Les films de ma vie – L’adolescence (1990-1995)

1990-1995 (13-18 ans) est selon moi une période clé, particulièrement 1993. Je crois que mon amour pour le cinéma se résume bêtement à courir après ces années de grâce sans jamais trop y parvenir. C’est un moment où je vais plus souvent seul au cinéma ou seulement en compagnie de mon père avec qui je passai d’excellents moments en salle. C’était un plaisir encore assez rare et donc mon enthousiasme s’en trouvait grandi. C’est là où je commence à ressentir le bonheur que me procure le cinéma, la salle obscure. Des très belles choses sont dites par Jean-Luc Godard et Woody Allen sur ce sujet ici.

L’Homme aux deux cerveaux
deuxcerveaux(1990) Je passai pas mal de temps chez mon cousin (différent de celui qui me fit découvrir Brazil) dans le sud. Freesbie fou, piscine, jardinage forcée… et cinéma. On louait surtout des films type ZAZ donc du type Y’a t’il un pilote dans l’avion ? et son hilarante suite (des nombreux fous rires pour faire dans la super private joke). On s’amusait bien, on se repassait des scènes. Comment sommes-nous tombés sur cet Homme aux deux cerveaux, en vo qui plus est ? Je l’ignore. Toujours est-il que cette farce un peu fantastique avec Steve Martin en docteur du cerveau nommé Hfuhruhurr nous a laissé sur les fesses. Qu’est-ce qu’on a rit. Je l’ai revu il y a quelques années en français. Peut-être pas aussi drôle que je l’espérais mais toujours très recommandable.
Quelques années plus tard, je passai chez mon cousin pour quelques heures. On avait grandi. Le lecteur dvd n’avait pas remplacé définitivement le magnétoscope mais il trônait déjà dans la salle. On n’avait pas le temps de regarder un film mais on jeta un regard sur la collection de dvd naissante. Les tout premiers dvd. Il y avait l’étoffe des héros. On s’est passé la superbe fin du film où Chuck Yeager, qui refusa d’aller dans l’espace, se mit en tête de battre le record d’altitude en vol et vit les étoiles. Le calme régnait pendant cette vision. Un beau souvenir.


Tatie Danielle
tatiedanielle(1990) Tatie Danielle est le deuxième film d’Etienne Chatiliez après le succès mérité de La Vie est un long fleuve tranquille. Comme toujours, le mauvais esprit du réalisateur tourne à plein régime avec l’aide de Florence Quentin au scénario (et complètement en perdition depuis Le Bonheur est dans le pré, mon préféré du réalisateur). Je n’ai que peu de souvenirs de la comédie elle-même et des dialogues si ce n’est précisément une scène vers la fin où Tatie, dans un appartement dévasté mange du canigou. Avais-je déjà des symptômes ? Je l’ignore, mais cette scène de déchéance, vraiment dégueulasse, m’a donné la nausée jusqu’au soir et pendant la nuit. Et je suis toujours aussi dégoûté quand je repense à cette horrible séquence. C’était peut-être l’effet recherché. J’ai vu pas mal de films plutôt dégueulasses et j’ai rarement aimé ça (sauf gore comique type Braindead) mais j’ai vécu sans doute ici ma pire séance de cinéma.


Terminator 2
terminator2(1991) Le problème à l’époque c’est que le film à Quiberon passait avec un certain retard par rapport à la sortie nationale et uniquement le weekend (sauf en été). La mère d’un bon copain du collège nous conduisit donc à la ville, en l’occurrence Vannes, le jour de la sortie (un mercredi donc). J’avais 13 ans, un peu au-dessus de la limite autorisée. Comment ne pas croire que nous avions vu le meilleur film de notre vie, spectaculaire, hilarant et assez touchant même si on l’admettait moins à l’époque ? Je l’ai revu deux fois au cinéma. A Quiberon.
Et je me suis longtemps dit qu’au niveau des effets spéciaux, Terminator 2 donnait l’impression qu’on ne ferait jamais mieux tandis que Jurassic Park, un an après, ouvrait le cinéma vers les effets spéciaux numériques de masse. C’est évidemment faux. Mais cela révèle combien pour moi Terminator 2 est un film définitif.


La Crise
lacrise(1992) Il m’est difficile de dire ce que j’ai pu ressentir sur ce film que j’aime maintenant un peu moins. Plus jeune, j’ai vu à de nombreuses reprises cette histoire d’un homme (Vincent Lindon) perdant le même jour sa femme (qui le quitte) et son boulot dans l’indifférence générale et qui redécouvre, en gros, le sens de la vie avec l’aide d’une sorte de sidekick collant (Patrick Timsit). La Crise est un film drôle et tendre, qui me présentait à l’époque des points de vue auquel je n’avais jamais vraiment songés. C’est un des tout premiers films pour lequel j’ai tenté d’écrire une critique. J’ai égaré depuis cet écrit mais je crois que je considérais à l’époque ce film comme mon préféré. Ce sont surtout les scènes plus touchantes qui me plaisaient notamment la fin magnifique. La musique et les paysages sont superbes. Et il y a des séquences franchement drôles, notamment la visite surprise du prétendant de la soeur du héros venant déménager chez elle.
J’ai vu la plupart des films de Coline Serreau peu après. J’avais bien aimé la Belle Verte, film plus ou moins de science fiction plutôt audacieux, un peu raté quand même. La suite de Trois hommes et un couffin, 18 ans après, était plutôt sympa. Et enfin Chaos avec un Vincent Lindon assez inattendu en enflure. Je le préfère en mec sympa mais il est tout à fait bon comme tous le reste du casting d’ailleurs. Mais le propos féministe était sauvagement outrancier. Les hommes sont des cons et les femmes sont vertueuses. Peut-être, mais à force d’exagération, Serreau a sans doute desservi sa cause, même si le film a quelques bons moments. Et finalement, à chaque vision de La Crise, je me rends compte que la caricature est également assez énorme. Il demeure que La Crise fut longtemps un de mes films de chevet et que son sujet sur l’écoute de l’autre n’a pas perdu tout son éclat. J’ai eu à peu près le même effet que j’ai eu avec Mercredi Folle Journée de Pascal Thomas, toujours avec Vincent Lindon. J’ai adoré ce film puis un peu moins après des visionnages sur petit écran. Mais il me reste les souvenirs intenses de moments merveilleux au cinéma. Et j’adore toujours autant Vincent Lindon dont j’ai vu la plupart des films depuis La Crise (dont 12 au cinéma).


My Girl
mygirl(1992) Nous sommes en pleine Macaulay Culkin mania. J’avais vu Maman j’ai raté l’avion au cinéma de Quiberon et on voyait l’enfant cabotiner devant son miroir et les scénaristes s’arracher les cheveux pour faire en sorte que les parents mettent un certain temps à se rendre compte de la disparition de leur progéniture. Après ce succès fou, l’enfant devint une star et c’est donc dans ces conditions que sortit My Girl avec également Anna Chlumsky, Dan Akroyd et Jamie Lee Curtis. C’est une histoire d’amitié entre deux préados, un garçon et une fille. Une belle histoire à l’issue quelque peu triste. 
Et c’est précisément pour cela qu’il faut que je parle de My Girl. Du haut de mes 14 ans bien avancés, il fallait montrer le moins d’émotion possible, surtout du type midinette ou « gamin » (une des injures que j’entendais de plus en plus). J’ai souvent les larmes aux yeux au cinéma mais je ne pleure jamais. Accompagné de mon père et de ma petite soeur, je me devais de montrer que j’était un homme. Pourtant, dans la pénombre, j’ai pleuré. Les larmes ont coulé sur ma joue. Je les ai séchés. Je suis sorti avec le regard dur, indifférent au sort du couple à l’écran. Ca ne m’arrive plus du tout au cinéma. C’est un moment clé car je pense à ce film à chaque film un peu triste où je suis sur le point de craquer. Et je me retiens. Bienvenue dans l’âge adulte.
Un film très similaire est sorti en 2007 : le secret de Térabithia. C’était très beau également. Je n’ai pas pleuré.


Aladdin 
aladdin(1993) J’ai un souvenir en mémoire deux ans avant ce film où j’allais voir un Disney au cinéma, la Belle et le Clochard je crois. Alors que je faisais la queue avec ma petite sœur (la seule à l’époque), je croisais des camarades du club des Bélugas. Ils se moquèrent de moi arguant que le film était pour les enfants. Je me défendais comme je pouvais en disant que j’étais « obligé » d’accompagner ma petite sœur. Je n’avais pas encore quitté la candeur, parfois cruelle, de l’enfance que je rentrais dans la connerie adolescente. Le lendemain, pour me donner une contenance, je dis que j’étais resté seul pour la séance de 22h30, afin de voir Rain Man ce qui était un mensonge. C’est ainsi que j’ai raté la Petite sirène et la Belle et la Bête à leur sortie, il fallait ne pas être un gamin. Et vint ensuite Aladdin qui eut la bonne idée d’être un plus acceptable car plus adulte. Je le vis dans la salle de Quiberon et je me suis vraiment amusé. Et à ce moment, je repensai à ce mauvais souvenir et je me dis explicitement, une bonne fois pour toute, que j’irai voir ce que je voulais au cinéma. Je revis quelques années plus tard la petite Sirène au cinéma quand il ressortit. C’était très bien.


Jurassic Park
jurassicpark(1993, l’année de Jurassic Park). On nous vantait les effets spéciaux prodigieux et le succès foudroyant aux USA du nouveau film de Steven Spielberg. J’étais au lycée. Station balnéaire un peu réputé, Quiberon demeure un bled, le cinéma c’était le weekend et les films n’étaient pas toujours de la première exclusivité. Beaucoup de lycéens autour de moi l’avaient vu ou au-moins entendu parler. Ca devait être la première fois que j’entendais la critique négative du type « ce film est très américain ». Il y avait un consensus sur la nullité de ce film avec des dinosaures. J’aimais beaucoup Spielberg (j’aime toujours), j’aimais bien le cinéma (j’aime beaucoup plus). Mais je voulais malgré tout être de l’avis de tout le monde, critiquer un mauvais film parce que très américain. 
En ce temps là (et pour une décennie), il n’y avait plus qu’une salle de cinéma (au lieu de deux) à Quiberon. Celle-ci était petite, 100-120 places. Pour ce film, elle était complètement remplie. J’étais au dernier rang dans les banquettes où on est mal assis. J’étais venu le voir seul un samedi soir. Ce fut une claque monumentale, une sorte d’émerveillement complet. Ce soir là, j’ai touché le cinéma et il me l’a bien rendu. J’étais très enthousiaste auprès de mes amis. Je ne ferai cependant pas le couplet du geek seul contre tous, il n’y a pas eu de débats passionnés. En fait, tout le monde s’en foutait que j’ai aimé le film. Il est possible que la postérité ne le retienne pas comme un chef d’œuvre impérissable. Qu’importe, Jurassic Park est un des plus grands films que j’ai vu, un vrai bonheur mais qui s’est révélé très personnel. Je l’ai même dit, avec conviction, à l’oral de français du concours Mines-Ponts après un candidat qui parlait de poésie au 18è. Inutile de dire que je fus recalé.


Meurtre mystérieux à Manhattan
meurtremysterieux(1993) Mon vrai premier Woody Allen au cinéma. J’avais déjà été voir Alice en famille mais je n’étais donc pas seul. C’était un samedi après-midi. Je crois que j’étais seul dans la salle. Il n’y avait pas toujours du monde au cinéma à cette époque. Je me souviens aussi d’une séance seul d’Ace Ventura, distribué en France après le succès de The Mask bien qu’antérieur à celui-ci. Il fit définitivement de moi un fan de Jim Carrey. Mais revenons à Allen. Ma maman et mon grand frère aimaient particulièrement Woody Allen et nous avions beaucoup de VHS de ses films (en VF et VO). C’est sur que j’aimais ces films mais plus par une sorte d’instinct de groupe. J’allais voir Meurtre mystérieux à Manhattan en solitaire, sans vrais repères si ce n’est un a priori forcément positif. Comme pour Jurassic Park, ce fut un choc, la synthèse de certaines choses que j’aimais au cinéma : une comédie policière avec des vrais scènes de suspense (dont le retour du suspect dans son appartement alors que Diane Keaton le fouille – la musique qui passe est absolument géniale), des acteurs géniaux et Woody Allen partout, à l’écriture, à l’écran, à la caméra. Devenu par la suite le Woody Allen préféré de mon frère, Meurtres mystérieux à Manhattan est le film qui me fit complètement entrer dans son univers, sa vie (à l’époque très décriée). Commença alors une redécouverte des VHS et de ses films qui dure encore aujourd’hui. Et je n’ai depuis jamais manqué un Woody Allen au cinéma.


Un jour sans fin
unjoursansfin(1993) Encore au cinéma de Quiberon, en été. Je ne me souviens plus ce qui m’a amené à me rendre dans le cinéma ce soir-là, encore seul, peut-être une bande-annonce drôle. Arrivé sur les lieux, je tombe sur un excellent pote du collège, celui avec qui j’avais vu Terminator 2, accompagné de ses potes. Je ne sais plus s’ils étaient bourrés mais le moment était plus propice à la déconnade sans vraiment s’intéresser à ce qui se passe sur l’écran. Je me suis mis avec eux. Ca déconnait, ça se déplaçait. Moi je regardais le film, le festival comique si précis et soutenu et pourtant si libre de cet homme vivant la même journée implacablement. Et il y a le dernier acte, cette rédemption magnifique, et toujours drôle, nous amenant à une conclusion faisant d’Un jour sans fin la plus belle des comédies romantiques et le meilleur des feel good movies. Je connaissais et appréciais déjà Bill Murray ne serait-ce que pour S.O.S. Fantômes. Il rentra dans mon panthéon  de « mes » acteurs avec ce film tout comme Andy MacDowell (sublime dans l’assez méconnu mais pourtant excellent Harrison’s Flowers sur la guerre en Yougoslavie. Sans avoir vu la plupart de ses films, je devine que ça doit être de très loin le meilleur d’Elie Chouraqui).
Des années plus tard, Adam Sandler et Drew Barrymore reprirent un concept similaire avec Amour et amnésie. Résultat : La meilleure comédie romantique des années 2000. Et pourquoi pas ?


La Liste de Schindler
schindler(1994) Ironie du sort, d’une influence extérieure immense ou d’une crise adolescente, je n’étais que fort peu enthousiaste à me déplacer pour plus de trois heures dans cette liste de Schindler. Le plus drôle est de constater que, quelques mois seulement après le choc Jurassic Park, je me complaisais une nouvelle fois dans le credo « film très américain ». Je m’attendais à quelque chose de larmoyant en pensant à des choses comme le téléfilm Holocaust, que je n’avais même pas vu. Nous sommes allés le voir avec mon père et mon frère je crois. 
Que dire de ce film au fond ? Qu’on est emporté dès les premiers instants où Schindler prend tout son argent pour arroser des nazis, qu’on se sent con et triste à la fin quand il se repend de n’avoir pu sauver plus du monde, qu’on est bouleversé quand Stern nous parle du bien et du mal la fameuse liste à la main, que deux expériences m’ont montré qu’il était impossible de quitter l’écran quand on zappe sur ce film à la télé, que j’ai les larmes aux yeux rien qu’en pensant à ce film, qu’il avait changé ma façon de voir les choses sur les hommes, sur l’Histoire, sur le pouvoir. Idiot peut-être mais qui puis-je ?



Introduction
L’enfance (jusqu’à 1990)
L’adolescence (1990-1995)
L’étudiant partie 1 (1995-1999)
L’étudiant partie 2 (1999-2002)
Conclusion (2009)

Par Pascal
3 commentaires3 mai 2009
Catégories : Articles, Cinéma

3 Commentaires Add your own

  • 1. Jb  |  mai 9th, 2009 at 1:16

    Bonne liste.
    Pour ma part, une époque très Schwarzy, entre Terminator 2, Last Action Hero (scotché par le son, mon premier film en Dolby machin chouette au cinéma), Un flic à la maternelle (désolé).

    Apparently you didn’t make out during Schindler’s List (and that’s a good thing).

  • 2. Pascal  |  mai 9th, 2009 at 2:00

    Oui, Last Action Hero vraiment un excellent souvenir. Je ne l’ai curieusement jamais revu depuis pourtant le film doit largement survivre à plusieurs visions.

    Pas vu Un flic à la maternelle ouf, par contre j’ai été voir Junior…

  • 3. Anneflore  |  mai 22nd, 2009 at 11:31

    Je crois bien que nous l’avons vu tous les deux Junior d’ailleurs !
    Ton récit est génial, j’en poursuis la lecture doucement.
    Bisouxxx, ta soeur n°2.

Poster un commentaire

Requis

Requis, caché

Trackback this post  |  Subscribe to the comments via RSS Feed


Catégories

Archives