle avait bien grandi, je pourrais aussi évoquer le traumatisant Dark Water (par Hideo Nakata, auteur sur Ring). Je conclurai par Saw, un thriller à twist très jouissif, tout simplement parce que c’est le dernier film du genre que j’ai vu au cinéma, ce qui est fort dommage vu que c’est à peu près à l’époque que ma soeur cadette s’est mise à les voir à la chaîne (souvent avec mon père d’ailleurs qui du coup voit tout). Mais j’aurais toujours une pensée pour ce Blair Witch, pour cette séance en apesanteur. Même averti, même en vf, le film m’a terrassé. Quelques années après, je revis la fin sur un petit bout d’écran, les traces de mains d’enfants sur le mur, un des protagonistes dans le coin et la fille qui pleure et s’écroule. Et j’étais flippé comme un con.



Introduction
L’enfance (jusqu’à 1990)
L’adolescence (1990-1995)
L’étudiant partie 1 (1995-1999)
L’étudiant partie 2 (1999-2002)
Conclusion (2009)

 Par Pascal     2 commentaires10 mai 2009    Catégories: Articles Cinéma

2 Commentaires Add your own

  • 1. Blair Witch - Radio-Peopl&hellip  |  mai 18th, 2009 at 10:16

    [...] Les films de ma vie – L’étudiant partie 1 (1995-1999) Petit écran » Articles – PeopleRank: 0 – 10 mai. 2009 …Blair Witch (1999) C’est l’époque où j’aime bien voir des films qui font peur. Je lis assidument (comme maintenant) Mad Movies depuis qu’un pote du lycée, Stéphane pour ne pas le nommer, me le fit découvrir en même temps qu’X Files. Et… Personnes citées : Danny Boyle  Drew Barrymore  Elijah Wood  Ethan Hawke  François Cluzet  Goldie Hawn  Guillaume Depardieu  Julia Roberts  Kevin Costner  Marie Trintignant  + votez [...]

  • 2. Marie-Charlotte  |  mai 26th, 2009 at 10:01

    J’étais partie pour regarder un épisode de How I Met Your Mother, et puis non, finalement, impossible de décrocher de tout ce que tu écris, bien que n’ayant pas vu la quasi totalité des films dont tu parles.

    Et oui, je vois tous les films d’horreur à la chaîne, maintenant, mais difficile d’en trouver un digne de ce nom. =) Par contre, la vision du Projet Blair Witch a été assez traumatisante pour moi… Yep, je crois que regarder seule ce film, le soir, sans aucune lumière, n’était définitivement pas une bonne idée !

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