Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin
Revu le 1/7/2007 en DVD
Film américain (1986 – Big Trouble in Little China) de John Carpenter avec Kurt Russel, Kim Cattral, Dennis Dun, James Hong, Victor Wong, Kate Burton, Donald Li…
Un chinois raconte à gorge profonde une bien étrange histoire : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin Lo Pan.
Prévu d’abord comme un western, Ce long titre suggère un sérial trépidant. Et c’est le cas. Pour quelques dollars de plus, 1148 en fait, Jack Burton, un vrai nom de héros, est embarqué au bout de quelques minutes dans une histoire chinoise sur fond de sorcellerie soit un dur à cuir qui n’a rien demandé à personne dans des péripéties rocambolesques dans la grande tradition des films d’aventure mais sans le all-american hero propre à l’époque.
Jack Burton est d’ailleurs assez ancré dans ces années 80 avec des effets spéciaux (avec des épées se transformant en néons) et une musique reconnaissable, coiffures et Polaroïd en prime. Le film n’est cependant pas du tout ringard et même assez avant gardiste au niveau de ses influences. John Carpenter a en effet tenté l’aventure chinoise chez les américains avec moult magie, costumes traditionnels, citations, légendes ancestrales et bien sur l’emploi des arts martiaux.
Jack Burton comporte plusieurs bonnes scènes de combat dont une bataille de rue façon Chinese Gangs of New York en guise d’introduction. 20 ans avant Matrix, Carpenter apporte dans le film toute sa fascination pour une partie de la culture ciné asiatique où le réalisme des combats importe peu et se met au service de la chorégraphie, de l’image. Ainsi les hommes bondissent, volent et virevoltent jusqu’à une baston finale aussi brutale que drôle.
Car Jack Burton est très amusant. L’humour trouve un de ses moteurs avec son (anti-)héros solitaire. Kurt Russell, sorte alter ego cinématographique du réalisateur est parfaitement à l’aise dans son incompréhension des moeurs de Chinatown. Il est plus enclin à remettre la main sur son camion qu’à mettre un terme à cette histoire d’immortalité. Mais il est gentiment chevaleresque (et paresseux, au fond, il traverse le film sans faire grand chose), moins cynique qu’un Snake Plissken en somme. Et il est toujours viril et solitaire : « tu ne lui fais pas un baiser d’adieu ? », « Non !». La volonté première, de Carpenter et Russell était de faire de Burton un homme à côté de la plaque, extérieur à l’action tandis que son compagnon Wang Chi (Dennis Dun) assurait l’essentiel de l’action : une inversion du duo classique où la tête d’affiche devient le sidekick. Une excellente idée très bien rendue et tout en étant inefficace au possible, Russell impose malgré tout son charisme viril et son auto-dérision.
Notons aussi la présence de Kim Catrall dans le rôle de la belle, devenue star dans Sex in the city, et déjà drôle.
Côté acteurs asiatiques, on trouvera beaucoup de champions d’arts martiaux que je connais très peu à part éventuellement Gerald Okamura. Le ton des sentences et la trogne forcée de ces acteurs placent le film entre parodie et humour d’orient, équilibre plutôt précaire lors de l’apparition d’un bestiaire tout droit sorti de « The craignos monsters », rien de sérieux dans ce film finalement, beaucoup d’humour et de bonne humeur.
Comme beaucoup de films du réalisateur, dont je ne suis pas particulièrement un fan absolu, on flirte donc souvent avec le grotesque mais ça tient bien la route et il ne semble ni faire de concession ni preuve de cynisme. Jack Burton est certes un film grand public certes mais plutôt violent avec quelques images horrifiques tel ces cadavres sous l’eau. Et sa sincérité est appuyée avec un budget à la hauteur de près de 25 millions de dollars (sorti deux ans auparavant, Indiana Jones et le temple maudit en a coûté 28) nous donnant droit à de somptueux décors. Le film sera un échec commercial (11 millions de dollars au box office américain). Peu habitué au style asiatique, les spectateurs occidentaux n’étaient peut-être pas « prêts ». Dans le commentaire, Carpenter et Russell attribuent l’échec à un marketing inexistant ce qui est une excellente raison également. Mais comme ils ajoutent : « Même s’ils (=les marketeux de la Fox) avaient su le vendre, ça n’aurait peut-être rien changé ! ».
Et comme un fait exprès, Golden Child, l’enfant sacré du Tibet avec Eddie Murphy et aux thèmes similaires sortit quelques mois plus tard. John Carpenter s’était même vu proposé la réalisation ! L’art déjà pour les producteurs de sortir les films par paire (façon Deep Impact / Armageddon). Raison de plus sans doute qui poussa Carpenter à s’écarter quelques temps de la machinerie hollywoodienne. C’est un indépendant comme son héros Jack Burton. Et depuis, comme souvent pour les vrais bons films, Jack Burton demeure beaucoup plus dans les mémoires que Golden Child, succès à sa sortie mais succès éphémère.
Qu’on ne s’y trompe pas, Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin est un film qui nous plonge littéralement dans l’aventure à la fois très classique dans sa structure mais aussi très dépaysant et très marrant, une vraie comédie d’action.
sources :
Wikipedia
AintitCool
Commentaire audio du dvd






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